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Palestine - ISM France

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Gaza -

Cinq jours en enfer

Par

Hamza Abu Eltarabesh est journaliste à Gaza.

01.10.2018 - Voyager entre l’Egypte et Gaza ne devrait prendre que quelques heures. Le Caire n’est qu’à 300 kilomètres de Rafah, la ville la plus méridionale de la Bande. Pourtant, le siège imposé par Israël – avec la coopération de l’Egypte – il y a plus de dix ans a transformé ce voyage en calvaire. Les fermetures fréquentes du passage de Rafah – le seul point de sortie et d’entrée pour la plupart des habitants de Gaza – sont très bien documentées. Ce qu’on sait moins, c’est que le retour d’Egypte peut entraîner des retards extrêmement longs.

Cinq jours en enfer

Un voyage récent du Caire à Rafah a duré cinq jours. Pour Mahmoud al-Madhoun, 28 ans, l’expérience fut « un enfer ».

Le 30 août, Mahmoud a accompagné sa mère Afaf, 54 ans, qui rentrait à Gaza en bus. Elle était allée en Egypte pour recevoir un traitement contre le cancer de la thyroïde.
Mahmoud et Afaf sont partis à l’aube rejoindre un minibus. Leurs problèmes ont commencé vers 7 heures du matin quand ils ont atteint le pont al-Firdan, près de la ville d'Ismaïlia.

Situé sur le canal de Suez, le pont occupe une place importante dans l’histoire car il a permis un transit rapide entre l’Afrique et l’Asie. Cela semble ironique étant donné la façon dont le pont est utilisé aujourd'hui. À la suite du coup d'État de 2013 au cours duquel le général Abdulfattah al-Sisi a pris le pouvoir au Caire, les autorités égyptiennes ont installé un poste de contrôle à Al-Firdan pour inspecter les Palestiniens qui entrent et sortent de Gaza.

Il y avait 29 autres passagers - toutes des femmes - dans le bus transportant Mahmoud et Afaf. La plupart étaient également allées en Egypte pour un traitement médical. Les autorités n'ont manifesté aucune sollicitude vis-à-vis de leur état. Les voyageurs ont attendu trois jours à al-Firdan sans même les services les plus élémentaires. Comme il n'y avait pas de toilettes au passage, ils ont dû se soulager dans les champs voisins. « C'était vraiment humiliant », a déclaré Mahmoud.

Bien qu'il y ait un grand nombre de personnes de Gaza au passage, la seule aide notable reçue de la mission diplomatique de l'Autorité palestinienne au Caire fut la fourniture d’un peu d'eau.
« Nous n'avons rencontré personne de l'ambassade pendant notre voyage, » a déclaré Afaf. « Nous nous attendions à ce qu'ils interviennent pour nous faciliter les procédures, en particulier au pont al-Firdan. Mais ils n'ont rien fait. »

Le troisième jour, une passagère s'est évanouie. Elle avait été opérée pour un kyste à l'oreille et devait changer régulièrement les pansements de sa plaie. Elle a été ranimée et on lui a donné de l'eau à boire.

Pot-de-vin

Alors que les passagers étaient de plus en plus en colère, leur chauffeur a suggéré qu'ils pourraient traverser le checkpoint en soudoyant un soldat égyptien. Mahmoud a recueilli environ 200 dollars auprès des passagers mais le soldat à qui on a proposé la somme l'a d’abord refusée.

Des femmes l’ont imploré. Une lui a proposé une bague en or, en plus des 200 $. Le soldat a alors accepté le pot-de-vin. L'anneau appartenait à Nisreen al-Rayes, qui voyageait avec sa sœur. La sœur de Nisreen avait récemment été traitée pour une hernie discale.
« S'il me l’avait demandé, je lui aurais donné tout l’argent que j’avais, », a déclaré Nisreen à propos du soldat. « Je ne voulais pas passer une nuit de plus dans ces conditions. Ma sœur souffrait beaucoup. »

Une heure plus tard, le bus et 30 autres véhicules étaient autorisés à traverser le passage.

Pourtant, les passagers n’ont parcouru qu’une courte distance avant d'être amenés dans un bâtiment situé de l'autre côté du pont. Ensuite, ils ont reçu l'ordre de quitter le bus et de se mettre une ligne. Ils ont été amenés dans une pièce où leurs sacs ont été fouillés.

Vol

« Les soldats ont inspecté chaque sac, » a déclaré Mahmoud al-Madhoun. « Et quand ils ont fini d'inspecter chaque sac, ils m'ont dit, à moi et au conducteur, de les fermer et de les ramener au bus. Pendant un moment, je me suis senti comme un prisonnier condamné aux travaux forcés. »

L'inspection a duré environ trois heures. L’autobus a ensuite pu repartir. Mais il avait parcouru à peine 500 mètres que les soldats ont décidé de vérifier tous les sacs une seconde fois.

Le deuxième processus d'inspection était différent du premier. Cette fois, les soldats ont confisqué certains effets personnels des passagers.

Hania Zumlot, 54 ans, rentrait à Gaza après avoir reçu un traitement contre l'ostéoporose.
« J'avais acheté des cadeaux pour mon mari et mes fils, » a-t-elle déclaré. « Un soldat égyptien a volé des cigarettes, du parfum et des chaussures neuves. Je lui ai demandé de laisser mes affaires car je n'avais rien de dangereux ou d'interdit. Mais il m'a crié qu’il fallait que j’arrête de parler sinon il me refoulerait. »

Finalement, l’autobus a pu repartir. Mais les passagers ont été soumis à des vérifications supplémentaires pendant le reste du voyage. Au total, ils ont dû passer 15 postes de contrôle.
Le bout du tunnel ?

Atteindre le passage de Rafah ne fut pas la fin de l’épreuve. Les passagers ont dû attendre 18 heures dans le hall contrôlé par les Egyptiens au passage. L'hygiène dans cette salle est notoirement médiocre. Les voyageurs doivent payer pour utiliser les toilettes, qui sont rarement propres. Les prix de la nourriture et des boissons à la cafétéria sont environ deux fois plus élevés que ce que les gens paient normalement à Gaza.

Le cinquième et dernier jour de leur voyage, un officier égyptien a remis aux passagers leurs passeports tamponnés. Ils ont ensuite pu monter dans un grand autobus qui les a amenés à Gaza.

Le calvaire raconté ici a eu lieu au milieu des spéculations selon lesquelles les souffrances des Palestiniens allaient être allégées. Ismail Haniyeh, personnalité dominante du Hamas, a prédit en août que la fin du siège israélien de Gaza était proche. L’Égypte allait faciliter les pourparlers visant à instaurer une trêve entre le Hamas et Israël.

Malgré toutes les spéculations, un accord n’a pas encore vu le jour. Et tout accord éventuel n'effacera pas la cruauté inhérente aux restrictions de mouvement que les autorités du Caire ont imposées aux Palestiniens jusqu'à présent.

Afaf al-Madhoun n'avait jamais imaginé que voyager serait si horrible.

« Si j’avais su que mon voyage allait être comme ça, j’aurais préféré mourir à Gaza, » a-t-elle déclaré. « C'était comme si on nous avait tué 1.000 fois sur le chemin du retour. »

Source : The Electronic Intifada

Traduction : MR pour ISM

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