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Palestine - ISM France

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Cisjordanie -

Les graines de la haine

Par

Chen Kotas-Bar, article paru dans Maariv le 22 mars 2005

Je n'ai pas dormi la nuit suivante. C’était difficile de dormir, parce que vous ne l'oubliez pas aussi vite, quand vous tirez des personnes hors de leurs maisons qui ont l'âge de votre grand-père et les enfants, l'âge de vos frères, et vous savez que vous et vos amis pourrissez la vie de ces gens.
Voir les petits garçons là et savoir que moi, "A", j’ai planté personnellement la haine de moi en eux.' C'est la chose la plus dure.
Savoir ce que n’est pas fini maintenant. Qu'ils ne l'oublieront pas.

Certains des témoignages qui ont été donnés ces derniers mois dans le cadre de Briser le Silence sont liés à des incidents qui se sont produits peu après d’importantes attaques Palestiniennes. Les réponses y correspondaient. Les soldats parlaient de leur désir de se venger et de régler des comptes.

L'incident que nous relate "A" – un soldat d’infanterie qui est actuellement déployé dans les Territoires Occupés – s’est déroulé la semaine dernière, dans un des secteurs calmes de la Cisjordanie .

Et c'est peut-être précisément ce calme relatif qui a secoué "A", un soldat expérimenté approchant du terme de sa période de service, ce qui inclut de nombreux mois sur le terrain, et lui a ouvert les yeux et l’a incité à Briser le silence.

Craignant la réaction de ses commandants, et également inquiet au sujet de son auto-incrimination, les détails complets concernant "A" - le nom de son unité, l’endroit de l'incident dont il parle - ont été supprimés par les rédacteurs.


* Une Punition Collective Appropriée *


“Nous parlons de la vie là-bas maintenant. Nous ne sommes plus à l’époque où il y avait une attaque quotidienne de terroristes palestiniens. J'ai même été étonné. J'ai pensé que nous serions un peu plus modéré. C'est un secteur calme, dans des périodes relativement calmes. Mais non. Ce dont je vous parle s'est produit il y a quelques jours, peut-être une semaine. Un cocktail de Molotov a été jeté à l'entrée de l’un des villages calmes. La bouteille a été jetée sur le trottoir, personne n’a su qui en était le responsable."

"A peu près une demi-heure plus tard, le commandant du secteur a donné l'ordre d’aller dans chaque maison du village, pour emmener tous les hommes, des garçons de 11-12 ans aux vieils hommes. Quand l'ordre est tombé – cela nous a paru choquant. "Prenez tous les hommes du village." Cela ne semble pas bon. Faites sortir tous les hommes.
Qu’est-ce que ça veut dire, Faites les tous sortir ? Nous les avons faits sortir. Je ne suis pas un novice pour ce genre de cas; Je suis un vétéran, mais cette fois c’était différent, parce que c'était un cas net de punition collective.
Là, il n'y avait rien d’autre, aucune dimension opérationnelle. Un couvre-feu est aussi une punition collective, mais au moins il peut être expliqué pour les besoins d’une opération. Ici, non."


"nous avons commencé à aller de maison en maison, il était 10h du soir. Nous avons aussi des colons, des types d’Extrème-Droite, des extrémistes. Aussi, vous pouvez imaginer comment la sortie des maisons a été effectuée. Par des menaces, de façon agressive, les armes dirigées sur les enfants."

"Dans les endroits où j'ai été auparavant dans les Territoires, les Palestiniens étaient déjà habitués à nous. C’était des gens qui connaissaient la routine, des secteurs à problèmes. Pas ici. C'était un village calme. Nous sommes tombés sur des gens totalement surpris. Dans ces maisons, quand nous entrions, les enfants étaient toujours effrayés. Un enfant ouvre la porte, un soldat pointe son fusil sur lui. C’est dur."

"Après, nous avons rassemblé tous les hommes dans la cour de l’école. C'était une vue choquante. Tous les hommes assis par terre, y compris des garçons âgés de 11 ans et plus. Les types qui les gardaient ne les ont pas laissés se déplacer, même pas pour aller faire pipi.
Celui qui avait envie d’aller aux toilettes, il devait le faire sur lui. Ils les ont séparés en catégories d'âge et ils se sont assis là, à attendre. Ils ont pris leurs papiers d’identité, mais personne ne les a même regardés. Ils les ont juste fait s’asseoir."

"Après deux heures ou plus, le commandant de bataillon est venu. Il a pris un interprète, et lui a dit de dire aux Palestiniens que 'si un cocktail de Molotov était encore jeté sur la route, ce village ne respirera plus. Comme ça.
Une punition collective appropriée. Personne n'a même senti leurs mains pour voir qui avait jeté la bouteille.
Personne ne les a contrôlés. Après quelques heures, ils les ont renvoyés à la maison."


Je ne crois pas au refus *

Pourquoi n'avez-vous pas refusé de faire l’armée ?

"Il y a beaucoup de raisons pour ne pas refuser. Je ne crois pas au refus, dans la réalité d'aujourd'hui. J’applique les ordres et j'essaie de parler aux commandants, à qui que ce soit de ce que je dois faire.
J'essaye également de faire la différence, même si ça ne marche pas.
Si mes yeux s’excusent quand je pousse un garçon de 11 ans à l’extérieur de sa maison au milieu de la nuit qui n'a fait rien, ça ne répare rien.
Et le plus dur : c'est que c’est quelque chose qui reste entre nous et ceux qui étaient là. Personne ne le sait, sauf nous et eux."

"Je n'ai pas dormi la nuit suivante. C’était difficile de dormir, parce que vous ne l'oubliez pas aussi vite, quand vous tirez des personnes hors de leurs maisons qui ont l'âge de votre grand-père et les enfants, l'âge de vos frères, et vous savez que vous et vos amis pourrissez la vie de ces gens.
Je me rappellerai toujours cela, ce qui s'est passé cette nuit-là. Et je vous ai dit que j'ai déjà vu beaucoup de choses dans les territoires.
Mais là, c'était injustifié. Ici nous avons planté les graines de la haine, de la prochaine attaque terroriste.
Voir les petits garçons là et savoir que moi, "A", j’ai planté personnellement la haine de moi en eux.' C'est la chose la plus dure.
Savoir ce que n’est pas fini maintenant. Qu'ils ne l'oublieront pas. Et je ne l'oublierai pas non plus, et nous nous reverrons encore."



Au sujet de `Briser le Silence`

Ce ne sont pas des refuzniks. Ce ne sont pas des politiciens. Ils aiment l'état. Ce sont juste des soldats qui étaient là, qui sont également ici, et ils ont décidé que cela ne pouvait pas durer plus longtemps. Que quelqu'un devait se lever et crier : Réveillez et voyez ce qu’il nous arrive.
Chen Kotas-Bar de "Briser le Silence" ramène chaque mardi des témoignages de la guerre dans les Territoires, et de ce qu'elle leur fait.

Source : http://www.kibush.co.il/show_file.asp?num=1151

Traduction : ISM

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