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Gaza -

A Gaza, les Brigades al-Nasser Salah al-Din se préparent à une nouvelle offensive israélienne

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04.069.2015 - Depuis la fin des 51 jours de guerre de l'été dernier, les factions armées de la résistance de Gaza ont globalement observé le cessez-le-feu malgré les violations israéliennes quasi-quotidiennes. Toutefois, la perspective d'une autre attaque israélienne majeure est une question de quand, pas de si, et les groupes de la résistance de Gaza s'y préparent activement.

A Gaza, les Brigades al-Nasser Salah al-Din se préparent à une nouvelle offensive israélienne

Les combattants des Brigades Al-Nasser Salah al-Din Brigades se préparent à l'entraînement (Photo: Dan Cohen)
Pas plus tard qu'hier, un groupe salafiste a lancé des roquettes sur Israël dans l'objectif de porter tort au Hamas, et Israël a répondu en lançant des frappes aériennes nocturnes sur des cibles du Hamas qui ont secoué toute la bande de Gaza et réactivé le traumatisme de l'été dernier. Ce matin, le ministre israélien de la Défense Moshe Ya'alon a une fois de plus menacé d'intensifier les bombardements.

Tandis que al-Qassam et Saraya al-Quds, les branches armées respectives du Hamas et du Jihad Islamique, restent discrètes tout au long des négociations indirectes qui ont cours en ce moment entre le Hamas et Israël sur une trêve à long terme et un échange de prisonniers pour les dépouilles des soldats israéliens tués l'été dernier, j'ai pu avoir accès à la branche armée du Comité de la résistance populaire, les Brigades al-Nasser Salah al-Din. Avec 3.000 combattants, les Brigades al-Nasser Salah al-Din sont la troisième plus grande faction de combattants à Gaza.

Après une première rencontre avec le commandant Abu Sayyaf, nom de guerre d'un ancien combattant Qassam co-fondateur des Brigades al-Nasser Salah al-Din, j'ai été autorisé à observer et à photographier les exercices de combat rapproché et de roquettes.

"Nous, les Brigades al-Nasser Salah al-Din, voulons faire en sorte que la Bande de Gaza ne soit jamais vaincue. La Bande de Gaza est encore forte et plus les Israéliens nous cibleront, plus la résistance se renforcera," a expliqué Abu Sayyaf. "On nous a promis de reconstruire Gaza, mais nous sommes habitués à ces mensonges des régimes arabes, et aussi des Israéliens. Mais le peuple palestinien sera toujours aux côtés de la résistance et la résistance sera toujours avec le peuple."

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Abu Sayyaf fait une réunion de débriefing après l'entraînement (Photo: Dan Cohen)


J'ai rencontré les combattants dans une zone industrielle près d'une oliveraie, à l'est de Gaza. Après une discussion avec le propriétaire du terrain qu'ils paient pour que les combattants s'y entraînent, ils ont fait un seul exercice et ont commencé à déployer des roquettes. Un drone israélien est apparu au-dessus et compte tenu de la tension accrue après le récent tir de roquette et les bombardements israéliens, Abu Sayyaf a rapidement modifié les activités de la journée.

Deux jours après, nous nous sommes rencontrés dans une oliveraie proche. Cette fois, aucun drone ne fut visible ou audible. Les combattants se sont relayés pour se couvrir au fur et à mesure qu'ils avançaient, tentant de simuler un combat réel. Après quelques exercices, ils se sont préparés au déplacement des roquettes.

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Les combattants se couvrent et avancent (Photo: Dan Cohen)


L'une des roquettes les plus grosses de leur arsenal, la Nasser 5, mesure 4 mètres de long et est capable de faire environ 40 à 45 kms. Le projectile fabriqué à Gaza est l'amélioration d'une roquette importée par les tunnels, a expliqué Abu Salah, le commandant responsable des roquettes dans le bataillon Abu Sayyaf. Mais sans système de guidage, il est impossible d'attaquer des cibles spécifiques, et ils ne connaissent pas les capacités destructrices de la roquette.

Le siège israélo-égyptien n'entrave pas leur capacité à fabriquer des roquettes, s'enorgueillit Abu Salah. Les matériaux de fabrication des roquettes continuent d'entrer en contrebande par les tunnels et des matériaux alternatifs sont disponibles à Gaza pour les remplacer s'il devient impossible de les passer en contrebande. Comme avec chaque guerre, la résistance tire les leçons et s'adapte. Tandis que les combattants de Gaza sont massivement dépassés d'un point de vue technologique contre l'armée la mieux armée du Moyen-Orient, le vaste réseau de tunnels creusés par les combattants leur a permis de livrer un combat de guérilla qui fut une surprise pour l'armée israélienne. Bien qu'Israël se soit sorti presque indemne de l'Opération Plomb Durci en 2008/2009 et de l'Opération Pilier de Défense en 2012, les combattants de la résistance ont tué 66 soldats pendant les combats de l'été dernier, une forte augmentation par rapport aux 13 tués (dont 4 soldats par des tirs "amis") en 2008/2009.

"Il y a six ans, nous lancions des roquettes depuis le sol, et maintenant nous pouvons les lancer depuis le sous-sol, de nuit comme de jour," a dit Abu Salah. "Nous n'avions que des plans défensifs, mais maintenant nous avons des plans d'attaque."

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Un combattant émerge d'un tunnel avec une roquette Nasser 5 (Photo: Dan Cohen)


La fabrication de roquette continue sans relâche malgré le siège israélo-palestinien, destiné prétendument à empêcher les groupes armés d'importer des armes. Alors qu'il ne parvient pas à atteindre l'objectif affiché par Israël, le siège est une punition collective pour les 1,8 million de Palestiniens vivant dans la Bande de Gaza, touchant tous les aspects de la vie quotidienne et empêchant la reconstruction après qu'Israël a saccagé des pans entiers de Gaza l'été dernier.

Il n'est pas surprenant que cette destruction massive et cette punition collective engendre le soutien à la résistance armée parmi la population assiégée de Gaza. Les Palestiniens auxquels j'ai parlé pendant la guerre de l'été dernier ont cité la levée du siège comme raison de leur soutien à la résistance en dépit du très lourd tribut qu'Israël a fait payer aux civils.

"La résistance s'est améliorée et les gens sont plus conscients de la résistance et ils veulent tous combattre," m'a dit Abu Salah. "Nous nous battons pour nos droits. Nous nous battons pour notre terre. Nous nous battons pour une bonne vie et nous voulons construire un avenir pour nos enfants."

Le bataillon a fait des exercices de port de roquettes sur les épaules de quatre hommes, sur un terrain accidenté et entre des oliviers, ainsi que l'insertion de roquettes dans la bouche d'un tunnel et leur retrait. L'entrée du réseau de tunnel était un conduit d'égout modifié sortant légèrement du sol à un angle de 45 degré, et elle était recouverte d'un tapis de prière, de terre et de broussailles. Elle était à peine assez grande pour le passage d'un adulte et un combattant a dû enlever sa veste pour entrer.

Abu Sayyaf a décrit la collaboration entre les Brigades al-Nasser Salah al-Din, al-Qassam, Saraya al-Quds, les Brigades Ali Abu Mustafa du Front populaire de Libération de la Palestine et Abdel Kader al-Husseini (une autre faction proche du Fatah). "Nous avons une salle d'opération où nous discutons de ce que nous allons faire, et si nous prenons l'initiative ou si nous répondons," dit-il.

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Abu Salah sous un olivier dans un champ à l'est de Gaza (Photo: Dan Cohen)


Abu Salah a donné des détails sur les efforts conjoints entre les factions. "Nous partageons les informations entre les groupes et en particulier les groupes qui fabriquent les roquettes. Un groupe va voir comment les autres groupes utilisent les matériaux pour améliorer les roquettes, puis nous travaillons sur nos roquettes pour les améliorer."

Assis par terre sous un olivier, j'ai interviewé quelques combattants, pour mieux comprendre les raisons qui les ont fait prendre les armes.

"Depuis notre naissance, nous savons qu'il y a l'occupation israélienne de la Palestine," a expliqué Abu Salah. "Cette occupation vole, kidnappe et emprisonne le peuple palestinien. Ils viennent sur nos terres et dans nos maisons, nous devons les combattre jusqu'à la fin et nous ne pouvons les combattre qu'avec des armes jusqu'à ce qu'ils se retirent de nos terres sacrées. Lorsqu'ils se seront retirés de nos terres, nous laisserons tomber nos armes et nous vivrons nos vies. C'est tout ce que nous voulons, vivre en paix et en sécurité dans nos maisons, et nous voulons élever nos enfants dans une atmosphère sure sans bombardement ni meurtre - sans entendre 'untel est mort, untel est blessé, untel a été kidnappé'. Nous voulons vivre dans la dignité."

Un jeune combattant nommé Abu Suhaib continue : "Bien sûr nous ne sommes pas nés combattants. Nous sommes des êtres humains comme tout le monde. Nous avons toujours la patience de voir nos martyrs et les corps de ceux que nous aimons en morceaux. Nous combattons pour la terre qui nous a été volée. Au début, nous n'avions pas les capacités pour récupérer notre terre, mais maintenant, nous l'avons... Nous ne nous battons pas avec n'importe qui pour des questions de religion ou de nationalité différentes. Ils nous ont volé nos droits et personne ne peut vivre sans ses droits et sa dignité."

Après des décennies d'échec des négociations, les combattants ont souligné que les Palestiniens paient le prix pendant que les Israéliens jouissent d'une paix à sens unique. "La seule façon d'expulser l'occupation, c'est par la force et la résistance. Vous ne pouvez pas négocier avec eux [les Israéliens] », a déclaré Abu Suhaib. "Nous nous sommes assis à des tables, nous sommes allés à l'étranger pour des conférences, mais tout a été en faveur des Israéliens... Nous avons conclu que le seul moyen de parler avec les Israéliens, c'est avec des armes", a-t-il ajouté.

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Les combattants des Brigades Al-Nasser Salah al-Din près d'une roquette Nasser 5 après l'entrainement (Photo: Dan Cohen)


Ce sont les attaques contre les civils qui ont poussé ces hommes à rejoindre la résistance. "Nous avons vu Muhammed al-Dura pendant la Deuxième Intifada, les bombardements et les assassinats de nos dirigeants et les massacres de notre peuple," a dit Abu Suhaib. "Ils bombardent nos mosquées, nos hôpitaux et nos immeubles officiels, nous devons nous battre contre cette occupation."

Abu Islam, commandant de l'unité sous les ordres d'Abu Sayyaf, a un message pour le peuple américain : "Mon nom est Abu Islam. Je suis un combattant des Brigades al-Nasser Salah al-Din. Nous souhaitons envoyer un message à tous les pays du monde, en particulier aux Américains et, à leur tête, à Obama. Nous sommes le peuple palestinien, pas des terroristes. Nous ne faisons que défendre notre terre, nos enfants, nos personnes âgées, nos lieux saints. L'occupation est venue chez nous, nous ne sommes pas allés à elle," a-t-il ajouté. "Les Américains et les pays du monde regardent cela sans rien faire."

En effet, avec des munitions à guidage de précision, Israël a visé les civils pendant les attaques de l'été dernier, qui ont tué plus de 2.200 palestiniens, dont 70% étaient des civils, dont 539 enfants. La puissance de feu israélienne a endommagé ou détruit 100.000 maisons, 24 structures médicales, 360 usines, 22 écoles et 3 tours emblématiques. Du côté israélien, 66 soldats sont morts (la plupart pendant l'invasion au sol de Gaza) et 6 civils.

Pour toute l'attention qu'ils reçoivent, les roquettes et les mortiers palestiniens ont tué 44 Israéliens depuis 2001 [en 14 ans, ndt.], une infime fraction du nombre de Palestiniens tués pendant la guerre de l'été dernier [2.200 du 8 juillet au 26 août 2014, donc en 8 semaines, ndt.]. Bien que les analystes se concentrent sur le nombre de roquettes lancées, dépeignant un faux sentiment de symétrie entre les armes israéliennes et palestiniennes, les roquettes "ont, d'un point de vue statistique, causé le moins de pertes," selon un fonctionnaire du ministère israélien de la Défense, qui poursuit en disant que "les Qassam sont plus une menace psychologique que physique."

Acculés par une occupation ininterrompue, une expansion des colonies, l'échec de la diplomatie et des négociations pour engranger quelques gains pour les Palestiniens, prendre les armes devrait être considéré comme une réponse naturelle. Tant qu'Israël pourra continuer d'attaquer des civils en toute impunité, la résistance armée continuera d'être soutenue par la population de Gaza.

Source : Mondoweiss

Traduction : MR pour ISM

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