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Palestine occupée -

Récits de tortures dans les prisons d’Israël

Par

22.01.2019 - Alors qu’Israël se prépare à aggraver les conditions d’incarcération des prisonniers palestiniens, nous avons interrogé six anciens détenus sur leurs expériences.
Au début du mois, le ministre de la Sécurité publique d’Israël, Gilad Erdan, a annoncé que la « la fête est finie » et qu’il projetait « d’aggraver » les conditions déjà terribles des prisonniers palestiniens dans les geôles israéliennes.

Récits de tortures dans les prisons d’Israël

Selon le groupe de défense des droits des prisonniers palestiniens Addameer, il y aurait près de 5.500 prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes, dont 230 enfants et 54 femmes. 481 prisonniers sont détenus sans jugement, selon une pratique israélienne illégale appelée "détention administrative".

S'adressant aux journalistes le 2 janvier, Erdan a révélé certains aspects de son plan, mais un contexte sinistre était absent de l'histoire.

Le ministre a déclaré que les prisonniers se verraient refuser le “droit de cuisiner”, sans toutefois mentionner que de nombreux prisonniers, en particulier au cours de la première étape de leur détention, sont torturés et se voient totalement refuser la nourriture. “Le plan prévoit également d'empêcher les membres de la Knesset de rendre visite aux détenus palestiniens", a ajouté Erdan, sans toutefois mentionner que des centaines de prisonniers palestiniens se voient déjà interdire l'accès à un avocat et aux visites de leur famille.

Il n’y a aucune raison de douter des propos du ministre israélien quand il promet d’aggraver les conditions de détention des prisonniers palestiniens. Cependant, les conditions horribles dans lesquelles sont détenus des milliers de Palestiniens dans les prisons israéliennes - qui constituent en soi une violation de la Quatrième Convention de Genève - en sont déjà à un stade qui ne peut qu’être qualifié d’inhumain, dans la mesure où elles ne respectent pas les normes minimales établies par le droit humanitaire et international.

Personne n'est aussi qualifié pour décrire les conditions de détention dans les prisons israéliennes que les prisonniers palestiniens, qui ont subi toutes les formes de torture physique et psychologique et qui ont passé des années, parfois des décennies, à défendre leur humanité à chaque heure de chaque jour.

Nous avons parlé à six prisonniers libérés, dont deux femmes et un enfant, qui ont partagé leurs histoires avec nous, dans l'espoir que leurs témoignages aident le monde à comprendre le véritable contexte du dernier projet d'Erdan.


« Ils ont tué mon chat »
Wafa' Samir Ibrahim al-Bis


Je n'avais que 16 ans lorsque j'ai décidé de porter une ceinture d'explosifs et de me faire exploser parmi les soldats de l'occupation israélienne. C'était tout ce que je pouvais faire pour venger Mohammed al-Durrah. Quand je l'ai vu se blottir aux côtés de son père, alors que les soldats les arrosaient tous les deux de balles, je me suis sentie impuissante. Ce pauvre enfant. Mais j'ai été arrêtée et ceux qui m'ont aidé à m'entraîner pour ma mission ont été tués trois mois après ma détention.

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Wafa 'Samir Ibrahim al-Bis est née dans le camp de réfugiés de Jabalaiya à Gaza. Elle avait 16 ans lorsqu'elle a été arrêtée le 20 mai 2005. Elle a été condamnée à 12 ans de prison après avoir été reconnue coupable d’avoir participé à une mission suicide contre des soldats israéliens. Elle a été libérée en 2011 lors d'un échange de prisonniers entre la Résistance palestinienne et Israël.
[Avec l’aimable autorisation de Ramzy Baroud et Abdallah Aljamal]


J'ai été torturée pendant des années à l'intérieur de la tristement célèbre Cellule 9, une chambre de torture qu'ils destinent à des gens comme moi. J'ai été pendue au plafond et battue. Ils m'ont mis un sac noir sur la tête pendant qu'ils me battaient et m'interrogeaient pendant plusieurs heures et jours. Ils ont lâché des chiens et des souris dans ma cellule. Je ne pouvais pas dormir pendant des jours d’affilée. Ils m'ont mis à nue et m'ont laissée comme ça pendant des jours. Ils ne m'ont pas permis de rencontrer un avocat ni même de recevoir la visite de la Croix-Rouge.

Ils m'ont fait dormir sur un vieux matelas sale et dur comme du bois. J’ai été en isolement cellulaire pendant deux ans. Je me sentais comme si j'étais enterrée vivante. Une fois, ils m'ont pendue sans arrêt pendant trois jours. J'ai crié aussi fort que je pouvais, mais personne ne voulait me détacher.

Quand j'étais à la prison de Ramleh, je me sentais tellement seule. Puis un jour, j'ai vu une petite chatte marchant dans les cellules, alors j'ai commencé à lui jeter de la nourriture pour qu’elle soit mon amie. Finalement, elle a commencé à entrer dans ma cellule et elle est restée avec moi pendant des heures. Quand les gardes ont découvert qu’elle me tenait compagnie, ils lui ont tranché la gorge devant moi. J'ai pleuré pour elle plus que j'ai pleuré pour mon propre destin.

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Quelques jours plus tard, j'ai demandé à la gardienne une tasse de thé. Elle est venue et m’a dit : "Tends ta main pour attraper la tasse". Je l’ai fait, mais au lieu de cela, elle a versé de l’eau bouillante sur ma main. Des brûlures au troisième degré dont j’ai toujours les marques. J'ai besoin d'aide pour me soigner. Je pleure pour Israa 'Ja'abis (photo ci-dessus), dont le corps entier a été brûlé et qui reste pourtant dans une prison israélienne.

Je pense souvent à toutes les prisonnières que j'ai laissées derrière moi.


« Pas de mots »
Sana'a Mohammed Hussein al-Hafi


En mai 2015, je voulais rendre visite à ma famille vivant en Cisjordanie . Ils me manquaient terriblement car je ne les avais pas vus depuis des années. Mais dès que je suis arrivée à Beit Hanoun (passage d’Eretz), j'ai été arrêtée par des soldats israéliens.

Mon calvaire a commencé vers 7h30 ce matin-là. Les soldats m'ont fouillée de façon très humiliante. Ils ont sondé chaque partie de mon corps. Ils m'ont obligée à me déshabiller complètement. Je suis restée dans cet état jusqu'à minuit.

Finalement, ils ont enchaîné mes mains et mes pieds et m'ont bandé les yeux. J'ai prié l'officier responsable de me permettre d'appeler ma famille, car ils attendaient toujours de l'autre côté du passage. Les soldats ont accepté à condition que j'utilise la phrase exacte : "Je ne rentre pas à la maison ce soir", et rien de plus.

Puis d’autres soldats sont arrivés Ils m'ont jetée à l'arrière d'un gros camion militaire. J'ai senti la présence de nombreux chiens et hommes autour de moi. Les chiens ont aboyé et les hommes ont ri. J'avais si peur.

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Sana’a Mohammed Hussein al-Hafi est née en Cisjordanie . Elle a déménagé dans la Bande de Gaza après avoir rencontré son futur époux. Elle a passé 10 mois en prison puis 5 mois assignée à résidence pour voir transférer de l’argent à une “entité hostile” (le Hamas).
[Avec l’aimable autorisation de Ramzy Baroud et Abdallah Aljamal]


J'ai été emmenée dans l'enceinte militaire d'Ashkelon, où j'ai été à nouveau fouillée de la même manière dégradante et placée dans une très petite cellule faiblement éclairée. Ça sentait mauvais. Il faisait très froid même si c'était le début de l'été. Le lit était minuscule et sale. Les couvertures aussi. Les soldats ont pris toutes mes affaires, y compris ma montre.

Je ne pouvais pas dormir, car j'étais interrogée toutes les quelques heures. Je restais assise sur une chaise en bois pendant de longues périodes pour être soumise à la même routine, remplie de cris, d’insultes et de propos vulgaires. Ils m’ont gardée à Ashkelon pendant sept jours. Ils m'ont permis de prendre une douche une fois, avec de l'eau très froide.

La nuit, j'entendais des voix d'hommes et de femmes se faire torturer, des cris de colère en hébreu et en mauvais arabe, les portes claquer d'une manière très inquiétante.

À la fin de cette semaine, j'ai été transférée à la prison HaSharon, où j'ai été soulagée d'être avec d'autres prisonnières palestiniennes, des mineurs, des mères comme moi et des vieilles dames.

Tous les deux ou trois jours, on me sortait de ma cellule pour un nouvel interrogatoire. Je partais à l'aube et revenais vers minuit. De temps en temps, on me mettait dans un grand camion militaire avec d'autres femmes et on nous emmenait devant un tribunal militaire. Nous avons été enchaînés individuellement ou les uns aux autres. Nous attendions pendant des heures, juste pour nous entendre dire que la session du tribunal avait été reportée à une date ultérieure.

Dans nos cellules, nous avons lutté pour survivre dans des conditions dures et de négligence médicale. Une fois une prisonnière âgée s'est effondrée. Elle était diabétique et ne recevait aucun soin médical. Nous avons toutes commencé à crier et à pleurer. Elle a survécu.

J'ai fait 10 mois de prison. Lorsque j'ai finalement été libérée, j'ai été placée en résidence surveillée à Jérusalem pour une autre période de cinq mois. Ma famille me manquait. Je pensais à eux à chaque heure de chaque jour. Aucun mot ne peut décrire à quel point cette expérience a été pénible, de perdre sa liberté, de vivre sans dignité et sans droits.
Pas de mots.



>« Le jour où j’ai vu ma mère »
Fuad Qassim al-Razam


J'ai subi des tortures à la fois psychologiques et physiques dans les prisons israéliennes, qui m'ont obligé à avouer des choses que j'ai faites ou que je n'ai pas faites.

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Fuad Qassim al-Razam est né à Jérusalem, une ville palestinienne. Il a passé 31 ans en prison pour le meurtre d’un soldat israélien et d’un colon armé, entre autres accusations
[Avec l’aimable autorisation de Ramzy Baroud et Abdallah Aljamal]


La première phase de la détention est généralement la plus difficile car la torture est la plus intense et les méthodes les plus brutales. On m'a interdit de manger et de dormir et j'ai été suspendu au plafond pendant des heures. Parfois, je me retrouvais nu sous la pluie, attaché à un poteau, avec un sac sur la tête. Je restais dans cet état toute la journée, tout en étant parfois frappé, frappé et frappé avec des bâtons par des soldats.

On m'a interdit de voir ma famille pendant des années et quand j'ai finalement été autorisé à voir ma mère, elle était mourante. Une ambulance l'a transportée jusqu’à la prison de Beir Al-Saba, et on m'a emmené la voir, enchaîné. Elle était en très mauvaise santé et ne pouvait plus parler. Je me souviens des perfusions qui sortaient de ses mains et de son nez. Ses bras étaient meurtris et bleus aux endroits où les aiguilles étaient entrées dans sa peau fragile.

Je savais que ce serait la dernière fois que je la verrais, aussi je lui ai lu un passage du Coran avant qu'ils ne me ramènent dans ma cellule. Elle est morte 20 jours plus tard. Je sais qu'elle était fière de moi. Lorsque j'ai été libéré, je n'ai pas été autorisé à lire des versets du Coran près de sa tombe, car j'ai été déporté à Gaza immédiatement après l'échange de prisonniers en 2011.

Un jour, j’irai sur sa tombe. »


« Ils ont brulé mes organes génitaux »
Mohammed Abul-Aziz Abu Shawish


J'ai été arrêté par Israël sept fois ; la première fois j'avais six ans. C'était en 1970. Ensuite, ils m'ont accusé d'avoir jeté des pierres sur des soldats israéliens. J'ai été arrêté à nouveau quand j'étais adolescent. Cette fois, j'ai été battu et un officier israélien a allumé une allumette sous mes parties génitales. Ils m’ont déshabillé et ont mis mes sous-vêtements dans ma bouche pour étouffer mes cris. J'ai ressenti de la douleur lorsque j'ai essayé d'utiliser les toilettes pendant plusieurs jours après cet incident.

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Mohammed Abul-Aziz Abu Shawish est né dans le camp de réfugiés de Nuseirat à Gaza en 1964. Sa famille est originaire de Barqa, un village du sud de la Palestine qui a été ethniquement nettoyé en 1948. Il a passé neuf ans en prison après avoir été accusé de port d’arme et appartenance au Fatah
[Avec l'aimable autorisation de Ramzy Baroud et Abdallah Aljamal]


Mon dernier emprisonnement a été le plus long. J'ai été détenu le 23 avril 1985 et suis resté en prison pendant neuf ans. J’ai été libéré après la signature des accords d'Oslo.

Même en prison, notre combat pour nos droits n'a jamais cessé. Nous avons combattu par des grèves de la faim et ils ont riposté par l'isolement et la torture. Dès que l'administration pénitentiaire acceptait nos revendications pour que nous terminions notre grève, elle nous privait lentement de tout ce que nous avions obtenu. Ils refusaient de nous nourrir, empêchaient les visites familiales et nous empêchaient même de rencontrer nos compagnons de prison. Ils ont souvent confisqué nos livres et autre matériel pédagogique sans aucune raison.

Lorsque j'ai été libéré le 8 janvier 1994, j'ai rejoint l'unité de rééducation des prisonniers au ministère du Travail. J'ai fait de mon mieux pour aider mes camarades prisonniers libérés. Depuis que je suis à la retraite, j'ai écrit un livre intitulé : « Avant que mon bourreau meure », où je détaille mes années d’emprisonnement.

Je ne suis pas un grand écrivain, je veux juste que le monde entier connaisse notre calvaire.


« Ils ont détenu toute ma famille »
Shadi Farah


J'ai été arrêté le 30 décembre 2015 alors que je n'avais que 12 ans et j'ai été libéré le 29 novembre 2018. À l'époque, j'étais le plus jeune prisonnier palestinien dans les prisons israéliennes.

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Shadi Farah n'avait que 12 ans lorsqu'il a été arrêté à son domicile dans la ville palestinienne de Jérusalem. Il était accusé d'avoir tenté de tuer des soldats israéliens avec un couteau trouvé chez lui.
[Avec l’aimable autorisation de Ramzy Baroud et Abdallah Aljamal]


« Mon interrogatoire a eu lieu à la prison Maskoubiah de Jérusalem, plus précisément dans la cellule 4. Après des jours de torture physique, de privation de sommeil et de sévices corporels sévères, ils ont emprisonné toute ma famille - mon père, ma mère et mes frères et sœurs. Ils m'ont dit que ma famille était retenue captive à cause de moi et qu'elle ne serait libérée que si j'avouais mes crimes. Ils m'ont insulté avec des injures que je ne peux pas répéter. Ils ont menacé de faire des choses indicibles à ma mère et à mes sœurs.

« Après chaque séance de torture, je retournais dans ma cellule pour pouvoir enfin trouver le sommeil. Mais ensuite, les soldats me réveillaient en me frappant au visage, en me donnant des coups de bottes et en me frappant au ventre.

« J'aime ma famille et quand ils l'empêchaient de me rendre visite, cela me brisait le cœur. »


« Les prisonniers sont des héros »
Jihad Jamil Abu-Ghabn


En prison, mes geôliers ont tenté de briser mon esprit et de m’enlever ma dignité, non seulement par la violence, mais aussi par des techniques spécifiques destinées à m'humilier et à me démoraliser.

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Jihad Jamil Abu-Ghabn a passé près de 24 ans dans les prisons israéliennes pour sa participation à la première Intifada et pour le meurtre d'un colon israélien. Il a été libéré en 2011
[Avec l'aimable autorisation de Ramzy Baroud et Abdallah Aljamal]


Souvent, ils me mettaient la tête dans un sac à l’odeur repoussante, ça me faisait vomir à l'intérieur du sac. Lorsqu’ils le retiraient, j’avais le visage enflé et très mal à la tête à cause de la privation intermittente d'oxygène.

Tout au long de mon interrogatoire (qui a duré des mois), ils m'ont fait asseoir pendant des heures sur une chaise à la longueur des pieds est inégale. Je n'ai jamais pu trouver une position confortable et j’ai depuis des douleurs permanentes au dos et au cou.

Parfois, ils faisaient entrer des « prisonniers » dans ma cellule qui prétendaient être de véritables membres de la résistance palestinienne. J’ai découvert plus tard que ces prisonniers étaient en fait des collaborateurs qui essayaient de me faire avouer. Nous les appelions assafir (oiseaux).

Les prisonniers palestiniens sont des héros. Aucun mot ne peut décrire leur ténacité légendaire et leurs insondables sacrifices.



Source : Al Jazeera

Traduction : MR pour ISM

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