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Palestine - ISM France

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Bilin -

Lettre d’Abdallah Abu Rahmah, en prison à Ofer, à l'occasion du 5ème anniversaire du début de la résistance populaire contre le mur et les colonies à Bil’in (vidéo)

Par

"Chers amis et sympathisants,
Cela fait maintenant deux mois que, les yeux bandés et les menottes aux mains, j’ai été enlevé chez moi. Aujourd’hui, les nouvelles sont parvenus à la prison militaire d’Ofer que le mur d’apartheid sur la terre de Bil’in allait enfin être démantelé et construit sur une nouvelle route, rendant au village la moitié de la terre qui lui a été volée. Pour nous, à Ofer, emprisonnés pour avoir protesté contre le mur, cette victoire nous aide à supporter nos souffrances. Après cinq ans de résistance active, chaque semaine, au vol de notre terre par le mur d’apartheid et les colonies israélienne, il nous tarde d’être à nouveau parmi nos frères et sœurs pour fêter cette victoire et le 5ème anniversaire de notre lutte.

Lettre d’Abdallah Abu Rahmah, en prison à Ofer, à l'occasion du 5ème anniversaire du début de la résistance populaire contre le mur et les colonies à Bil’in (vidéo)


Les Aînés visitent le mémorial de Bassem Abu Rahmah à Bil’in, le 27 août 2009. De gauche à droite : Gro Brundtland, Mary Robinson, Fernando Cardoso, Jimmy Carter, Desmond Tutu, Mohammed Khatib, Ela Bhatt, Abdullah Abu Rahmah.

Ofer est une base militaire israélienne à l’intérieur des territoires occupés, et elle sert de prison et de tribunal militaire. La prison est constituée de tentes encerclées de fils de fer barbelés et d’une grille électrique ; chaque unité comprend 4 tentes, et il y a 22 prisonniers par tente. Actuellement, en hiver, le vent et la pluie pénètrent par les fissures des tentes et nous n’avons pas assez de tentes, de vêtements et autre nécessaire de base. Ici la nourriture est un gros problème, elle n’est pas suffisante. Nous survivons en achetant des produits à la cantine de la prison et nous les préparons dans les tentes. Nous avons une petite plaque chauffante, et c’est aussi notre seule source de chaleur. Ceux dont les familles peuvent mettre de l’argent sur un compte pour nous le font, mais beaucoup ne peuvent se le permettre. Le côté positif, c’est que j’ai appris à cuisiner ! Ce soir, j’ai fait des fallafels et des gâteaux pour célébrer la nouvelle de notre victoire. Il me tarde d’être à la maison et de faire la cuisine pour ma femme et mes enfants !

J’ai été arrêté en chaussons, et jusqu’à aujourd’hui, ma famille n’a pas été autorisée à me faire passer une paire de chaussures. J’ai pu enfin récupérer ma montre, après des demandes répétées. Pour moi, c’était essentiel ; il m’était insupportable de ne pas pouvoir me rendre compte du passage des heures. Quand je l’ai reçue, j’étais fou de joie, comme un enfant à qui on offre sa première montre. Je peux à peine imaginer ce que sera de mettre à nouveau une paire de vraies chaussures.

A cause de notre emprisonnement, l’armée considère que nos familles sont une menace à la sécurité. C’est très dur pour nos épouses, nos enfants et nos proches de nous rendre visite. Mon ami Adeeb Abu Rahmah, lui aussi prisonnier politique de Bil’in, ne peut recevoir de visites de sa femme et d’une de ses filles. Même sa mère, une femme de 80 ans qui est en ce moment en mauvaise santé, est considérée comme une menace ! Il a peur de ne pas la voir avant sa mort.

Je suis insititeur et avant mon arrestation, j’enseignais dans une école privé à Birzeit, et j’avais aussi un élevage de poulets. Ma famille a du le vendre à perte lorsque j’ai été arrêté. Je ne sais pas si j’aurais toujours mon poste à l’école lorsque je serai libéré. Les neuf membres de la famille d’Adeeb n’ont plus de source de revenus, comme tant d’autres familles. Ne pas pouvoir s’occuper de nos bien-aimés, qui ont besoin de nous, est le plus difficile à vivre ici.

C’est le soutien que j’ai reçu de ma famille et de mes amis qui m’aide à tenir. Je suis reconnaissant aux dirigeants palestiniens qui ont pris contact avec ma famille, aux diplomates de l’Union Européenne et aux activistes israéliens qui ont manifesté leur soutien en venant à mes audiences. La relation que nous avons construite avec les activistes va au-delà de la définition de collègue ou ami, nous sommes frères et sœurs dans cette lutte. Nous sommes une source continuelle d’inspiration et de solidarité. Vous avez été à nos côtés pendant les manifestations et les audiences au tribunal, et dans les moments très heureux et très douloureux. Etre en prison m’a montré que j’avais beaucoup de vrais amis, je vous suis tellement reconnaissant.

Depuis les limites de ma prison, il devient très clair que notre lutte est beaucoup plus grande que la justice seulement pour Bil’in, ou même pour la Palestine. Nous sommes engagés dans un combat international contre l’oppression. Je sais combien cela est vrai lorsque je me souviens de vous tous, venus du monde entier, qui ont rejoint le mouvement pour mettre fin au mur et aux colonies. Des gens ordinaires que l’occupation met en rage ont fait de notre lutte la leur, et nous ont rejoints en solidarité. Nous nous retrouverons certainement dans d’autres luttes pour la justice, dans d’autres lieux, lorsque la Palestine sera enfin libre.

Manquer le 5ème anniversaire de notre lutte à Bil’in sera comme manquer l’anniversaire d’un de mes enfants. Dernièrement, j’ai beaucoup pensé à mon ami Bassem, dont la vie a été volée pendant une manifestation non violente l’an dernier, et combien il me manque. En dépit du chagrin de sa perte, et le désir ardent que j’ai de retrouver ma famille et mes amis, chez moi, je pense que si c’est cela le prix que nous devons payer pour notre liberté, alors ça vaut le coup, et nous sommes prêts à payer beaucoup plus.

Cordialement,

Abdallah Abu Rahmah
depuis le camp de détention militaire d’Ofer


Vendredi 19 février, plus de 3000 manifestants ont participé à la manifestation de Bil’in, conduite par le Premier ministre Salam Fayyad après la prière du vendredi avec les habitants du village, visite de solidarité avec la population du village lors de l’anniversaire des cinq ans de résistance populaire du village contre le mur et les colonies. S’étaient joints à la manifestation des membres du Conseil législatif et du Comité exécutif de l’OLP, plusieurs ministres et leaders des factions palestiniennes, des membres de la Knesset et le Maire de Genève.

La marche a commencé par la traversée du village, des manifestants chantant des slogans appelant à l’unité nationale, d’autres à la résistance contre l’occupation et la politique raciste israéliennes et à la construction de barricades. Les marcheurs ont ensuite tourné vers le mur après avoir tenté de passer à travers champs, mais l’armée les en a empêchés, les soldats ont aspergé les manifestants d’eau croupie et de gaz lacrymogène et de volées de balles caoutchouc-acier. Une dizaine de personnes ont été blessées.

Le Comité populaire de lutte contre le mur et les colonies a remercié tous les participants et sympathisant, et en particulier les équipes ambulancières des Comités de secours médical du Croissant Rouge et des Comités de Santé pour leur rôle précieux de premiers soins donnés aux blessés et de transports dans les hôpitaux ce jour-là et les jours précédents.

L’armée d’occupation a en effet envahi deux fois le village la veille ; les soldats ont été accueillis par des jets de pierre lancés par les jeunes qui les ont obligés à partir mais ils sont revenus une seconde fois en pleine nuit.

Les résultats les plus importants de l’expérience de Bil’in pendant ces cinq dernières années :

1. La décision de la Cour suprême israélienne du 4 septembre 2007 affirmant l’illégalité du mur sur le tracé de l’époque, recommandant de le démolir, de revenir au tracé initial et de restituer 1000 dunams de terres au village. Les travaux ont commencé le 15 février 2010.

2. Le maintien de l’ouverture de la grille pour les agriculteurs voulant aller travailler sur leurs terres, en particulier pendant le jour.

3. La démolition de quelques maisons dans la colonie et la récupération de quelques terres à l’intérieur de la colonie et autour.

4. La remise de 4 récompenses au Comité populaire contre le mur, au niveau intérieur et international.

5. Le succès du Comité du Peuple à stopper l’expansion de la colonie sur le territoire du village.

6. La conversion de la terre derrière le mur en un paradis verdoyant en encourageant les citoyens à récupérer la terre et y cultiver des céréales, des arbres fruitiers, en particulier des oliviers ; les agriculteurs se sont précipités pour réaliser ce travail qui empêche l’occupation de dire que la terre est abandonnée et de s’en emparer.

7. L’organisation des conférences internationales sur la résistance à l’occupation, au mur et aux colonies, et pour faire connaître l’expérience populaire de Bil’in, où se sont tenues quatre conférences internationales et une conférence palestinienne ; la préparation de la 5ème conférence internationale est en cours, et elle aura lieu, si Dieu le veut, le 21 avril 2010.

8. Bil’in est devenu une attraction touristique populaire et officielle.

9. Bil’in est devenu un symbole et un modèle de résistance populaire, en particulier de résistance au mur et aux colonies, au plan national et mondial, et l’objet d’attention dans le monde entier, avec compassion et solidarité avec le peuple palestinien.

Pour plus d’information, vous pouvez contacter :
D. Rateb Abu Rahma, membre du Comité populaire contre le mur et les colonies, Bil’in
saborahmeh42@yahoo.com
(00972) (0) 59 117 673

• Iyad Burnat, chef du Comité populaire, co-fondateur des Amis de la Liberté et de la Juxtice de Bil’in (Friends of Freedom and Justice – FFJ)
bel3in@yahoo.com
Bureau : (00972) (2) 2489129
Portable : (00972) (0) 547847942 et (00972) (0) 598403676
www.bilin-ffj.org



Pas de greffon vidéo disponible...

Source : Friends of Freedom and Justice

Traduction : MR pour ISM

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