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Gaza -

Récits sous siège (13) : "Nous attendons toujours de pouvoir aller voir nos fils et nos filles en prison"

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Tous les lundis matin, une foule de femmes se rassemble dans la cour du Comité International de la Croix Rouge à Gaza ville. La plupart des femmes arrivent avec la photo encadrée d'un ou deux hommes. Lorsque les journalistes commencent à arriver vers 10h, les femmes leur demandent de prendre des photos, et de filmer la veillée. "Les visites à nos fils et filles sont interdites depuis un an", dit une des femmes. "Nous voulons que les prisonniers nous voient, dans les journaux et à la télévision, pour qu'ils sachent que nous n'abandonnons pas."

Récits sous siège (13) : 'Nous attendons toujours de pouvoir aller voir nos fils et nos filles en prison'


Veillée des mères de Gaza devant l'immeuble du CICR.

La veillée a commencé il y a treize ans, en 1995, lorsque deux femmes, Um Jaber (Mère de Jaber) et Um Ibrahim (Mère d'Ibrahim) se sont installées, ensemble, devant le CICR, portant les photos de leurs fils emprisonnés. "Mes quatre fils ont tous été incarcérés dans les prisons israéliennes", dit Um Jaber. "J'ai eu l'idée de cette veillée avec les photos des prisonniers, pour être sûre qu'on ne les oublie pas. La première fois, il n'y avait que nous deux, devant le CICR, mais nous savions que la semaine suivante, nous serions trois ou quatre, et puis, lentement, d'autres mères sont venues."

Il y a maintenant environ 250 femmes qui participent à la veillée chaque semaine, et un groupe d'homme se tient là avec elle. A Gaza, c'est devenu une institution.

Pour les mères des prisonniers, le bâtiment du CICR est un symbole parce que depuis 1967, le Comité International de la Croix Rouge aide les Palestiniens à rendre visite à leurs proches détenus dans les geôles israéliennes. En dépit des obstructions sérieuses des autorités israéliennes, le programme de visites familiales s'est poursuivi jusqu'à juin de l'année dernière, lorsque le programme de la Bande de Gaza a été suspendu par le gouvernement israélien.

Selon Iyad Nasr, directeur du département des relations avec les médias du CICR à Gaza ville, Israël a prétendu qu'il n'avait pas de partenaire coordonnateur palestinien pour faciliter le programme au lendemain de la prise de contrôle de Gaza par Hamas. "Israël a le droit de prendre des mesures pour sa sécurité", dit-il. "Mais il n'a pas le droit d'empêcher les Palestiniens de rendre visite à leurs proches en prison en Israël. Au CICR, cette situation nous préoccupe profondément."

Cette semaine, cela fait un an que le programme des visites familiales a été suspendu à Gaza, et le CICR a officiellement enjoint le gouvernement israélien de reprendre immédiatement le programme, disant que sa suspension est "une privation d'un élément de vie essentiel à la fois pour les détenus et pour leurs familles."

Le fils d'Um Jaber a été libéré en 1999, après avoir fait plus de 14 ans de prison en Israël. Le fils d'Um Ibrahim, Ibrahim Mustafa Baroud, avait 23 ans lorsqu'il a été arrêté en 1986 ; il est toujours en prison et il est l'un des plus anciens détenus palestiniens. "Israël m'empêche de voir mon fils depuis six ans", dit Um Ibrahim. "J'ai fini par avoir une autorisation de visite l'an dernier, et le CICR m'a accompagnée jusqu'au passage d'Erez. Mais les Israéliens m'ont ordonné de me déshabiller, et j'ai refusé. Alors ils m'ont renvoyé à Gaza." Um Ibrahim, qui a 70 ans, avait déjà subi la fouille au corps et les rayons X avant de devoir se déshabiller. "Les Israéliens avaient tout vu, même mes os", dit-elle. "Ils ont prétendu que c'était pour la sécurité – mais j'ai le droit de protéger ma dignité et mes droits."

Il y a environ 9.500 Palestiniens dans les prisons israéliennes, dont 950 hommes et femmes originaires de la Bande de Gaza. Les mères des Palestiniens emprisonnés en Israël ont toutes subi des années de traitements humiliants pour pouvoir rendre visite à leurs fils, maris et filles. Pour les femmes de Gaza, les procédures sécuritaires d'Israël impliquent qu'elles soient systématiquement fouillées au passage d'Erez, quelquefois par des chiens spécialement dressés ; elles sont interrogées pendant de longues périodes, attendent pendant des heures – et parfois, elles arrivent à la prison pour s'entendre dire que leurs maris, leurs fils ou leurs filles ont été transférés, sans qu'on les prévienne.

Chacune des femmes qui participe à la veillée du CICR à Gaza a une histoire. Um Imad, qui a 65 ans, vient à la veillée depuis plus de 12 ans. "Mon fils, Imad, est en prison depuis 19 ans, et mon frère, Hattim, depuis 14 ans", dit-elle, montrant une photo des deux hommes. "J'allais les voir toutes les deux semaines, mais maintenant, nous ne pouvons plus les voir du tout, et les communications sont très difficiles. C'est une négation de nos droits humains. Ce qui nous arrive est une catastrophe."

Les paroles d'Um Imad soulignent l'unité forte qui lie les mères de Gaza : elles réclament leurs droits collectifs à voir leurs maris, leurs fils et leurs filles, comme le prévoit la loi internationale.

Selon l'Article 49 de la 4ème Convention de Genève, les transferts forcés, individuels ou de masse, ou les déportations des personnes protégées du territoire occupé au territoire de la puissance occupante sont interdites. Depuis 1967, Israël a transféré par la force les prisonniers palestiniens vers Israël, et a en conséquence fait obstruction aux visites familiales palestiniennes de leurs proches emprisonnés. "Si Israël est soit incapable soit peu disposé à remplir ses obligations au sujet des prisonniers palestiniens, alors nous, au CICR, sommes obligés de faciliter le processus", dit Iyad Nasr. "En l'occurrence, Israël peut, mais ne veut pas."

Les prisonniers de Gaza sont incarcérés dans un pays étranger et sont déjà extrêmement isolés. Leurs familles sont maintenant obligées de compter sur le CICR pour relayer les messages dans un sens et dans l'autre, pour maintenir les contacts. Avant que le programme de visites familiales soit suspendu le 6 juin 2007, l'organisme a relayé environ 10 messages par mois en provenance de Gaza ; aujourd'hui, ils en relaient plus de 300 par mois. Le CICR vient de publier un rapport réitérant que "alors que nous reconnaissons les soucis de sécurité d'Israël, nous croyons fortement qu'ils ne justifient pas, à eux seuls, la suspension totale des visites familiales aux détenus."

Fatima Abdullah, dont le fils, Abdul Halim Abdullah, et en prison en Israël depuis 19 ans, résume pourquoi les mères des prisonniers accueillent les journalistes à leur veillée. "Mon fils m'a vu, une fois, à la télévision", dit-elle. "Il s'est arrangé pour m'appeler, à la maison, et il m'a dit : 'Merci de nous soutenir – mais ne sois pas si triste, Maman, je suis toujours vivant.'"

Signez la pétition pour la libération des 11.000 prisonniers palestiniens emprisonnés dans les geôles israéliennes.

Source : Palestinian Centre for Human Rights

Traduction : MR pour ISM

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