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Palestine - ISM France

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Ramallah -

Histoires de Prisonniers : Loai and Ubai Mohammad Odeh

Par

Rima Merriman écrit de Ramallah, Palestine occupée, Live from Palestine, 25 Septembre 2004. Electronic intifada.

Quand Rawda, la mère de Loai et de Ubai, est née, en 1948, son père, Saleem Abu Khaled al Tamimi de al-Khalil, était en prison pour avoir participé à la résistance au plan britannique de partition de la Palestine.
Les garçons n’ont jamais connu leur grand-père car il est mort d’une attaque à Ramallah au cours d’une altercartion avec des gardes israéliens pendant le procès de leur mère, alors étudiante à l’université de Birzeit( 1969), qui comparaissait pour ses activités dans le Front de Libération de la Palestine.
Elle a été condamnée à quatre ans de prison et a été emprisonnée une bonne partie du temps à Ramleh, là où son fils Loai (26 ans) est actuellement détenu.
Ubai (19 ans ) est en prison dans le Nord, à Jalboun, une des prisons les plus dures du système israélien

Après sa libération en 1973, Rawda a rencontré son futur mari, Mohammad Ahmed Odeh, qui faisait partie des nombreuses personnes venues l’accueillir dans sa maison à Jerusalem, après son élargissement. Ils se sont fiancés mais ont dû reporter leur mariage car ils ont été tous deux emprisonnés peu de temps après: Rawda pour six mois, et Mohammad pour deux ans et demi. Mohammad est actuellement employé au service d’exploitation des eaux de Ramallah et Rawda est assistante pharmacienne à l’hôpital Makased à Jerusalem Est.

Ils ont deux autres fils : Qusai (24 ans) et Udai (16 ans). Jusqu’à il y a peu, Qusai faisait des études d’ingénieur en mécanique en Islande. Il est maintenant de retour à Jerusalem Est et va entrer à l’université hébraïque pour étudier l’orthophonie.
Mais avant, il doit apprendre l’hébreu. Il essaye également d’obtenir la citoyenneté islandaise. Udai est toujours au lycée.




Ubai a été arrêté à l’âge de 17 ans alors qu’il allait à l’école. Il a été détenu ( questionné et torturé) pendant 38 jours, mais il n’avait rien à avouer. Les accusations portées contre lui étaient basées uniquement sur ce que d’autres avaient déclaré au cours d’interrogatoires. Il a été condamné à 2 ans et deux mois de prison, mais le procureur militaire, qui pensait que Ubai avait tout ce qu’il fallait pour devenir un leader malgré sa jeunesse, a fait appel de la condamnation : elle a été portée à 4 ans.

Au cours des quatre années qui ont précédé son arrestation en 2002, Loai a été pourchassé par les autorités israéliennes et a vécu en se cachant à Ramallah, changeant sans cesse de lieu. Il avait obtenu un diplôme en assurances de l’université de Najah et avait trouvé un travail. Plus d’une fois, sa mère lui a préparé des repas et est partie à sa recherche dans Ramallah pour les lui apporter et a dû revenir chez elle sans l’avoir trouvé.

Quand il a été pris, sa mère était avec lui: ils se trouvaient dans la maison vide de sa tante dans un faubourg de Jerusalem, Dahiat al Barid. Les soldats sont arrivés vers 2h30 du matin avec un bulldozer, deux tanks et un hélicoptère. Ils ont encerclé la maison. Comme elle savait qu’ils avaient prévu d’assassiner son fils, Rawda a refusé de le laisser se rendre, sauf si c’était à un officier. Elle est restée debout devant lui jusqu’à ce qu’un officier vienne le chercher.
Elle lui a prodigué des mots d’encouragement pendant qu’ils lui bandaient les yeux et lui attachaient les jambes. Loai a été condamné à 26 ans de prison. Il a été accusé , entre autres choses, d’avoir facilité le passage pour une opération suicide à Jerusalem.



Loai, qui a maintenant 26 ans, savait à quoi ressemblait la prison de Ramleh bien avant que lui-même n’y soit jeté. Quand il était enfant, il venait y rendre régulièrement visite, avec sa grand-mère et d’autres parents, à un de ses oncles, Yacoub Odeh, qui a subi des tortures terribles ( dont les traces physiques sont toujours visibles) et qui a été emprisonné dis-sept ans, avant d’être relâché au cours de l’échange de prisonniers de 1985 entre Palestiniens et Israéliens ( 1150 prisonniers palestiniens furent libérés dans cet échange). Il avait été condamné à trois condamnations à vie. Il s’occupe maintenant de droits de l’homme et plus particulièrement des démolitions de maisons palestiniennes dans Jerusalem. Pour cette seule année, 83 maisons palestiniennes de Jerusalem ont été démolies par Israël et en conséquence, 470 personnes se sont retrouvées sans abri.

Après l’arrestation de Yacoub en 1969, la modeste maison des Odeh à Jerusalem, deux simples pièces qui abritaient la mère de Yacoub, ses sept enfants et quatre parents, a été démolie ( son père est mort en 1952, et son frère aîné, Daoud, a été retiré de l’école pour faire vivre la famille.) C’était la troisième maison à être démolie sur ordre militaire après l’occupation. Elle avait été construite avec de grandes privations après la perte de la maison de famille en 1948 à Lifta, un village près de Jerusalem : une maison de trois étages, voisine de la leur, avait été démolie et était tombée sur leur maison. La famille a déménagé à al Bireh, puis à Jerusalem Est et n’a jamais pu retourner à Lifta.

A cette époque, la famille a été profondément réconfortée quand la vigenqui se trouvait dans la cour a ressurgi de sous les gravats de leur maison démolie. Les premiers fruits qu’elle a donnés ont été promptement apportés à Yacoub par sa mère. Perpétuant cette triste tradition, Rawla et Mohammad apportent maintenant les grappes de cette même vigne à leurs fils emprisonnés. La famille l’appelle « la Vigne de la Résistance ».

Le système pénitentiaire israélien est ainsi fait que les prisonniers palestiniens dépendent largement de leur famille pour la nourriture, soit grâce à des colis de nourriture, soit grâce à l’argent qu’ils peuvent utiliser pour « cantiner ». Les Israéliens mettent aussi régulièrement à l’amende les prisonniers pour les punir d’infractions au règlement de la prison. Si la personne qui doit payer l’amende n’a pas d’argent, l’autorité pénitentiaire extorque l’argent à d’autres prisonniers qui en ont. Pendant la récente grève de la faim conduite par les prisonniers palestiniens pour améliorer les conditions de détention des milliers de prisonniers plitiques dans les prisons israéliennes, Loai a perdu 11 kilos.



La maison de la famille Odeh a été reconduite avec l’aide de la famille et d’amis, moins de deux ans après que les bulldozers l’ont rasée. La vigne est toujours dans la cour. Peu de temps après l’arrestation de Loai en 2002, la maison a été cambriolée par les troupes israéliennes. Rawda avait téléphoné à sa belle-soeur, Sarah, pour lui demander si elle pouvait garder les objets de valeur qu’elle possédait chez elle( des pièces d’or qu’elle avait économisées peu à peu pour les études de ses fils sur ce qu’elle gagnait grâce à son travail de broderie ainsi que ses bijoux provenant de sa dot de mariage.)

Elle savait que la maison serait vandalisée par les soldats israéliens après l’arrestation de son fils. Peu de temps après cette conversation téléphonique, que la famille pense avoir été écoutée, la grille de fer de la fenêtre de derrière de la maison a été coupée et pliée pour permettre l’entrée dans la maison. Les objets de valeur de Sarah et Rawda ont été volés. Les plaques de commémoration des différents emprisonnements de membres de la famille que la famille gardait ont été soigneusement placées au sommet des amas éparpillés dans les deux pièces qui ont été fouillées. La police israélienne, alertée, a manifesté très peu d’intérêt pour l’enquête.



Mohammad Odeh, qui a été détenu dans les prisons israéliennes à plusieurs reprises et sait d’expérience ce que ses fils doivent endurer, avait dix-huit ans quand il a vu Litfa pour la première fois.

Avec un groupe de personnes originaires de Lifta, il a saisi la première occasion après 1967 pour visiter sa ville natale, les plus anciens racontant aux plus jeunes leurs souvenirs de la mosquée du village, de l’école du village, de la source du village, des terres du village. Les maisons de famille de certains d’entre eux étaient toujours là, occupées aujourd’hui par des familles juives.


La famille Odeh a demandé aux autorités israéliennes que Loai et Ubai soient incarcérés dans la même prison afin de faciliter les visites, particulièrement pour Rawda qui souffre d’un cancer. Jusqu’à présent aucune réponse n’a été donnée. Un frère reste tout au nord du pays et l’autre tout au sud.



Article paru également sur la liste de diffusion "Assawra"
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Source : http://electronicintifada.net/

Traduction : MD

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