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Gaza -

La flotte de Gaza paralysée par Israël et par la pénurie de fuel

Par

Les navires de guerre israéliens et une répression égyptienne sur le trafic de carburant entrant dans la Bande de Gaza étranglent la petite flotte de pêche de l'enclave, transformant lentement une génération de pêcheurs en marchands de poisson. Depuis 2009, ils ont été dans l'incapacité de naviguer au-delà de trois miles à cause du blocus israélien. Cette année, ils peuvent à peine se permettre de sortir parce que le prix du diesel a pratiquement triplé. Il y a environ 3.700 pêcheurs à plein temps dans la Bande de Gaza prêts à servir un marché de 1,7 million de Palestiniens. Jadis, ils exportaient en Israël. Aujourd'hui, Gaza importe environ 80% de ses besoins aux Egyptiens et aux Israéliens.

La flotte de Gaza paralysée par Israël et par la pénurie de fuel

Faute de pouvoir pêcher au large, des pêcheurs travaillent dans le port de Gaza
"Nous pêchions suffisamment pour donner du poisson aux pauvres et aux nécessiteux. Maintenant, nous mendions l'aide," dit Mahmoud al-Assi, 66 ans, pêcheur la plus grande partie de sa vie et actuellement président de la Société à but non lucratif des Pêcheurs de Gaza, qui soutient les propriétaires de bateaux par des outils, de la glace et du carburant.

"Comme les poissons, nous mourons si nous restons trop longtemps hors de l'eau," dit Al-Assi.

Le poisson frais de Méditerranée, grillé ou frit, est le plat favori à Gaza. Le mérou, la dorade, le loup de mer et le vivaneau sont très prisés. Mais cette année, la flotte a même manqué la saison d'ordinaire abondante des sardines bon marché.

En roulant le long de la route côtière à Gaza-ville, vous ne pouvez pas manquer le marché au poisson - un couloir couvert abritant 12 magasins, décorés des images des différents types de poisson. L'odeur des crevettes et des crabes fraichement pêchés flotte sur la brise de mer.

Deux garçons avec leur père sont fascinés par le poisson bleu aux couleurs vives étincelantes.

"Est-ce que c'est un mérou ?" demande l'homme, surpris. Les Gazaouis appellent le mérou le "plat royal" mais ces temps-ci, il est rare.

"Comme tu vois, les eaux ne nous ont donné que deux mérous aujourd'hui," dit le poissonnier Abu Hasseera, montrant un poisson de 10 kg dont le prix est passé de 50 shekels (10€) il y a quelques mois à 80 shekels (16€) aujourd'hui.

"Les sardines sont si près et pourtant si loin," dit-il. "Nous voyons le banc mais nous ne pouvons pas l'atteindre à cause de la limite de pêche."

Rangée dans des boites sur une carriole tirée par un âne, la sardine importée d'Egypte se vend 6,5$ (9,5€) le kilo, inabordable pour la plupart des familles.

"Nos revenus s'en ressentent. Je perds 60% des bénéfices que je faisais les saisons passées," dit Abu Hasseera.

Gaza est sous blocus israélien depuis que les forces du Hamas aient pris le contrôle en 2007, évinçant les forces rivales Fatah du Président Mahmoud Abbas (et déjouant ainsi un coup d'Etat, ndt). Israël dit qu'il doit maintenir le blocus pour empêcher que des armes et du matériel militaire ne parviennent au Hamas.

Un accord de paix intérimaire palestinien-israélien autorise les pêcheurs à aller pêcher jusqu'à 12 miles (19 km) des côtes. Mais depuis 2007, la marine israélienne a progressivement réduit cette distance à 3 miles. Aucun bateau n'a osé prendre la mer lorsqu'Israël a envahi Gaza en décembre 2008 lors des trois semaines d'attaques dévastatrices.

La crise du carburant a commencé en février dernier, lorsque l'Egypte voisine a réprimé la contrebande de fuel pratiquée à l'échelle industrielle par un labyrinthe de tunnels sous-frontaliers qui fournit les Gazaouis en tout, des voitures au bétail.

La contrebande détournait le carburant subventionné par le gouvernement aux Egyptiens dans le Sinaï. Le Hamas a mis du sel sur la plaie en le taxant.

Le prix du diesel au marché noir à Gaza est maintenant d'environ le triple de son prix d'il y a quelques mois. Un peu d'essence et de diesel, ainsi que de gaz de cuisine, est importé d'Israël pour le secteur privé, mais les usagers trouvent les prix du diesel et du pétrole israéliens prohibitifs.

La pêche n'est pas la seule industrie de Gaza frappée par la crise du prix du fuel et par le blocus israélien.

La forte hausse des prix fait grimper les coûts de fonctionnement des pompes d'irrigation pendant la saison de pousse, réduisant le revenu agricole palestinien quand cela aurait pu être une bonne période.

Les producteurs d’œillets qui s'appuient sur le transport par camion doivent laisser de grandes quantités de fleurs dans les réfrigérateurs, sans électricité pour les maintenir au frais. Environ 2,5 millions de fleurs fanées ont été bradées.

Gaza a exporté 2 millions de fleurs de moins que les 11 millions vendues en 2011, dit Oxfam, comparées à une moyenne de 50 millions d’œillets chaque année avant le blocus imposé en 2007.

Des récoltes exceptionnelles de poivrons et de tomates cerises ont échappé par contre au pire de la crise du fuel, et les exportations autorisées par Israël sont passées de respectivement 6 et 7 tonnes l'an dernier à 44 et 75 tonnes cette année, prouvant que l'industrie agricole de Gaza est viable.

L'administration Hamas donne du fuel une fois par semaine aux pêcheurs de Gaza, mais ils sont obligés de couvrir le reste de leurs besoins par le marché noir, à un tarif que beaucoup ne peuvent se permettre.

Alors certains jours, ils restent assis sur le sable, buvant du thé et soufflant la fumée de leurs cigarettes dans le vent.

Assi estime à 11 millions de $ les pertes annuelles des pêcheurs.

Le salaire journalier de l'industrie a chuté de 300 shekels (61€) à 20 shekels (4€), dit-il.

"Je suis pêcheur depuis que j'ai 17 ans. C'est la pire saison de pêche que j'ai jamais connue," dit Mohammed Abu al-Sadeq, 66 ans, tandis qu'il attache son bateau après une nuit de pêche qui n'a rapporté qu'une maigre prise.

"Lorsqu'il n'y a pas de fuel bon marché, nous ne sortons pas," dit le frère de Sadeq, Khamees. "C'est une saison tragique."

Jihad Salah, du service de la pêche au ministère de l'Agriculture, reconnaît la gravité de la situation, et accuse Israël. Il admet que la ration de fuel n'est pas suffisante pour le travail quotidien d'un pêcheur, mais il dit que c'est tout qu'ils peuvent faire "pour au moins aider quelques pêcheurs à gagner leur vie."

"La pêche en tant que profession est en danger. L'occupation israélienne s'efforce de transformer les pêcheurs en marchands qui abandonnent la pêche et achètent le poisson à l'Egypte et à Israël."

Photo
Un navire de guerre de l'occupation sioniste fonçant sur une barque de pêcheurs gazaouis (photo Rosa Schiano, ISM-Gaza)


Israël a évacué ses colonies à Gaza en 2005. Mais les critiques disent que son blocus a transformé l'enclave en une prison à ciel ouvert, son économie étranglée par les restrictions sur les importations et les exportations et beaucoup de Gazaouis dépendent de l'aide alimentaire des Nations Unies pour les denrées de base.

Ce mois-ci, Sadeq et d'autres pêcheurs ont été interceptés à l'intérieur de la zone autorisée par un navire de guerre israélien qui, au mégaphone, les a avertis de rester dans les limites.

Au cours des trois derniers mois, les forces navales israéliennes ont attaqué les bateaux de Gaza sept fois, dont des tirs de semonce et des confiscations de bateaux, dit Salah.

"Pas plus tard qu'hier, nous avons récupéré 8 petits bateaux de pêche qui avaient été confisqués ces deux dernières années. Ils n'avaient plus ni équipement ni moteur," dit Salah.

Les pêcheurs peuvent perdre leurs bateaux si la marine israélienne les trouve avec des moteurs dont la capacité excède 25 chevaux.

Ainsi Gaza dépend essentiellement du poisson entré en contrebande de l'Egypte par un réseau de tunnels frontaliers. Quelquefois, le poisson pourrit, si la sécurité égyptienne gêne les mouvements. D'après Al-Assi, la flotte locale ne fournit pas plus de un cinquième du marché.

"Jadis, nous envoyions 8 camions à Israël par jour. Maintenant, Israël ferme notre mer et nous exporte son poisson," dit-il.

Ali al-Habeel, pêcheur de 52 ans, dit la crise du fuel a également mis fin à l'entrée du poisson que les pêcheurs Gazaouis allaient acheter aux pêcheurs égyptiens dans les eaux égyptiennes.

Le gouvernement de Gaza n'essaie pas de mettre fin à la contrebande du poisson par les tunnels. Des représentants du ministre de l'Agriculture vérifient la marchandise pour s'assurer qu'elle est propre à la consommation.

Mais les consommateurs préfèrent le poisson frais, dit Abu Hasseera, dont la famille possède un restaurant sur le front de mer de Gaza.

"Nous nous efforçons de faire nos propres prises dans la mer de Gaza pour satisfaire nos consommateurs, et nous leur disons quand ce n'est pas notre pêche," dit-il. "Le poisson égyptien est bon et varié, mais il faut s'assurer qu'il soit frais."


Photo
Entre le 15 et le 17 avril 2012, la marine de l'occupation israélienne a kidnappé 5 pêcheurs de Gaza : Adham Mahmoud Abu Ryada, 22 ans et son frère Mohammed Mahmoud Abu Ryala, 13 ans, arrêtés le dimanche 15 au soir (photo ci-dessus) ;

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Jamal Ramadan Al Sultan, 58 ans et son fils Fadel Jamal Al-Sultan, 21 ans, arrêtés le lundi 16 au matin (photo ci-dessus) et Ahmed Mohammed Zayed, 27 ans, arrêté le matin du mardi 17. (Photos Rosa Schiano, ISM-Gaza)



Source : Maan News

Traduction : MR pour ISM

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