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Palestine - ISM France

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Cisjordanie -

Checkpoint et jeunesse palestinienne

Par

> qumsi001@hotmail.com

L'auteur est un défenseur des droits de l'homme qui vit aux Etats-Unis depuis plusieurs années. Il est actuellement de retour en Palestine.

J'avais rendez-vous au Forum de la Jeunesse Sharek, dans le Ghetto de Ramallah. Depuis le Ghetto de Bethléem en passant par Jérusalem, le trajet normal prend 35 minutes. Mais cela a duré au moins une heure parce que nous avons dû prendre des petites routes alternatives par des zones désertiques autour de Jérusalem (les Palestiniens ne peuvent pas passer par Jérusalem) et aujourd'hui, il a fallu deux heures à cause d'un soldat au checkpoint.

Checkpoint et jeunesse palestinienne


Une des nombreuses activités du Centre Sharek pour la Jeunesse : camp d'été à Gaza, juillet 2007 (photo Sharek)

Vous descendez par Wadi An-Nar ("la vallée du feu") et ses virages en épingle en cheveux, mortels pour les embrayages et les freins. De l'autre côté de cette wadi ("vallée"), il y a un checkpoint ("mahsom" en hébreu) appelé le container (le "conteneur"). Il sépare une zone palestinienne d'une autre. J'étais dans un de ces taxis collectifs (un van jaune) qui transportent sept personnes.

Deux soldats dans la cabine. Un européen blond aux yeux bleus (Ashkénaze) et un autre à la peau foncée (peut-être un Juif yéménite ou même un Bédouin arabe). Le blond est assis sur une chaise, les pieds posés sur la bordure en béton de la guérite dans laquelle il est installé. Notre voiture approche, s'arrête aux 50 mètres obligatoires. Le blond fait bouger ses deux doigts pour nous faire signe d'approcher. Le van avance de quelques mètres. Nous baissons les vitres. Il prend son temps. Puis il bouge ses deux doigts vers le gars qui est derrière moi, un gars de 30 ans, pour qu'il descende le rejoindre, ce qu'il fait. Il marque un temps d'arrêt puis lui demande sa carte d'identité. Il la regarde. Il se moque de son nom de famille "Abu Snina" puis lui demande d'aller chercher toutes nos cartes d'identité. Il est toujours allongé sur sa chaise, les pieds en hauteur. Il regarde chaque carte en ricanant. Il demande au jeune homme où il va. Ramallah. Pourquoi ? Il répond "pour travailler dans une usine". Puis il demande à un homme barbu dans le van où il va. C'est un vieil homme qui n'entend pas bien et nous devons lui redire la question et dire ensuite sa réponse au soldat.

Le soldat pose encore quelques questions au jeune homme. Il rend toutes les cartes d'identité, sauf deux : celle du jeune homme et celle du vieil homme barbu. Il fait passer les deux cartes à l'autre type et nous demande de nous garer un peu plus haut, à 50 mètres, sur le bord de la route. Nous attendons et attendons.

Comme nous sommes garés un peu plus loin, nous devons nous retourner pour voir s'il rend les cartes d'identité. Il fait 38° à l'ombre. Je demande si nous ne devrions pas reculer et demander ce qui se passe avec ces deux cartes. On me répond que ça nous coûterait une ou deux heures supplémentaires !

Une heure passe et enfin les deux doigts bougent pour faire revenir le jeune homme. Il y va, revient bientôt, rend sa carte au vieil homme et ferme la porte. Personne ne dit rien. Cinq minutes plus tard, je commence à parler de ce qui s'est passé pour le jeune homme, pendant que les autres restent silencieux. Le jeune homme dit que ce n'est pas grand-chose, cette fois. Il cite l'exemple d'histoires de checkpoint bien pires, de retards plus longs, de coups, et de la fois où il a été retardé à un checkpoint alors qu'il emmenait son fils aux urgences pour un empoisonnement alimentaire. Le chauffeur se joint finalement à la conversation et raconte l'histoire d'un gars qui avait une attaque cardiaque et qui est mort à un checkpoint.

Nous arrivons à Ramallah. Je suis en retard et je ne peux participer qu'au dernier tiers du programme du Forum Sharek pour la Jeunesse, auquel j'étais invité par Aia Hijazi, Coordonnateur de Recherche de Sharek, que j'ai rencontré à l'université Drake il y a quelques temps. La partie que j'arrive à suivre est impressionnante, avec un programme adapté pour une participation des jeunes des camps de réfugiés de Cisjordanie , et une liaison vidéo avec des jeunes à Gaza.

Plus de 10 camps de réfugiés sont représentés. J'ai entendu des jeunes, filles et garçons (de 15 à 25 ans) exprimer leurs besoins et leurs désirs, et réfléchir collectivement à ce qu'ils peuvent faire pour produire un changement de leurs situations.

Besoin de services cliniques dans le camp de réfugiés d'Akka. Des écoles pauvrement équipées mentionnées par un étudiant du camp Falasteen. Manque de toute structure de loisirs par un autre étudiant d'un autre camp. Des histoires de restrictions de mouvement. Un gamin qui mentionne qu'il est d'Iraq al Manshiya (un des villages dépeuplés qui héberge maintenant une usine Intel) et qui dit l'importance de prendre soi-même les choses en main pour produire un changement. Il y a des jeunes que j'ai rencontrés auparavant, du Centre Al-Rowwad (du camp de réfugiés d'Aida) et du Centre Ibdaa (du camp de réfugiés de Dheishe).

Puis ce fut le moment de la conférence vidéo avec Gaza et les gens de Gaza ont surtout mis l'accent sur leurs problèmes économiques. Le chômage (Batala) a été mentionné plusieurs fois.

J'ai dit quelques mots à la fin et j'ai été bombardé de questions de la part de ceux qui participent à un programme d'aide des étudiants en dernières années de licence à payer les frais du collège local.

De retour vers Beit Sahour, je me suis mis à lire les documents que le Centre m'avait donnés. Il y avait une enquête auprès de 1.220 jeunes (de 15 à 25 ans) de camps de réfugiés de Gaza et de Cisjordanie sur leurs perceptions de leurs conditions et en particulier leur situation vis-à-vis des droits de l'homme. Certaines de ces statistiques sont plutôt tristes : 54% ne se sentent pas en sécurité (plus de la moitié ont cité l'occupation israélienne et un taux alarmant de 18% a cité les factions palestiniennes comme cause de leur insécurité) et 81% ont dit qu'ils s'étaient sentis soit très déprimés soit déprimés au cours des deux dernières semaines).

D'autres questions et réponses m'ont agréablement surpris :

- Qui est responsable de la protection de vos droits de l'homme ?

Par ordre décroissant : ma famille, moi-même, mes amis, l'UNRWA ou autre agence des Nations Unies, le Comité du Camp de Réfugiés, les avocats ou une organisation palestinienne… (là le recours à soi-même est evident).

- Seuls 5% pensent que le travail bénévole n'est pas important, 95% pensent qu'il est important ou très important.

- 93% sont contre l'usage de toute drogue, seulement 7% sont pour (13% parmi les fumeurs).

- D'autres nous donnent à réfléchir et ont manifestement changé depuis l'époque où j'ai grandi : par exemple, 77% sont opposés au contrôle des naissances et au planning familial, et presque la moitié des jeunes s'identifie aujourd'hui à une identité musulmane plutôt qu'à une identité nationale palestinienne ou arabe (20%).

Dans la soirée, nous avons écouté la conférence puis discuté avec le Docteur Meir Margalit, ancien membre du Conseil municipal de Jérusalem et coordonnateur de terrain de l'ICHAD (Israëli Committee Against House Demolitions). Il a expliqué comment Israël fait une discrimination systématique et méthodique contre les citoyens non Juifs et modifie la nature de Jérusalem pour la transformer en ville juive. Par exemple, alors que les Palestiniens représentent 33% de la ville, ils ne reçoivent que 8 à 11% (ça dépend de comment vous comptez) du budget municipal. Et alors que c'était une terre qui appartenait à 90% aux Musulmans et aux Chrétiens, la ville n'alloue que 9.000 dunums pour les secteurs palestiniens (Musulmans et Chrétiens) sur un total de 124.000 dunums (soit environ 7%). Israël a également lancé la construction de colonies à Silwan, et même dans la vieille ville elle-même (dans les quartiers juif et musulman).

Je continuerai à vous envoyer des histoires palestiniennes dont j'aurai été témoin mais en voici une très inspirante, envoyée par mon ami Haitham, qui l'a lue sur ESPN et a envoyé un mot pour remercier le journaliste sportif :

"Puis il y a Zakia Nassar. C'est une Palestinienne de 21 ans de Bethléem, elle suit des études de dentisterie à Jenin, une ville de Cisjordanie . Elle a déclaré que c'était son rêve depuis qu'elle avait 10 ans de nager aux Jeux Olympiques mais il n'y a pas de piscine pour l'entraîner à Jenin. Il y en a une de 50m, aux dimensions olympiques, à Nazareth, mais le gouvernement israélien ne l'a pas autorisée à s'y entraîner. Sans autorisation, il n'y a aucun moyen d'y aller, a dit Nassar. Beaucoup de journalistes ont fait de leur mieux. Ils ont parlé, écrit, parlé, écrit. Notre comité olympique, notre fédération de natation, ils ont dit : C'est du sport, laissez-la s'entraîner. Et ils ont répondu non. J'ai dit : je vais juste nager. Et ils ont dit non. Ils n'ont rien proposé. Ils m'ont simplement ignorée.

Nassar n'a pu s'entraîner que lorsqu'elle revenait chez ses parents à Bethléem, ce qu'elle n'a pu faire que tous les deux mois pendant deux jours, et la piscine ne fait que 12 mètres de longueur. Oui, elle est très bonne pour les culbutes.

Mes parents m'ont toujours encouragée, dit Nassar. Ils me disaient : C'est ton rêve, ce sont les Jeux Olympiques, tu dois t'entraîner le mieux possible. Et je suis contente. J'y suis.

Nassar a dit qu'elle avait reçu énormément de textos de soutien de Palestiniens. Tous les Palestiniens me soutiennent toujours. Ils me disent : Nous sommes fiers de toi. Continue. Nage le mieux possible pour les Palestiniens.

Elle a nagé le 50m en 31''97, plus de 7 secondes derrière le meilleur temps, mais c'était suffisant pour passer les éliminatoires. Elle ne fera pas la couverture du Time Magazine n'y n'apparaîtra sur une Wheaties Box, ni ne recevra des millions de dollars, mais elle pourra toujours dire qu'elle a gagné une course aux Jeux Olympiques.

"Je ne me suis pas énormément entraînée, dit-elle. Mais j'ai fait de mon mieux et c'est bon. C'était mon rêve, et je suis très excitée d'être ici. Je ne crois pas que je continuerai à nager. Maintenant, il faut que je me concentre sur mes études de dentiste. Mais peut-être que je continuerai à nager pour la prochaine fois."

Vous pouvez envoyer un mot à l'auteur de cet article, Jim Caple.

Bonne nouvelle : les navires Free Gaza et Liberty sont maintenant réunis à Chypres, avec tout leur équipage, et vont prendre la mer via Gaza, après des retards inattendus.

Give birth to me again
Give birth to me again that I may know
In which land I will die, in which land
I will come to live again
.
Mahmud Darwish

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