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Palestine - ISM France

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Hébron -

Des bergers palestiniens rebelles affrontent la violence des colons et de l’armée

Par

Aaron Lakoff est membre de l’International Solidarity Movement et journalise pour la radio CKUT de Montreal. Il voyage actuellement et travaille dans toute la Palestine. Pour voir ces précédents témoignages et ses photos : http://aaron.resist.ca

Nous étions dans un van à environ 100 mètres en bas de la route de notre destination d’At-Tuwani, et il n’y avait qu’une demi-heure que nous avions quitté ce matin Jérusalem.
Une femme israélienne s'est tournée vers moi depuis le siège avant, a souri et dit : "Assez rapide, non?"
J'étais dans un van avec un groupe d'activistes israéliens, et nous étions seulement passé en éclair sur l’une des routes israéliennes bien goudronnées des colons.

Des bergers palestiniens rebelles affrontent la violence des colons et de l’armée


Carte présentée par un soldat israélien pour démontrer que le secteur était une zone militaire fermée.
Voir les autres photos de la manifestation prises par Aaron


J'étais tout étonné, car j'avais voyagé d’Hébron à At-Tuwani l'autre jour, et cela avait pris deux fois plus de temps bien qu’Hébron soit beaucoup plus proche. Je vous rappelle que la veille que j'étais avec des Palestiniens sur des routes palestiniennes. Il est intéressant de voir à quel point l'infrastructure des colons est commode si vous êtes privilégiés.


Ce matin, nous étions en route pour le petit village palestinien de At-Tuwani pour rejoindre une manifestation avec des bergers locaux et de nombreux groupes de pacifistes internationaux et israéliens. La manifestation était censée attirer l'attention sur des incidents récentes de voisinage : des colons israéliens intimident et attaquent des bergers d’At-Tuwani.

Hier, deux membres du groupe italien, l’Opération Dove (Opération Colombe) ont été sérieusement tabassés par des colons de la colonie voisine de Ma'on. Un des activistes a perdu conscience et a été transporté à l'hôpital avec une mâchoire fracturée.

C'est la dernière d’une série d’ignobles attaques contre les activistes internationaux qui sont dans la région pour accompagner les habitants d’At-Tuwani et les aider à avoir une vie normale.

La manifestation d'aujourd'hui était agréable car le soleil brillait sur les prairies luxuriantes, et les bergers semblaient soulagés par la présence de tant d'activistes du monde entier. Avant qu’il se passe quelque chose, il y avait déjà une présence des militaires et les colons s'agglutinaient, avec environ 4 jeeps de l'armée, 20 soldats et la police des frontières.

Nous avons commencé à avancer avec les moutons vers les prairies à environ 10h30, et immédiatement les forces de l’occupation ont entrepris la démarche prévisible de déclarer le secteur entier, y compris les champs de pâturage appartenant à At-Tuwani, comme étant une zone militaire fermée.

Cette nouvelle n'a pas semblé déranger les bergers. En fait, ce terme ne devrait trouver aucun signification dans leur vocabulaire. At-Tuwani est un village vieux de 500 ans.

Les bergers et les fermiers ont utilisé ces champs depuis des générations. Aussi, cette "zone militaire fermée" ne semblait pas les tracasser.

Ce sont leurs terres, et aucune puissance d'occupation étrangère n'allait les empêcher de les utiliser ce matin.

Après environ 30 minutes de pâturage, les soldats commençaient à se sentir de plus en plus frustrés que personne n'aient quitté le secteur. Un gros Hummer est alors arrivé et a commencé à courser des troupeaux de moutons, les faisant courir frénétiquement hors de la vallée.

Quelques soldats ont sautés du véhicule, pris des pierres et ont commencé à en lancer quelques unes sur les moutons en tentant désespérément de débarrasser le secteur de ce qu'ils percevaient être comme des menaces sécuritaires.

Alors que les moutons s’échappaient, l'armée a également commencé à empoigner les manifestants et à arrêter un Palestinien, et un pacifiste israélien du groupe Ta’Ayush. Nous avions commencé à nous écarter du chahut quand soudainement j'ai été attrapé par derrière par un officier en colère. Il avait sorti ses menottes et était prêt à m'arrêter, en criant que je violais sa précieuse zone militaire.

J'ai exigé de voir les documents juridiques illustrant que c'était réellement une zone militaire fermée, et il a sorti un morceau de papier chiffonné de sa poche.

Sur ce document, il y avait une photocopie d’une photo satellite du secteur, avec une ligne gribouillée au milieu. Cela ressemblait à une documentation de projet vieux d’au moins 4 ans. Ce sont les soi-disant connaissances juridiques de base d'Israël dans les territoires occupés.


Néanmoins, nous avons évité d'être arrêtés et nous avons reculé juste derrière la ligne avec certains des bergers. Quelques minutes plus tard, certains soldats se sont encore approchés de nous, comme s’ils venaient nous narguer parce que, cette fois, ils avaient gagné cette fois.

J'ai demandé à l’un de ces soldats pourquoi ils jugeaient nécessaire de forcer des bergers pacifiques et leurs moutons à quitter leurs terres. Le soldat a répondu que certains des bergers pourraient être de dangereux terroristes, et il a mentionné que l'un d'eux avait tué un colon appelé Dov.



Malheureusement, le cas de Dov est bien connu à At-Tuwani.

Dov Dribin était un colon israélien qui habitait Ma'on. Au cours des années, il s’était une terrible réputation parmi les bergers palestiniens de la région. Il devait penser que c'était son devoir de frapper, de harceler, ou d’insulter les Palestiniens des environs.

Puis, un jour en avril 1998, Dov a poussé à l'extrème sa haine de ses voisins. Il a pris deux bergers au hasard dans les champs, et a tiré dans la jambe de l’un d'eux avec son arme. L'autre berger, craingnant pour sa vie, s’est battu avec Dov, est parvenu à prendre son arme et a tiré sur lui un coup mortel. La mort de Dov plane toujours aujourd'hui, et c’est la raison pour laquelle les forces de l’occupation considèrent At-Tuwani comme dangereux.

J'ai essayé d'expliquer l'histoire de Dov au soldat, quand l’un de ses collègues m'a coupé.


“Nous aimions Dov!” a-t’il ricané. “Il avait l’habitude de faire le travail pour nous.”

En clair, il effectuait le travail de l'armée. Mais encore une fois, dans des endroits comme At-Tuwani, où les problèmes avec les colons sont si graves, il est difficile de distinguer le travail de l'armée et le travail des colons. Des jours comme aujourd'hui, il apparaît clairement que les colons et l'armée ont le même but : déposséder et pousser les Palestiniens hors de leur terre. L'armée fait cela par des moyens quasi-légaux alors que les colons semblent de beaucoup préfèrer la force brutale. Et puis parfois, les rôles sont renversés!

A At-Tuwani, le cours des événements semble défier toute logique. Les colons attaquent les Palestiniens et les internationaux. L'armée est appelée et, au lieu de punir le coupable, elle punit les Palestiniens. Et tandis qu'Ariel Sharon et son gouvernement essayent de prendre publiquement des distances avec les colons fondamentalistes de la Bande de Gaza, la réalité sur le terrain en Cisjordanie prouve qu'ils agissent de concert pour un objectif commun.

Bien que la honte et l'insulte d’être expulsés de leurs terres planaient toujours au-dessus de nos têtes, les bergers semblaient relativement contents.

Un village vieux de 500 ans survit et est fatigué, mais il ne s'effondrera pas si facilement face à l’occupation.

En clair, la menace n'est pas les troupeaux de moutons et les hommes et les femmes qui s'occupent d'eux. La menace est l'expansion coloniale des colonies illégales et les politiciens israéliens qui soutiennent ce processus.

Les routes, les avant-postes, et les habitants de ces lieux étranglent lentement les secteurs palestiniens autour d'eux.

Si l'Etat d'Israël ne cesse pas de soutenir Ma'on et d'autres colonies semblables, il y aura dans la région de plus gros problèmes que quelques moutons broutant des brins d'herbe.



Source : http://aaron.resist.ca

Traduction : MG pour ISM-France

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