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France -

Bagnolet. « Ce n’est pas une affaire de diffamation, mais d'intimidation politique », Youcef Brakni, jugé le 7 novembre

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27.10.2016 - Le 7 novembre 2016 à 9h30, aura lieu devant la 17ème chambre correctionnelle de Paris le procès de Youcef Brakni, poursuivi pour diffamation par Marie-Laure Brossier. Cette élue « société civile » sur la liste socialiste à Bagnolet (93) reproche à ce militant associatif d’avoir publié des contenus sur les réseaux sociaux, ayant pour but, selon elle, de « salir sa réputation ». Elle demande 30.000 euros de dommages et intérêts.

Bagnolet. « Ce n’est pas une affaire de diffamation, mais d'intimidation politique », Youcef Brakni, jugé le 7 novembre

Rappel des faits : En 2015, Marie-Laure Brossier partage sur sa page Facebook un article du Point où Malek Boutih, député PS de l’Essonne, y dénonce ces « élus locaux corrompus » qui ont « pactisé avec les gangsters et les islamo-nazis ». Marie-Laure Brossier y fait alors un parallèle avec les agissements de l’ancienne équipe municipale de Bagnolet dirigée par le maire communiste Marc Everbecq (2008-2014). Elle dénonce également « la présence illégale d’une école coranique dans les locaux municipaux ». Une salle mise à disposition gratuitement par la mairie à l’Association des musulmans de Bagnolet (AMB).

N’ayant pas accès à sa page Facebook, Youcef Brakni découvre les propos de Marie-Laure Brossier sur le mur d’un « militant islamophobe ». Il voit dans les propos de Marie-Laure Brossier une attaque directe contre l’AMB et fait alors part de son indignation sur les réseaux sociaux. Une accusation dont s’est toujours défendue l’élue, qui dénonce une manipulation de Youcef Brakni.

Comprenez-vous que Marie-Laure Brossier vous attaque en diffamation ?

Avant toute chose, il est utile de préciser à quel moment les faits se sont déroulés. C’était quelques jours après les attentats contre Charlie Hebdo (NDLR : 13 etc.), où les « attaques islamophobes » devenaient quotidiennes, comme le soulignaient à l’époque plusieurs rapports, comme celui de la CNCDH (Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme). Dans ces moments de forte tension, le rôle d’un élu est d’essayer d’apaiser les choses et non pas de participer à la stigmatisation et au renforcement des antagonismes dans la société française.

Je suis un militant de longue date. J'interviens régulièrement dans le débat politique local sur tous les sujets qui concernent les quartiers populaires depuis maintenant plus de dix ans. C'est bien la première fois que je suis inquiété pour mes idées politiques.

C’est-à-dire ?

Je ne suis pas dupe : il ne s’agit pas ici d’une affaire de diffamation, mais « d'intimidation politique ». Au moment des faits qui me sont reprochés, le PS venait d'arriver au pouvoir à Bagnolet. Avec le GAB (Groupe des associations de Bagnolet), l'organisation dont je suis membre, nous avons alors dénoncé de nombreuses dérives de cette nouvelle équipe municipale. Il fallait donc nous faire taire et empêcher par tous les moyens une opposition politique organisée des quartiers.

D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à critiquer la politique municipale : fréquemment, d’autres le font, comme certains « bobos », parfois de façon très virulente, mais il n’y a qu’avec « nous » que le débat d’idées se transforme en tentative de criminalisation de notre parole. Début 2015, un militant du GAB s'est même fait violemment virer de son emploi par la mairie de Bagnolet après sept ans de bons et loyaux services dans un centre social.

Il y aurait donc pour vous une liberté d’expression à géométrie variable ?

Effectivement. Marie-Laure Brossier aurait pu tout simplement me répondre politiquement, comme elle fait avec les autres, par exemple dans le cadre d'un débat. Elle a brandi tout de suite la menace judiciaire. Et je le répète : tout cela dans un contexte très tendu après les attentats de Charlie Hebdo. Pourtant, Marie-Laure Brossier répète à qui veut l’entendre que « la liberté d'expression est un acquis fondamental en France ». On le voit donc avec mon affaire, et ce n’est pas une surprise, que la liberté d'expression dans notre pays est à géométrie variable.

Pour Marie-Laure Brossier, ce procès est celui des élus qui résistent « face aux courants communautaristes et sectaires »

C'est intéressant de voir que lorsqu'on défend les musulmans victimes d'islamophobie, ou le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, on est immédiatement accusé d'être sectaire ou communautariste !

Quand on regarde le comité de soutien de Marie-Laure Brossier, on remarque la présence de plusieurs personnalités « intéressantes, comme Céline Pina, une ex-élue socialiste qui aime comparer le voile au brassard nazi ! Ou encore un élu à la mairie de Béziers dont on connaît les « sympathies » pour l’Islam et les musulmans. Pas étonnant alors qu'un militant comme moi, qui lutte contre toutes les formes de stigmatisation, soit taxé de « communautariste » !

Je tiens également à préciser ici que dans mon assignation en justice, Marie-Laure Brossier assimile mon soutien au prisonnier politique Georges Ibrahim Abdallah (NDLR : militant libanais communiste, défenseur de la cause palestinienne, incarcéré en France depuis 33 ans) à de l'apologie de terrorisme ! Georges Ibrahim Abdallah a pourtant reçu le soutien de plusieurs hommes politiques, comme les députés de gauche Noël Mamère, François Asensi, Sergio Coronado, ou la sénatrice centriste Nathalie Goulet !

Par ailleurs, en annexe de l’assignation, Marie-Laure Brossier joint tous les articles de soutien à la résistance du peuple palestinien et ceux concernant la lutte contre l'islamophobie publiés sur le site du GAB. Ce sont donc bien mes idées politiques qui posent problème. Le 7 novembre prochain, lors de mon procès, je compte bien défendre mon droit d’avoir des opinions et des engagements politiques différents, même si ces derniers ne plaisent pas à Marie-Laure Brossier et à son entourage.

Vous trouvez également scandaleux que les frais de justice de Marie-Laure Brossier soient pris en charge par la mairie de Bagnolet (NDLR : la protection fonctionnelle est une disposition légale qui peut être obtenue après un vote au conseil municipal).

Oui, je trouve cela scandaleux. Déjà parce qu’il s’agit ici de l’argent des contribuables bagnoletais. Quand on sait que Bagnolet est la deuxième ville la plus endettée de France, la décision d’accorder la protection fonctionnelle à Marie-Laure Brossier est d'autant plus révoltante. Mais ce n’est pas tout : il y a quelques temps, la majorité socialiste a refusé la même prise en charge à un élu d'opposition, qui s’estimait victime d'islamophobie. Encore une fois, deux poids deux mesures.

Et vous, comment allez-vous payer vos frais de justice ?

Déjà, rappelons qu’il s’agit ici de plusieurs milliers d’euros. Donc, une somme considérable pour un citoyen lambda, comme moi. Heureusement, je peux compter sur la solidarité de beaucoup de personnes, mais aussi de quelques « organisations politiques de l'immigration », qui connaissent mon parcours militant. Ces soutiens sont d’autant plus importants car ils envoient un message politique et font comprendre que les intimidations (policières, judiciaires, financières, etc.) n'auront pas raison de nos solidarités et de nos luttes collectives.

Nadir Dendoune

* Pour aider financièrement Youcef à régler les frais de justice : https://www.helloasso.com/associations/association-ziri-bagnolet/collectes/soutien-au-militant-anti-raciste-youcef-brakni

* Lire également : "Attaqué en justice pour avoir dénoncé l'amalgame intolérable entre le nazisme et une école coranique de Bagnolet", par Youcef Brakni, 13 octobre 2016, ISM-France.

Source : Le Courrier de l'Atlas

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