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Gaza -

Rendu aveugle et grièvement brûlé : Mahmoud (quatorze ans), victime d’un bombardement israélien au phosphore blanc (arme prohibée)

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Les trois semaines d’offensive israélienne dans la bande de Gaza ont certes pris fin, mais Mahmoud Mattar, quatorze ans, ne sera pas à même de ressentir le calme qui règne désormais dans sa ville, Jabalya.

Rendu aveugle et grièvement brûlé : Mahmoud (quatorze ans), victime d’un bombardement israélien au phosphore blanc (arme prohibée)

Ayant perdu les deux yeux, le torse couvert de brûlures au troisième degré, Mahmoud est étendu, inconscient, à l’Hôpital Sheikh Zayid, dans la banlieue du Caire. Il n’a pu prononcer que quelques mots, depuis ce 6 janvier où un bombardement israélien contre son village situé dans le nord de la bande de Gaza l’a laissé pour mort, dans la rue, devant la mosquée où il se rendait. Les médecins disent qu’il restera aveugle, et que ses brûlures ont été causées par du phosphore blanc, une arme incendiaire interdite qu’Israël niait avoir utilisée.

« Il se rendait à la mosquée quand l’attaque a commencé », a expliqué son oncle Nihad Mattar. « Deux de ses amis, qui marchaient à ses côtés, ont été tués sur le coup. Leurs corps ont été déchiquetés. Mahmoud a été frappé, et son corps a commencé immédiatement à brûler. »

« Il était recouvert de sang et de lambeaux de chair. Impossible, au début, de dire ce qui était sa propre chair, ou celle de ses malheureux compagnons… »

Des témoins, à Jabalya, décrivent les particularités d’un bombardement au phosphore : une épaisse fumée blanche, une odeur insupportable et des incendies qu’il est impossible d’étouffer, même avec du sable. Ils racontent que des dizaines d’autres victimes ont été brûlées de la même manière, au cours du même bombardement.

Israël, qui avait initialement nié l’utilisation de phosphore blanc à Gaza, alors que nous [The Times] lui avions posé la question, voici de cela quinze jours, a dit, depuis, que toutes les armes utilisées à Gaza « respectaient la loi internationale ». La plupart des pays de l’Otan, dont la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, utilisent le phosphore pour créer des écrans de fumée. L’utilisation du phosphore comme arme de guerre dans des zones où se trouvent des civils est interdite par la Convention de Genève de 1980.

Nous [The Times] avons découvert des dizaines d’incidents au cours desquels des médecins disent que des civils ont été blessés par du phosphore blanc, un métalloïde dont la combustion dégage une température très élevée et se poursuit tant que l’oxygène n’est pas épuisé. La semaine dernière, des responsables de l’Onu à Gaza étaient certains du fait que leur bâtiment avait été atteint par des obus au phosphore blanc.

Hier, Amnesty International a indiqué que son équipe a trouvé des preuves de l’utilisation de phosphore blanc dans des zones résidentielles densément peuplées, comme la ville de Gaza et le nord de la bande de Gaza, par l’armée israélienne. « Nous avons vu des rues et des venelles jonchées de pièces à conviction, dont des boules de phosphore continuant à se consumer et des restes des obus et des containers tirés par l’armée israélienne », a déclaré Christopher Cobb-Smith, un expert en armement ayant effectué une inspection à Gaza, avec une équipe d’enquêteurs d’Amnesty.

Des experts médicaux de Gaza ont indiqué qu’ils étaient en train de collecter des échantillons de tissus prélevés sur des victimes brûlées afin de les analyser, mais ils ne sont pas certains que ces échantillons pussent être envoyés aux laboratoires ad hoc. Des médecins, en Egypte, ont interdit aux journalistes l’accès d’hôpitaux où des centaines de blessés palestiniens ont été admis. Ces médecins refusent de faire publiquement des commentaires sur les blessures. Mais, en privé, ils se sont déclarés certains d’avoir affaire à des brûlures causées par des armes chimiques au phosphore.

Allison El Soukkary, une infirmière britannique habitant au Caire, et qui a travaillé plusieurs années dans une unité de soins aux grands brûlés dans l’Essex [Angleterre] a dit : « L’aspect des brûlures…, de petits cratères s’enfonçant profondément sous la peau : ce sont les endroits où les gouttes de phosphore en fusion ont atteint la peau et ont commencé à s’enfoncer en carbonisant les chairs… » Les médecins ne sont pas en mesure de dire combien de temps il faudra à Mahmoud pour se rétablir. Il respire difficilement, de manière irrégulière, et il ne comprend pas où il se trouve, ni pourquoi il souffre. Le jour où il fut blessé, son père et son frère l’ont amené à l’Hôpital Shifa, à Gaza. Ils prononcèrent la prière des morts, car ils étaient persuadé qu’il allait mourir. Une fois arrivés à l’hôpital, il n’y avait aucun lit de libre, alors, ils l’avaient laissé sur le sol, avec tous les autres.

En raison de l’étendue de ses blessures, une autorisation spéciale a été accordée aux proches de Mahmoud, pour des soins en Egypte. Mais le convoi composé de quatorze ambulances qui tentait de faire route vers la frontière ayant été canardé par les Israéliens, ils ont dû faire demi-tour. Deux jours plus tard, ils ont pu traverser la frontière avec l’Egypte, à Rafah.

A l’Hôpital Sheikh Zayid, il y a vingt-neuf patients évacués des zones de combat de Gaza. Au moins cinq d’entre eux ont des brûlures attribuables au phosphore, disent les experts. Muhammad Hassanat (26 ans) et son voisin de chambre, Tamer Omar Ellouhe (18 ans), ont tous deux perdu leurs jambes quand une volée de tirs d’artillerie a frappé leur quartier, Zeitoun, dans les faubourgs de Gaza-Ville – ce même quartier où plusieurs dizaines de membres de la famille Samouni ont été enterrés vivants lors d’une frappe israélienne. Les survivants ont dû attendre plusieurs jours durant l’arrivée des ambulances, qui avaient dû se risquer au milieu des combats. Hier, on retirait encore des corps de membres de la famille Samouni des décombres.

Mahmoud Hassanat, le frère de Muhammad, est assis à la cafétéria en marbre poli de l’hôpital, partageant son angoisse pour les membres de sa famille encore à Gaza et les blessés, à l’étage.

« Je l’avais laissé pour mort », explique-t-il. « Je suis allé au cimetière afin de préparer une tombe, et notre père était allé chez nous pour dire à notre mère que son fils venait d’être tué. Notre mère s’est précipitée en courant dans la rue, et il a découvert que Muhammad respirait encore faiblement. Les médecins, eux aussi, pensaient qu’il allait mourir, mais il vit encore… »

Amputé des deux jambes, le bras, la mâchoire et plusieurs côtes cassés, Muhammad ne pourra plus désormais faire vivre son épouse et leurs quatre enfants ; il devra abandonner son métier d’électricien. « Nous avons été attaqués par une armée. Mais nous ne sommes pas une armée, nous n’avons aucun moyen de nous défendre », nous a dit son frère. « Nous rentrerons chez nous. Nous ne sommes pas politisés, mais une chose est sûre : nous soutiendrons le Hamas. Vous voyez autre chose ? »

Copyright 2009 Times Newspapers Ltd.

Source : The Times Online

Traduction : Marcel Charbonnier

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