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Palestine - ISM France

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Israël -

Refus d'entrée : "Vous n'avez aucun droit"

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Mon histoire est très simple et le verdict est que je suis génétiquement coupable pour la simple raison que je suis palestinienne. Je n'ai jamais dépassé la durée de mon visa israélien, ni fait quoique ce soit qui pourrait me faire considérer comme une "menace envers l'Etat".

Mon nom est Christine Anne Bro, je suis canadienne de naissance et j'ai grandi comme citoyenne titulaire d'un passeport canadien valide, pourtant ma seule faute est que mon père est palestinien d'avant 48, et ma mère est née au Liban après 1948.

C'est pourquoi mes origines palestiniennes, un diplôme récent de l'Université McGill en sciences politiques et Etudes du Moyen Orient et mon inscription actuelle en Maîtrise, avec aucun boulot stable au Canada, ont sonné l'alarme dans la tête de la sécurité israélienne des frontières.

Je suis entrée en Israël, la première fois, par la frontière de Taba, en octobre 2007, où je n'ai passé qu'une semaine avant de repartir au Caire pour terminer un stage de l'Agence Canadienne de Développement International que j'avais obtenu après mon diplôme.

Lorsque j'ai fini le stage, fin Décembre 2007, j'ai décidé de passer six mois en Israël/Palestine puisque mon billet était valable pendant un an (août 2007-août 2008), et que j'ai encore de la famille proche en Israël/Palestine que je n'ai jamais rencontrée.

Le 6 avril 2008, je suis revenue à la frontière de Taba pour re-entrer en Israël. Cette fois cependant, j'ai été retenue et questionnée pendant sept heures. Ils ont réalisé que j'avais aussi de la famille en Cisjordanie et m'ont fait appeler mon oncle et ma tante, pour avoir les numéros de leurs "hawiyeh" palestiniens (carte d'identité).

Je n'étais pas préparée à l'interrogatoire que j'ai subi et j'ai essayé de ne leur donner qu'un minimum d'information. Les officiers d'immigration savent parfaitement comment poser la même question de différentes manières, et jouent un jeu psychologique qui fait que la personne a l'impression qu'elle a fait quelque chose de mal.

Pendant cette épreuve, j'ai appelé un avocat ami de la famille et je lui ai raconté ce qui se passait. Mais les officiers de l'immigration ont refusé de lui parler.

J'ai d'abord pensé qu'il suffirait de deux jours pour lever le malentendu, mais les choses ont empiré parce que le Ministère de l'Intérieur s'est mis en grève la même semaine.

Après deux semaines environ, j'ai reçu un appel de l'avocat disant que le Ministère me donnait l'autorisation de re-entrer et que je pouvais repartir à la frontière. Extrêmement heureuse et épuisée par l'épreuve, je suis retournée à la frontière le 16 avril 2008.

Lorsque je suis arrivée du coté israélien cependant, l'officier de l'immigration m'a informée que mon avocat devait payer 30.000 shekels (5.900€) au Ministère de l'Intérieur, et que je ne pouvais entrer que pour sept jours. Mon avocat n'était pas au courant de ces conditions et a décidé de faire appel de la condition de 30.000 shekels devant la Haute Cour d'Israël. Une nouvelle attente pénible a recommencé.

Après une semaine supplémentaire, la Haute Cour a refusé l'appel et a décidé que je devais payer la caution de 30.000 shekels pour entrer. J'étais tellement découragée et déprimée d'être restée seule presque un mois dans le Sinaï, et n'ayant plus d'argent, que je suis repartie à Toronto, par le Caire, le 30 avril 2008.

De retour au Canada, j'ai pris contact avec l'Ambassade israélienne à Ottawa et je les ai informés, par écrit, de ce qui s'était passé à la frontière de Taba. Je voulais revenir en juin pour le mariage de mon cousin et je leur ai demandé s'ils pouvaient me délivrer un visa. Au téléphone, l'employée s'est exclamée que j'étais canadienne et que pour cette raison, elle ne pouvait pas me délivrer un visa de tourisme.

Mon avocat avait également envoyé une lettre au Ministère de l'Intérieur pour leur dire que je voulais venir en Israël. Ils ont répondu, deux semaines après, pour dire que je pouvais venir mais que les deux conditions demeuraient. J'ai donc pris un billet d'avion directement pour Tel Aviv et je suis arrivée le 21 juin à 12h, avec un chèque de 9.000$ pour le Ministère de l'Intérieur, et un billet d'avion réservé six jours plus tard à Amman, Jordanie.

Même avec tout ça, j'ai été fouillée au corps puis interrogée pendant près de trois heures. La femme a même pris mon portable et a copié tous les contacts. Après avoir parlé avec la première femme, j'ai dû attendre et on m'a emmenée dans une pièce de l'aéroport, où j'ai découvert que se tenaient les représentants du Ministère de l'Intérieur. Je leur ai montré le chèque de 9.000$ pour le Ministère de l'Intérieur et le billet pour la Jordanie.

Alors que la police des frontières à l'aéroport m'avait informée qu'ils avaient autorité pour supprimer les conditions, la représentante m'a dit qu'elle n'avait pas un tel pouvoir, ni même d'accepter un chèque d'une banque canadienne en dollars américains. Le chèque devait être en shekels, et d'une banque israélienne. Elle m'a expliqué qu'en conséquent, de par la "loi", elle devait à nouveau refuser mon entrée. On m'a ensuite emmenée dans une autre pièce où on a pris mes empreintes digitales et des photos, et ils m'ont dit que c'était la procédure.

Ils m'ont retenu un billet de retour pour Toronto via Bruxelles à 13h et m'ont expliqué qu'ils allaient m'emmener dans une pièce avec un lit, la télé et un peu de nourriture. Finalement, vers 6h du matin, je suis arrivée dans une sorte d'endroit, qui indiquait "Immigration" à l'extérieur et entouré de barbelés. Lorsque je suis entrée, ils m'ont demandé de leur donner mon téléphone portable.

Lorsque je me suis réveillée vers 10h du matin et que j'ai essayé de sortir parce que je voulais appeler mon avocat maintenant qu'il serait réveillé, j'ai réalisé que l'endroit ressemblait à une prison, et que la porte était fermée à clé ! J'ai tapé contre la porte, paniquant et criant que j'étais traitée comme une criminelle jusqu'à ce qu'un homme arrive enfin et ouvre. Je lui ai dit que je voulais appeler mon avocat, que j'en avais le droit.

Il m'a emmenée dans une pièce et la femme qui travaillait ce jour-là m'a dit que ma mère et mon avocat avaient déjà appelé et que je n'avais pas besoin de faire d'autres appels, donc elle ne m'autoriserait pas à me servir de mon portable.

Sur le mur, il y avait un papier en 12 langues différentes, ou plus, qui listait les droits des détenus. J'ai commencé à le lire à voix haute, déclarant que j'avais droit à un appel téléphonique, un appel juridique et un papier écrit disant pourquoi l'entrée m'était refusée.

La femme a commencé à crier que, je cite : "Vous n'avez aucun droit, repartez dans votre chambre", confirmant ainsi la véritable nature de cet Etat. Je me suis demandée si un tel traitement envers les étrangers était même légal. Comment réagirait Israël si le Canada traitait un de ses citoyens d'une telle manière ?

Je voulais toujours appeler l'avocat pour voir par moi-même ce qui se passait mais elle ne m'a pas laissé le faire et m'a dit qu'elle me ferait passer tout nouveau message, s'ils étaient importants. Je n'ai pu passer mon premier appel téléphonique que vers 22h, trois heures avant d'être expulsée. L'avocat a dit qu'il n'avait pu trouver personne avec 30.000 shekels et que les banques étaient maintenant fermées.

Je les ai suppliés de me laisser encore une journée pour trouver l'argent ou au moins, qu'ils m'envoient en Jordanie plutôt qu'à Bruxelles, mais ils ont refusé ! J'ai gagné suffisamment de temps pour manquer le vol de 13h mais cinq heures après, deux hommes sont arrivés, m'ont fait sortir de la pièce et m'ont mise sur un vol El Al de 6h du matin.

Ils ont gardé mon passeport jusqu'à l'atterrissage à Bruxelles, où ils l'ont remis aux autorités locales qu'ils avaient appelées pour venir me chercher à la descente de l'avion.

Les autorités bruxelloises furent choquées lorsqu'elles ont vu la soi-disant "indésirable" sortir de l'avion, un livre à la main et en talons hauts. Elles furent aussi contrariées de voir qu'Israël exigeait que je sois de retour au Canada le jour suivant, alors que là, j'étais sur le territoire européen ! L'employée était choquée de ce que j'avais enduré. Elle m'a dit que je pouvais rester en Europe jusqu'à que j'ai décidé de ce que je voulais faire. Elle est même venue avec moi pour récupérer ma valise et m'a aidée à réserver un billet pour Amman.

Actuellement, je suis à Amman, j'attends. Mon avocat a redémarré la procédure des 30.000 shekels pour le Ministère de l'Intérieur, puisque je pense que c'est la seule option.

Source : Palestinian News Network

Traduction : MR pour ISM

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