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Gaza -

Martyrs (Shaheed)

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Une pensée pour une Shaheed, Rachel Corrie qui écrivait peu de temps avant d'ête assassinée par un conducteur de bulldozer israélien : "quand je suis avec mes amis palestiniens, j'ai tendance à être un peu moins horrifiée.......Ils sont un bon exemple de comment affronter une si longue épreuve. Je sais que cette situation les touche profondemment, et peut parfois les anéantir, sur de nombreux plans, mais je suis néanmoins étonnée de la force qu'ils déploient pour défendre leur humanité – rieurs, généreux, consacrant du temps pour la famille- ce, malgré cette incroyable horreur les frappant dans leurs vies, et malgré la présence constante de la mort...."

Martyrs (Shaheed)


Photo prise entre 15 et 16 h par Joseph Smith (ISM). On voir que Rachel est clairement visible avec sa veste orange. Elle parle au conducteur du bulldozer avec un mégaphone et lui demande de ne pas démolir la maison.

Chers amis,

Je me suis réveillé ce matin dans la maison d' Abu Younis, qui me sert de maison depuis quelque temps, et j’ai réalisé, "C’est le 2 décembre, le jour des martyrs". Laissez moi être plus explicite: c’est le jour où 23 ans auparavant Jean Donovan, Maura Clarke, Dorothy Kazel et Ita Ford ont été violées et assassinées au Salvador.

C’était une année particulièrement sanglante. En Mars 1980, l’archevêque Oscar Romero avait été assassiné alors qu’il était en train de célébrer la messe, et le mois qui suivi , des milliers de salvadoriens ont disparu, torturés, et assassinés, victimes des escadrons de la mort et d’un gouvernement soutenu tout au long du carnage par les Etats-Unis. (en février de cette année, Romero avait envoyé une lettre au Président américain Jimmy Carter, le priant de cesser d’envoyer de l’aide militaire au gouvernement, puisque cette aide ne faisait qu’augmenter la répression contre le peuple. Carter a ignoré cette lettre).

De nombreux citoyens américains ont été consternés que des religieuses catholiques puissent connaître un tel sort, «le même sort que les pauvres», le titre d’un éventuel livre sur les quatre femmes et sur leurs vies d’engagement. Il semble que leurs peaux blanches et leurs passeports américains ne leur aient pas servi d’immunité contre les ravages des militaires salvadoriens.

Jean Donovan avait 27 ans quand elle est morte. Dans une lettres à un ami, elle écrivait : "Plusieurs fois j’ai décidé de partir du Salvador. J’aurai presque pu le faire, sauf qu'il y avait les enfants, pauvres victimes meurtries de cette insanité. Qui pourrait prendre soin d’eux ? Quel cœur pourrait être assez dur pour prendre une telle décision sensée face à leur océan de larmes et leur faiblesse ? Pas le mien, cher ami, pas le mien."

Et une année plus tard, les gens se sont rappelés d’elles. Et se sont organisés. Et ont fait pression. Et deux ans plus tard encore plus. Avec chaque année qui passait, à cause de ces martyrs, de plus en plus de chrétiens américains ont appris l’effroyable vérité à propos des liens du gouvernement américain avec les machines militaires d’Amérique Centrale qui persécutent les chrétiens et les autres essayant de construire un monde meilleur. Les gouvernements du Guatemala et du Salvador et les contras du Nicaragua était tous experts dans l’art de terroriser la population civile. Et ils ont tous reçu du gouvernement américain assistance militaire, économique et diplomatique.

Quelques uns de ces citoyens américains et groupes d’église sont allés dans ces pays pour écouter les témoignages de ces pauvres anonymes dont les souffrances ne justifient pas la couverture en première page dans la presse américaine ou une couverture extensive dans les nouvelles de la nuit.

Ils étaient les "Victimes qui ne valent rien", selon l’expression du critique politique Edward Herman, "qui ne valent rien" parce qu' ils étaient les victimes d’un gouvernement soutenu par le gouvernement américain (les victimes «qui valent la peine» seraient celles qui fuient le communisme, notre ennemi officiel).


Neuf ans plus tard en 1989, six jésuites salvadoriens et deux personnes de leur équipe ont été assassinés par les militaires salvadoriens. Encore une fois, les gens aux Etats Unis ont été outrés – les prêtres ont été décérébrés. Plus de délégations, plus de groupes de pression, plus de désobéissance civile, plus de commémorations liturgiques pour le nombre croissant de martyrs. Finalement, cette agitation commémorative et cette atteinte morale ont trouvé un foyer dans les veilles et les manifestations à l’école Militaire de l’armée américaine à Fort Benning (Georgie) qui entraîne des milliers de soldats et d’officiers d’Amérique latine à la «contre insurrection», vue comme du terrorisme. Juste quelques jours plus tard, 10 000 autres personnes ont manifesté à Fort Benning pour dire, pas en notre nom.


Et ainsi j’ai pensé au 2 décembre, le cœur serré, mais aussi avec étonnement, que de ces morts, soient sortis nombre de combats pour les droits de l’homme, partie prenante d' un projet long de dizaines années (pas de règlement rapide).

Et, aujourd’hui, je pense aussi à Rachel Corrie comme je l'ai fait, à maintes reprises, ces dernières semaines à Rafah, où elle a été assassinée le 16 mars par un Israélien qui l’a écrasée avec un bulldozer, alors qu’elle essayait d’empêcher la destruction de la maison d’un médecin.

Les Palestiniens la considèrent comme une "Shaheed", une martyre, quelqu’un qui est mort à cause de l’Occupation israélienne de la Palestine. Dans notre bureau d’ISM, nous regardons les photos et les posters de Rachel Corrie dans la pleine fleur de l’age, avec un sourire exubérant, l’avenir prometteur brillant dans ces yeux. Quand nous rencontrons des Palestiniens dans la rue qui veulent savoir d’où nous venons, nous disons «ISM» et il répondent avec un respect démonstratif, «Oui, oui, Rachel Corrie, Rachel Corrie !».

Une pièce dans les bureaux d’ISM ici à Rafah a un mur tapissé de posters de Shaheed, souvenirs de ces palestiniens ordinaires (et quelques internationaux) qui ont été tués depuis que la seconde Intifada a débutée en septembre 2000.

Cela inclut des enfants, des jeunes hommes à lunettes d’intellectuels, des combattants résistant avec des armes incapables de les protéger des hélicoptères Apache et des tanks israéliens.
Combien de murs pourraient être remplis avec les posters des martyrs de cette Intifada ? Je ne peux l’imaginer. Et pour chaque visage ici, je pense qu’il y a 10, non 20, 30, non peut être 60 membres de leur famille et amis qui souffrent encore de leur disparition.
Tout comme les salvadoriens qui souffrent de la disparition des leurs. Comme les New-Yorkais (septembre 2001) qui souffrent et (continuent de souffrir) de la disparition des leurs.

Dans un email à sa mère quand elle était à Rafah, Rachel écrivait : "Quand je suis avec mes amis palestiniens, j'ai tendance à être un peu moins horrifiée que quand j’essaie de jouer le rôle d’observateur des droits de l’homme, de documentaliste ou de résistante dans l’action directe. Ils sont un bon exemple de comment affronter une si longue épreuve.
Je sais que cette situation les touche profondemment, et peut parfois les anéantir, sur de nombreux plans, mais je suis néanmoins étonnée de la force qu'ils déploient pour défendre leur humanité – rieurs, généreux, consacrant du temps pour la famille - ce, malgré cette incroyable horreur les frappant dans leurs vies, et malgré la présence constante de la mort. Je me suis sentie beaucoup mieux après ce matin.
J'ai passé beaucoup de temps à écrire sur la déception de découvrir, directement en quelque sorte, le degré de méchanceté dont nous sommes encore capables. Je devrais également préciser que j’ai aussi découvert avec quelle force et avec quelle capacité essentielle, les humains pouvaient rester humain dans les pires des conditions - ce que je n’avais jamais vu avant. Je pense que le mot est dignité.
J’espère que tu pourras rencontrer ces personnes.
Peut-être, avec de la chance, un jour tu les rencontreras.
"

L’engagement de Rachel me rappelle tant celui de mes étudiants de l’université de St Louis et de l‘université de Webster- des jeunes hommes et femmes vibrants et réfléchis qui avaient un ardent désir de faire bouger les choses dans un monde marqué par la domination et la violence.

Je pense aujourd’hui à ces étudiants et amis qui ont donné d’eux mêmes avec désintéressement pour lutter contre les sanctions meurtrières de l’ONU contre l’Irak (et contre la guerre américaine et l’occupation qui a récemment suivi ces sanctions) ;
ceux qui ont travaillé sans arrêt avec Amnesty International pour le sort des prisonniers oubliés ;
ceux qui ont fait prendre conscience de l'importance du respect de la vie de toutes les créatures ;
ceux qui tant de fois ont demandé l’abolition de la peine de mort ;
ceux qui ont voyagé en Amérique Latine, pour apprendre à sa source, des personnes, comment inculquer l’amour de la vie au milieu de la pauvreté.

Tout comme Rachel Corrie et Jean Donovan, il y a des gens destinés à prendre des responsabilités, ouvrant leurs cœurs et «matérialisant la parole», selon l’expression du mouvement des droits civiques américain. Peut-être que ce qui les motive tous est leur reconnaissance de ce que Rachel appelait simplement "la dignité".

Aujourd’hui je me suis rappelé ces femmes martyres courageuses et tant d’amis qui sont revenus à la maison qui font partie de « la communauté bien-aimée » dont le docteur King parlait. Je ne sais pas (encore) l’équivalent arabe de l’expression espagnole que nous utilisions à Fort Benning, alors je vais juste dire :
"Rachel Corrie, présente ! {Tu es avec nous….}"
"Communauté bien-aimée à St Louis, Louisville, Berkeley, présente !"




ANGEL ....... I have a dream that one day this nation will rise up and live !
L'espérance est un risque à courir.

Georges Bernanos

Source : www.palsolidarity.org

Traduction : MAP

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