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Israël -

La vengeance par le sang

Par

Article de Chen Kotas-Bar et Omri Essenheim paru dans NRG-Maariv le 2 juin 2005. Traduit de l'Hébreu vers l'anglais par Marc Marshall

La mission c’était de liquider ; quelques heures après que deux saboteurs palestiniens aient pénétré la position d’Ein Arik, en février 2002, et assassiné six soldats du génie militaire.
Les Forces Israéliennes de Défense ont mis au point une expédition punitive dans le but de tuer des policiers palestiniens à différents checkpoints des Territoires (Occupés).
Cette expédition punitive a été confiée à des soldats des unités spéciales qui furent sur le terrain en quelques heures.
Résultat : quinze policiers palestiniens furent tués.

Une enquête de "Weekend" ("Sofshavua – Maariv") révèle : après l’attaque meurtrière contre le checkpoint d’Ein Arik en 2002, au cours de laquelle six soldats ont été tués, les soldats des Forces israéliennes de Défense ont préparé leur revanche et ont liquidé 15 policiers palestiniens.

Les blessures morales ne guériront pas.



La mission c’était de liquider ; quelques heures après que deux saboteurs palestiniens aient pénétré la position d’Ein Arik, en février 2002, et assassiné six soldats du génie militaire.

Les Forces Israéliennes de Défense ont mis au point une expédition punitive dans le but de tuer des policiers palestiniens à différents checkpoints des Territoires (Occupés).

Cette expédition punitive a été confiée à des soldats des unités spéciales qui furent sur le terrain en quelques heures.
Résultat : quinze policiers palestiniens furent tués.



Pour toute explication, le porte-parole des IDF déclara : La police palestinienne avait des liens avec le terrorisme.



Pour bien des soldats, ce fut le couronnement de leur service militaire quand d’autres gardent les cicatrices de cette journée.
Ni débat moral et juridique sur l’incident - qui ramène l’IDF aux bons vieux jours des missions punitives, ceux de l’Unité 101 à Qibya* - n’a eu lieu jusqu’à ce jour.



Le 19 février 2002 vers 9h du soir, deux Palestiniens sont passés par le checkpoint d’Ein Arik près de Ramallah, gardé par 8 soldats de l’IDF, novices dans le secteur.

Les saboteurs ont assassiné six des huit soldats, dont certains qui dormaient dans leur lit ; un autre soldat a été blessé.

Le sniper sur le toit de la position, en état de choc, n’a pas bougé.
Le chef de section fut le seul qui parvint à tirer deux salves avant d’être tué.

L’attaque sur Ein Arik s’est gravée dans la mémoire des gens comme l’une des actions les plus cruelles que les Palestiniens aient organisées. Elle a mis le leadership militaire et politique dans un état de totale impuissance.

"Les types au checkpoint" écrivit plus tard dans son journal un ancien officier "ont été tués comme de simple cibles".


Jusqu’à cet incident, les soldats de l’IDF et les officiers avaient pour instruction d’éviter autant que possible d’affronter la police palestinienne.

L’idée que les policiers étaient les saboteurs ne fit pas consensus à l’époque.

Mais la riposte menée par les IDF dans les heures qui suivirent l’attaque d’Ein Arik a signé une nouvelle politique. Elle bouleversé les règles et depuis tout a changé.



"A cette époque, on célébra les attaques et le terrorisme" raconte une ancienne source militaire. Dans l’armée, on pratiqua des attaques sauvages, mais il n’y eut pas d’objectifs clairs en retour.

La politique d’attaques ciblées n’avait pas atteint son niveau d’aujourd’hui. Les unités spéciales de l’IDF furent paralysées. L’IDF s’est crue neutralisée. On décida de partir à l’attaque. Cela vint de l’immense embarras de l’armée devant les attaques palestiniennes.



"Alors que nous regardions l’Autorité Palestinienne comme partie prenante du terrorisme, elle était une cible légitime. Après un incident comme Ein Arik, il fallait répondre.
Une réponse ciblée peut prendre des heures. Les checkpoints étaient des cibles faciles.
Cétait des cibles qu’on pouvait attaquer en deux ou trois heures.
Ce fut le possible opposé au désirable."



L’enquête de "Weekend" montre pour la première fois ce que fut l’opération punitive de la nuit du 19 février. Les soldats dont les noms exacts n’apparaissent pas, ont raconté ce qu’ils vécurent cette nuit-là.



R. 25 ans, soldat à Sayeret Yael, de l’unité de destruction du génie militaire a parlé de la période qui avait précédé l’opération.

"On disait c’est "sexy" ou "ce n’est pas sexy".
"Sexy" signifiait des actions sans danger, menées sous le couvert de la nuit, préparées longtemps à l'avance. Vous arrivez, vous faites votre boulot et vous partez.

"Pas sexy" c’est que nous faisions dans les Territoires occupés). Nous nous sentions comme des ouvriers. Nous arrivions, nous faisons sauter une maison, et voilà. Nous savions qu’on nous avait donné les sales boulots et dans l’unité, il s’accumulait des tas de frustrations."

C’est de cette frustration qu’est née la réponse à l’attaque d’Ein Arik.



Le soir de l’incident une force de Yael avait décidé une mission d’arrestation. En chemin, le véhicule qui transportait les forces s’est arrêtée sur le bord de la route et les commandants eurent une conversation avec le MIRS (système de communication).

Ce n’est qu’après une longue attente de plus de deux heures qu’ils apprirent l’attaque contre Ein Arik. La mission changea.


D raconte : "Ils nous ont remmenés à la base".
"Le commandant de l’unité a immédiatement couru vers le poste de commandement, il est revenu et nous a rassemblés pour un briefing.
Il nous a dit : "Six de nos soldats ont été tués, des soldats du génie militaire, à un checkpoint et nous allons lancer une action punitive. Nous allons liquider des policiers palestiniens à un checkpoint à titre de vengeance par le sang pour nos six soldats tués".
Œil pour œil, c’était ce qu’on pensait".



- Le fait que c’était une attaque contre vos soldats du génie militaire avait-il une signification particulière ?


R : Il n’était pas possible de nous électriser plus que nous ne l’étions déjà. Nous étions tous très motivés.
Vous voulez devenir un soldat héroïque. Aussi ils vous regardent droit et disent : "Celui qui appartient à une unité de combat est le sel de la terre".
Pour obtenir ce label vous devez avoir quelques missions audacieuses à votre actif. Le motif est sans importance.
Peu importe les raisons pour lesquelles vous partez en opération.
Et c’est aussi sans rapport avec le fait que vous soyez de gauche ou de droite. Tout est gommé. Quand ils nous ont dit que c’était une opération punitive ,nous avons tous pensé que nous allions tuer des gens.
Qu’y-a-t-il de plus "sexy" que ça ?
Que peut-il y avoir de mieux ? Jusqu’à présent nous ne l’avions pas fait."



Saviez-vous que cette opération avait aussi été décidée contre d’autres checkpoints ?


D. : "On nous a dit que c’était une expédition punitive et que nous allions enlever des vies comme prix des vies qu’ils nous avaient prises à trois ou quatre autres checkpoints. Rien de plus."

"Tout le monde était excité à l’idée nous allions liquider des gens" explique le soldat "Nous étions contents. Depuis le début de l’Intifada, nous n’avions pas eu la chance de faire quelque chose dans "l’honneur". Personne n’avait encore de X sur son fusil"




Mais compreniez vous vraiment que vous alliez tuer par vengeance?


R : "Le commandant de l’unité a parlé des checkpoints surveillés par la police palestinienne qui laissait peut-être passer les saboteurs.
Il a dit que notre mission était d’aller les liquider. Il a rappelé la mémoire des soldat d’Ein Arik. Nous savions pourquoi nous devions y aller."


D : C’était une mission et nous nous étions totalement concentrés sur cette mission, un sentiment du genre "Je suis de Seyeret Yael et c’est la plus importante mission qu’il puisse y avoir.
Nous avons grimé nos visage, pris une allure de John Wayne et voilà.
Nous sommes partis."


R : A cette époque, il n’y avait pas de monde au checkpoint


D : Nous nous sommes mis en position et avons attendu que la police palestinienne arrive. Nous nous sommes assurés qu’ils dormaient dans les bâtiments à côté du checkpoint. Nous avons attendu jusqu’à peu près 4h30 ou 5h


D : J’étais terrifié comme je ne l’avais jamais été de ma vie.
J’étais terrorisé.
Ver 5 heures du matin, la police est sortie du bâtiment.


R : Ils se sont groupés, ont bu du café. Ils étaient sept ou huit.
Il n’y en avait que deux en uniformes et armés. Tous les autres étaient des civils non armés. Nous les avons observés. Nous n’avons pas pensé : "Maintenant notre cible va mourir".
Dès que nous avons compris que nous allions les liquider, nous ne les avons plus regardés comme des créatures humaines. De nouveau, nous étions très concentrés sur notre objectif."


D : "Tout d’un coup, il y a eu peut-être cinq personnes qui se sont précipitées sur lui. J’ai vidé mon chargeur sur lui. Nous lui avons brisé les jambes. Après j’ai vérifié qu’il était mort.
Un homme d’une cinquantaine d’années, rond, avec une épaisse moustache.
Son corps était transpercé de toutes parts.
C’était la première fois que je tuais et la première fois que je voyais un mort. Ce fut un jour gratifiant pour moi.



"Il n’y avait aucune différence entre ça et un massacre".



Trois ans ont passé depuis cette opération.

Les soldats des Parachutistes et de Sayeret Yael qui ont appuyé sur la gâchette sont maintenant des étudiants qui se débrouillent avec des programmes d’études difficiles et de travail.

Les blessures qu’a laissées cette nuit-là sur certains d’entre eux ne sont pas guéries.

R : "J’y pense toujours. Ca ne me quittera jamais. Ca m’a valu bien des insomnies. Je sens que j’appartiens à quelque chose qui fait problème. Je ne vois pas de différence entre ça et un massacre. Ce n’était pas justifié. J’ai voulu tuer. Et maintenant je me sens très mal".



Du côté de l’association "Breaking the Silence" (Briser le silence) on a fait savoir que "la parution du texte de Chen Kotas-Bar et Omri Essenheim sur l’expédition punitive menée par l’IDF en 2002, qui donne le témoignage que nous avions collecté l’an dernier, constitue un exemple de plus de l’état de détérioration morale auquel la société israélienne est arrivée."



"Les expéditions punitives et les ordres irresponsables d’ouvrir le feu ont fait partie de la réalité quotidienne des Territoires (occupés) lors des quatre dernière années.

"Breaking the Silence" continuera de rassembler les témoignages de soldats libérés et de montrer la réalité telle qu’elle se concocte dans les arrières-cours de la société israélienne »



Notes :
Toute l’affaire sera publiée dans "Week End" le supplément du "Maariv".

*L’Unité 101 était une unité militaire créée par Ariel Sharon qui, dans les années 1950, lança plusieurs attaques terroristes dont la plus infâme fut l’attaque sur Qibya, un village de Cisjordanie où un grand nombre de civils furent tué le 14 octobre 1953 (traducteur)

Source : http://www.kibush.co.il/

Traduction : CS pour ISM

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