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Palestine - ISM France

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Gaza -

Désespéré, désespéré – Gaza, 23ème jour du Ramadan

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Hier, Hamsa m’a appelé. Cela faisait un moment que je ne l’avais pas vu, bien que je sois allée chez lui il y a deux semaines – mais il n’était pas là, il cherchait du travail. Hamsa n’a jamais demandé directement de l’aide. C’est parce que je le lui ai suggéré, grâce aux dons de soutiens étrangers, qu’Hamsa a accepté un peu d’argent. Sa première réaction avait été un dégout évident à l’idée d’être aidé. Je lui avais clairement dit que les dons lui étaient proposés en signe de solidarité, et que le but n’était pas qu’ils deviennent une réalité permanente qui le rendrait dépendant. C’était plutôt une manière de reconnaître que son âne avait été tué par la guerre israélienne sur Gaza, et que de fait, son seul moyen de gagner sa vie avait été détruit.

Désespéré, désespéré – Gaza, 23ème jour du Ramadan


Hamsa al Bateran, devant sa maison d'une pièce, avril 2009 (photo Eva Bartlett)

Avec réticence, Hamsa a accepté quelques dons. Il a pu acheter des poules, pour consommer les œufs et peut-être en vendre quelques-uns. Avec un don plus important, il a acheté un cheval pour remplacer l’âne. Il s’est remis à parcourir les rues à la recherche de plastiques recyclables, créant ainsi son propre travail. De temps en temps, son cheval et la carriole ont servi à transporter des affaires, contre un peu d’argent.

Son cheval est tombé malade. Ce fut un problème, parce qu’il ne pouvait plus travailler et qu’il a dû dépenser un argent précieux en soins vétérinaires et médicaments pour le cheval.

Puis Ali, le nouveau-né d’Hamsa, est tombé malade. Il ne m’a appelée à l’aide à cette occasion.

Il a vendu le cheval, a dépensé beaucoup d’argent pour les factures d’hôpital d’Ali, qui a guéri.

Maintenant, son bébé de trois mois va bien, me jure-t-il. Et sa femme Iman aussi.

Mais Hamsa n’a toujours aucune source de revenu, et il a des problèmes aux jambes.

Après la mort de son premier âne, Hamsa a collecté les plastiques à vélo. Il a énormément circulé et gagné le strict minimum, bien inférieur au strict minimum vital pour chacun d’entre nous.

Mais il disait, « Nous vivons, nous nous en sortons, » lorsque je lui demandais.

Lorsque je l’ai rencontré la première fois, j’ai vu le trou dans lequel il vivait. Je sais qu’un grand nombre de Palestiniens de Gaza vivent dans de tels taudis exigus. Pourtant, quand vous apprenez à connaître les individus qui vivent dans de telles conditions, le choc de la situation vous bouleverse.

Hamsa et Iman vivent dans une pièce de béton de 4mx4m, recouverte de tôle ondulée, qui est en elle-même mauvaise pour la santé, difficile à vivre. En été on y étouffe, l’unique fenêtre ne permet pas à l’air de circuler, et l’odeur des toilettes adjacentes (sans porte) se répand dans la salle de séjour-cuisine-chambre.

Cet hiver, ça va être glacial.

Ils font la cuisine au kérosène, ou quelquefois au bois, lorsqu’ils en récupèrent. Leur alimentation est pauvre, comme pour la majorité de gens à Gaza, faite essentiellement de pain, de concombres et de tomates, enrichie quelquefois de pommes de terre.

Il n’y a plus de poulets, plus de revenus, il fait encore une chaleur étouffante, Iman allaite Ali mais sa propre alimentation est insuffisante et elle doit la compléter par des biberons.

Aujourd’hui, Hamsa m’a appelé, désespéré.

« Où es-tu ? Peux-tu venir ? »

J’étais en mer avec les pêcheurs à ce moment-là, je lui ai proposé qu’on se retrouve entre le port et chez lui, au marché Saha.

Il vieillit vite, le stress de l’inquiétude sur son existence ajoute des rides à son visage. Il faisait plus jeune il y a encore seulement 5 mois.

« Walla la vie est si dure en ce moment. Si dure. Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas comment nous allons survivre à tout ça. »

Il ne s’était jamais plaint avant, même quand son cheval était malade, même pas quand Iman était sur le point d’accoucher et qu’ils n’avaient pas d’argent pour l’hôpital et les frais médicaux.

Aujourd’hui, il se plaint presque, à juste titre.

« Je n’ai pas de huwwiyye palestinien, » dit-il de la carte d’identité palestinienne. Sa famille est originaire de Gaza, mais il est né en Jordanie et a un passeport jordanien. Sa femme est de Gaza, sa mère et ses frères et sœurs vivent ici. Mais il n’a pas droit à l’aide alimentaire des Nations Unies, sans l'huwwiyye.

« Je ne reçois pas l’aide alimentaire qu’ont les autres. Je ne reçois aucune indemnité, rien. »

En fait, il ne se plaint pas réellement. Il tournait et retournait tout ça dans sa tête, et il pensait à haute voix, disant combien sa situation est devenue désespérée.

« Je suis allé m’inscrire pour un travail à la journée. » Il m’avait dit plus tôt qu’il était allé s’inscrire au bureau qui enregistre les gens qui cherchent un travail, mais on ne l’a jamais rappelé.

« Je ferai n’importe quoi. J’ai pensé à aller travailler dans les tunnels. Mais ça me terrifie. Tu mets un pied dans le tunnel et il s’effondre, ou les Egyptiens y envoient des gaz. Il y a des morts toutes les semaines dans les tunnels. »

Il a raison. Les tunnels - qui bénéficient d’une grosse couverture médiatique pour leur rôle dans la contrebande de tout, mais surtout de nourriture et d’articles interdits par Israël, - en reçoivent peu sur leurs martyrs.

Qui sont ces jeunes gens (habituellement très jeunes, souvent de la même famille) qui risquent leurs vies pour un salaire ? Dans quelle situation est leur famille ? Quelle somme de désespoir faut-il pour accepter un tel travail ?

« Je ne veux pas travailler dans les tunnels. Mais je ferais n’importe quoi d’autre. »

Je le crois. C’est un boulot très humble que de ramasser les déchêts recyclables.

Mais Hamsa, alors qu’il accepte le boulot que d’autres dédaignent, est fier, et il refuse de mendier.

« Je ne veux pas devenir un mendiant. Je préfère mourir, » dit-il.

Il parle de ses dépenses : « Je dépense au moins 5 shekels (1€) par jour pour Ali. Le lait en coûte 20 (3,5€) tous les 3 jours. Les couches coûtent 32 (6€) shekels par semaine. »

Il essaie de m’expliquer quelque chose au sujet de son matelas. Mon pauvre arabe ne m’a pas permis de tout comprendre, sauf qu’il l’a prêté à quelqu’un et qu’il l’a récupéré abîmé.

Plus tard, alors que je rentrais chez moi, j’ai croisé deux gamins de 11 ou 12 ans, les bras chargés de récipients en plastiques et tirant un gros sac plein du plastique qu’ils avaient récupérés à la décharge.


Note ISM : Ceux de nos lecteurs qui souhaitent envoyer un peu d’argent à Gaza peuvent le faire via Western Union. Nous contacter : contact@ism-france.org


Source : In Gaza

Traduction : MR pour ISM

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