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Bilin -

Les villageois unis défient l’occupation violente

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C’est une manifestation petite, mais pleine d’énergie. Accompagnés par une quinzaine de supporters internationaux et quelques Israéliens fidèles, les habitants de Bil’in, village de Cisjordanie proche de Ramallah, protestent contre le Mur et les colonies israéliennes qui menacent leur village. Scandant des slogans en arabe et criant en hébreu aux soldats de rentrer chez eux, les manifestants sont empêchés de passer par une grille dans le mur par une unité de soldats israéliens et leurs jeeps. Les soldats menacent avec leurs gourdins – pas aujourd’hui, semblent-ils dire.

Une quinzaine de minutes après, Abdullah Abu Rahme, le coordonnateur du Comité populaire contre le mur et les colonies de Bil’in, demande à la foule de le suivre. Ils essaient de trouver un autre passage dans l’énorme enchevêtrement de fil de fer barbelé à lames, de ce cêté du mur.

Quelques manifestants tirent sur les barbelés, les mains protégées par des gants épais. Leur tentative est rapidement stoppée par les soldats israéliens.

Le village est entré en résistance contre le mur en février 2005, depuis deux ans, par des manifestations hebdomadaires. A cet endroit, le Mur consiste en un gros magma de barbelés à lames, une pente raide, une grille très haute, un chemin de terre, une autre grille et enfin une route goudronnée sur laquelle les soldats patrouillent avec leurs jeeps et leurs humvees.

En dépit des premières déclarations du gouvernement israélien disant que le Mur était construit pour des « raisons de sécurité », à Bil’in comme pour 80% de son tracé, le Mur ne suit pas la Ligne Verte de 1967. Les ministres israéliens disent maintenant ouvertement que le tracé déterminera les frontières définitives.

En fait, le Mur sert à favoriser l’expansion des colonies israéliennes, et le village perd 60% de ses terres, de l’autre cêté du Mur. Pour ce petit village agricole situé à quelques 25 minutes de voiture de Ramallah, c’est un sacré coup.

« Ils ont pris les terres sur lesquelles j’emmenais paître mes brebis. Ils ont déraciné les oliviers qui appartenaient à ma famille. Je cultivais des haricots, du blé et des pommes de terre. Je n’ai pas le droit d’aller sur ma terre, maintenant qu’elle est de l’autre cêté du Mur », dit Wadji Burnat, un fermier de 50 ans. « Le gouvernement israélien est un gouvernement de voleurs. Ils ne se préoccupent que d’une petite partie de leur propre peuple. Ils veulent expulser les Palestiniens. »

Malgré cela, les villageois ont fait le choix de manifestations et protestations non violentes plutêt que de la lutte armée. « Nous avons choisi cette forme de résistance parce que nous y croyons », dit Mohammed Katib, membre du Comité Populaire. Le Comité a été créé au début de la campagne pour coordonner la lutte sous toutes ses formes.

“Nous menons en même temps une bataille juridique et la résistance”, dit Katib. « Nous voulons essayer toutes les formes possibles de lutte non violente ». Katib, comme beaucoup des autres militants non violents du village, a maintes fois reçu coups et gaz lacrymogènes par les soldats israéliens pendant les manifestations.

Les autorités israéliennes ont également envahi le village au petit matin, raflant les chefs de la campagne. Un de ces raids a eu lieu le 22 novembre, à 2h du matin. Selon l’équipe chargée des médias d’ISM, le chef du Comité Populaire, Iyad Burnat, ainsi que trois autres militants du village, ont été kidnappés par les soldats israéliens. Ils ont été emmenés à la prison d’Ofer puis au poste de police de Mod’in pour interrogatoire.

La police, puis le Shabak – les services secrets israéliens – les ont questionnés longuement sur leur implication dans les manifestations hebdomadaires. Ils les ont menacé de prison. Ils ont tous les quatre été finalement relâchés le même soir, sans accusation.

Le coordinateur Abdulla Abu Rahme, instituteur, a lui aussi été battu et arrêté plusieurs fois. Son procès a récemment été reporté parce que la police des frontières israélienne ne s’est pas présentée au procès. Abu Rahme a été arrêté lors de trois manifestations différentes au cours de l’été.

Katib ne regrette pourtant pas la campagne. « Nous devions faire quelque chose pour les empêcher de voler notre terre – tous ensemble dans le village. Nous devions agir. Dans le Comité, nous nous centrons sur une campagne pour encourager les gens à se joindre à nos manifestations. »

Des supporters et des bénévoles viennent de partout dans le monde à nos manifestations hebdomadaires. Des groupes de militants pour la paix et contre l’occupation, comme ISM, viennent à Bil’in chaque semaine.

Un des militants d’ISM a choisi de venir en Palestine à cause de son importance globale. « Le problème central de cette région est l’injustice faite aux Palestiniens. Je voulais voir par moi-même », dit le journaliste indépendant.

Les supporters israéliens aussi rejoignent les manifestations chaque semaine. Un groupe d’Israéliens convaincus, qui soutient le droit à l’autodétermination des Palestiniens, participe à toutes les manifestations, et s’est fait beaucoup d’amis palestiniens. Shai Pollack, réalisateur israélien, en fait partie ; il a gagné le prix du Meilleur Documentaire au Festival du Film de Jérusalem cette année pour le film « Bil’in Mon Amour », sur le village et sa lutte.

Kobi Snitz, un autre participant régulier, dit qu’il est venu en Cisjordanie pour la première fois il y a trois ans, après avoir vu le projet de tracé du Mur dans un quotidien israélien. « J’ai été choqué. Je ne pouvais pas croire que quiconque pourrait soutenir ça. J’ai commencé à montrer la carte à des gens et je leur ai dit : « regardez ce qu’ils veulent faire ! ». Ca m’a semblé impossible. Peu de temps après, j’ai rejoint un groupe de militants qui faisait quelque chose – les Anarchistes contre le Mur. »

Les Israéliens appartenant à des groupes qui vont en Cisjordanie comme les Anarchistes sont harcelés par le Shabak, dit Snitz. « Ils ont « invités » la plupart des militants les plus durs à une rencontre individuelle. Ils disent « venez, s’il vous plaît », mais c’est une invitation que vous ne pouvez pas refuser. Ils disent que si on n’y va pas, ils viendront nous chercher à la maison. »

“Lors de l’entretien, ils commencent par nous dire que nous sommes surveillés et que nos téléphones sont sur écoute. Ils bluffent peut-être, mais ils essaient de nous rendre parano. Personnellement, je n’ai rien à cacher. Si quelqu’un trouve que ma vie personnelle est intéressante, alors, ahlan wa-sahlan (bienvenue). Ils nous ont donné des leçons sur comment nous devrions « faire attention » aux Palestiniens, parce qu’ils vont « se servir de nous ", dit Snitz, qui, comme beaucoup d’autres militants israéliens, parle arabe couramment. (1)

Mansour Mansour est un militant palestinien non violent du village voisin de Biddu. Ancien coordonnateur ISM, il participe régulièrement aux manifestations de Bil’in. « Les militants israéliens subissent la même violence que nous dans les manifestations. Ils ne nous disent pas ce que nous devons faire, ils suivent nos instructions », dit-il.

Les visites des militants israéliens dans les villages palestiniens menacés par le Mur et les colonies font pourtant débat. Certains Palestiniens critiquent ces visites, car ils craignent qu’elles constituent une « normalisation ». La normalisation est le concept selon lequel il suffit que les Israéliens et les Palestiniens s’assoient et discutent ensemble pour que les problèmes soient résolus. Les critiques disent que c’est une manière de penser politiquement naïve d’ignorer la situation politique de fond des Palestiniens sous occupation israélienne – que les deux « cêtés » sont tout sauf égaux.

Les projets de normalisation étaient populaires pendant les années Oslo, lorsque beaucoup de Palestiniens et d’Israéliens espéraient une fin au “conflit”. Des groupes de dialogue ont vu le jour dans toute la Cisjordanie . La plupart des Palestiniens pensent maintenant qu’il faudra beaucoup plus – en un mot la fin de l’occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza.

Snitz sait que leur solidarité peut être mal comprise. « Aussi longtemps qu’il est clair que notre but est de soutenir la lutte, alors c’est bien différent que de venir juste pour boire un thé. Le mouvement pacifiste israélien doit comprendre ça – même ceux d’entre eux qui n’ont pas peur de venir en Palestine », dit-il. « C’est aux Palestiniens de décider si notre contribution à leur lutte a de quelconques effets négatifs involontaires de normalisation. C’est leur lutte. S’ils veulent que nous participions, nous le ferons. »

En dépit des représentations des médias occidentaux sur le mouvement islamique du Hamas comme anti-sémite et “dédié à la destruction d’Israël », des hommes politiques appartenant au Hamas font partie des nombreux personnages publics à avoir participé aux manifestations. Même des membres de la ligne dure du Jihad Islamique sont venus. Ces deux groupes l’ont fait en sachant parfaitement qu’ils allaient marcher avec des Israéliens et des juifs venus du monde entier », dit Katib.

« Des représentants de toutes les factions palestiniennes sont venus », ajoute-t-il. "Hakam Youssef, le chef du Hamas en Cisjordanie , est venu plusieurs fois. Ksadar Adnan, porte-parole du Jihad Islamique, a participé lui aussi. Ils sont venus en sachant qu’il y aurait des Israéliens dans la manifestation. Ils ont dit que si cette forme de résistance à l’occupation marchait, ils suivraient notre exemple."

Mansour dit que c’était pareil à Biddu. « Le Hamas, le Jihad – toutes les factions ont soutenu nos manifestations. Les gens défendaient juste leur terre. Ce sont des fermiers. Si quelqu’un du Hamas est menacé de perdre sa terre, bien sûr qu’il va participer à la manifestation. »

De retour à la manifestation et, comme d’habitude, la grille dont Israël dit qu’elle est là pour permettre aux fermier d’accéder à leur terre est bloquée par les soldats. Les manifestants veulent aller sur les terres annexées. Dans tous les villages situés le long du tracé du Mur, c’est le même schéma qui se met en place. Lorsque le Mur est terminé, il est interdit aux gens de passer les grilles. Même les fermiers ayant des permis.

Une poignée de protestataires ont fait un sit-in dans la zone située entre les barbelés et la première grille pendant environ 20 minutes, pendant que les soldats empêchaient les autres de les rejoindre. Le Comité Populaire a appelé les manifestants à revenir au village en un seul groupe.

Sur le retour, des groupes de jeunes ont attaqué la police des frontières israéliennes qui a pris position dans et près des maisons à l’extérieur du village. Les jeunes n’en peuvent plus de la présence de la force paramilitaire, et leur lancent des pierres.

Le 15 décembre, la manifestation de Bil’in a été relativement pacifique, avec moins de violence militaire que par le passé. Pourtant, les soldats israéliens ont encore une fois tiré des balles en caoutchouc et des grenades lacrymogènes sur les jeunes palestiniens qui leur lançaient des pierres, pour défendre leur village. Il n’y a eu que des blessures mineures.

D’autres manifestations ont eu à faire face à bien plus de violence, en particulier lors de l’invasion israélienne du Liban, l’été dernier. Les soldats ont eu un comportement été extrêmement brutal, ils ont utilisé des gourdins, des balles d’acier couvertes de caoutchouc, des grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants.

Des Palestiniens, des Israéliens et des Internationaux ont tous été sérieusement blessés. Il n’y a heureusement pas eu de mort à Bil’in, certainement grâce à la présence des médias. D’autres manifestations palestiniennes pacifiques, non couvertes par les médias, ont déploré des morts.

Biddu, le village de Mansour, a organisé des manifestations non violentes régulières en 2004 pour résister au Mur et aux colonies. Cette campagne soutenue, combinée avec des dépêts de plaintes auprès des tribunaux israéliens, a abouti à une modification significative du tracé du Mur. Mais ce succès a coûté cher.

“Les soldats se sont vraiment mal comportés. Ils ont battu les gens, mon cousin a eu le nez cassé. Ils ont cassé les os de gens qui étaient assis par terre pour bloquer le passage des bulldozers. Des gens se sont enchaînes les uns aux autres, formant un grand cercle autour des bulldozers, ne recherchant pas d’affrontement ", raconte Mansour.

“Cinq personnes ont été tuées pendant cette campagne. Trois en une seule journée, le 26 février 2004. La quatrième a reçu une balle en caoutchouc dans la tête et est morte 6 jours après, le 2 mars. La cinquième est morte le 18 avril."

Aujourd’hui, la manifestation est terminée et la plupart des villageois sont rentrés chez eux. On continue à entendre le bruit des balles, dans la direction des soldats qui continuent à tirer sur les jeunes qui leur envoient des pierres. « Ca c’est rien – j’ai été à la guerre », s’est vanté un peu plus têt un soldat pendant la manifestation.

Mohammed Katib est fatigué, mais toujours plein d’énergie lorsqu’il songe à l’avenir.

« La lutte contre le Mur n’a pas commencé à Bil’in. C’est un processus qu’on a appris dans des endroits comme Mas’ha, Budrus et Biddu. Ca fait maintenant presque deux ans, et nous continuerons jusqu’à ce que nous voyons des résultats sur le terrain, jusqu’à ce que nous atteignons nos buts, modifions le tracé du Mur et libérions notre terre ».

(1) Ndt : contrairement à la plupart des groupes constituant le soi-disant "mouvement de paix" israélien, les Anarchistes contre le Mur souhaitent la constitution d'un seul Etat, la Palestine, au sein duquel ils auraient la nationalité palestinienne.

Source : ISM

Traduction : MR pour ISM

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