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Jayyous -

Les fruits de ses efforts sont du mauvais côté de la grille de séparation

Par

Article Haaretz.

Sharif Omar Khaled a eu quelques satisfactions la semaine dernière. Ses goyaviers ont fait des fruits pour la première fois. Ils ont mûri relativement tôt, dit-il, à cause de la chaleur.

Les fruits de ses efforts sont du mauvais côté de la grille de séparation

Sharif Khaled, que tout le monde connaît sous le nom d' Abu Azzam, ressemble à un mochavnik (1) du temps passé. C'est vrai qu'il n'a pas de moustache, mais il a un peu de ventre, un vieux tracteur avec une remorque et il est intarissable lorsqu'il parle de ses arbres : oliviers, citronniers, avocatiers, abricotiers, amandiers, goyaviers. Sa plus grande fierté est son verger de néfliers du Japon : 14 dunums l'an dernier ont produit 47 tonnes de fruits. Un record très impressionnant.

Au cours des deux derniers mois, Abu Azzam a vu ses 3.600 arbres de loin, du haut de la colline où se trouve son village, Jayyous.

Lorsque j'étais allé dans ce village palestinien (près de Qalqilyah) il y a quatre ans, j'avais eu l'impression d'être dans un moshav – des tracteurs avec des conducteurs en bottes de caoutchouc couvertes de boue étaient partout dans les rues.

Cette impression s'est dissipée. Le nombre d'habitants de Jayyous travaillant dans l'agriculture a diminué pour une raison simple : la grille de séparation. Dans ce secteur, elle a été terminée il y a trois ans et elle coupe les habitants de Jayyous de leurs terres. Pour les atteindre, ils ont besoin d'une autorisation de l'Administration Civile, et celles-ci sont données de moins en moins souvent.

Seuls 90 des 4.000 habitants de Jayyous ont aujourd'hui la permission de travailler sur leurs terres.

Pendant trois ans, Abbu Azzam fut l'un de ces veinards qui reçurent un permis. Le 23 juin, il a été informé que l'autorisation ne serait pas renouvelée, "à cause de l'opposition des services de la sécurité".

Abu Azzam n'est pas le seul dont le permis n'a pas été renouvelé. Au cours de ces quelques derniers mois, disent des gens à Jayyous, 29 fermiers ont eu leurs permis annulés, tous pour des prétendues raisons de sécurité. Dans le cas d'Abu Azzam, ce refus semble surprenant, dans le meilleur des cas, et malveillant au pire.

Abu Azzam va à l'étranger trois ou quatre fois par an. Il s'est rendu en Suède, Grande-Bretagne, Inde et Espagne. Il connaît maintenant quelques mots d'italien après avoir étudié trois mois à Pise.

Mais il ne peut pas aller dans son verger.

Le mot "coexistence" a totalement disparu du vocabulaire du conflit israélo-palestinien. Mais pas pour Abu Azzam. Il s'est lié d'amitié avec des Israéliens qui ont participé aux protestations contre la construction de la grille dans le secteur de Jayyous il y a quatre ans, et depuis lors, il n'a pas ménagé sa peine pour maintenir ces liens. Chaque année, des centaines d'Israéliens viennent l'aider, lui et les autres fermiers de Jayyous, pour moissonner les champs qui sont restés du côté israélien de la grille. "Ils ne veulent pas d'argent, et ils portent même leur propre nourriture", dit Abu Azzam avec admiration. "Ils veulent simplement nous aider".

Abu Azzam se souvient en particulier de l'une des actions d'aide des Israéliens : en décembre 2004, les bulldozers israéliens ont arraché plusieurs centaines d'oliviers sur une parcelle privée qui appartenait à l'un des habitants de Jayyous. "Les Israéliens sont venus replanter les arbres", dit-il. "Ils ont fait plusieurs kilomètres à pied parce que l'armée ne les avait pas autorisés à venir avec leurs voitures. Même le plus âgée d'entre eux est venu à pied. Quel âge a Uri Avneri ? Lui aussi est venu à pied. Nous nous sommes retrouvés 50 Palestiniens, 200 Israéliens et 100 policiers et soldats. Plusieurs centaines de villageois de Jayyous nous regardaient de derrière la grille. Ils étaient extrêmement émus. C'était un sentiment très agréable de voir les Israéliens planter les arbres avec nous."

Mais ne nous y trompons pas. Abu Azzam est une épine dans le pied d'Israël, même si c'est une petite épine. Il voyage beaucoup à l'étranger et, au cours de la plupart de ces déplacements, il dénonce "la grille d'apartheid". Il a fait partie de la délégation palestinienne à la Cour Internationale de Justice de La Haye, en tant que "fermier de la région", et il dit des choses sans équivoque et acerbes. Il participe à des colloques internationaux à l'étranger et quelquefois, ces confrontations avec des représentants israéliens finissent mal.

Cette année en février, il a participé à une discussion à l'Université de Cambridge. "Le délégué palestinien en Grande-Bretagne n'arrivait pas, et j'étais le seul palestinien dans le forum avec une dizaine d'israéliens", dit-il. "Ils m'ont demandé si les auteurs des attaques suicides pouvaient faire partie du processus de paix. J'ai été impoli, et je leur ai demandé si des attaques par hélicoptère Apache sur des écoles pouvaient faire partie du processus de paix. On a eu une discussion désagréable."

Ces remarques acerbes ont-elles conduit à l'annulation du permis d'Abu Azzam ? C'est possible.

Un porte parole de l'Administration Civile a répondu qu'Abu Azzam avait eu une audience devant un comité qui étudiait sa demande de renouvellement de permis. La demande a été étudiée "en gardant à l'esprit les besoins de sécurité de l'Etat d'Israël et il a été décidé de la refuser." Abu Azzam dit que les membres du comité lui ont demandé où il s'était rendu la dernière fois qu'il était parti à l'étranger. "J'ai dit que j'avais été en Suède en mai, puis ils m'ont demandé où j'étais en février. J'ai eu l'impression qu'ils parlaient de la conférence de Cambridge".

Il y a peut-être une autre raison. L'un des amis d'Abu Azzam l'a mis en garde, une fois, contre une possible annulation de son autorisation de travail dans ses champs. "Le problème est que tu as trop de contacts avec la gauche israélienne", lui a-t-il dit.

De toutes façons, Abu Azzam est convaincu que les autorités israéliennes ne voient pas d'un bon œil les liens entre Israéliens et Palestiniens. Il voit ce manque de liens comme l'une des raisons qui font que le nombre d'Israéliens qui participent aux activités qu'il a organisées n'a pas augmenté. "C'est comme si cela n'intéressait pas les Israéliens de savoir ce qui se passe de l'autre côté", dit-il.

Abu Azzam est-il une menace pour la sécurité ? Tout est possible, mais à le voir, au moins, cette possibilité semble étrange. Il a 65 ans, c'est un ancien communiste, et il y a une très grande distance entre lui et le Hamas. Il n'a été arrêté qu'une fois, il y a 20 ans, pour avoir refusé d'évacuer une partie de ses terres en faveur de la colonie proche de Tzofin.

Un de ses fils a fait neuf mois de détention administrative, mais c'était il y a plus de trois ans. Un autre de ses fils obtient toujours une autorisation d'aller au port d'Haïfa pour y chercher des marchandises pour la société qu'il dirige. Au fait, ce fils non plus n'a pas obtenu l'autorisation de l'Administration Civile pour se rendre sur les terres familiales. Il peut aller à Haifa, mais pas dans les vergers de goyaviers et de néfliers de son père.

Des sources à l'Administration civile disent que des tentatives ont été faites de leur part pour persuader les services de sécurité du Shin Bet de donner le permis à Abu Azzam, mais que le Shin Bet a catégoriquement refusé.

Abu Azzam a une explication simple pour ce refus persistant : "Ils veulent qu'on oublie nos terres et nous faire émigrer."

1) Un moshav ou mochav est un type de communautés agricoles coopératives israéliennes associant plusieurs fermes individuelles (source Wikipédia).

Source : ISM

Traduction : MR pour ISM

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