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Palestine - ISM France

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Jérusalem -

Réflexions sur la vie dans ma prison israélienne

Par

Pat O'Connor est un volontaire du Mouvement de Solidarité Internationale (ISM). Il a écrit l’article ci-dessous lors de son incarcération par les autorités israéliennes Ce matin, il a été déporté par les autorités israéliennes et est actuellement en route vers sa maison à New York.

Le droit à l'intimité des prisonniers et des Palestiniens est sujet à une constante surveillance en tant que moyens de contrôle et de manipulation.
Pendant nos quelques heures à l’extérieur, les gardiens de la prison viennent de temps en temps et écoutent nos conversations.
Il est de notoriété publique qu'il y a des collaborateurs parmi les prisonniers qui transmettent des information aux gardiens parce qu'on leur fait du chantage ou parce qu’ils veulent être bien vus. Aucune communication n'est privée.

Après 16 jours passés dans la prison israélienne de Maasiyahu, je pense avoir une meilleure compréhension de ce que doit être la vie d’un Palestinien.

Dans les territoires occupés, les Palestiniens vivent chaque jour comme des prisonniers selon les règles militaires israéliennes qui ôtent la liberté. Les mêmes outils de contrôle et de punition qui sont utilisés sur les prisonniers sont employés par le gouvernement israélien contre la totalité de la population palestinienne.

Bien que j'aie vécu dans les territoires occupés pendant quatre ans, j’ai toujours été traité avec égard par les soldats israéliens même quand ils imposaient des mesures dures aux Palestiniens. C'est seulement maintenant en prison que j'ai un avant-goût de ce qu'est être privé de mes droits et sujet aux caprices arbitraires d'une puissance militaire - d'avoir les portes de ma liberté fermées, d’être coupé du monde extérieur et de dépendre des autres pour les besoins de base.

Pour être clair, je ne compare pas l'expérience extrêmement difficile des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes à mes 16 jours de prison dans des conditions tout à fait supportables. Les contraintes sur ma liberté en prison sont plus comparables à celles qu’éprouvent les Palestiniens quotidiennement dans les villes et les villages sous occupation.



En fait, aujourd'hui j'ai vu que, en tant que prisonniersn nous étions réellement mieux traités que les Palestiniens qui vivent dans leurs maisons.

Aujourd'hui, toutes les cellules de notre section ont été fouillées parce qu’il manquait une paire de ciseaux que les gardiens avaient prêté. Quand nous sommes revenus dans notre cellule après la fouille, nous avons tout retrouvé en chaos. Toutes nos affaires étaient éparpillées sur le plancher, sur les lits, les cendres d'un cendrier renversées partout et tous nos affaires étaient mélangées.

Bien que nous soyons tous en colère, toutes les maisons palestiniennes que j'ai vues après des fouilles militaires israéliennes étaient dans un état bien pire, avec de nombreuses choses détruites, déchirées et renversées.

Le droit à la liberté de mouvement, mon droit à la liberté de mouvement m’a été ôté. Je suis enfermé à clef à l'intérieur d’une cellule de 3 mètres sur 10 avec des barreaux aux fenêtres et 7 autres prisonniers. On nous autorise à aller dans une cour à l’extérieur de notre cellule pour un maximum de 4 heures par jour.

Comme les Palestiniens qui attendent aux portes dans le mur pour atteindre leur terre, ou au checkpoint pour aller travailler, mon univers s’est rétréci à un petit espace dont les entrées et les sorties sont contrôlées par des gardiens israéliens.

Quand je regarde par la fenêtre, je vois les barbelés, une barrière de prison et des caméras de sécurité, une vue qui me rappelle la vue que les Palestiniens ont de leurs fenêtres dans des dizaines de villages qui sont entourés par le mur de l’Apartheid d'Israël. Le mur emprisonne littéralement des centaines de milliers de Palestiniens dans leurs villages.

L'isolement est la base de l'emprisonnement et de l'expérience palestinienne. Nous passons 24 h sur 24 avec les 7 mêmes personnes et seulement quelques autres pendant nos quatre heures à l’extérieur. On nous autorise un visiteur une fois par semaine. Les visiteurs doivent passer par un long processus bureaucratique qui décourage des visites. Et bien que les visites soient merveilleuses, quand les visiteurs partent, je ressens plus fortement que je suis coupé du monde extérieur. Nous n’avons pas la radio ou la télévision, seuls les téléphones nous relient au monde extérieur.

Les mesures israéliennes ont coupé les Palestiniens du reste du monde.
Les autorités israéliennes limitent considérablement le droit aux Palestiniens de voyager vers d’autres pays. Pouvoir voyager nécéssite de surmonter de multiples obstacles. Même le droit des Palestiniens à voyager dans les territoires occupés est considérablement limité par les checkpoints.

Israël empêche d'entrer en Israël et dans les Territoires Occupés les étrangers qui sont suspectés de soutenir les droits des Palestiniens.



La création de la contrainte de dépendance à la prison a réduit considérablement l'auto-approvisionnement des prisonniers, les rendant dépendants.

Les prisonniers ne peuvent plus gagner leur vie. Ainsi, ils dépendent des autres pour l'argent nécessaire à tous leurs besoins, comme les cartes de téléphone, le sucre et les cigarettes. Quand je vois de ma fenêtre que ma chemise est tombée dans la cour en raison du vent, je peux seulement espérer qu'un gardien bien disposé voudra bien la ramasser. Les repas nous sont passés chaque jour à travers les barreaux de notre cellule.



À mesure que les restrictions de mouvement ont augmenté, les Palestiniens sont devenus de moins en moins capables de subvenir à leurs besoins. Ils dépendent de plus en plus de l'aide. Des aumônes de nourriture et d'autres marchandises de base sont livrées par camions d'aide qui traversent des checkpoints pour arriver jusqu’à eux. La dépendance est humiliante et dégradante.


Le droit à la propriété, mon droit à mes propres biens dépend du bon vouloir de l'administration hostile de la prison.
Comme tous les prisonniers, un certain nombre de mes affaires m’ont été prises quand je suis entré dans la prison. On m’a promis qu'un ami qui me rendrait visite pourrait prendre certaines de mes affaires gardées dans la pièce fermée à clé, mais en raison d’un simple désintérêt, le personnel n’a pas pu organiser cela avant que les heures de visite soient terminées.

De plus, les affaires des prisonniers peut être fouillées et saisies à tout moment. Les gardiens effectuent des fouilles-surprises fréquemment. Quand ma cellule a été fouillée, j'étais inquiet que mon téléphone portable et mes notes puissent peut-être m’être pris. D'autres craignent pour leurs médicaments et leurs livres. C’est déstabilisant et dégradant de savoir que vos affaires peuvent être prises à tout moment.

La terre des Palestiniens, une de leurs possessions les plus fondamentales a été saisie par le gouvernement israélien sur une grande échelle depuis 1948. De plus, les Palestiniens ont besoin de permis israéliens pour accéder au reste de leurs terres ou pour construire des maisons.


Comme je l’ai mentionné auparavant, les maisons palestiniennes sont sujettes à tout moment à des fouilles par les soldats israéliens et sans besoin de mandat d'un juge. Le gouvernement israélien ne respecte pas le droit des Palestiniens à avoir leurs propres biens. En tant que prisonniers, nos biens nous seront probablement rendus quand nous quitterons la prison. D’un autre côté, les Palestiniens risquent que leurs biens saisis ou endommagés ne leur soient ni rendus ni dédommagés par l'armée israélienne.



Le droit à l'intimité des prisonniers et des Palestiniens est sujet à une constante surveillance en tant que moyens de contrôle et de manipulation.
Pendant nos quelques heures à l’extérieur, les gardiens de la prison viennent de temps en temps et écoutent nos conversations.
Il est de notoriété publique qu'il y a des collaborateurs parmi les prisonniers qui transmettent des information aux gardiens parce qu'on leur fait du chantage ou parce qu’ils veulent être bien vus. Aucune communication n'est privée.

À l'intérieur des Territoires Occupés, Israël a établi un système onéreux de surveillance et un réseau de collaborateurs. La surveillance constante et la volonté cachée de manipulation crée un climat d'insécurité et de manque de confiance qui rend toute vie normale impossible


Exercice arbitraire du pouvoir

Cela met en colère d’avoir ses libertés supprimées. Le caractère arbitraire, la méchanceté et l’hostilité avec lesquels le pouvoir est exercé sur vous sont lassants. Le soin apporté à mon expulsion avant mon audition est un exemple de l'utilisation hostile de la force par les autorités de la prison. Certains prisonniers sont indignés d’être réveillés la plupart du temps à à 6h30 chaque matin et d’avoir à se tenir devant les gardiens pour être comptés.

Ils sont tous irrités par le manque d'humanité montré par le juge, les autorités de la prison et le système entier qui essaye de les expulser. Les actes qui frustrent les prisonniers peuvent être grands ou petits, mais la menace qui plane au-dessus de tous est la force et la menace de violence.

Les Palestiniens sont constamment forcés d'agir sous la menace d’une arme. Les menaces qu’ils endurent vont de la mort à l’humiliation. À tout moment, les Palestiniens peuvent être abattus, emprisonnés ou se faire saisir leur terre. Ils peuvent se faire prendre leurs papiers d’identié sans aucune raison, ils peuvent se faire insulter à un checkpoint, ou peut-être être la victime d'un tabassage aléatoire.

Les membres de la résistance peuvent se faire prendre leur liberté de force. J'ai résisté en écrivant et agissant, une approche que d'autres ici utilisent.
D'autres résistent en brisant les règles d’une façon ou d’une autre, ou en défiant ouvertement les autorités.
Les grèves dans les prisons pour obtenir des droits, par exemple comme celle menée par des prisonniers Palestiniens cet été, sont des exemples organisés à grande échelle,la résistance dans les prisons.

L'emprisonnement par Israël des Palestiniens dans leurs propres villes et cités a mené à un éventail des stratégies de résistance, aussi bien individuelle que collective, allant de la non-violence à la violence

L'emprisonnement d’une personne est une violation terrible de ses droits et du déni de son humanité. L'emprisonnement efficace par Israël d'un peuple entier est un crime. La punition collective est une violation fondamentale du droit international. L'emprisonnement des avocats des Palestiniens fait partie d’une volonté de dissimuler ce crime.

L'emprisonnement humilie, déstabilise et irrite. Bien qu'il ne soit pas difficile de s'y adapter pendant une période courte de quelques semaines, on peut voir, en observant les autres, l’impact du temps. Ceux qui sont ici depuis un certain nombre de mois sont déprimés et en colère.

Le mur de l’Apartheid d'Israël est une nouvelle étape dramatique dans l'emprisonnement des Palestiniens. Tandis que certaines mesures répressives israéliennes sont subtiles, Israël a maintenant amené les murs des prisons aux bords des villes et des cités palestiniennes, souvent à quelques mètres de leurs maisons.

Essayer de réprimer un autre peuple et de lui voler ses ressources est moralement inacceptable et échouera à long terme.

L'emprisonnement des Palestiniens multiplie tout simplement l’humiliation, la colère et la résistance. Ils n’étoufferont pas le désir des Palestiniens d'exercer leur droit légitime. Tous dans ma section à Maasiyahu rêvent et travaillent pour le jour où ils quitteront cette prison.

La seule véritable solution à la lutte pour les droits des Palestiniens est, pour les Palestiniens, de vivre en liberté.

Source : http://www.zmag.org/content/showarticle.cfm?SectionID=107&ItemID=7254

Traduction : MG pour ISM-France

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