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Bethléem -

Les enfants de Bethléem sous le siège

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Les initiatives telles que celles qu’initie l’YMCA permettent d’espérer qu’un jour la paix et la justice prévaudront sur cette terre de paix ; elles permettent à Saïf et aux autres enfants des deux nations, d’espérer qu’ils pourront vivre un jour une vie pacifique et prospère.
Pour l’instant, hélas, Saïf a besoin d’encouragement plus important que ce réveil pour le sortir du lit le matin.

Les enfants de Bethléem sous le siège


Les tanks israéliens et les transports blindés ont investi Bethleem le 6 avril 2002 - (Photo : Marla Ruzicka/CCMEP, 2002)


Quand son réveil cesse de sonner, chaque jour à 6h du matin, Saïf, mon fils de onze ans, ne bouge presque pas de son lit. Sa mère et moi devons mettre un temps fou pour le sortir du lit et le préparer pour l’école. Ce n’était pas le cas avant.

Saïf va à l’Ecole Luthérienne à Beit Sabour, connuz aussi sous le nom de « Champ des Bergers » selon la Bible, située à l’est de Bethléem, Beit Sabour est la dernière ville à majorité chrétienne en Palestine et a toujours eu la réputation d’avoir le taux d’immigration le plus bas. Mais ce n’est plus le cas.

Bien avant que la seconde intifada n’ait commencé, Saïd et les autres enfants de par chez nous se sont aperçu que leur vie changeait parce que Abu Ghnaim Mountain, propriété historique des Palestiniens de Bethléem et de Beit Sahour, a été confisquée pour que s’élève une colonie juive sur sa terre généreuse.

Situé à moins d’un kilomètre de notre projet de coopérative, la montagne Abu Gnhaim abrite un grand nombre de sites sacrés y compris St Theodor Well, monastère byzantin du 5ème et 6eme siècle et l’église de Bir Oadisum qui se situe là où Ste Marie s’arrêta après avoir donné naissance à Jésus.

La position géographique de cette montagne est d’une telle importance que, en 1967, Israël décida de l’annexer à la municipalité de Jérusalem et, au mépris de son importance historique et religieuse, construisit la colonie Har Homa.

Cette colonie compte actuellement 6 500 foyers à peu près, dans des tours d’habitation avec leurs infrastructures habituelles, c’est-à-dire routes, écoles, et des boutiques qui s’ajoutent aux hôtels, un village touristique et des zones industrielles pour répondre aux besoins de 30 000 à 40 OOO colons juifs.

Cette décision israélienne, qui fut prise avant le départ de la seconde intifada, a eu des conséquences fatales pour les chrétiens et les musulmans du lieu.
Ca a transformé ce quartier tranquille en une zone de guerre et joué un rôle majeur en empêchant que les gens de Beit Sahour puissent s’agrandir et en les forçant à immigrer hors de leur pays.

Depuis des décennies, les Palestiniens combattent pour obtenir cette indépendance et cette auto détermination que leur dénie l’occupation militaire d’Israël.
La première intifada en 1987 n’a pas réussi à atteindre ses objectifs ; la seconde intifada, déclenchée en 2000, est nettement plus sanglante que la première.

Israël est largement critiqué pour la force excessive dont il use contre les civils palestiniens, avec l’emploi, entre autres, de l’artillerie lourde.

Leur tactique a eu un résultat terrible. A partir du 29 septembre 2000, plus de 2 700 palestiniens ont été tués. 493 d’entre eux étaient des enfants.
Plus de 47 000 ont été blessés et 2 500 de ces derniers resteront définitivement handicapés.


Le premier pilonnage de Beit Shajour et du voisinage par les Ppalestiniens a eu lieu en octobre 2000 et a terriblement perturbé Saif.

Avant, enfant discipliné et vivant, il aimait l’école et participait à des tas d’activités avec la jeunesse de l’église et avec les scouts.

Mais ensuite la seconde intifada a été déclenchée et il a commencé à changer. Il s’est replié, et il est devenu anxieux.
Il a fait son premier gros cauchemar lors d’un raid de l’armée d’occupation israélienne sur notre ville en 2001.


En 2002, il est devenu impossible pour Saïf de ne pas remarquer le début de cette construction que les autorités de l’occupation israélienne dénomme mur de sécurité et que nous appelons Mur de l’Apartheid.
Il se construisait à moins de 100 mètres de chez nous et le barouf des bulldozers et des véhicules militaires a envahi la maison de l’aube jusqu’à tard le soir.

Depuis la fenêtre de sa chambre, il restait debout, tristement, pendant de longs moments chaque jour, à regarder s’élever le mur.

Ils ont commencé par les arbres. Des oliviers qui avaient plus de cinq cents ans d’âge ont été déracinés, manipulés, et emportés pour être replantés dans les colonies israéliennes.

Il nous a entendus parler avec nos voisins d’un mur de béton de 650 kms de long et de 8 mètres de haut.
Il a entendu nos discussions à propos d’un mirador militarisé et d’une « zone tampon » de 30 à 100 mètres de large avec des barrières électriques, des barbelés, de hautes lames d’acier, des tranchées, des caméras, des capteurs et des routes des sécurité de chaque côté du mur pour les patrouilles militaires.

Il a appris en écoutant que ce mur et sa zone tampon finiront par annexer plus de 60% de notre terre et feront de nos quartiers des enclaves et des zones militaires

Il a entendu l’inquiétude dans nos voix en écoutant les histoires de certains de mes amis internationaux qui sont venus nous voir et ont parlé de ce mur, qui est terminé à d’autres endroits en Cisjordanie .

Il a soigneusement écouté l’histoire de Jayous, un village près de Jénine :
Les villageois et les fermiers, là-bas, se sont vu refuser le droit d’accéder à leurs terres, quoique l’armée ait percé des « portes » dans le Mur. Les portes ne permettent pas aux fermiers d’accéder à leur terre mais renforcent le système d’étranglement d’Israël qui passent par les permis et les checkpoints où les Palestiniens sont battus, abattus, détenus, et humiliés.

Il a compris avant l’âge ce que le mot ghetto veut dire et que son petit rêve d’un futur lumineux n’irait pas plus loin.`

Saïf, avec sa candide intelligence, a remarqué le changement sans avoir besoin d’explications supplémentaire. Pour le protéger, sa mère et moi avons cessé de lui permettre d’aller dans la rue dès qu’il fait nuit ou d’aller au centre ville tout seul.

C’était déjà difficile pour lui mais nous avons dû lui dire aussi qu’il ne pourrait plus jouer avec ses amis dans le lotissement voisin des bâtiments Orthodoxes à cause de l’armée israélienne qui menace de les démolir.
Ce lotissement était essentiel pour les chrétiens de Beit Sahour parce qu’il sécurisait et sauvegardait leur terre et leur donnait espoir pour le futur.

Le patriarche orthodoxe de Jérusalem a loué une parcelle de terre en 1995 à une congrégation orthodoxe de Beit Sahour pour une durée de 99 ans afin d’y construire un total de seize bâtiments constitués de cent-vingt appartements.

Beith Sahour dans son ensemble et notre secteur en particulier a été dramatiquement touché par ce mur depuis que les Israéliens ont décidé de le construire à côté du lotissement et que, simultanément l’armée a délivré l’ordre d’arrêter la construction des seize bâtiments et des autres maisons individuelles.

Cinq mois après le commencement du mur, les Israéliens ont pris la décision de démolir la totalité du projet de constructions orthodoxes.

Heureusement, la pression internationale et locale sur les autorités israéliennes ont pu geler la décision mais n’ont pas empêché l’armée israélienne d’entrer continuellement dans la zone pour, systématiquement harceler et terroriser les habitants.

Les cauchemars de Saïf ont empiré quand les Israéliens ont réoccupé notre zone, encerclant l’Eglise de la Nativité pendant plus de 45 jours à partir d’avril 2003.

Il m’a dit qu’il rêve que les colons et les soldats israéliens lancent un raid contre nous, qu’ils tirent, tuent sa mère et moi et démolissent la maison sur nous
A cette époque le couvre-feu a été imposé sur Beit Sahour ; personne n’avait l’autorisation de sortir et personne n’était autorisé à entrer.

Les écoles étaient fermées exactement comme elles avaient été ouvertes et fermées depuis le début de l’intifada ; depuis octobre 2000 les écoles de notre ville ont connu plus de cent jours de fermeture.

Saïf a commencé à passer de plus en plus de temps devant la télé à regarder les nouvelles, à suivre le décompte quotidien des victimes ainsi que les déplacements de l’armée dans Bethléem et Beit Sahour.

Il ne veut plus dormir seul bien qu’il veuille passer plus de temps tout seul, il s’est isolé de plus en plus, mais il s’ennuie de ne plus faire de sport surtout avec ses copains de classe. Un dimanche, nous avons décidé ensemble et avec d’autres gens de Beit Sahour d’ignorer
le couvre feu et d’aller à l’église.

A l’église, les gens parlaient de leur dégoût devant le silence de la communauté internationale surtout après la fermeture et l’encerclement par les Israéliens de l’Eglise de la Nativité qui ont eu lieu sans que pratiquement le Monde Chrétien n’ait bronché.

En dépit de la souffrance et de la misère quotidienne, Saïf se réjouit d’une chose ; il est heureux que je puisse passer plus de temps avec lui qu’avant.

Ce qu’explique, évidemment, le fait que je ne peux pas aller régulièrement à mon bureau de Jérusalem. La ville est fermée pour les habitants de Cisjordanie comme moi.

Mon travail de directeur général de l’Association des jeunes chrétiens (YMCA) réclame que je sois à Jérusalem et en d’autres endroits de Cisjordanie pour diriger des projets destinés à répondre aux besoins du peuple palestinien qui est dans un profond besoin d’aide et de soutien.

Les restrictions de mouvement imposées aux Palestiniens ont gravement perturbé ce travail puisque personne n’est autorisé à se déplacer d’un endroit à un autre sans permis.

Les gens attendent pendant des heures et des heures en face des bases militaires pour obtenir ce fameux permis mais la plupart du temps sans succès.

L’humiliation, les insultes et les mauvais traitements des gens aux check points et aux barrages n’encouragent pas les Palestiniens à rester dans la rue pour quelque raison que ce soit.

Les initiatives telles que celles qu’initie l’YMCA permettent d’espérer qu’un jour la paix et la justice prévaudront sur cette terre de paix ; elles permettent à Saïf et aux autres enfants des deux nations, d’espérer qu’ils pourront vivre un jour une vie pacifique et prospère.

Pour l’instant, hélas, Saïf a besoin d’encouragement plus important que ce réveil pour le sortir du lit le matin.

Source : http://electronicintifada.net/

Traduction : CS

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