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Palestine - ISM France

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Palestine -

Palestine : Mourir pour vivre

Par

> ben@benwhite.org.uk

Ben White est un journaliste indépendant, spécialisé sur le sujet Palestine/Israel. Son site intrnet est : www.benwhite.org.uk et il peut être contacté directement à l'adresse suivante ben@benwhite.org.uk

La mort de chacun des milliers de Palestiniens tués par l'occupation israélienne a été un crime ignoble. Pourtant certaines d'entre elles acquièrent une signification symbolique dans la façon dont l'horreur personnelle évoque quelque chose de plus fondamental dans la politique coloniale d'Israel.
Le meurtre de Nizar al-Adeeb est dans ce cas.

Palestine : Mourir pour vivre


Photo Sydney Morning Herald : Les amis de Nizar lui rendent hommage

Nizar a été tué par les soldats israéliens alors qu'il s'approchait de la frontière séparant la Bande de Gaza occupée d'Israël. Il avait 22 ans et c'était un habitant du camp de réfugiés de Nusseirat.

Sa mort a été rapportée par Associated Press de la manière suivante :

Les troupes israéliennes ont tiré sur trois Palestiniens qui s'approchaient la barrière autour de la Bande de Gaza samedi, tuant l'un d'eux et blessant légèrement les autres deux, selon l'armée.

Les soldats ont tiré quand les Palestiniens ont semblé planter un explosif, a ajouté l'armée.

Cependant, le Sydney Morning Herald a publié un témoignage bien entendu divergent de ce qui s'est passé, comme l'a raconté un survivant, le cousin de Nizar, Abdullah Faraj.

Selon Abdullah, les trois hommes essayaient de passer en Israël pour rechercher du travail.

"La situation ici devient de pire en pire et donc, nous nous sommes dit : allons vérifier et voir si nous pouvons passer,"dit-il.
"Dès que nous sommes arrivés à proximité de la barrière de frontière, les Israéliens ont ouvert le feu sur lui. Il n'a pas eu le temps de faire quoi que ce soit. Il est tombé sur le côté et nous nous sommes cachés dans un trou dans le sol pendant qu'ils tiraient sur nous. Il a saigné pendant deux heures avant qu'ils viennent l'aider. Mais, alors il était trop tard."

Regardez les informations de ces derniers mois, et vous verrez que ces victimes anonymes de l'emprisonnement de 1.4 million de Palestiniens par Israël apparaissent en petits caractères.

En dépit des risques, et bien qu'ils sachent pertinemment que s'ils sont repèrés, ils seront immédiatement tués, certains à Gaza sont suffisamment désespérés qu'ils essayent toujours :

Le Centre pour les droits de l'homme Al Mezan à Gaza dit qu'il a enregistré au moins 55 cas d'hommes non armés qui ont été tués alors qu'ls tentaient d'entrer en Israël à la recherche d'un travail…

Son cousin, Abdul Minar, 23 ans, dit que la mort de M. Adeeb ne le décourage pas de faire sa propre tentative d'évasion. "Que puis-je faire d'autre ?" dit-il.

" Parfois, je me réveille et je me demande ce que je fais ici ? Je me réveille, j'erre dans le quartier et alors je retourne au lit. Pour moi, mourir est mieux que rester ici. La vie ? Il n'y a pas de vie ici."

Dans un sens, c'est encourageant que cette version des événements soit publiée, elle pourrait ne pas l'être du tout, mais la façon dont les médias traditionnels parlent de Gaza reste problématique.

L'isolement paralysant de la bande de Gaza imposé par Israël est abordé comme un problème principalement humanitaire qui est le résultat des soucis de sécurité d'Israël, comme cette description parue dans un article du même SMH :

Mais les restrictions israéliennes à la circulation des marchandises et des palestiniens toujours plus serrées et attribuées à des soucis de sécurité, ont progressivement isolé Gaza du reste du monde.


La culpabilité d'Israël dans l'appauvrissement des Palestiniens (quand il n'est pas en réalité attribué aux luttes internes ou à la corruption) est presque accidentelle, ou, pour emprunter un terme convenablement trompeur, collatérale.

Pourtant, seuls les naïfs ou les propagandistes peuvent sérieusement entendre cette interprétation.

La punition collective imposée par Israël à la Bande de Gaza a des objectifs spécifiques, comme le sont la fragmentation et l'appauvrissement de la Cisjordanie .
Le but est de jeter la résistance palestinienne contre le double-rocher de la privation chronique et de la division interne.

Prenez ce rapport de l'ONU, dont parlait le Financial Times il y a seulement quelques jours :
"Près de 40% de la Cisjordanie sont interdits aux Palestiniens en raison des colonies israéliennes, de l'infrastructure militaire et d'un système de routes conçu pour faciliter l'accès des colons juifs, justifié par Israël comme étant une protection contre le terrorisme."

Le rapport indique : "Ces mesures sont également intimement liées au maintien de l'accès des colons et de leur qualité de vie."

Puis, il y a le rapport publié par l'organisation israélienne des droits de l'homme, B' Tselem, début août, qui a détaillé l'ampleur de la fragmentation du territoire palestinien par Israël, sous le prétexte de la sécurité :

Les Palestiniens font face à la punition collective en Cisjordanie Occupée sous des prétextes de sécurité pendant qu'Israël applique un système complexe de barrières qui la divise en réalité en six enclaves, a déclaré mardi un groupe israélien des droits de l'homme.

Dans un rapport, le groupe des droits de l'homme B'Tselem déclare que les restrictions à la circulation des Palestiniens "sont directement liées" à la présence des colonies juives illégales dans le territoire et il appelle à leur retrait. "L'entreprise de colonisation, qui est directement liée au refus de la liberté de circulation aux Palestiniens en Cisjordanie , est illégale, et donc Israël doit les démanteler," dit-il.

C'est le "sociocide" de la Palestine, "une attaque progressive des structures communautaires et psychologiques de la société palestinienne afin de contraindre les Palestiniens à partir".

Un autre point clé de la stratégie israélienne a été de nourrir les divisions parmi l'élite palestinienne au pouvoir et les factions politiques, une politique qui a, de façon regrettable, été gagnante depuis la Nakba (la confrontation récente entre le Hamas et le Fatah étant un exemple particulièrement grave).
Malgré les paroles de "couloirs de paix", Israël ne veut pas d'une économie palestinienne indépendante, épanouie : il veut une dépendance rampante, prosternée.


Et à l'instant, je me souviens d'un article paru dans The Economist cette semaine, qui aborde les défis de mener à bien une coexistence palestinienne et israélienne par des projets isolés tels que des "camps de la paix", des villages communs et des choses dans le genre.

Cependant, l'article, attribuant encore la fragmentation et l'isolement de la Cisjordanie aux "mesures de sécurité israéliennes', laisse entendre qu'une "coexistence" pourrait se montrer délicate :

Les Palestiniens n'apprécient pas que ces projets ignorent souvent les inégalités entre eux et les Israéliens, ou agissent comme acquit de conscience pour les Israéliens. "L'existence d'abord, la coexistence plus tard", est devenu un slogan palestinien commun.

Une définition de dictionnaire de la coexistence l'explique comme : exister pacifiquement ensemble, ou, "vivre ou exister ensemble en même temps ou au même endroit".

Dans son ancien sens, mais encore plus pertinemment dans son second sens, c'est l'antithèse de toutes les formes de colonialisme et d'Apartheid, le Sionisme n'étant pas une exception.

Dans la mesure où le sionisme ne peut pas du tout tolérer la présence de l'autre, les Palestiniens, alors ceux-ci doivent être reconnaissants pour leur intégration dans la mission de civilisation des colons, ou, au moins, être suffisamment dépendants afin d'être incapables de tout résistance efficace.

Jeudi, l'ONU a publié un rapport décrivant comment "l'économie des territoires palestiniens est de plus en plus liée à Israël" :

"Le cas de l'occupation et les mesures israéliennes de plus en plus serrées et la politique de fermeture qui … limitent la circulation des personnes et des marchandises, de et vers et même à l'intérieur de la Cisjordanie et à Gaza ces sept dernières années ont réellement isolé l'économie palestinienne du reste du monde", a déclaré Mahmoud Elkhafif, un responsable de la conférence de l'ONU sur le Commerce et le Développement (UNCTAD)…

Le déficit commercial palestinien représente 73% de son PIB, et 65% de ce déficit est du à Israël, dit Elkhafif : ce qui signifie que pour chaque dollar produit, 50% va dans les coffres israéliens.

Être dépendant, c'est manquer d'indépendance. Cela signifie que vous êtes à la merci de votre suzerain, dont vous dépendez, à tout moment, pour tout, même parfois pour continuer à vivre.

Les sujets colonisés, ayant un besoin urgent de pain ou d'un semblant de fausse dignité, sont malléables bien sûr : ils peuvent collaborer, ils peuvent combattre leurs camarades pour des miettes. Ils peuvent en profiter et démissionner. Mais ils ne peuvent pas résister.

Au moins, c'est l'intention.


Source : http://palestinechronicle.com/

Traduction : MG pour ISM

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