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Jérusalem -

Le hommos amènera-t-il Israéliens et Palestiniens à s’asseoir à la même table ?

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Tous les week-ends, le village arabe israélien d’Abu Gosh, situé sur une des collines qui entourent Jérusalem, est envahi par un flot de promeneurs israéliens affamés. Ils viennent ici en quête de hommos, et les rabatteurs de restaurants en concurrence féroce dirigent les automobilistes vers des gargotes célèbres. Qualifiant Abu Gosh de "coin à hommos valant le détour", Rami Dourant explique ce qui l’amène à venir ici, bien qu’il puisse trouver ce plat à base de pois chiches dans n’importe quelle ville juive israélienne.

Le hommos amènera-t-il Israéliens et Palestiniens à s’asseoir à la même table ?

« Nous devons respecter la tradition arabe », répond ce psychologue d’entreprise sortant du restaurant Haji, d’Abu Gosh. « Les juifs, parfois, font des innovations, en matière de hommos, qui sont du n’importe quoi. »

Si les étrangers savent qu’il s’agit d’une purée de hommos méditerranéenne appétissante, que l’on peut trouver chez moult traiteurs, pour les Israéliens et les Palestiniens, il s’agit d’un plat de résistance savoureux, que l’on dévore à pleines bassines, partout, des camps de réfugiés poussiéreux de la Cisjordanie jusqu’aux bars branchés fréquentés par les bobos de Tel Aviv. A la fois aliment de base et délicatesse recherchée, le hommos est une icône culinaire qui joue le rôle d’un prisme analysant le lien complexe entre deux peuples voisins, mais en conflit permanent.

Les plus critiques voient dans les déclinaisons israéliennes du hommos les simples sous-produits de décennies d’expropriation des terres palestiniennes. Mais d’aucuns voient dans cette acculturation une lueur d’espoir qu’une réconciliation est possible, en dépit des sombres perspectives politiques du processus de paix.

« A mes yeux, la gargote à hommos est un lieu culturel, où les cultures israélienne et arabe communiquent et coopèrent entre elles », dit Shooki Galili, rédacteur d’un blog en hébreu intitulé « Hommos pour tous ». « En ce qui me concerne, je ne fais aucune différence entre cuisine israélienne et cuisine arabe : je mange ce qui me plaît. » Le blog de Galili met en ligne des critiques gastronomiques à l’intention de ces Israéliens prêts à faire des heures de trajet – généralement jusqu’à des villages arabes perdus – en quête d’une obscure ‘hummusiyyah’, ces gargotes à hommos, réputées servir la meilleure version de cette purée de pois chiches. De fait, en une contrée où les Arabes et les juifs sont la plupart du temps séparés, voire ségrégués les uns des autres, ce plat à mouillettes est une des rares choses qui les rapprochent.

Chez les Palestiniens, ce plat est consommé au petit-déjeuner. Les Israéliens accros au hommos au moment des petits creux ou de l’apéro l’ont célébré au point d’en faire un symbole culinaire national. Ils sont fiers de consommer désormais deux fois plus de hommos que leurs voisins arabes, indique la société Tsabar Salads, le principal fabriquant israélien.

Le hommos a fait d’Abu Gosh sans doute un des villages arabes les plus visités en Israël, mais ce n’est que dans les années 1990 qu’un restau à hommos, sis dans le village d’Abu Shukri, est devenu légendaire, chez les Israéliens.

Expliquant les raisons de l’attractivité d’Abu Gosh pour les touristes, Raed Ibrahim, un serveur du restaurant Haji, dit que les juifs sont attirés dans ce village par « son atmosphère. Vous savez : la mosquée, les minarets, tout ça… »

Quand on lui objecte la charge émotionnelle, pour les Israéliens, de leur conflit avec les Palestiniens, il explique : « Ici, c’est différent. Les Israéliens adorent Abu Gosh. Le hommos attire les gens ici, et ils voient bien qu’ils n’ont strictement rien à craindre. »

Plat ancestral chez les peuples du Levant – le Liban, la Syrie, la Palestine et la Jordanie –, le hommos est omniprésent pour deux raisons : c’est un plat économique, et qui tient bien au ventre.

Bien que le hommos tel qu’on le connaît aujourd’hui ait été, pense-t-on généralement, popularisé par les Arabes de la Méditerranée orientale, des traces de culture du pois chiche remontant au 7ème siècle avant Jésus-Christ ont été trouvées au cours de fouilles archéologiques effectuées dans la ville cisjordanienne de Jéricho.

La première attestation, dans la région, d’un plat ressemblant au hommos remonte à l’occupation de la Terre sainte par les Croisés. Mais un historien israélien, Meir Shalev, a affirmé dans un article récent intitulé « Le hommos est à nous » qu’il y a des allusions à ce plat dans le Livre de Ruth.

L’ironie de deux peuples en conflit mais partageant les mêmes passions a servi de toile de fond au film ‘West Bank Story’, qui a valu un Oscar à Ari Sandel ; ce film évoque une idylle transculturelle dans le contexte de la concurrence effrénée que se livrent entre eux les fast-foods, au Moyen-Orient.

Mais, pour certains Israéliens, le hommos symbolise, de fait, la réconciliation. Une équipe de chercheurs de l’Université Hébraïque de Jérusalem et de l’Université de Tel Aviv a tiré la conclusion que les teneurs élevées en tryptophane – un acide aminé – des pois chiches stimule la production du récepteur nerveux responsable de la sensation de « bien-être » : la sérotonine.

« Le hommos, c’est quelque chose qui unit tout ce qui se trouve autour », affirme Dudi Menovitz, PDG de Tsabar Salads. « Quand trois ou quatre types s’attablent, au restaurant, à tous les coups l’un d’entre eux commande une bière, un autre un steak et un troisième du poisson. Mais tout le monde plonge son pain pita dans le même plat de hommos. Que de symbolisme, dans ce geste ! »

Habib Daoud, chef et propriétaire de Ezba, un restaurant palestino-libanais dans le Nord d’Israël, définit son identité culinaire comme libanaise, son identité nationale comme palestinienne et son identité civique comme israélienne. M. Daoud affirme voir dans la nourriture un dénominateur commun entre les juifs et les Arabes.

« Cela force les deux nations à franchir les frontières », dit-il. « Vous savez, dans les restaurants à hommos, il n’y a jamais beaucoup de place : les juifs et les Arabes doivent s’asseoir aux mêmes tables. Cela oblige les gens à faire connaissance. »

En revanche, Liora Gvion, auteur israélienne d’une étude sociopolitique de la cuisine palestinienne est moins enthousiaste quant aux perspectives de réconciliation autour d’un plat de hommos.

« Penser que le hommos serait un point de rencontre entre les deux peuples, c’est vraiment gonflé, c’est de la chutzpah. Les Israéliens se sont approprié le Hommos, et voilà qu’aujourd’hui, après se l’être approprié, ils veulent bien le rendre aux Palestiniens, et ils disent : « appelons-le lieu de rencontre » ? Aucun Palestinien qui se respecte ne marchera dans cette combine », dit-elle.

Source : Christian Science Monitor

Traduction : Marcel Charbonnier

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