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Jayyous -

Jayyous : Violence à "la porte de sécurité" N° 25

Par

Il y a quelques semaines, quand lui et ses fils sont revenus de leurs champs avec un camion chargé d’agrumes, les soldats qui gardaient la porte leur ont fait décharger la totalité du camion, puis leur ont fait totalement recharger. Plus de 100 grands cageots d’oranges ont été déchargés au bord de la route puis rechargés sur le camion.
Ca a pris plus d’une heure et quand ça a été terminé, les soldats leur ont ordonné de tout recommencer. Les fils ont protesté. Les soldats alors, sous la menace de leur arme, ont passé une corde autour du cou de l’un des fils et ont noué l’autre bout à une jeep militaire.

Le 6 décembre, des fermiers palestiniens revenant de leurs champs à 16h30 n’ont pas trouvé de soldats israéliens à "la porte de sécurité" pour leur permettre de rentrer chez eux.
Parce que le soi-disant mur de sécurité (plus exactement le mur d’annexion) a séparé les habitants de Jayyous de leurs champs, ils doivent passer par ce que l’armée israélienne a baptisé "porte 25" .

Les fermiers ont attendu, patiemment, tandis que les heures passaient. Ils ont appelé un «numéro d’urgence» indiqué parmi ceux qu’on doit appeler "si la porte n’est pas ouverte pendant les périodes prévues et indiquées".

Les personnes qui ont décroché le téléphone ont pris le message mais n’ont rien pu promettre.
Vers 20 h les soldats sont arrivés, de mauvaise humeur, et ont ordonné aux gens de se dépêcher de passer par la porte.

Ils disaient des trucs comme : "La porte est ouverte – Maintenant COUREZ"
"Dépêchez-vous ou nous fermons la porte" pendant qu’ils poussaient physiquement les gens et
"Bougez, bougez, BOUGEZ".

Evidemment, aucune excuse de la part des soldats qui avaient laissé quelque cent personnes ,y compris des enfants, se demander s’ils allaient devoir trouver un endroit pour dormir dans les champs. Les fermiers m’ont dit qu’ils avaient vraiment peur qu’on les laisse passer la nuit dans leurs champs, en plein froid.
Voilà ce qu’est l’anxiété quotidienne de devoir passe par ces« portes de sécurité ».

L’an dernier le village de Jayyous avait invité des volontaires d’ISM pour les aider et constituer des dossiers sur la violence à la toute nouvelle « Porte 25 » dans le « Mur de sécurité/d’annexion » .

On a découvert que les fermiers avaient déjà été battus et continuaient de l’être, d’être intimidés et même « arrêtés » par des civils israéliens.
Ces mêmes civils qui travaillaient simplement comme gardes de sécurité pour l’entreprise de construction.

Alors qu’ils étaient employés à la surveillance des équipements et des fournitures destinées à la construction du mur, ces civils se comportaient comme s’ils étaient des gardes militaires contre un ennemi hostile.

Deux entrées, les Nos 25 et 26 ont été installées pour que les 3500 habitants de Jayyous les utilisent pour passer le mur (la majorité d’entre eux ne peuvent utiliser que la N° 25).

Le but des portes est de canaliser et de guider les fermiers quand ils vont à leurs champs et en reviennent. Les gardes n’obligeaient pas seulement les fermiers à montrer leurs cartes d’identité, mais, finalement, ils « arrêtaient » des gens et les bouclaient dans un hangar de stockage. Ce qui était surprenant pour moi, c’est que ces gens n’étaient même pas policiers ou militaires, mais de simples civils qui s’occupaient de travaux civils dans une compagnie privée.

Maintenant, un an plus tard, même si l’entreprise de sécurité est partie, il n’y a pas grand’chose de changé au village ; le mur est terminé et les portes ne sont plus patrouillées par des forces civiles de sécurité, mais par l’armée israélienne. et la police israélienne des frontières.

Au cours des derniers jours, j’ai été témoin et j’ai répertorié à ces mêmes portes de nombreux cas de violence contre les Palestiniens.

Cette fois ;ce sont les représentants «non civils» d’Israël qui ont commis des actes de violence. C’est la même violence que les Israéliens, mais avec des prétextes différentes.

A l’origine, les portes devaient rester ouvertes en permanence pour permettre le libre accès aux champs.

Le tribunal militaire qui régit les Palestiniens était d’accord avec les villageois sur le point selon lequel la terre qui se trouve de l’autre côté du mur reste obligatoirement la leur, même avec ce mur qui les sépare de leurs terres.

Quelques mois plus tard, pourtant, les portes étaient fermées en permanence, pour n’être ouvertes que trois heures par jours sous une lourde surveillance militaire.

Maintenant les Palestiniens doivent aussi avoir un permis de travail israélien pour travailler leurs champs – presque impossible à obtenir à moins qu’on ait plus de 50 ans ou moins de 15, ou qu’on soit le propriétaire principal de la terre.

Les portes ne sont ouvertes qu’entre 6h du matin et 7h30 ; 12h30 et 13h de l’après-midi et 4h30 et 6h de l’après-midi.
C’est ce que disent les panneaux, et les gens – quand ils préparent leurs journées – considèrent que c’est comme ça que ça doit être. Les fermiers de graves retards cette année – parce que trop peu des gens du village ont obtenu le permis qui leur aurait permis d’aller travailler leurs terres.

L’homme avec qui j’ai travaillé aujourd’hui, a des fils adultes qui normalement devraient l’aider pour la récolte, mais comme ils n’ont pu obtenir de permis, c’est lui et sa femme – tous les deux dans la soixantaine – qui font tout le travail.
Tandis qu’il avait passé la porte vers 6h15 du matin, j’y suis arrivé à 6h40 et j’ai trouvé les soldats en train de fermer la porte ;

Les panneaux disent que la porte est ouverte jusqu'à 7h30, aussi je me suis demandé pourquoi ils la fermaient et remontaient dans leur jeep.

Je les ai interpellés mais ils ont juste lancé un coup d’œil en arrière et ont pris le volant et sont partis sans répondre.

D’autres fermiers commençaient d’arriver ; Ils disaient que parfois les soldats partent et reviennent plus tard. En un quart d’heure, des dizaines de carrioles tirées par des ânes, des tracteurs et des camions se sont rangés en file. Certains restaient dans leurs véhicules, tandis que d’autres s’asseyaient dehors dans la « zone d’attente » que l’armée a construite.

La zone d’attente est une curieuse voie avec des bancs en béton un toit en étain.

Ca donne l’impression que les soldats israéliens sont soucieux du bien-être des gens qui doivent s’asseoir et attendre qu’ils ouvrent les portes. Les gens s’asseyaient calmement et attendaient patiemment que les soldats reviennent.

Les Palestiniens montrent rarement leur colère ou leur dégoût devant les soldats ou la police, parce qu’ils savent que ça risque de leur valoir des punitions douloureuses – comme un refus de leur permettre de passer (même s’ils ont les bons papiers )», des coups, et même l’emprisonnement.

Quelques uns d’entre eux sont arrivés, se sont assis à côté de moi et ont dit : "vous voyez ce qu’ils font ?" et "Que pouvons-nous faire ? C’est notre vie".

Vers 7h30, un Palestinien s’est approché de moi et s’est présenté. Il avait été enseignant au village pendant plus de quarante ans et maintenant il était à la retraite.

Au cours des années, il avait réuni toute son épargne afin d’ acheter une terre (pour un coût de plus de 100000$) pour sa famille. Toutes ces terres se trouvent sur le nouveau côté "israélien" du mur.
Avec la nouvelle colonie en cours de construction, il n’a aucune idée de comment lui ou ses enfants vont survivre.


A 7h40 du matin, un APC (Transport de Troupes Blindé) a ouvert la porte suivie de la police des frontières. Non seulement la porte s’est ouverte de nouveau au bout d’une heure, mais selon le panneau, elle n’aurait pas dû l’être à cette heure-là.

Les fermiers sont montés dans leurs véhicules et se sont approchés lentement des soldats un par un.
La police avait un véhicule blindé dans lequel l’un était assis sur le siège du conducteur, un autre questionnait les Palestiniens, et encore un autre était assis sur le toit avec son arme automatique pointée sur les gens, enfant compris.
Ils (les Palestiniens) devaient sortir de leurs véhicules, montrer les bons papiers, laisser inspecter leurs voitures et leurs affaires, et ensuite ils passaient.

La police a questionné des gens plus sévèrement que d’autres et il y eut un incident quand un officier a attrapé un palestinien par le col et a lui enfoncé le visage dedans. Je ne pouvais pas voir clairement, d’où j’étais, mais il semble que c’était pour intimider l’homme. Un moment plus tard il repoussait l’homme.

Je ne suis pas certain d’avoir eu de la chance en passant la porte alors qu’un groupe d’internationaux se voyait interdire de le faire hier.

Je voulais vraiment passer puisque je l’avais promis à un ami qui avait besoin qu’on l’aide aujourd’hui. Quand je me suis approché de la police, ils m’ont inspecté et dit, sur un ton désagréable : "Qu’est-ce que vous voulez ?"
J’ai fait signe que j’allais dans les champs et il a répondu : "Tirez-vous" et a fait un geste de la main pour renforcer son commentaire.

J’ai répété que j’avais l’intention d’aller dans les champs, et il a dit : "Cette zone est fermée".

J’ai redit que je voulais aller aux champs aujourd’hui et il a pris mon passeport avec réticence et a donné un coup de fil. 20 minutes après on m’a autorisé à passer.

A mon retour des champs, les soldats interrogeaient aussi les fermiers, inspectaient leurs affaires, et réclamaient leurs papiers d’identité.

Le soldat m’a demandé : « Pourquoi allez-vous dans ce village palestinien,vous ne savez pas que ce sont tous des terroristes ? »
Quand j’ai répondu que j’y avais des amis et que j’y étais venu souvent, il m’a regardé dégoûté et a dit : « Tirez-vous loin de moi ».


J’ai aussi découvert que certains hommes d’une vingtaines d’années sont en permanence arrêtés pendant des heures par l’armée. Un homme a été arrêté tous les jours pendant deux semaines, 3 heures chaque nuit.

Aucune explication ne lui a jamais été donnée et pas non plus pour quelle raison il était arrêté. Cet homme choisit souvent de dormir la nuit dans les champs pour éviter la complication des arrestations.

J’ai demandé à un fermier palestinien comment il expliquait pourquoi l’armée agissait de cette façon et pourquoi ils avaient besoin de fouiller et d’interroger les gens qui reviennent dans un village palestinien. Il a levé les mains en l’air et il a simplement dit : « C’est leur manière de nous rappeler qui détient le contrôle ».


Plus tard dans la soirée, je parlais à un fermier du nom de Yosef.
Yosef, un homme aux manières douces, au milieu de la quarantaine ; il a trois fils dans les vingt ans qui désormais ne veulent plus passer par la porte 25.

Les raisons pour lesquelles ils ne veulent plus passer par cette porte, ce sont les nombreux incidents, mais surtout, un événement lui reste dans l’esprit comme la raison principale.

Il y a quelques semaines, quand lui et ses fils sont revenus de leurs champs avec un camion chargé d’agrumes, les soldats qui gardaient la porte leur ont fait décharger la totalité du camion, puis leur ont fait totalement recharger. Plus de cent grands cageots d’oranges ont été déchargés au bord de la route puis rechargés sur le camion.

Ca a pris plus d’une heure et quand ça a été terminé, les soldats leur ont ordonné de tout recommencer. Les fils ont protesté. Les soldats alors, sous la menace de leur arme, ont passé une corde autour du cou de l’un des fils et ont noué l’autre bout à une jeep militaire.

Un autre de ses fils a été frappé et bousculé par un autre soldat ; Yosef s’est soumis aux soldats et a déchargé et rechargé le camion une fois de plus.

L’humiliation que Yosef a éprouvée devant son fils, alors qu’il était entre les mains de très jeunes soldats israéliens est inimaginable. Ce n’est pas surprenant si ses fils veulent éviter de passer par cette porte.

Quand ils arrivent aux palestiniens, ces évènements ne sont évidemment pas des "nouvelles valables"» pour la plupart des canaux d’information.


Ils illustrent l’intimidation et l’humiliation que chaque palestinien endure silencieusement, ou les risques sérieux qu’ils affrontent sinon. Les soldats et la police méprisent tout simplement les Palestiniens dans leur ensemble. Ce n’est pas que les soldats estiment que certains palestiniens sont mauvais, mais que tous, en tant que membres d’un groupe ethnique spécifique, sont méprisables.

Tandis que la situation en Palestine se détériore chaque semaine encore plus avec les confiscations de terre, les intimidations et les violences, et avec encore plus de désespoir, j’en viens à la conclusion que la fameuse phrase des militants : "Le monde entier regarde" est malheureusement fausse ou hors de propos pour empêcher les multiples violences infligées quotidiennement aux Palestiniens

Source : ISM -Palestine

Traduction : CS pour ISM-France

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