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Palestine - ISM France

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Bilin -

Bil'in - ils l'ont fait à nouveau (vidéo)

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Ce vendredi, après plus d'un mois loin des manifestations, j'ai rejoint la manifestation hebdomadaire contre le Mur à Bil'in. La manifestation marquait la fin de la de la 6e conférence annuelle sur la lutte populaire et la commémoration de la mort tragique de Bassem Abu Rahma, connu sous le nom d'El-Pheel, tué il y a 2 ans lors d'une manifestation par une grenade lacrymogène à grande vitesse tirée directement sur lui, à courte distance, par un soldat israélien. Ce n'était pas un incident. Bassem était debout, bien en vue et parlait aux soldats israéliens (il leur criait d'arrêter de tirer lorsqu'il a été abattu. Inutile de rajouter que le soldat israélien n'a été accusé d'aucun crime). Un merveilleux film est disponible en ligne sur Bassem.

Bil'in - ils l'ont fait à nouveau (vidéo)

La saga dramatique de Bil'in continue de se dérouler : un an et demi après la mort de Bassem, sa sœur, Jawaher a également trouvé la mort dans une manifestation.

La matinée avant la manifestation leur a été dédiée. "Nous ne vous oublierons jamais", était inscrit près de leurs deux photos sur la plus grande bannière à l'intérieur de la salle des conférence.

Après six années de lutte, deux martyrs, d'innombrables blessés et des arrestations, des raids militaires, les menaces et les couvre-feux, les manifestations de Bil'in ont toujours lieu irrémédiablement chaque vendredi. Ceux qui considèrent que les manifestants de Bil'in ne sont qu'une petits poignée d'illuminés qui ne changent rien ont tout à fait tort. Bil'in est devenu un véritable symbole de la lutte populaire et a inspiré la révolte de nombreux autres villages. Il a réussi à atteindre un large public international. Il a ébranlé le système israélien en montrant que la répression seule ne parviendra pas à réduire la résistance au silence. Bil'in a également su utilisé la loi. La Cour suprême israélienne a ainsi reconnu que certaines parties du tracé du mur ne pouvaient être justifiés au nom de la "sécurité" et qu'en conséquence, certaines sections devaient être démantelées. Un procès a même commencé devant les tribunaux canadiens (Bil'in c/ Green Park International et Green Mount International), par lequel le conseil du village de Bil'in a attaqué en justice plusieurs compagnies canadiennes impliquées dans la construction, la commercialisation et la vente des unités résidentielles dans la colonie israélienne de Modiin Illit, en Cisjordanie occupée, qui se trouve sur les terres du village de Bil'in.

Sa conférence attire des centaines d'internationaux, mais aussi des représentants de l'ONU et les consulats. L'arrestation récente de l'un des principaux leaders du village - Abdullah Abu Rahma, a déclenché une campagne internationale impliquant Amnesty internatonal, des représentants de l'ONU, des consulats et l'Union européenne, tous réclamant la libération d'un "défenseur des droits de l'homme". Non, Bil'in ne peut plus être ignoré. En dépit de deux martyrs, d'un nombre incalculable de blessés et d'arrestations, menaces, attaques militaires et couvre-feux, les manifestations continuent de se produire tous les vendredis. Bil'in est aussi tout simplement un lieu où les militants se rencontrent et développent leurs réseaux et stratégies.

Parfois, je tombe sur certains internationaux qui y vont une fois et reviennent choqués ou déçus, "nous n'avons vu que des personnes jeter des pierres ! C'est violent ! Et ce n'est pas une manifestation !". Ils n'arrivent pas à voir le contexte et l'impact plus large des actions de résistance à Bil'in que je viens de mentionner au début de l'article. La violence existe, oui, mais elle est - sans l'ombre d'un doute – utilisée systématiquement et d'une manière très disproportionnée par l'armée israélienne. Habituellement, l'armée israélienne ne permet même pas à la manifestation d'avoir lieu, les manifestants sont "accueillis" par une pluie de grenades lacrymogènes et des balles en caoutchouc. Des pierres, oui, peuvent parfois voler en retour.

Sur cette question, je tiens à mentionner plusieurs points :
1) les pierres sont généralement une réponse à de violentes attaques par l'armée israélienne,
2) il s'agit d'une expression de la colère et la frustration qui ne mettent pas sérieusement en danger les soldats- en sachant qu'ils sont entièrement protégés par leur véritables armures et boucliers,
3) les Palestiniens ont le droit de résister contre les occupants : c'est un droit consacré par le droit international.



Une fois de plus, les manifestants, après avoir rendu hommage à Bassem et à sa sœur dans le cimetière, ont marché en direction du mur et une fois de plus, l'armée israélienne a cherché à supprimer les droits des Palestiniens à manifester. Nous avons été surpris d'être la cible d'attaques alors que nous étions encore à plusieurs centaines de mètres du mur. Les grenades lacrymogènes et des balles en caoutchouc pleuvaient sur nous. Les soldats israéliens étaient déjà à l'intérieur du village. Les manifestants se sont rassemblés à nouveau et se sont remis en en marche vers le mur. À un moment donné, certains leaders palestiniens ont changé soudainement de cap et ont coupé à travers les oliviers pour atteindre un trou dans la clôture (ici le mur est constitué d'un système de clôtures, de fils barbelés, de tranchées, d'une route de sécurité, etc.) Ils encourageaient les internationaux à se joindre à eux mais ils étaient déjà entre les deux clôtures, et ils ont alors avec bravoure sauté sur une jeep militaire israélienne. Une bravade qui ont rendu les soldats fous. Le mouvement les a surpris et ils ne savaient pas quoi faire au point que, après ce qui a pu peut-être être un faux mouvement, une grenade lacrymogène a explosé à l'intérieur de la jeep !

Photo

Furieux, les soldats israéliens ont ensuite tenté de pousser tout le monde, mais les Palestiniens sont parvenus à nouveau à sauter sur la jeep pendant que d'autres essayaient aussi d'arrêter le véhicule qui tentait de s'échapper. Les soldats israéliens sont devenus encore plus violents et menaçants. Un soldat a mis en joue tout le monde, et d'autres ont lancé des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes directement sur les manifestants. Beaucoup ont souffert de contusions. De retour sur la route principale, encore plus de grenades lacrymogènes nous tombaient dessus. Plus exactement, de nombreuses fonçaient droit sur nous car elles étaient tirées directement au niveau des têtes, ce qui peut s'avérer mortel. Les gens s'effondraient, essayant de reprendre leur souffle. Le camion qui déverse un liquide vert immonde rempli de produits chimiques dont l'odeur est insupportable a été utilisé à plusieurs reprises, ainsi que des balles en caoutchouc.

Après deux heures, la manifestation a été déclarée terminée. J'ai quitté le village avec les images des Palestiniens courageux de Bil'in, sautant sur une jeep de l'armée, montrant une fois de plus que leur esprit est encore beaucoup plus élevé que toute cette toute-puissance militaire. Un jour c'est sûr, la justice triomphera.


Voir les photos sur le blog d'Anne Paq.

Source : Chroniques de Palestine

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