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Palestine - ISM France

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Gaza -

Les souvenirs perdus de Gaza

Par

Najwa Sheikh vit dans la Bande de Gaza et collabore régulièrement au Palestinian Telegraph.

Un autre aspect, caché mais très douloureux, des souffrances palestiniennes est l’histoire des familles éparpillées à travers le monde, dont beaucoup d’entre elles se sont installées dans divers pays après avoir fui en 1948. Elles ont des vies différentes et ont perdu beaucoup de leurs souvenirs d’enfance.

Les souvenirs d’enfance sont les événements et les expériences vécus avec vos sœurs et vos frères. Ce sont des moments spéciaux dans le temps qu’on ne peut ignorer ou oublier ; ce sont des expériences nouées par les liens de la fraternité. Les souvenirs partagés avec mes frères et sœurs sont nôtres, et, en tant que famille, nous devrions normalement avoir du plaisir à nous en souvenir et à les revivre. Nous rappeler les chers souvenirs de notre enfance serait possible si nous n’étions pas séparer par de telles distances.

Mes propres frères sont dispersés, en Arabie Saoudite, en Libye et au Liban. Ni mes parents ni moi ne savons quoique ce soit sur leurs enfants ou leurs vies, à qui ils ressemblent ou le gernre de vie qu’ils mènent. Il y a cependant quelques rares appels téléphoniques, de temps en temps.

La semaine dernière, ma belle-mère a appris qu’un de ses frères était mort au Koweït. J’étais étonnée, bien sûr, parce que c’était la première fois que j’entendais parler de lui. Il semble que lui, comme beaucoup d’autres Palestiniens qui sont partis il y a longtemps, a fait sa vie en dehors de Gaza et a perdu tout lien avec ses racines. Ma belle-mère, bien qu’elle ne se souvienne pas de son image, fut très triste d’apprendre cette nouvelle, elle aurait aimé avoir l’occasion de partager avec lui leurs vieux souvenirs d’enfance. Elle aurait voulu pouvoir mieux le connaître, ou voir son visage 70 ans après. Ma belle-mère aurait voulu être à nouveau malicieuse et taquine, comme le sont les frères et les sœurs quelque soit leur âge, une fois encore.

C’est la même histoire pour les autres membres de ma famille. La séparation de la distance physique et la perte de contact n’ont apporté que plus de chagrin et de souffrance. Le plus triste dans tout ceci, c’est que nos vieux souvenirs se sont estompés et notre vie actuelle n’est remplie d’aucun des souvenirs ou des expériences partagées qu’ont les familles qui vieillissent ensemble.

Je me souviens, quand mon oncle est mort il y a cinq ans, je ne l’avais jamais rencontré, je ne lui avais jamais parlé, et je n’ai ressenti aucune tristesse, aucune perte. Ce n’est pas parce que j’ai un cœur de pierre. Je n’avais pas un seul souvenir de mon oncle, ni même une image en tête. Les enfants de mes frères qui vivent à l’étranger ressentiront-ils la même chose ?

J’ai deux frères qui vivent à l’extérieur de Gaza. Ils sont mariés et ont des enfants. Bien que nous discutions au téléphone, nous n’avons aucun souvenir à partager. Je ne peux rien dire sur leurs passe-temps favoris, sur ce qu’ils aiment ou détestent, ni choisir de cadeaux parce que je ne connais pas leur couleur ou leur jouets préférés. Eux non plus ne peuvent dire quoique ce soit sur moi, sur leurs autres tantes, ou leurs grands-parents. Les enfants de mes frères ressentiront ce que j’ai ressenti lorsque mon oncle a quitté ce monde.

Au fur et à mesure du temps qui passe et de l’âge, moi aussi j’oublierai l’image de mes frères, comme ma mère lorsque mon oncle est mort. Je ne pourrai pas, moi non plus, rire, les taquiner ou me moquer d’eux alors qu’ils vieillissent. Un jour, moi aussi je recevrai les mêmes nouvelles que celles qu’ont reçues mon père et ma belle-famille. Est-ce que j’aurai du chagrin, est-ce que je pleurerai, est-ce que je pourrai partager mes souvenirs d’enfance, ou est-ce que je garderai ma tristesse au fond de moi ?

La distance physique ne fait qu’augmenter la souffrance de toutes les familles palestiniennes vivant séparées.

Najwa Sheikh



Source : The Palestine Telegraph

Traduction : MR pour ISM

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