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Palestine - ISM France

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Nabi Saleh -

D'un vendredi l'autre...

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Un vendredi, fin d’après-midi, le soleil couchant en toile de fond, les collines de pierres ocre et rouge décorées de l'herbe verte qui n'a pas manqué d'accourir sitôt passées les pluies de l'hiver... Je suis assis au sommet, le dos calé contre une pierre qui n'a pas eu assez de la journée pour se réchauffer, et je regarde, j'observe la vie autour, après ce jour "a la campagne"...
Deux enfants d'une douzaine d’années remontent lentement la pente, la veste bleue de l'un faisant écho au sac en plastique du même bleu que porte l'autre ; à mi-colline, est en train de paitre avec insouciance un beau mulet grisonnant, les pattes entravées d'une corde afin qu'il n'aille pas se mettre à galoper par monts et par vaux au moindre bruit ; l'enfant en bleu ciel s'approche de l'animal, le libère de la corde et en faisant un licol l'emmène d'un pas tranquille vers sa maison... Cette scène a tout du bucolique et du sentiment de l’éternité des choses simples ; l'enfant, comme son père et les pères de ses pères avant lui, exécute ces gestes immémoriaux, sur ces mêmes collines, face à ce même soleil couchant...

D'un vendredi l'autre...

Son compagnon s’apprête à lui emboiter le pas, va ramasser son sac en plastique bleu plein à craquer et lorsqu'il le soulève, ce dernier résonne d'un grand bruit de boites de conserves s'entrechoquant... c'est là sa récolte du jour, de ferrailles et autres trophées, la manne tombée du ciel qu'il rapporte chez lui : un plein sac de... bombes et autres  douilles de la pluie de larmes du jour. From Israël.

Je suis venu ce jour avec quelques autres activistes internationaux voir, prendre part, sentir, connaitre, comprendre peut-être, quelle est la réalité de ces manifestations qui ont lieu chaque vendredi dans plusieurs villages de la Cisjordanie ; ici c'est depuis 2009 que chaque semaine les habitants épaulés de quelques soutiens d'internationaux et d'activistes israéliens, vont protester contre la volonté toute puissante d’Israël et cette occupation et "accaparation" effrenées des terres, des villages, des corps et des esprits.

Rassemblés sur la place du village vers midi, après la prière à la mosquée, le groupe d'une petite centaine de personnes se met en route ; il y a là une douzaine de jeunes d'une quinzaine d’années, quelques femmes, quelques hommes plus âgés, mais la majorité sont de jeunes hommes entre 20 et 35 ans, et de nombreux photographes et cameramen qui nous accompagnent (ils sont comme des témoins, des regards présents qui peut-être refrènent un peu les soldats -un peu- mais en tout cas sont les preuves après coup lorsque cela tourne mal ; ce n'est malheureusement pas que ces preuves servent à quelque justice officielle, juste à faire savoir, témoigner...). En avant donc pour aller dire à Israël et à ses fidèles gardiens que nous ne sommes pas d'accord : avec l'annexion des terres, les routes interdites, les barrières, les murs de béton ou de grillage, les oliviers arrachés ou coupés, les champs et les maisons accaparés, les familles divisées, les contrôles, les empêchements (de se déplacer, de travailler, de se soigner, de se promener librement...), les puits détruits, les eaux détournées, les colonies gangrenant, les colons hors toutes lois, la police, l'injustice, les violences, les emprisonnements sans raison, les tortures, les sévices, les enfants suspectés et arrêtés idem, les villageois chassés et les villages rayés de la carte, le déni d’humanité fait à un peuple et à son histoire, à son présent...

Car l'enfant palestinien qui répète ces gestes immémoriaux a de moins en moins de chance de pouvoir assurer cette continuité de l'histoire de ses aïeux ; car l’âne a toutes les raisons, en ce vendredi, de prendre peur au moindre bruit et s'enfuir affolé ; car les ocres des collines sans fin se heurtent désormais au gris des murs et des grillages et se finissent contre quelque colonie ou route interdite... (en Palestine existait une tradition nommée le sarha : les hommes, quand saturés de la vie en ville ou au village, quand finis les travaux d'une saison ou par simple poésie, s'en allaient pour une marche sans but à travers les collines ; celle-ci pouvait durer quelques heures ou des jours ou des semaines ; juste marcher dans ces collines sans fin qui couraient de la vallée du Jourdain à l'Est jusqu’à la mer Méditerranée à l'Ouest, du désert au Sud aux montagnes du Nord... il ne s'agissait que de marcher, laissant l'esprit et le corps vagabonder, buvant aux sources et se lavant aux oueds, se nourrissant de la nature et des villages croisés, sans crainte et sans clôtures à traverser... la seule appréhension pouvant être une meute de chiens sauvages rencontrée ou une petite falaise impromptue à contourner ; aujourd'hui les chiens sauvages font figure d'enfants de chœur et une falaise qui ne soit saignée par le trace d'une route ou nantie d'une colonie a son sommet, on l'embrasse et on la bénit...).

Avec pour seules armes nos voix, nos jambes et nos bras, nous prenons la petite route qui descend du village vers la grande route (celle construite pour faciliter la circulation des colons en des droites plates et dégagées ; on a ainsi entaillé toute la Cisjordanie en créant des milliers de km de ces larges bandes de bitume qui contournent et évitent les villages arabes et dont la plupart sont interdites aux Palestiniens ou pour le moins sévèrement contrôlées) ; souvent le vendredi c'est l’accès même au village qui est interdit (pour tenter d’éviter les soutiens extérieurs) ; pour cela a été érigée à la jonction de la grande route et de l’entrée du village une barrière métallique jaune canari cernée de gros blocs de béton (le tout servant le temps venu si besoin à empêcher tant d'entrer que de sortir les villageois, comme cela se fait en de nombreux endroits et parfois de manière définitive) ; en plus de cette par trop concrète barrière, les soldats peuvent avoir un autre argument : un document nomme "Closed Military Zone Order of Israël" ; ce document permet de faire passer sous le coup de zone militaire n'importe quel endroit de la Cisjordanie à n'importe quel moment sans autre raison valable que ce bout de papier, et ainsi en faire une zone d'exception à la merci de l'arbitraire militaire (souvent aussi les soldats usent de ce stratagème en exhibant un ordre caduque ou relatif à une autre zone...)

Ce jour, c’était porte ouverte au village, allez savoir pourquoi... Tandis que nous entamons la descente vers cette barrière plus que symbolique, les troupes adverses se mettent en place autour du jaune canari de fer et de béton... Ici ce jour, pour moi point d’idée de faire un clown-show, ce que j'ai appris du déroulement des manifs ici m'a fait me dire que l'ambiance ne s'y prêtait pas, si j'ose dire... Pour la bonne et simple raison que si je peux être sûr de la proximité du public palestinien à mon côté, pour ce qui est des spectateurs en vert, ils sont ici si timides qu'ils ne se laissent pas approcher suffisamment pour apprécier mon jeu tout en subtilité !

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Il est midi passé et commence le jeu du chat et de la souris qui ne prendra fin que peu avant le coucher du soleil, vers les 17h... Les souris sont un peu plus nombreuses certes, mais les chats sont énormes, la queue et le poil hérissés et les dents bien affutées ! Ainsi l’équipe en vert qui stationnait un peu plus avant sur la grande route est venue se mettre en position, le bal du vendredi peut commencer ; à nos premiers pas et à peine vocalisant, n'ayant pas fait la moitié du chemin qui nous sépare (ce sont quelques 500 m entre les premières maisons et la barrière) que la pluie d'hiver comme de toutes saisons commence de tomber ; d'abord avec parcimonie puis un peu plus soutenue ; du coup le temps se couvre, des nuages nous environnent, on rebrousse chemin, on court, on tousse, on pleure, on mouche et crache... on en rirait si ce n’était triste et désespéré à en pleurer. On se remet de ces premiers émois selon nos rythmes cardiaques, la sensibilité de nos peaux et de nos bronches respectifs et par petits groupes ou isolés, on reprend la descente vers le but lointain... repleuvent les courbes de fumées, les cumulonimbus lacrymogènes nous environnent à nouveau, remontées, redescentes, remontées... à chaque fois nous descendons un peu plus bas, à peine, mais suffisamment pour que les garnements jouant avec nous plus bas ne s'essaient à d'autres gadgets ; ces premiers projectiles sont les plus gentils, dirons-nous, ils arrivent en une haute courbe avec un panache de fumée, ils sont de la forme d'une grenade en caoutchouc noir et on peut les voir venir ; il faut juste être attentif à ne pas s'en prendre un sur la tête et leur fumée irritante est dense et assez facilement évitable... Le jouet number 2 est d'un autre acabit, c'est le "High velocity teargaz" : un tube métallique de la grosseur d'un tube de dentifrice contenant un gaz bien plus puissant et se diffusant largement sur de larges surfaces même quand on n'en voit plus la fumée (le contenu de son gaz peut varier de composition chimique, en tous cas là il était beaucoup plus agressif que les premières simples lacrymogènes ; en plus de vous irriter nez, gorge et bronches, il donne des vertiges, impressions de suffoquer, de perte de notion de l'espace... il est notoire que les armées font des essais de nouveaux procédés chimiques avec ces Tir ; on se demande bien quels gaz sont ceux utilisés ces derniers temps en Égypte ou en Syrie, qui ont quasi envoyé ad patres nombre de manifestants...).

Ces "Hight velocity teargaz" sont pourtant des munitions "non conventionnelles et prohibées par les lois internationales" dans de tels contextes (eh oui, il faut savoir qu'il y a des lois et des règles à respecter en terme de façons de blesser, faire souffrir ou tuer son prochain.. il doit même y avoir une déontologie du comment trucider …!). Le problème concret de qui est visé par ce type de munition, (hors chartes internationales du bien blesser et tuer…) réside dans le fait, outre le contenu très agressif, du comment est adressé le dit projectile ; la norme officielle veut que les tirs soient faits en une courbe et que le tube arrive du haut vers votre pauvre tète de manifestant (à vous d’être attentif et d’éviter d’être au point d’arrivée), mais la norme pratique fait que ces projectiles sont tirés en ligne directe, à hauteur d'homme, avec le choix pour le joueur d'en face de viser en plus telle ou telle partie de votre somme toute fragile personne ; souvent des gens sont blessés dans les manifs à cause de l'usage abusif fait de ces armes ; blessés plus ou moins grièvement selon l'endroit touché et la distance entre le joueur d'en face et vous. Un jeune homme de 28 ans, Palestinien de ce village où je suis ce vendredi, a eu moins de chance il y a trois semaines ; poursuivant pour lui jeter une pierre une jeep de l’armée qui s'en allait, il a vu la porte arrière s'entrouvrir, un fusil pointer et ce projectile tiré en direction de sa tète alors qu'il était distant d’à peine quatre mètres… la moitie du visage arraché, le cerveau en bouillie, il est mort avant d'arriver à l’hôpital dans le taxi qui l'emportait… Qui est, que peut sentir le jeune soldat qui a commis ce geste ?...

Un geste de rien comme il en fait sur ses jeux vidéos d'entrainement, sans lien avec sa réalité, sans conséquences, remords, regrets… ?(mais tout cela est une autre longue réflexion que de savoir et comprendre ou imaginer l’état, le ressenti, les pensées de ces soldats-là, qui sont en grande majorité des appelés, des réservistes et non des soldats de profession… juste il est bon de savoir que les jeunes Israéliens ont tous droit gratuitement, aux frais de l’État, à une psychothérapie pendant les 5 ans qui suivent leurs 3 ans de service… ça en dit sur l’état de cet État…)

Puis, comme la journée était belle, ensoleillée, le ciel bleu et les humeurs badines, les nuages se sont dissipés, nos petits groupes reformés et d'un pas léger nous repartîmes vers ce fameux tant qu'inaccessible bas de la route… Après tant de fumée et de projectiles pour pas grand chose (mais il faut bien que l’armée use de son matériel si elle veut le justifier d'une part, ainsi que son glorieux titre de 4eme armée du monde, et avoir des raisons d'en acheter d'autre auprès des fournisseurs principaux qui sont depuis 60 ans les Etats-Unis certes, mais nombre de pays d'Europe, la France et l'Angleterre en tête…) et ayant plus d'un mauvais tour dans son sac, les soldats de plomb (durci, à l'occasion) nous ont laissé promener jusqu’à n’être plus qu'à 150 m d'eux ; c’était juste pour nous faire voir de près un autre jouet, le "Skunk water", l'Eau puante ! Un camion surmonté d'un canon à eau qui peut projeter son infâme liquide jusqu’à une centaine de mètres ! Le canon à eau, on connait aussi par chez nous et certains en ont fait les frais lors d'une manif ici ou la, je n'en doute…l’originalité locale, c'est que l'eau projetée contient je ne sais quel mélange qui en fait un liquide à l'odeur franchement immonde, type un mélange d’égout puissance dix, mêlé à la merde, et une note principale de réelle odeur de cadavre en putréfaction ! Attendant bien veulement que l'on soit assez proche, le dit véhicule a foncé dans notre direction, arrosant allègrement en avant et sur les côtés… Bien entendu, galopade générale et retour vers les hauteurs ; la bête nous a fait la chasse sur deux cents ou trois cents mètres puis a fait marche arrière, est revenue, repartie puis revenue pour arroser un peu les collines autour où des jeunes s’étaient cachés pour commencer à lancer des pierres sur les titans d'acier… Pour sûr que cette eau putride fait fuir le plus brave des héros ! Il est dit que celui qui en est baigné met des jours à se départir de l'odeur malgré toutes les douches du monde, ne peut que bruler ses vêtements et se raser la tête !

Que ne vont-ils inventer… pour blesser, rabaisser, éloigner, meurtrir, tuer leurs prochains… ! Ah si, ils ont aussi, dans le rayon gadgets, "The Scream"… un véhicule équipé d'un haut-parleur qui émet un son très aigu et répétitif très fort sensé faire fuir les manifestants (j'ai cependant vu un beau bout d'une vidéo où dans ce même village sont face à face, de chaque côté de la barrière, le véhicule en question et de l'autre un groupe de femmes et d'enfants tous munis de pierres, qu'ils ne jetaient point mais dont ils se servaient pour cogner sur la barrière métallique et faire plus de bruit encore que leur inanimée invention !) Dans la série son, ils ont aussi les "Sound bombs", une bombe à projeter au milieu d'un groupe de personnes qui fait une très forte détonation ; mais ces outils sonores sont plus efficaces, si l'on peut dire, en milieu urbain, dans des rues faisant caisse de résonance, ou directement jetés dans des maisons ; là on peut être sûr qu'il y aura, en plus de la dispersion souhaitée, quelques tympans abimés et autres surdités éternelles…

Pour finir avec les atouts d'un peuple sur un autre, n'omettons pas ce qui fait plus d'effets quand clairement la décision n'est pas de s'amuser avec l'autre, mais bel et bien de disperser définitivement, faire cesser irrémédiablement : on passe aux tirs directs ; d'abord avec les dites "balles en caoutchouc" (là aussi les règles internationales de la souffrance officialisée veulent que les tirs soient exécutés d'une distance assez lointaine, que ne soient visés que les jambes et les pieds…) ; d'abord, les balles soi-disant en caoutchouc sont de divers types : en seul caoutchouc rigide de la grosseur d'une cartouche un peu plus courte, ou bien rondes,de la grosseur d'une noix, mais aussi elles peuvent être garnies, le caoutchouc ne faisant qu’envelopper une bille de métal, ou bien tout caoutchouc disparu, une propre bille de métal… c'est pourtant toujours la même catégorie ! L'autre risque étant, l’armée faisant même fi de sa déontologie du comment blesser et tuer honnêtement, que ces projectiles soient tirés aussi de très faibles distances et visent toutes parties du corps ; nombre de personnes sont ainsi blessées, enfants compris, et il y a quelques semaines un activiste étranger a été touché à la tête et a eu de la chance : il a juste perdu de sa vision et a des séquelles cérébrales à jamais…). Vient ensuite le tir de sommation, à balles réelles… et le tir tout court quand il n'y a plus de sommations qui tiennent.

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Il ne faut pas s'illusionner, vu les moyens d'un côté et de l'autre, on peut dire que l’armée joue… elle joue à faire courir, avancer, reculer, partir et revenir ces petits humains désarmés qui gambadent au loin… et quand vraiment, selon le contexte, ça risque prendre trop d'ampleur et qu'il faut que ça cesse impérativement, elle commence par blesser sérieusement et si besoin d'un signe encore plus clair pour appuyer l’immédiateté de sa volonté, elle tue. Un, deux, trois, quatre… Ce qu'il faut pour que ce peuple comprenne. En tous les cas, que ce soit à coup de sons, d'eau, de caoutchouc ou de mitraillette, c'est clairement étudié et délibéré. Il n'est pas question de bavures, d'erreurs, de débordement quand une 4ème armée du monde affronte un peuple armé de frondes. Car si il y a eu quelques armes du cote palestinien lors de la dernière Intifada, si il y en a encore quelques unes du cote du Hamas et que l'on entend parler a l'occasion de quelques roquettes dans la Bande de Gaza, (qui s’échouent en général dans le sable du désert), ce n'est pas un peuple armé qui s'oppose actuellement en Cisjordanie aux occupants surarmés (soldats et colons y compris). C'est bien un peuple de 10 millions de personnes appuyé par une des armées les plus puissantes qui opprime, expulse et fait disparaitre peu à peu un peuple de 5 millions de femmes, d'enfants et d'hommes, sans armes.

Puis de petits groupes de jeunes, les plus motivés ou les plus fougueux, ont élargi le terrain d'action aux deux collines bordant la route, les soldats se sont déployés et le rituel s'est étalé tout au long de l’après-midi… Je me suis perché au haut d'une des collines et j'ai observe la scène ; les jeunes d'une quinzaine d’années ou à peine plus, trop jeunes pour avoir réellement pris part à la dernière Intifada en 2000, rejouaient ce qu'ils avaient vu étant petits ; le keffieh masquant le visage, armés de leur fronde ou à mains nues, ils allaient, tentant de s'approcher le plus possible (à 100, 150 m) des soldats et des véhicules, et leur lançaient de ces pierres qui sont par milliards sur ces collines… les soldats répondaient en envoyant les gaz et quelques coups d'eau puante…

L'espace immense des collines alentour mangeait tout de cette scène, la faisant paraitre minuscule et dérisoire ; l'espace temps de cette histoire qui depuis plus de 60 ans voit un peuple en manger un autre parlait de l'impuissance de ces cailloux volant dans le ciel de si éphémères instants… La colonie bien implantée sur la colline d'en face nous regardait de ses yeux aveugles ; j'entendais et voyais sans besoin de les voir les soldats blaguant, riant, s'ennuyant, "ipodant" entre deux coups de fusil…

Je ne voyais pas le sens de tout ça, comprenant, mais vide de toute raison, de tout réalisme face à cette pourtant réalité. Des enfants sont venus autour d’où j’étais posé, des filles commentant la scène, des petits garçons s'entrainant maladroitement avec des frondes trop grandes pour eux… Cet espace tout autour déjà tellement découpé en zones, en identités, en champs clôturés, en terrasses abandonnées, en villages détruits, en populations exilées…

Au bout des fusils sont des cartes où le nom arabe des villages, des sources, des collines et des vallées n'existe plus… Un mur qui court sur 700 km dans le silencieux et assourdissant fracas de l’indifférence du monde, enclavant un peuple de 5 millions d’êtres humains sur 12 % de sa terre d'origine…

Entre vide et envie de pleurer… je me demande ce que je fais là… je ne me sens ni la vocation d'un héros ni d'un martyre… je n'ai pas envie de faire mal aux pierres en les lançant sur des tas de ferrailles, j'ai la tête lourde et des tensions dans la nuque…je remonte vers le village demander de l'eau chaude pour un café, le boit respirant le soleil et la lumière de ces collines…, écoute la fin des dernier tirs, vois les jeeps, le camion puant, le bulldozer reprendre le chemin du retour à l'heure de la débauche…Chacun rentre chez lui, les villageois au village sous la grâce des dieux, les soldats de l'autre côté de quelque mur… Nous autres activistes internationaux, un taxi collectif nous embarque et a la bonté de prendre par les chemins de traverse pour ne pas avoir à passer par le checkpoint…

Je rentre épuisé de l’intérieur… parce que tellement impuissant au dehors face à cette réalité.

Alors qu'on parle sur la scène internationale d'accords de paix, de pourparlers (les biens nommés !), de partage et de solutions en cours, à venir… ici la réalité du quotidien va galopant, en une immense injustice et chaque acte, chaque fait semble irréversible et écrit l'histoire d'un peuple qui, avec constance et assurance, s'acharne à essayer d'en faire disparaitre un autre.

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11 janvier 2012