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Liban - 8 août 2006
Par Usama Abu el-Sheikh
Mon nom est Usama Abu el-Sheikh, et je suis de Tabaria, en Palestine.
Je suis naturellement un réfugié et je n'ai jamais été dans ma ville natale en Palestine bien que je me sois renseigné auprès de mes grand-pères et que j'aie lu quelques livres à son sujet.
Je n'ai jamais été à Tabaria, mais je suis un Tabarien, et je le resterai, mais je suis aussi de Shatila et je le resterai.

Ussama Abu el-Sheikh (à droite) et Ali Abunimah dans les ruines romaines de Tyr, Liban, 19 novembre 2005
Bien que j'aie toujours rêvé de correspondre avec mon pays et ma ville natale pour savoir si j'y ai toujours de la famille, j'ai été incapable de le faire parce que le courrier ne fonctionne pas entre le Liban et l'Etat d'Israël.
Ironiquement, seuls les missiles du Hizbullah peuvent être envoyés en Israël. Nous ne sommes pas autorisés à y retourner, mais les missiles vont là où nous ne pouvons pas aller. Mais comment pouvez-vous envoyer un message d'amour à Tabaria avec un missile ?
J'ai dix-neuf ans maintenant, et j'ai grandi dans le camp de Shatila. Quand j'étais enfant, je voulais faire beaucoup de choses, parfois docteur, parfois ingénieur ou journaliste. Quand j'étais enfant, vous savez, je pouvais rêver de ce que je voulais et je voulais beaucoup de choses.
Pourtant, quand j'ai grandi, mes rêves ont commencé à être frappés par ma réalité, par mon statut de réfugié au Liban où nous n'avons aucun droit civique.
Étant l'ainé d'une mère veuve avec sept enfants et personne pour prendre soin d'eux après la mort de mon papa quand j'avais seulement 7 ans, j'ai dû lutter en mon fort intérieur. Les paroles de mon père alors qu'il était sur son lit de mort me demandant "de m'occuper de la famille" sont des mots que j'ai toujours en mémoire.
Je suis devenu "l'homme de la famille" sans le choisir, sans le savoir.
Quand j'étais enfant, tout allait bien, mais quand je suis devenu adolescent, je voulais toujours assumer cette responsabilité, toujours. Je ne pouvais pas admettre le fait que je ne n'assumais pas ma responsabilité en tant que chef de famille.
Ma maman, comme toutes les mères palestiniennes, voulait que je fasse des études. Pour elle, c'était un moyen d'aider la famille, parce que l'identité "instruite" est une sorte de compensation à notre identité perdue en tant que Palestiniens – mais pas perdue en termes de nos propres sentiments mais en termes de la façon dont le monde nous traite.
Pourtant, il m'était difficile de me concentrer, en particulier parce que je ne voyais pas de futur.
Comment est-ce que je pourrais être un docteur dans un pays où nous n'avons aucun droit ? Donc, j'ai quitté l'école, et maintenant je travaille dans une boutique pour appels téléphoniques dans le camp.
Vous vous demandez peut-être pourquoi j'écris au sujet de ma vie personnelle en cette période de guerre. Je voulais juste dire que cette guerre m'a renforcé dans l'idée que ce dont nous avons besoin, c'est d'une solution globale pour tous, et non des solutions individuelles comme elles sont offertes ici et là.
Tout comme être "instruit" ne remplacera pas la perte de mon identité, une solution pour la Palestine, séparée du Liban ou de la Syrie ou de l'Irak n'est pas possible.
Je m'assieds dans le camp et je pense aux nombres d'efforts qui sont faits pour nous séparer les uns des autres. Et maintenant nous avons les F-16 au-dessus de nos têtes qui nous rassemblent tous dans un seul camp.
Je ne veux pas parler du camp de Shatila, mais d'un camp bien plus grand pour tous ceux dont la vie ne vaut pas grand chose dans ce monde, le camp de ceux qui meurent comme des bêtes, le camp sur qui ils testent leurs armes.
Je suis fier d'appartenir à la résistance du Liban mais je ne pense pas que je reviendrai en Palestine bientôt.
Je continue à envoyer des messages d'amour dans ma ville natale en Palestine.
Je sais que le monde n'entend jamais nos cris. Mais il entend les hurlements des missiles.
Pouvez-vous envoyer un message d'amour sur un missile ?
Avec amour de Shatila.
Source : Electronic Lebanon
Traduction : MG pour ISM
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