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Cisjordanie occupée -

Nizar Banat, assassiné par des agents de la sécurité de l’Autorité palestinienne

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Nizar Banat, un éminent activiste palestinien connu pour ses critiques à l’encontre de l’Autorité palestinienne (AP), est décédé après un raid effectué ce jeudi [24.06], tôt le matin, par les forces sécuritaires palestiniennes à son domicile de Dura, dans la région de Hébron. Dans une déclaration, le gouverneur de Hébron, Jibreen al-Bakri a dit que « durant son arrestation, sa santé s’était détériorée ». Toutefois, la famille de Banat a expliqué qu’il avait été soumis à un tabassage au moment de son arrestation.

Nizar Banat, assassiné par des agents de la sécurité de l’Autorité palestinienne

Banat était bien connu pour ses critiques à l’encontre de la direction de l’AP et, dans le passé, les forces sécuritaires palestiniennes l’avaient déjà arrêté à plusieurs reprises.
(Photo : Facebook)

L’arrestation a eu lieu à un moment où l’AP intensifie sa répression sécuritaire contre ses opposants politiques et les usagers des médias sociaux en Cisjordanie occupée.

Banat était bien connu pour ses critiques à l’encontre de la direction de l’AP et, dans le passé, les forces sécuritaires palestiniennes l’avaient déjà arrêté à plusieurs reprises.

Muhannad Karajah, d’Avocats pour la justice, a expliqué à MEE que Banat lui avait téléphoné mercredi pour lui dire qu’il avait fait l’objet de menaces de la part du service de renseignement de l’AP, lequel lui avait demandé de mettre un terme à ses critiques à l’encontre de l’AP.

Depuis des mois, Banat publiait sur Facebook des vidéos dans lesquelles il éreintait le président de l’AP Mahmoud Abbas et d’autres responsables importants de l’AP et du Fatah. Au début de cette semaine, il avait publié une vidéo dans laquelle il s’en prenait avec véhémence à l’AP à propos de son échange de vaccins désormais annulé avec Israël.

Le gouverneur al-Bakri a déclaré que les agents étaient arrivés au domicile de Banat après qu’un mandat d’arrestation avait été délivré à son nom par le Ministère public de l’AP.

Ammar, un cousin de Banat et porte-parole de la famille, a expliqué à MEE qu’environ 25 agents et un membre de la Sécurité préventive et des Renseignements généraux avaient fait irruption dans la maison vers 3h30 du matin après en avoir défoncé les portes. Il a également déclaré que les agents avaient fait irruption dans la chambre où Nizar dormait et qu’ils l’avaient directement agressé en l’aspergeant de gaz, entre autres dans la bouche et dans le nez.

Le cousin a expliqué qu’ils l’avaient sévèrement tabassé à l’aide de barres de fer et de bâtons en bois. Et d’ajouter que Nizar s’était évanoui, de sorte qu’ils l’avaient traîné hors de la chambre, dépouillé de ses vêtements avant de l’emmener dans l’un de leurs véhicules militaires.

Les responsables de l’AP ont annoncé ce jeudi même que le Premier ministre Mohammad Shtayyey avait ordonné la mise sur pied d’une commission d’enquête – dirigée par le ministre de la Justice Mohammad Shalaldeh et comprenant entre autres un médecin désigné par la famille Banat, un responsable des droits humains et un responsable de la sécurité autour de la mort de Banat.

Mais ce décès a été accueilli avec colère dans les rues de Cisjordanie , ainsi que par les critiques des organisations des droits humains et des factions palestiniennes, lesquelles ont aussitôt exigé une enquête indépendante.

Des centaines de Palestiniens ont manifesté à Ramallah ce jeudi après-midi, criant «Va-t’en, va-t’en, Abbas » et « Le peuple veut la chute du régime », dans le même temps que les forces des sécurité cognaient sur les gens à coups de bâton et les aspergeaient de gaz lacrymogène.

« Une autorité répressive »

Karajah a dit qu’il s’attendait à l’arrestation de Banat, puisque c’était déjà arrivé plusieurs fois auparavant en raison de ses positions et messages d’opposition à l’AP.

L’avocat a déclaré :

«Ce qui est arrivé à Banat, c’est un assassinat. Aujourd’hui, voilà ce qui attend les activistes et les défenseurs palestiniens des droits humains : des assassinats ! En tuant Nizar Banat aujourd’hui, l’Autorité palestinienne confirme qu’elle est une autorité répressive qui menace tout défenseur des droits humains et toute personne est susceptible d’être soumise à un processus d’arrestation politique. »

Karajah a ajouté que la torture d’opposants politiques se poursuivait à l’intérieur des prisons gérées par l’AP, à la suite des récentes vagues d’arrestations, qui concernaient une cinquantaine de personnes à leur moment le plus chaud.

Banat était candidat sur la liste électorale de Liberté et Dignité en vue des élections parlementaires palestiniennes, lesquelles étaient censées avoir lieu le 22 mai. En réponse à la décision d’Abbas d’annuler les élections parlementaires et présidentielles, prévues pour le 31 juillet, Banat et sa liste avant publié une déclaration demandant à l’UE, et particulièrement à la Cour des droits de l’homme de Strasbourg, d’ordonner une cessation immédiate de toute aide financière à l’Autorité.

« Ils n’ont pas transféré Nizar à l’hôpital »

Le gouverneur de Hébron, Bakri, a déclaré que, suite à son arrestation, Banat avait été transféré immédiatement à l’hôpital gouvernemental de Hébron. « Après avoir l’avoir examiné, les médecins ont confirmé son décès », a ajouté Bakri.

« Conformément aux prescriptions légales, le bureau du Ministère public a lancé les procédures immédiatement après avoir été informé de l’incident. »

Ammar a expliqué que les membres de la famille de Banat avaient tout de suite commencé à contacter leurs connaissances dans les divers sièges des services de sécurité à Hébron après que Banat avait été emmené, mais qu’ils n’avaient pas été en mesure d’obtenir la moindre information sur ce qui était advenu de lui et qu’ils avaient appris par la suite qu’il n’avait pas été transféré au QG des services de sécurité.

Et d’ajouter :

« Une heure et demie après l’arrestation, des nouvelles ont été diffusées par le biais de groupes WhatsApp affirmant qu’il était mort suite à des complications de santé. En tant que membres de sa famille, on ne nous a jusqu’à présent informés officiellement de rien à propos de son décès. »

Ammar a déclaré qu’une délégation de la famille s’était rendue à l’hôpital gouvernemental d’Alia, où les services de sécurité avaient annoncé son décès, mais n’avaient pas trouvé son corps.

Photo
24 juin 2021. Après la mort de Nizar Banat, un manifestant à Ramallah brandit une pancarte disant « Le régime veut la chute du peuple ». (Photo : MEE / Shatha Hammad)


Il a encore dit :

« L’annonce de sa mort à Alia était une ruse. Ils n’ont pas transféré Nizar à l’hôpital, pas plus qu’ils ne l’ont transféré dans aucun siège de la sécurité. En ce moment même, cinq heures après son décès, nous ne savons toujours pas où se trouve le corps de notre fils Nizar. L’Autorité palestinienne cache le corps afin de manipuler les faits concernant sa mort. »

Une agression récente>

Ammar a expliqué à MEE qu’il y a deux mois, Banat s’était fait tirer dessus dans sa maison à Dura, où sa famille avait découvert 60 projectiles disséminés dans l’habitation.

« Après cela, nous avons reçu des menaces des agents des services de sécurité disant que Nizar allait être assassiné, mais nous les avons ignorées… Aujourd’hui, hélas, ils ont fait ce qu’ils avaient promis et ils ont assassiné Nizar », a ajouté Ammar.

La famille a déclaré qu’elle exigeait la divulgation de toute la vérité et des faits concernant la mort de Banat et les personnes qui en étaient responsables.

Ammar a déclaré :

« Nous exigeons tant du sommet de la pyramide de l’Autorité palestinienne que du plus petit de ses membres qu’ils nous révèlent où se trouve le corps de Nizar ainsi que ce qu’ils en ont fait. Nous exigeons la mise sur pied d’une commission d’enquête internationale dirigée par un docteur de la famille, et nous exigeons également que l’autopsie n’ait pas lieu dans les instituts affiliés à l’Autorité, mais bien à l’Institut médico-légal Abu Kabir (à Tel-Aviv). Nous voulons bénéficier de notre droit tel qu’il est prévu par la loi, et le sang de notre fils n’aura pas été versé en vain… Nous saurons qui a pris la décision de l’assassiner et qui a commis cet assassinat. Et, les uns comme les autres, nous voulons les punir. »

« Nous demandons que l’on poursuive les assassins »

La mort de Banat a été accueillie avec colère dans les rues et elle a été condamnée par les organisations des droits humains et par les factions palestiniennes. Dans une déclaration, le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) a tenu l’AP pour responsable de la mort de Banat.

« L’arrestation, puis l’assassinat de Nizar soulèvent une fois de plus des questions sur la nature du rôle et de la fonction de l’AP et de ses services de sécurité, et sur ses violations des droits démocratiques des citoyens via la politique du silence, les poursuites, les arrestations et les assassinats », a déclaré le FPLP.

Sami Abu Zuhri, un membre du bureau politique du Hamas, a déclaré de son côté :

« Nous considérons que le Premier ministre de l’AP, Mohammad Shtayyeh, porte la principale responsabilité de l’assassinat de l’activiste et candidat parlementaire Nizar Banat, et nous lançons un appel afin que les assassins soient poursuivis. »

Ayed Yaghi, un responsable du mouvement de l’Initiative nationale palestinienne (INP) dans la bande de Gaza, a expliqué dans une déclaration que l’INP condamnait « l’arrestation de l’activiste et candidat au Conseil législatif Nizar Banat, laquelle s’était soldée par son décès. » Yaghi a également exigé la constitution d’une commission d’enquête indépendante de l’AP et composée de personnes connues pour leur indépendance et leur intégrité, commission qui mènera une enquête complète sur ce qui s’est passé et qui fera en sorte que les tueurs responsables de la mort de Banat seront punis.

Un « processus de liquidation » délibéré

La Commission indépendante pour les droits humains a dit qu’elle considérait la mort de Banat comme une évolution très grave des choses. La commission a indiqué qu’elle avait commencé à enquêter et à collecter des informations sur ce décès et qu’elle participerait à l’autopsie par le biais d’un médecin légiste délégué par la commission même. Et d’ajouter que les résultats de l’enquête seraient annoncés immédiatement.

Dans une déclaration, le Réseau des ONG palestiniennes a mis en garde contre la poursuite de la répression de toute forme d’opposition par l’AP, disant qu’« elle avait le potentiel de se transformer en État policier gouverné par un système de répression et un mépris total des vies humaines et de leur dignité dans la réalité de l’occupation ».

Il a également réclamé la mise sur pied immédiate d’une enquête impartiale en vue de découvrir ce qui s’est passé et de forcer Abbas à mettre un terme à toutes ses violations des droits civiques, des libertés publiques et de la dignité des citoyens.

L’Euro-Mediterranean Human Rights Monitor (Moniteur euro-méditerranéen des droits humains) a également exprimé sa profonde indignation à propos des circonstances de la mort de Banat.

L’organisation a exigé l’ouverture d’une enquête sérieuse, urgente et indépendante sur cette affaire, puisque toutes les circonstances indiquaient manifestement un « processus de liquidation » délibéré en vue de supprimer une voix fermement opposée à la politique de l’AP.

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Publié le 24 juin 2021 sur Middle East Eye sous le titre : Abbas critic Nizar Banat dies after raid on his home by PA forces.
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

Lisez également l'appel du réseau Samidoun sur le site de Palestine Vaincra : Exigeons la justice suite à l’assassinat du militant palestinien Nizar Banat : à bas les Accords d’Oslo !


Source : Charleroi pour la Palestine

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Shatha Hammad