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Palestine - ISM France

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Ramallah -

"J'ai pitié de vous parce que vous êtes devenus des meurtriers"

Par

Il y a cinq ans, Mohamed âgé de neuf mois et sa grand-mère étaient dans leur maison en Cisjordanie quand celle-ci a commencé à se remplir de gaz neurotoxique provenant d'une base voisine des Forces de l'Occupation Israélienne.
L'armée s'était installée sur une colline près de leur maison située dans la banlieue de Skan Abu Absa à Ramallah, et tirait fréquemment sur l'ensemble du secteur, souvent en représailles à des coups de feu tirés par des Palestiniens depuis une colline éloignée.

Alors que le gaz s'infiltrait dans la salle de séjour, le bébé Mohamed a commencé à s'agiter violemment, victime d'une attaque entrainant une importante paralysie.

Sa grand-mère a couru pour le prendre dans ses bras et a également inhalé du gaz, lui causant une sensation de brûlure intense sur tout le corps.

Quand elle a réalisé que son petit-fils ne bougeait plus, elle a supplié les soldats à l'extérieur d'ouvrir la route et elle s'est précipitée à l'hôpital avec Mohamed, où il a été diagnostiqué comme souffrant d'une grave dégradation neurologique entrainant un état végétatif.

Le Ministère palestinien de la Santé et de l'UNRWA ont effectué des tests approfondis sur Mohamed et sur ses parents pour déterminer avec certitude la cause de son état.

Après une recherche génétique complète, les médecins ont confirmé que l'état de Mohamed n'était ni héréditaire ni dû à une anomalie chromosomique, mais une conséquence du gaz toxique.

J'avais rencontré Sami, le père de Mohamed, alors qu'il attendait à un checkpoint près de Haris. Il avait hésité à parler de l'histoire de son fils par crainte d'un harcèlement de l'armée. Il disait que sa famille souffrait suffisamment : leur tragédie personnelle n'avait pas commencé avec le gaz..

Après les blessures de Mohamed, le père de Sami s'est transformé d'un homme sain et fort de 47 ans en une loque, au niveau émotionnel et physique, et il est décédé un an plus tard de problèmes cardiaques et de stress.

Mohamed, qui a maintenant six ans, continue à souffrir de grave retard neuro-développemental, des crises mal contrôlées, de perte de la vue, et d'une incapacité à manger normalement.

Il s'alimente via un tube (relié directement à son estomac) et est nourri d'une formule spéciale "Pediasure" qui n'est pas disponible en Israël/Palestine, et donc Sami va en Jordanie tous les trois mois pour chercher la formule et les anticonvulsivants que l'état de Mohammad exige.

A chaque fois que Sami revient en Cisjordanie , il est obligé de payer les taxes douanières israéliennes sur la formule, ce qui lui coûte des centaines de dollars par an.

Cela s'ajoute aux innombrable autres dépenses : les frais de voyage, les couches-culottes pour adulte, son lit spécial (pour empêcher les blessures de lit), les médicaments et les soins à toute heure.

Sami et son épouse dépensent tellement d'argent pour soigner Mohamed qu'ils n'en ont plus assez pour intenter une action en justice contre l'armée israélienne pour avoir empoisonné leur fils.


Des histoires tragiques de paralysie provoquée par l'occupant sont courantes en Cisjordanie , donc même si la famille de Mohamed avait de l'argent pour intenter un procès, il y a peu de raison de penser que leur histoire serait suffisamment marquante pour appeler l'armée israélienne devant la justice.

J'ai récemment interviewé Moussa, une jeune paraplégique qui a perdu l'usage de ses jambes il y a cinq ans alors qu'il avait 19 ans, quand il a été blessé par balle par l'armée au côlon.

Un lundi de février, Moussa a commencé à souffrir violemment d'une infection de sa blessure et un médecin du Croissant Rouge l'a prévenu qu'elle pourrait devenir systémique si elle n'était pas soignée immédiatement.

L'infection risquait d'atteindre les os du dos de Moussa, développer une gangrène, et empoisonner son sang, mais même les meilleurs hôpitaux de Cisjordanie l'ont renvoyé chez lui parce qu'ils n'étaient pas assez bien équipés pour soigner un état aussi sérieux.

Mardi, le docteur de Moussa a soumis son dossier à hôpital de Jordanie, et en deux jours sa famille a renouvelé le passeport de Moussa et il a obtenu un transfert du Ministère palestinien de la Santé pour recevoir un traitement à Amman

Puis jeudi, alors que famille se préparait à partir, Israël a refusé que le jeune malade en fauteuil-roulant quitte la Cisjordanie pour des "raisons de sécurité" non spécifiées.

Quand le docteur de Moussa a expliqué que l'attente pourrait signifier une question de vie ou de mort, le DCO israélien a invité la famille à faire appel de cette décision, mais seulement trois jours plus tard, après le Sabbat juif.

Nous avons mis la famille de Moussa en contact avec Médecins pour les Droits de l'Homme, qui ont réussi à l'envoyer en Jordanie avant que son infection ne devienne mortelle.

Mais néanmoins Moussa ne marchera plus jamais, ni mon voisin et ami Issa, qui a été blessé par balle à l'extérieur de sa maison en mai 2001 par des soldats alors qu'il ramenait à la maison des enfants qui jouaient dans les rues pendant une invasion de l'armée.

Malgré son handicap, Issa continue à travailler de façon non violente contre l'occupation. La dernière fois que nous lui avons parlé, il a cité un dicton Arabe : "Vous ne pouvez pas applaudir d'une seule main."

Il a dit que les juifs, les Palestiniens, et le monde devaient travailler ensemble pour mettre fin à l'injustice et à l'oppression partout dans le monde.

Il y a près de trois ans, Issa avait écrit une lettre ouverte aux deux soldats anonymes qui lui avaient tiré dessus et paralysé. Ielle a été publiée dans Haaretz et ailleurs et je l'ai copié ci-dessous.

Cela vaut la peine de la lire :

"Je me souviens de vous. Je me souviens de vos visages ahuris lorsque vous étiez debout au-dessus de ma tête et que vous ne laissiez personne venir à mon aide. Je me rappelle ma voix qui faiblissait lorsque je vous ai dit : "Soyez humains et laissez mes parents venir à mon secours".

Je garde toutes ces images dans ma tête : comment j'étais allongé sur le sol, en essayant de me lever sans en être capable. Comment j'ai combattu mon manque de respiration qui était provoqué par une accumulation de sang dans mes poumons, et ma voix qui s'affaiblissait parce que mon diaphragme était atteint.

Je ne vous cacherai pas que malgré cela j’avais pitié de vous. Je me sentais fort parce j’avais des forces insoupçonnées auparavant.

C’était il y a exactement trois ans. J’étais sorti en courant de la maison pour chercher les enfants et les éloigner du danger de votre gaz lacrymogène.

Ils avaient l'habitude de jouer à leurs jeux dans les rues boueuses du village tandis que les femmes enceintes les regardaient et discutaient.

Je ne croyais pas que vos balles seraient des balles réelles ou des balles dumdum, qui sont interdites par les lois internationales. J’ai pu protéger les enfants et les éloigner de vos tirs et je ne regrette pas cela.

J'ai pitié de vous parce que vous êtres devenus des meurtriers. Depuis que je suis enfant, j’ai détesté tuer, détesté les armes et détesté la couleur rouge, tout comme je hais l’injustice que je combats.

C’est la vie telle que je l’ai comprise depuis que je suis enfant et c’est ce même esprit que j’ai enseigné aux autres. J’ai mis toute mon énergie au service de la paix et de la justice, et j’ai cherché à diminuer les souffrances causées par l’injustice, quelle que soit son origine..

Oui, j'ai pitié de vous parce que vous êtes malades. Malades de haine et d'aversion, malades de susciter l’injustice, malades d’égoïsme, de la mort de la conscience et de l'attrait du pouvoir. Une guérison et une rééducation de ces maladies sont, tout comme pour la paralysie, très longues mais possibles.

J’ai eu pitié de vous, pitié de vos enfants et de vos femmes et je me demande comment ils peuvent vivre avec vous alors que vous êtes des meurtriers.

J’ai eu pitié de vous qui avez perdu votre humanité et vos valeurs et les préceptes de votre religion et même vos lois militaires, qui vous interdisent d'entrer par effraction dans des maisons et de frapper des civils, parce que cela démolit le moral du soldat, sa force et sa virilité.

J’ai pitié de vous en disant que vous êtes les victimes des Nazis d’hier et je ne comprends pas comment la victime d’hier devient le criminel d’aujourd’hui. Cela me fait peur en pensant à la victime d’aujourd’hui – mon peuple est la victime d’aujourd’hui – et j’ai peur qu’eux aussi deviennent les criminels de demain.

Je vous plains d’être devenus les victimes d’une culture qui considère la vie comme si elle était basée sur le meurtre, la destruction, la propagation de la peur et la terreur, sur la conviction d'être supérieurs aux autres.

Malgré tout cela je crois qu'il y a une chance pour la réparation et le pardon et une possibilité que vous puissiez recouvrir votre humanité et votre moralité perdues.

Vous pouvez guérir de vos maladies de haine et de désir de revanche, et si nous nous rencontrions un jour, même dans ma maison, soyez sûrs que vous ne me trouverez pas avec une ceinture d’explosifs ni avec un couteau dissimulé dans ma poche ou les roues de ma chaise roulante. Mais vous trouverez quelqu’un qui vous aidera à retrouver ce que vous avez perdu.

Vous trouverez ici un enfant doux et fragile, dont l’âge est le même qu’à la seconde où vous avez tiré sur la gachette, et qui ne verra jamais son père debout sur ses jambes mais qui est rempli de fierté et de force, même s’il doit pousser la chaise roulante de son père.

Même si j’ai des raisons de vous haïr, je n'éprouve pas ce sentiment et je n’ai pas de regret.

Issa signifié Jésus en Arabe, qui est également vénéré en tant que prophète dans la foi musulmane. Certains diraient que c'est un nom approprié pour un homme qui croit qu'il faut répondre à l'injustice par la nonviolence et le pardon.

Mohamed et Moussa (qui veut dire Moïse, aussi un prophète dans l'Islam) n'ont jamais écrit une lettre comme Issa, mais eux et leurs familles m'ont accueillie, une Américaine juive, dans leurs maisons avec une grande gentillesse et franchise.

En luttant pour la paix et la survie malgré de grandes tragédies personnelles, les trois homonymes des prophètes et leurs familles, comme tant de Palestiniens paralysés (aussi bien au niveau physique qu'émotionnel, religieux, et économique) par l'occupation, font partie des véritables - quoique souvent oubliés - héros de la Palestine.


Source : http://www.palsolidarity.org/

Traduction : MG pour ISM

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8 mai 2007