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Israël -

Défier le racisme : le calvaire d’une musicienne palestinienne à l’aéroport Ben Gourion

Par

Nai Barghouti est une chanteuse palestinienne, joueuse de flûte et compositrice ; elle étudie la musique au Conservatoire de musique d'Amsterdam.

14.01.2019 – J'ai quitté notre maison familiale le lundi 7 janvier 2019 à 9h30 pour être à l'aéroport Ben Gourion, près de Tel Aviv, à 10h30 pour prendre mon vol de 12h45 à destination d'Amsterdam, où je prépare actuellement mon baccalauréat en musique. Avant de faire ma valise la nuit précédente, j'ai préparé une liste pour m'assurer de ne rien oublier. J'ai réussi à tout rayer de la liste et à être à l'aéroport à l'heure. Mais il y avait une chose que j'avais oublié d'écrire… un détail très important auquel j'avais tout simplement oublié de penser… je suis palestinienne !

Défier le racisme : le calvaire d’une musicienne palestinienne à l’aéroport Ben Gourion

Comme tous les Palestiniens qui possèdent la citoyenneté israélienne et vivent sous le régime israélien d’apartheid, j’ai toujours un mauvais pressentiment quand je vais à l’aéroport, et cette fois n’a pas fait exception. La grippe que j’avais attrapée la nuit précédente n'a pas aidé non plus. Ma mère, qui m'a conduit à l'aéroport, s'inquiétait qu’un checkpoint militaire me fasse rater l’avion, mais nous avons eu de la « chance » cette fois-ci.

Une occupation militaire coloniale qui vous brutalise depuis tant d'années peut vraiment contrarier tous vos plans. Franchir un barrage militaire commence à vous donner cet étrange sentiment d'accomplissement. Vos droits humains fondamentaux deviennent un privilège plutôt que la norme, et cela devient la nouvelle norme.

L'un des aspects les plus dangereux des régimes d'oppression coloniale est qu'ils s'efforcent d'occuper l'esprit des opprimés, pas seulement leur pays.

Nous sommes arrivées à l'aéroport et j'ai essayé de convaincre ma mère de ne pas attendre que je finisse le contrôle de « sécurité » déshumanisant, comme elle le fait toujours. Bien que j'aime voir son visage de loin, derrière l'épaisse vitre, et ses signes de la main rassurants, je déteste la voir observer avec colère mais impuissante les agents de sécurité israéliens racistes essayant de m'humilier juste à cause de qui je suis, une Palestinienne. Je l'ai suppliée de partir, mais elle a insisté : « Je ne peux pas te laisser dans cet endroit horrible. On ne sait jamais ce qui se passe. » Elle avait raison !

Mon nom arabe sur mon passeport a immédiatement révélé mon identité, m’attirant leur traitement « royal ». Lorsque l'agent de sécurité m'a demandé si je parlais hébreu et que j'ai dit non, sa colère était visible. Quand elle m'a demandé ce que je faisais à Amsterdam et que j'ai répondu que j'étudiais le jazz, elle n’a plus pu contenir ses ondes racistes. Comment pouvais-je détruire aussi brutalement son stéréotype fanatique sur les « femmes arabes » ? Elle m'a dit que je devais subir une « fouille corporelle » intrusive.

Je l'ai immédiatement accusée de racisme, de profilage racial et de vengeance contre moi à cause de qui je suis et de ce que je fais. Elle m’a crié qu'elle faisait son travail. Je lui ai rappelé que de nombreux crimes innommables de l’histoire ont été perpétrés sous cette excuse immorale.

Elle s'est vengée en affirmant que mon ordinateur portable n'avait pas passé le contrôle de sécurité et ne pouvait donc pas venir avec moi dans l'avion. Ceci en dépit du fait qu'elle m'a demandé de l'ouvrir et de l'allumer, ce que j'ai fait. Elle a dit qu'ils me l'enverraient par courrier à mon adresse à Amsterdam. J’ai ri de son culot et j’ai protesté avec force. De par ma propre expérience et celle d’autres Palestiniens, je sais que laisser votre ordinateur portable à la sécurité de l’aéroport Ben Gourion signifie invariablement qu’il sera piraté, endommagé ou « perdu ».

Je lui ai dit que je ne pouvais pas voyager sans mon ordinateur portable car toutes mes notes des cours de musique y étaient et sans elles, je ne pouvais assister à aucun de mes cours.

Son superviseur a soutenu sa décision vindicative, alors j'ai été obligée de renoncer à mon vol. J'ai pris mon ordinateur portable et me suis dirigée vers l'endroit où ma mère attendait avec anxiété. Elle m'a accueillie avec le plus chaud des câlins et quelques larmes et a dit : « Ne t'inquiète pas pour ça, nous trouverons une solution. Je suis si fière de toi ! »

Le lendemain, Maman m'a conduit au poste frontière avec la Jordanie. Après avoir passé une nuit agréable en famille à Amman, savourant les fameuses tartes au fromage blanc et aux épinards de ma grand-tante, je me suis rendue à l'aéroport d'Amman et suis arrivée à Amsterdam en toute sécurité, avec mon ordinateur et ma dignité intactes.

Aussi furieuse que je sois devant le racisme et la vengeance odieux de l'officier de sécurité israélien, je me sentais un peu mal pour elle. Malgré tous ses efforts pour m'humilier, je continuerai à résister, avec ma musique, au racisme et à l'apartheid de son État. Un jour, peut-être serai-je importante dans la lutte de mon peuple pour la libération. Elle, elle continuera à fouiller les sous-vêtements des Palestiniens, à mentir au sujet de nos ordinateurs portables qui n’ont pas passé les contrôles de sécurité et à être un outil insignifiant d'un système d'oppression raciste.

Alors que j'étais sur le point de sortir de l'aéroport, j'ai levé la voix pour être sûre que mes derniers mots touchent le plus grand nombre de personnes possible dans l'aéroport. « Vous savez ce qui est très proche d'Amsterdam ? La Haye. Un jour, vous et vos dirigeants serez poursuivis pour crimes devant la Cour pénale internationale, dans ce pays. »

Elle est restée silencieuse et a baissé les yeux, et je suis sortie avec le sourire, la tête haute, pendant que maman me faisait des signe de la main.



Source : Mondoweiss

Traduction : MR pour ISM

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