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Cisjordanie occupée -

"Ma fille a été torturée et forcée de mentir"

Par

"Dimanche je serai libérée ! Dimanche prochain, maman !", criait Dima. Ce sont les paroles que je me suis répétées chaque nuit d'angoisse après son arrestation. A 12 ans, mon enfant avait été enfermée dans une petite cellule dans la prison Hasharon d'Israël. Sa voix innocente m'informait de sa libération imminente.

'Ma fille a été torturée et forcée de mentir'

Sabha Al Wawi réconforte sa fille de 12 ans, Dima, après sa libération d'une prison israélienne, près de la ville de Tulkarem en Cisjordanie occupée (Majdi Mohammed / AP Photo)
Au matin du 9 février, les forces d'occupation israéliennes ont arrêté ma fille Dima. La nouvelle m'a frappé comme un coup de foudre. Le directeur de l'éducation m'a appelée pour identifier Dima à partir de photos d'arrestation.

Bien que j'ai prié, égoïstement, que ce soit la fille de quelqu'un d'autre, qu'une autre mère reconnaisse la jeune fille sur la photo, c'était indubitable. Dima était couchée par terre, la tête poussée avec violence contre le trottoir, les yeux bandés. Un colon lui donnait un coup de pied dans le dos et un pistolet était pointé sur sa tête. Les photos et les vidéos avaient été prises près de la colonie de Karmi Tsur construite sur les terres d'Halhul, au nord d'Hébron.

Photo

J'ai retenu mes larmes, car je ne voulais pas donner à l'occupant le plaisir de la victoire une enfant d'à peine 12 ans.

Puis soudain, j'ai réalisé que Dima avait pu s'éloigner de notre terrain, qui est malheureusement situé à côté de la colonie. Elle était peut-être allée sur notre terre pour récolter les brocolis de la saison, comme nous avions prévu de le faire quelques jours plus tôt, pour une fête de famille où nous utiliserions uniquement des ingrédients que notre terre pouvait offrir. La même terre familiale sur laquelle nous sommes fréquemment confrontés aux agressions des forces israéliennes d'occupation et les colons qu'elles protègent.

Dima a été traitée de la manière la plus brutale et a subi une interrogation terrifiante et traumatisante. On nous a fait croire que nous serions autorisés à assister à son interrogatoire et au lieu de cela, nous avons nous-mêmes été interrogés. Elle a été interrogée par au moins sept fonctionnaires qui criaient, juraient et l'insultaient, puis qui l'ont menacée de la brûler vive. Elle a été dépouillée de ses vêtements et battue violemment.

Dima a été obligée d'assister à quatre audiences militaires qui ont duré de longues heures, dans le froid de février, pendant lesquelles elle est restée assise, épuisée, frigorifiée et effrayée dans une cage de fer. Somnolente, transie de froid et livide, elle ne savait pas ce qui se passait autour d'elle. Elle ne se préoccupait pas des juges, des avocats ou des agents de sécurité mais elle jouait avec les lourdes chaines qui l'entravaient et se balançait d'avant en arrière. Chaque fois que je la regardais, je tremblais d''angoisse.

Le juge militaire a proposé un compromis par lequel nous acceptions de placer Dima dans ce qu'il a appelé un "lieu sûr" de manière à reporter la détermination de la peine jusqu'à ce qu'elle ait 14 ans et une peine plus lourde.

Les tribunaux ont également exigé une amende de 25.000 shekels (± 6.000€), sachant qu'après l'arrestation de Dima, le permis de travail de son père en Israël a été révoqué. Le juge a alors requis que notre famille mette notre terre en garantie.

Nous avons vigoureusement refusé toutes ces conditions : nous ne légitimerons pas un système de justice militaire à deux vitesses et raciste, où la justice est rarement rendue.

"Mes chaussures sont pleines de boue, maman. Je suis gênée et honteuse, depuis la torture je saigne, je me sens humiliée, je suis terrifiée et je tremble de froid," a dit Dima, en larmes, lors d'une visite. "J'ai été obligée d'inventer des histoires et de mentir, de dire que j'étais là pour poignarder un colon. Maman, ne sois pas en colère, ne crois pas un mot de tout ce qu'ils disent, mais c'était le seul moyen de rester en vie."

En conséquence, elle a été condamnée à une peine de prison de quatre mois et demi, à cinq ans avec sursis et à une amende de 8.000 shekels (± 2000€).

Nous nous sommes mis en contact avec des médias locaux, étrangers et israéliens, avec des hommes politiques, avec les membres arabes de la Knesset et avec des organisations de défense des droits de l'homme. Nous avons fait appel à la conscience de gens du monde entier et grâce à leurs efforts sincères, la décision a finalement été prise de la libérer cette semaine.

Ma petite fille, n'aie pas honte de la honte qui incombe à l'occupation, à ses protecteurs et à ses sponsors. La honte, c'est le soi-disant Etat démocratique d'Israël qui utilise les moyens les plus cruels pour violer une enfant vulnérable. La honte, c'est un monde qui permet que l'occupation et les violations systématiques des droits de l'homme se poursuivent sans relâche.

Il y a encore 440 enfants palestiniens dans les prisons israéliennes, dont 104 entre 12 et 15 ans. Israël est le seul Etat au monde qui engage des poursuites contre 700 enfants par an.

Quant à moi, j'ai accueilli ma fille à la maison et dans mes bras, et je prie pour toutes les mères des enfants détenus.

Dima, moi-même et tous les Palestiniens continueront d'espérer une vie sans le joug de l'occupation et sa politique systématique d'oppression. D'ici là, nous continuerons de célébrer la vie et les joies d'avoir nos enfants en sécurité, au creux de nos bras.

______________

Lettre que Dima al-Wawi écrivait à sa famille depuis la prison et vidéo de sa libération ici.





Source : The National

Traduction : MR pour ISM

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