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Palestine - ISM France

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Gaza -

Nous faisons des miracles

Par

Flora Nicoletta est une journaliste française indépendante. Elle vit à Gaza et elle travaille actuellement sur son quatrième livre sur la question palestinienne.

Lorsque vous vous promenez la nuit sur la côte de Gaza, Emal Al-Ghoul ou Mussa Salem vous montrent une myriade de lumière au loin, au nord, et vous disent : « Là-bas, c’est Erbia... c’est mon village… maintenant en Israël… » Et, depuis le toit d’un bâtiment presque complètement détruit à Beit Lahia, Ahmad Al-Madhoun vous dit : « Tu vois ces lumières... c’est ma ville natale, Al-Majdal-Askalan. C’est là que vivaient mes ancêtres, et puis, en 1948, mes grands-parents ont été expulsés et ils se sont réfugiés à Gaza. Nous avons toujours une terre et une propriété là-bas. Maintenant, ça s’appelle Israël. Tous mes cousins sont éparpillés aux quatre coins de la planète. En plus, au début de l’année, l’armée israélienne a détruit ma maison de cinq étages, comme tu peux voir… »

Nous faisons des miracles


"Il y a toujours la lumière au bout du tunnel. Et nous avons beaucoup de tunnels.” Iman Omar, 21 ans.

La Bande de Gaza est une terre de tristesse profonde, de grands sacrifices, de souffrances anciennes, d’immenses tragédies et de soulèvements nombreux.

Lorsque vous vous promenez la nuit sur la côte de Gaza, Emal Al-Ghoul ou Mussa Salem vous montrent une myriade de lumière au loin, au nord, et vous disent : « Là-bas, c’est Erbia... c’est mon village… maintenant en Israël » Et, depuis le toit d’un bâtiment presque complètement détruit à Beit Lahia, Ahmad Al-Madhoun vous dit : « Tu vois ces lumières... c’est ma ville natale, Al-Majdal-Askalan. C’est là que vivaient mes ancêtres, et puis, en 1948, mes grands-parents ont été expulsés et ils se sont réfugiés à Gaza. Nous avons toujours une terre et une propriété là-bas. Maintenant, ça s’appelle Israël. Tous mes cousins sont éparpillés aux quatre coins de la planète. En plus, au début de l’année, l’armée israélienne a détruit ma maison de cinq étages, comme tu peux voir… »

Dans la Bande de Gaza, sur 365 km², vivent 1,5 millions de personnes. Les réfugiés de 1948 sont plus d’un million. Ils sont parqués dans huit camps de réfugiés surpeuplés, et les plus chanceux vivent au-delà des limites des camps. Parmi eux, on peut trouver des survivants des camps de réfugiés de Tal Al-Zaater et de Sabra et Chatila, au Liban, ou d’autres sont nés à Nahr Al-Bared. D’autres ont fui l’Irak après l’invasion américaine de 2003. Tous sont punis et étouffés par un siège total, un embargo, des sanctions internationales, et confinés sur un tout petit morceau de leur patrie ancestrale.

Le premier bouclage de Gaza a été imposé à la fin de mars 1993 par le Premier Ministre de l’époque, Yitzhak Rabin – qui a reçu peu après le Prix Nobel de la Paix. Au fur et à mesure que le temps a passé, le blocus est devenu de plus en plus sophistiqué, pour devenir, en juin 2007, un siège total.

La Bande de Gaza est un endroit sans voie ferrée, sans port de mer, sans aéroport, sans entrée ou sortie libre, sans exportation et avec très peu d’importations, mais avec de nombreux tunnels grâce auxquels entrent la nourriture, les boissons, les cigarettes, le fuel, le ciment, les vitres, les cahiers, les moutons, et toutes sortes d’articles. La Bande de Gaza est un endroit qui appartient ni au monde civilisé ni à l’âge de pierre. La situation aujourd’hui est la dernière trouvaille du diable. Le but est l’effondrement total de Gaza, son isolement du reste de l’univers, une Gaza misérable et désespérée. Et c’est, de fait, en grande partie en train d’arriver.

Cependant, ce qui est étonnant ici, c’est la vitalité des gens, leur patience admirable et, pour la plupart d’entre eux, leur extrême générosité. Il est vrai que la vie est très dure et que beaucoup voudraient quitter la Bande de Gaza. Enormément de gens sont déjà partis. Ils veulent vivre, ils veulent respirer – comme ils le répètent. Mais il n’y a rien de nouveau. Je les ai entendus se plaindre pour la première fois en 1996, sous le régime du Fatah. S’ajoute aux problèmes de Gaza la profonde division entre les gens : qui est au Hamas et qui est au Fatah, et qui dit ni Fatah ni Hamas.

Nous pouvons néanmoins apprendre beaucoup des Gazaouis. L’année dernière, la situation était dramatique et tragique à cause des effets du bouclage : pénurie de nourriture, de médicaments, de fuel, d’électricité, de gaz pour la cuisine, des produits de base, pas de matériaux de construction, pas de pièces détachées, augmentation de la pauvreté et du chômage… mais les Gazaouis se sont activés comme des fourmis dans une fourmilière.

Cette année, la situation a empiré, mais c’est une réplique de l’an dernier. Gaza, une des plus anciennes cités au monde, est construite sur la bande côtière et sur le sable, parmi les fleurs, les arbres fruitiers et les jardins qui donnent un peu de joie toute l’année. On marche entre des immeubles non terminés et des bâtiments détruits, entre les affreuses tours post-Oslo et des immeubles récents magnifiques. Les gens s’affairent à ouvrir de nouvelles boutiques et cafétérias, des restaurants et des centres commerciaux, à rénover les vieux magasins, à transformer des magasins en bureaux, et à rafraîchir d’un coup de peinture leurs devantures en fer et les murs extérieurs de leurs boutiques ou de leur propriété – souvent aux couleurs des villes italiennes, un style récent à Gaza. Des familles préparent chez elles, pour les vendre au marché local, du shampooing, du gel pour les cheveux, de la vaseline, du produit de nettoyage, et bien plus encore.

Entre les deux années, l’attaque israélienne qui a duré 23 jours a été lancée, pour se terminer le dimanche 18 janvier 2009, et elle a dévasté la Bande de Gaza. Il a fallu agrandir les cimetières, des fauteuils roulants ont pu entrer à Gaza par le terminal de Rafah, mais on a oublié les petits fauteuils, pour les enfants. Les sans-abris ont vécu sous des tentes, puis rapidement, la plupart d’entre eux ont trouvé à se loger. Les rues ont été déblayées et chacun a tenté de revenir à une vie normale.

A Gaza, il y a toujours eu une production impressionnante d’affiches, de brochures, de magasines, de pamphlets, de flyers et des événements comme des conférences, des ateliers, des réunions, des marches, des expositions, des festivals, des projections de film, du théâtre ont lieu tous les jours. Après la parenthèse de la guerre et un laps de temps assez court de récupération, tout a repris comme avant. De plus, de nouvelles institutions d’enseignement ont été créées, dont des collèges et deux universités.

La municipalité de Gaza-ville a continué à embellir la ville en plantant davantage d’arbres et de fleurs, et a donné de nouvelles couleurs au charmant parc municipal créé en 1936. Le stade de football Yarmouk a été entièrement rénové, et son ouverture officielle a eu lieu le vendredi 7 août. On peut le voir maintenant à travers de nouvelles grilles vertes.

Depuis la fin juillet, la municipalité pavent de jolis carrés la rue Al-Nasser, une des artères commerçantes principales, un aménagement qui avait été interrompu en septembre 2007 après que l’entreprise qui était chargée du repavement abandonne le projet par manque de matériel. Les petits pavés sont fabriqués à Gaza avec du ciment égyptien et posés directement sur le sable.

Les murs extérieurs de l’hôpital pour enfants Al-Nasser ont été réparés en juillet et couverts de couleurs blanche et rose pâle. A l’entrée, un énorme Mickey Mouse a été peint, sur la gauche, et de l’autre côté, un ours jouant avec un cerf-volant, pour accueillir chaleureusement les petits malades. A l’entrée du Ministère de la Santé, pendant la même période, une plaque très élégante a été installée il y a quelques semaines, pour la première fois, et écrite aux couleurs nationales palestiniennes.

Le poste de police Al-Abbas, à Al-Rimal – frappé dès le premier matin de la guerre – continue à travailler comme d’habitude, dans moins de la moitié de ses locaux d’origine. Vu de l’extérieur, il ressemble à tout sauf à un poste de police. Néanmoins, la police fait de gros efforts pour le rendre agréable et confortable pour le personnel et pour les gens, avec beaucoup d’ingéniosité et des moyens très maigres, comme des pneus de voiture pour marquer le chemin.

En Novembre, les murs sales du Ministère du Travail sont devenus abricot, mais une seule couche de peinture a pu être posée.

Et ce ne sont que quelques exemples. Si un extraterrestre arrivait à Gaza aujourd’hui, il ne pourrait croire qu’ici, il y a neuf mois, a eu lieu l’attaque militaire israélienne appelée « Plomb durci », au milieu d’une conspiration internationale du silence.

Il faudrait des volumes entiers pour écrire la chronique de toutes ces années, et pour dire comment les Gazaouis survivent sous le siège le plus inhumain, le plus arrogant, le plus cruel de l’histoire moderne, imposé à un peuple à qui, en 1948, on a volé une grande partie de sa terre ancestrale, et qui, en 1967, a perdu le reste sous occupation.

Le dimanche 6 décembre, cinq cas de grippe porcine ont été confirmés à Gaza. La semaine précédente, les gens parlaient du transfert en Egypte de Gilad Shalit, le soldat israélien captif, et, il y a trois semaines, d’une nouvelle guerre israélienne imminente.

Depuis des mois, plusieurs festivals, événements culturels et autres initiatives ont lieu tous les jours à Gaza, organisés par des associations non gouvernementales palestiniennes, en dépit des nuages noirs qui assombrissent Gaza.

A la fin août, j’ai croisé dans la rue un jeune homme qui portait un t-shirt noir, décoré de l’inscription, en anglais : « No Money No Home » (“Pas d’argent pas de maison”). Le même jour, des enfants et des adolescents peignaient, sur la Place du Soldat Inconnu, en centre ville, des colombes, des fleurs, la Mosquée Al-Aqsa, la clé du retour, Jérusalem… C’était deux jours de fête organisés par le Ministère de la Culture pour fêter Jérusalem Capitale de la Culture Arabe 2009. J’ai demandé à un des organisateurs comment ils pouvaient avoir de la peinture puisqu’il n’y en avait pas à Gaza. Il m’a répondu : « Il n’y a pas de peinture à Gaza, mais nous faisons des miracles… »

A Tal Al-Hawa, où les bâtiments ministériels ont été détruits pendant la guerre, sur un des murs rescapés, quelqu’un a écrit : « Pourquoi ??!! ».


La beauté de Gaza, sur le blog d’Eva Bartlett, « In Gaza »

Source : Uruknet

Traduction : MR pour ISM

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