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Palestine - ISM France

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Jérusalem -

Journal de Palestine : Jérusalem

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Voilà un pays tout petit qui bientôt aura plus de barbelés, des fils électriques, des bétons, des tranchées, des fossés, des routes interdites, des passages bloqués, des contrôles mobiles, des check-points, des murs, des portes dans les champs, des villages encerclés et isolés, des villes reconverties en ghettos, plus de tout ça que d'habitants

Le matin nous visitons les locaux de l'AIC
.
D'abord nous avons un entretien avec un représentant du mouvement des Refusniks, Itai Ryb, porteparole pour les médias.

Le mouvement est né pendant la guerre du Liban, lorsque des officiers ont refusé traverser la frontièrepour des raisons d'ordre moral. En 1983 il y avait 300 personnes en prisons militaires, qui y restaient un mois renouvelable, jusqu'à ce que leur service venait à terme, s'il ne le reprenait pas. Le refus a posé un problème aux chefs militaires et politiques, si bien qu'il a joué un rôle décisif dans le retrait du Liban en 1985.
Le refus n'est pas qu'un droit, c'est aussi une obligation.

L'individu ne peut pas se cacher derrière l'expression : "Je suis des ordres". Depuis Nuremberg, ce n'est plus possible.

Le soldat a l'obligation non seulement morale mais aussi légale, car obéir à des ordres illégaux l'expose à des poursuites judiciaires.

Le refus est lié à la pratique de la démocratie et au sens de la resposabilité, notamment dans une société militariste comme la nôtre et Sous un régime d'occupation.

Yesh Gvul, le nom de notre organisation refusnik, veut dire « Il y a une limite », mais aussi « Il y a une frontière »; on pourrait le traduire aussi comme "Assez !" («Basta !»). C'est-à-dire, il y a des limites morales à notre action (il est notoire qu'à l'armée israélienne, les soldats sont encouragés à agir arbitrairement avec impunité; d'autre part, il y a des frontières physiques, comme la frontière du Liban ou celle des territoires occupés, la ligne verte.

Refus sélectif :
Etre sélectif signifie être responsable. Nous appuyons toute sorte de refus sélectif. Ainsi, nous appuyons les soldats qui se refusent à utiliser des mattraques ou d'autres instruments policiers, mais qui acceptent d'aller en Palestine, en tant que soldats. Nous appuyons les gens qui vont en prison, même avec un appui financier. Nous avons conseil juridique.

Ainsi, à présent nous nous efforçons de traduire en justice les responsables du bombardement à Gaza (les dossiers de Chabra et Chatilla sont désormais fermés).

Par contre, nous n'appuyons pas un service civil pour des gens comme nous, car nous ne sommes pas des objecteurs de conscience; mais des gens qui acceptons l'armée dans un cadre légal... Nous encourageons des procès et la participation des individus.

Yesh Gvul se penche aussi sur l'assistance psychologique, notamment la peur des parents (ceux d'origine latino-américaine en particulier).

Courage de refuser : Il s'agit notamment des réservistes qui se refusent à servir dans les territoires occupés. Certains sont prêts à un compromis (travailler comme cuisiniers, par exemple). Les jeunes, surtout des réservistes, demandent que leur prestation soit sur base géographique. (L'armée en Israël dure trois ans pour les garçons et deux ans pour les filles, par après ils sont tenus de servir encore un mois par an (réservistes) jusqu'à l'âge de 45 ans -ce chiffre est à vérifier)

Nous voulons une démocratie plus responsable. Israël n'a pas de constitution: la majorité gouverne, mais les minorités n'ont pas des droits garantis.

Notre démocratie est un simulacre de démocratie («mock democracy», on pourrait aussi traduire comme « moquerie de démocratie). Si on pourrait la définir comme une démocratie à base ethnique, ou ethno-religieuse ?

Non, la démocratie, ou elle l'est ou elle ne l'est pas.
Il y a un certain désarroi dans l'armée. La résistance (se refuser) s'élargit, et l'évasion (tourner le règlement) devient massive. Il y a de plus en plus d'indiscipline et de désobéissance, de mécontentement, de consommation de stupéfiants.

Il y a une conscience croissante que l'on ne se borne à perdre son temps, mais aussi qu'on est en train de faire quelque chose de mauvais...

Pour éviter des ennuis judiciaires, les ordres sont normalement ambiguës, si bien qu'on ne sait jamais ce qui est légal et ce qui est moral.


Comment je vois le futur ?
Noir.


Ensuite nous avons un entretien avec deux membres de l'AIC, Leena (Palestinienne Israélienne) et Connie (Israélienne originaire des Etats-Unis).

Voici des extraits de leur information.

Le Centre d'Information Alternative a été fondé en 1994. A ce moment-là, l'idée de que des Palestiniens et des Israéliens puissent travailler ensemble était une idée révolutionnaire, une idée très radicale. Pendant les années 90 beaucoup de groupes se mettaient à travailler ensemble, mais sur une base inégale.

Pendant le processus de paix (Oslo) le nombre de colonies a doublé. Avant Oslo il n'y avait pas de checkpoints. Les checkpoints ont envenimé la situation. (Il y a quelques mois, un ancient sergent qui avait servi dans les checkpoints entre 1996 et 1999 a publié ses mémoires, qui sont un vrai réquisitoire contre les exactions de l'armée, et il les a titulées "Le syndrome du check-point".

Suite aux premiers attentats palestiniens, la grande majorité du public israélien était choqué et ne voulait pas écouter les Palestiniens.

C'est le parti du Travail qui est vraiment responsable de la situation; Sharon nous le connaissions déjà. Mais les travaillistes font toujours le contraire de ce qu'ils disent.

Genève ?
Nous parlons d'une paix juste. Et une paix juste ne l'est pas sans tenir compte des droits des Palestiniens réfugiés. Il doit être leur choix, pas celui des Israéliens. La fin de l'occupation n'est pas la fin du conflit. Il a commencé déjà au XIXe siècle.

Les Israéliens palestiniens sont discriminés, leurs conditions de vie sont restreintes et ne peuvent pas s'épanouir. Ils ont des problèmes d'infrastructure, le territoire de leurs villages ne peut pas se développer, ils ont même des problèmes de documentation, à cause d'une gradation des catégories des citoyens...

Les réfugiés devraient avoir la liberté de revenir, comme en Bosnie. Et ils devrait être accueillis. La communauté internationale doit s'impliquer pour le retour des réfugiés.

Dans l'Initiative de Genève, les réfugiés n'ont pas de voix, ils en ont été exclus. Quand le monde parle de paix, les leaders parlent de séparation. Nous sommes contre le concept du mur. Les gens ne doivent pas être séparés.

L'AIC publie un magazine mensuel, « News from Within ». L'AIC appartient à la gauche radicale. Beaucoup d'organisations de la gauche radicale israélienne parlent pour soi, ils ne parlent pas avec les Palestiniens.

Comment transmettre notre message au public israélien est une question très difficile, même si de plus en plus d'Israéliens commencent maintenant à comprendre, en particulier les enjeux du droit international. Les gens veulent avoir un espoir, mais Sharon le bloque tout.

Genève est dangereux pour les Palestiniens, mais pour les Israéliens, Genève n'a pas la moindre importance.
Nous sommes contre Genève parce que nous voulons la paix.

Genève met en exergue la séparation. Il est vrai que le 98% des Israéliens et le 90% des Palestiniens sont contre la solution d'un Etat binational.

L'occupation rend tout très difficile, mais il faut penser désormais à la vie après l'occupation. Nous pouvons faire confiance aux Palestiniens, ils ne changent pas leur position, tandis que les Israéliens changent de visées tout le temps. Ma principale difficulté est tout ce que nous faisons contre tout ce qu'ils font et pensent. Mais mon message me donne l'espoir.


Après avoir rencontré Munir, étudiant de l'Université palestinienne Al-Quds, nous nous rendons à Abu Dis.

A Abu Dis se trouve l'Université, et on y construit aussi le parlement palestinien. C'est une ville ou un quartier qui prolonge Jérusalem Est. Mais l'accès à Abu Dis a été bloqué par un mur de 3 mètres qui en fait coupe la ville en deux, empêchant les voitures (aussi les ambulances et toute urgence) de passer.

Les piétons escaladent le muret avec des grandes difficultés pour passer d'un côté à l'autre dans les deux sens. Du côté de Jérusalem-Est, il y a une patrouille israélienne.

Deux soldats sont toujours là, ils font une garde plutôt symbolique. L'un d'eux (druze ou bédouin) parle l'arabe. Parfois ils refoulent quelqu'un, qui doit faire un tour plus long et escalader le muret plus loin. Quand nous sommes arrivés, il y avait un monsieur déjà en haut du mur qui essayait d'aider une très vieille dame, qui était collé au mur, sans réussir à le monter tout à fait.

Les deux soldats, un Bédouin et un Russe, que la jeep de la patrouille venait de déposer, s'en sont rapprochés. Alors le Bédouin lui a expliqué qu'elle devait descendre et essayer plus loin. Elle a murmuré quelque chose et s'en est allée plus loin. Nous l'avons suivi. « Tu sais ce qu'elle a dit? », me fait Fouad. Non, évidemment. « Maudits soyez tous, les Juifs et les Arabes! »

Après une promenade d'une demi-heure nous arrivons à l'université.

De là, dans la vallée d'en bas, on voit comment avance la construction de la barrière électrifiée. Comme ailleurs, Abu Dis sera encerclée par les barbelés. Nous montons à une colline un peu plus loi. Elle donne sur le désert, et la vue devrait être superbe, de là-haut. Hélas, un vrai mur cette fois, de 9 mètres de haut, même plus haut qu'à Qalqilia, bouche en semi-cercle au sommet cette vue de merveille.

Et la construction continue. Kafka, disais-je? En regardant de près (pas trop, car deux policiers nous empêchent d'aller plus loin), on dirait l'oeuvre d'un maniaque, d'un paranoïaque sans rédemption.

Voilà un pays tout petit qui bientôt aura plus de barbelés, des fils électriques, des bétons, des tranchées, des fossés, des routes interdites, des passages bloqués, des contrôles mobiles, des check-points, des murs, des portes dans les champs, des villages encerclés et isolés, des villes reconverties en ghettos, plus de tout ça que d'habitants, si on me presse dire.

La Palestine en ce moment témoigne l'échec de notre culture. A l'aube du XXIe siècle c'est la honte de notre «civilisation ».

Voilà les idées qui me venaient en imaginant l'espace vaste et sans murailles, les sables en liberté jusqu'à l'horizon au-delà de cette horreur de mur qui vu d'en bas, non seulement supprimait le paysage, mais surtout, insultait le ciel, en le niant.

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