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Palestine - ISM France

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Gaza -

Rafah, l'odeur nauséabonde de la vie : reportage en direct sur la crise des ordures

Par

> Rafahtoday@yahoo.com

Ca pue, ici… littéralement, dangereusement. La puanteur est dégoûtante, accablante, vertigineuse, indigne des hommes ou des animaux.
Il est presque impossible de me concentrer, lorsque j'écris ces lignes, avec cette horrible odeur qui s'introduit dans ma chambre et mes pensées.

Rafah, l'odeur nauséabonde de la vie : reportage en direct sur la crise des ordures


Gaza. Les employés municipaux, sans salaire depuis des mois, sont en grève. Photos Mohammed Omer

Dans les camps et villages de réfugiés de Palestine, les rues se sont désintégrées en un terrain vague d'ordures massif, étendu, suppurant. Les détritus bordent les rues, jetés partout et n'importe où : dans les rues principales, aux coins des rues et dangereusement près des supermarchés et des restaurants…

Partout où vous allez, l'odeur infecte des ordures pourries imprègne l'air, ordures qui n'ont été ni collectées ni enlevées depuis plus d'une semaine maintenant. Il n'y a pas de place pour ça dans les zones résidentielles. Alors les détritus s'étalent, grossissent, puent.

La puanteur agressive vous laisse totalement incapable de fonctionner ; elle pourrit votre vie, comme la putréfaction des containers débordant de détritus produisant l'odeur nauséabonde.

La pourriture, la puanteur, l'accumulation des détritus augmentent chaque jour, depuis le début de la grève des employés municipaux. L'un des ouvriers en grève raconte :

"Bien sûr que je ne suis pas content de voir les détritus partout. L'odeur putride gêne tout le monde. Mais j'ai des revendications financières, et je veux vivre avec ma famille. A la fin de la journée, je veux pouvoir retrouver mes enfants et ma femme avec un peu de nourriture, un peu d'argent, et du savon pour me laver les mains."

Le travailleur, qui a préféré ne pas donner son nom, insiste sur le fait que son message doit parvenir à tous les décideurs.

Lui, comme tellement d'autres Palestiniens, n'a pas touché de salaire depuis de nombreux mois maintenant, en grande partie à cause des sanctions économiques internationales imposées depuis plus d'une année aux Palestiniens depuis l'élection démocratique du Hamas en janvier 2006.

Parce qu'il n'a pas d'argent, il ne peut évidemment pas continuer à fonctionner ou à vivre.

"Comment vais-je vivre ? Où est-ce que je peux trouver l'argent ? J'en appelle aux gens de par le monde : je suis éboueur, et je veux juste travailler et mener une vie simple, et vivre comme n'importe quel citoyen dans n'importe quel autre pays", dit-il, sur un ton triste d'exaspération et de frustration.

L'image plus large

Les ouvriers municipaux en grève ne sont pas les seuls à être affectés par les sanctions internationales ; d'autres fonctionnaires et citoyens palestiniens sont étranglés par les restrictions. Restrictions ? Ce terme suffit-il à décrire les pénuries infligées sur les civils ? Ils existent dans un état de crise : ils ne peuvent plus se payer les services municipaux de base, tels que l'eau et l'électricité. Avec d'autres services publics et sanitaires paralysés – services qui relèvent de la responsabilité des municipalités -, leur situation empire tous les jours.

Avec les sanctions monétaires imposées aux Palestiniens – sanctions qui comprennent la rétention de l'argent des taxes palestiniens prises aux Palestiniens eux-mêmes –, les employés qui étaient auparavant payés par les autorités municipales pour réaliser les tâches comme l'enlèvement des ordures vivent maintenant sans salaires, tirant le diable par la queue, dans la même lutte quotidienne pour survivre que les autres Palestiniens.

Les ouvriers municipaux en grève ont fait sonner les sirènes de leurs camions poubelles et ont manifesté, toutes sirènes hurlantes, à travers Gaza-ville. Ils portaient des pancartes et des banderoles demandant une solution immédiate à leurs problèmes de travailleurs. Près du Conseil Législatif Palestinien, des milliers de personnes et de travailleurs se sont rassemblés avec leurs charrettes à détritus vides et ont bloqué les rues en signe de protestation contre ce qui se passe.

Dans la tente de protestation, près de la tente de soutien à Alan Johnston, des milliers de personnes se sont réunies pour manifester, et parmi eux les maires et les employés de toutes les municipalités. L'un de ces travailleurs est Saleh Abu Sleshel.

"Chez moi, tout est à vendre. Je vends tout ce que je peux vendre pour pouvoir acheter de la nourriture pour mes enfants et vivre dignement – nous appelons l'Autorité Palestinienne à prendre sérieusement en compte notre situation. Nous avons besoin de vivre nous aussi", dit-il.

Au sujet de l'appel d'Abu Sleshel, je dois dire que l'Autorité Palestinienne n'a pas d'argent ; depuis que le parti Hamas a été élu l'année dernière, la situation a beaucoup empiré. Et maintenant, elle devient vraiment très sérieuse, sans argent qui rentre. Bien que le Ministre des Finances, Salam Fayyad, travaille dur pour briser le siège et convaincre l'Occident de donner de l'argent aux Palestiniens, il n'y a pas beaucoup de résultats. Jusqu'à maintenant, même après la formation récente d'un gouvernement d'unité nationale, les employés de l'Autorité Palestinienne n'ont toujours pas reçu leurs salaires.

Un ouvrier fait remarquer que les salaires pour tous les employés municipaux de la Bande de Gaza travaillant pour les services sanitaires – nettoyage des égouts et des détritus – ne s'élèvent pas à plus de 2 millions de dollars par mois. Si l'on considère le nombre de travailleurs concernés, cette somme semble dérisoire. Pourtant, pour chaque employé, les salaires manquants représentent la différence entre une vie avec le nécessaire de base, y compris la nourriture, et une vie sans – qui est leur réalité actuelle.

Notre vie est misérable, et elle devient plus lamentable et déplorable chaque jour. Tout ce que je vois, ce sont des détritus. Tout ce que je sens ici, à l'intérieur, est la puanteur révoltante des ordures. Elle donne à tout le même goût aigre : un goût qui s'aggrave, persistant, et qui vous harcèle même lorsque vous êtes assis dans votre chambre, sur votre lit.

La puanteur agressive, nauséabonde, s'ajoute à la malédiction d'être un Palestinien en Palestine occupée aujourd'hui : pas d'argent, pas de nourriture, pas de paix, et maintenant, pas d'air respirable.

Lire le Rapport de l'Organisation mondiale de la santé

Source : Rafah Today

Traduction : MR pour ISM

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