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Cisjordanie -

Service militaire

Par

Seth Freedman était plein de ferveur et d'idéalisme quand il a quitté Londres pour rejoindre les Forces de Défense Israélienne. Il raconte ici ses expériences dans la surveillance de l'occupation en Cisjordanie - et ses désillusions. Quelles sont les ressentiments larvés de la nouvelle génération ?

Ce fut lors de l’invasion de la maison près de Tulkarem que ça a été le bouquet pour moi, regarder dans les yeux des enfants alors que nous criions sur leur père et que nous lui arrachions son pouvoir de commandement dans sa propre maison.
C'est à ce moment-là que j’ai commencé à me rendre compte de l'effet de nos actions : la prochaine génération était assurée de finir par nous haïr quand tout ce qu’ils ont vu, c’est que nous les traitions comme du bétail.

Service militaire


La nuit est tombée sur le village, même si cela ne fait aucune différence pour nous, qui sommes affalés contre les murs de la nagmash (véhicules blindés). Dix d'entre nous sont entassés dans un espace guère plus grand qu'un lit à deux personnes et ballotés à chaque fois que nous touchons une grosse pierre sur la route. Nous avons partagé l'espace avec le reste de notre déjeuner ainsi que le petit déjeuner de demain.

La sueur coule sur notre visage noir de saleté, et nos t-shirts nous collent dans le dos. Gabe a l'air d'un bonhomme de neige en train de fondre - si je ne l’avais pas entendu gémir doucement de temps en temps, j'aurais pensé qu'il s’était évanoui à l’arrière.

Parfois, je rassemblais toute mon énergie pour me lever et scruter à travers les petits panneaux de verre à l’épreuve des balles en haut de la nagmash pour tenter de me repérer. Les fenêtres étaient beaucoup trop épaisses pour voir clairement quelque chose, mais nous avions déjà été dans le centre de Tulkarem et maintenant, il semble que nous faisons encore et encore des cercles dans les rues désertées.

Après avoir été coincé dans ce chaudron pendant 15 heures, je me fichais éperdument de capturer ou non des terroristes - j'étais tout à fait prêt à la qualifier de loterie et à revenir d’ici deux semaines.

Mais pas notre commandant de peloton. Il était à l'avant du véhicule, à exhorter Shai d’avancer vers Dieu sait quoi. Il s’occupait de la mitrailleuse montée sur le toit, en la faisant pivoter en direction de tout malheureux qui partagerait les routes pavées avec notre mini-tank. Finalement, nous avons constaté que nous ralentissions et il semblait que nous roulions maintenant en dehors de la route, ce qui est généralement le signe que nous sommes à la recherche d'un endroit où nous garer et nous reposer.

Momentanément revigorés, nous discutions pour savoir si c’était un arrêt de cinq minutes ou de quelques heures pour dormir comme on nous l’avait promis. Nous nous sommes entassés à la porte arrière et avons observé les environs. Nous semblions être dans le fond d’un jardin d'une grande maison dans un quartier résidentiel et la famille du propriétaire nous observait depuis le porche avec un mélange de dégoût et de perplexité.

Nous avons pris position – chacun couvrant l'autre, les armes verrouillées et chargées, alors que nous avancions doucement. La section de l’autre nagmash était là aussi et s’approchait de l'autre côté du jardin, et nous étions désormais 20 à descendre sur la maison que nous allions réquisitionner pour la nuit.

Le commandant de peloton a donné de brèves instructions en arabe aux membres de la famille assis sur des chaises sous la véranda.
Prenant Matan avec lui, il a disparu à l'intérieur de la maison et a enfermé la famille au sous-sol, avant de laisser le reste d'entre nous fouiller le bâtiment. Après l’avoir déclarée sans dangers, nous nous sommes tous retrouvés dans le salon à recevoir nos ordres.

Nous étions de garde deux par deux, avec des changements toutes les 20 minutes au cours des quatre prochaines heures pendant que les autres dormaient. Nous avons enlevé nos chemises, nous les avons roulées en guise d’oreillers, et nous nous sommes endormis sur le carrelage de la salle de séjour.

Nous avions l’ordre strict de ne toucher à rien dans la maison, même pas d’utiliser les salles de bains. L’endroit était un palais comparé à certaines cabanes que nous avions l’habitude de fouiller- il s'est avéré que les maisons que nous prenions étaient toujours grandes, pour éviter l'embarras des gens plus pauvres qui auraient honte de leurs maigres possessions.

Cela donnait encore le sentiment que nous prenions des libertés, à moitié nus et tous vautrés sur le sol du salon de cette famille du salon.

Je pouvais difficilement argumenter ; nous ne pouvions pas repartir de notre côté de la frontière à chaque fois que nous avions besoin de dormir. Et si nous couchions dans le nagmash ici en Cisjordanie , nous serions devenus des cibles faciles pour toute personne ayant un lance-grenades qui pourrait tenter sa chance. D'autre part, garder la famille enfermée au sous-sol me donnait l’impression d’être des boucliers humains. J’ai perdu connaissance et me suis endormi de toute façon - en pensant qu'il n'y avait aucun moyen d’arriver à la paix avec ce clan.

Tout cela avait commencé dans le confort de ma maison de Londres alors que je regardais se dérouler la deuxième Intifada aux actualités télévisées. J’ai senti le regard perçant d'un Israélien Lord Kitchener : mon pays a besoin de moi. Avec tous les bus qui explosaient à Jérusalem et à Tel-Aviv, ce sentiment est devenu plus fort - je devrais y prendre part.

J'avais une affiliation religieuse à Israël, la terre de mes ancêtres, et un attachement plus personnel à l'actuel Etat juif en raison de mes vacances d’enfance deux fois par an et une année sabbatique passée à parcourir le pays.

C'est ainsi qu’en Novembre 2004, je me suis retrouvé dans une caserne de la banlieue de Tel-Aviv, à me battre pour enfiler des bottes de combat à huit-trous et à regarder le reflet de mon treillis couleur olive dans le miroir. Dans quelques mois, j’effectuerai mon premier service au cœur de la Cisjordanie .

Notre première affectation, après avoir achevé une formation, a été la protection de la tombe de Rachel, un site de pèlerinage pour les juifs, situé à la limite du camp de réfugiés d’Aida à Bethléem.

À ce moment-là, le tronçon du mur de sécurité de Bethléem était inachevé, ce qui signifiait que des troupes supplémentaires étaient nécessaires pour assurer la protection des milliers de visiteurs qui se pressaient tous les jours sur le site.

Nous conduisions les bus à l’épreuve des balles entre le checkpoint et la tombe, autant pour calmer les nerfs des touristes que pour donner une aide pratique. Les jeunes lanceurs de pierres étaient dispersés longtemps avant la descente des bus et étaient chassés, et le verre incassable des vitres étaient plus que suffisant pour repousser les attaques sporadiques.

Toutefois, on nous demandait d'effectuer des patrouilles régulières dans le cimetière musulman derrière la tombe, ainsi que dans les ruelles étroites du camp de réfugiés, où notre présence ne faisait rien pour atténuer la tension qui était palpable à chaque coin de rue.

Paré de la tenue complète de combat et avec les paroles d'encouragement des pèlerins résonnant dans nos oreilles alors que nous quittions la tombe, nous marchions en direction d’Aida, comme sorti d'une scène de CNN.

Un camp de réfugiés grouillant, des tas de gravats partout, des Arabes se prélassant sur les murs à demi-construit et nous : six soldats israéliens lourdement armés.

Un jour torride d’été, au cours d'une patrouille de routine, l'inévitable se produisit - un groupe de jeunes, criant "Allahu Akbar", nous a accueillis avec une pluie de pierres, et nous nous sommes abrités derrière un bâtiment voisin.

Le sergent a dit que lui et Shtricks allaient se cacher derrière un mur tandis que les quatre autres marcheraient dans une formation en serpent bien en vue des jeunes. L'objectif était d'attirer une autre pluie de pierres pendant laquelle le sergent arrêterait un ou deux d'entre eux.

C’était trop facile - nous avons marché, ils ont lancé des pierres, nous nous sommes retirés, le sergent a bondi et a plaqué un garçon contre le mur, en le tenant par le cou.

C’était un garçon renfrogné, mal habillé de peut-être 14 ans. Le sergent nous a demandé si c’était l’un des lanceurs de pierres, j'ai dit oui, sans être sûr à 100% - peu importe, puisque l'objectif était que ses amis le voient.

Nous l’avons ramené à pied à la base. Il y a eu un moment dangereux quand un groupe d'hommes âgés peut-être de 25 ans, a couru vers nous en criant, nous avons braqué nos armes sur eux et ils ont fait marche arrière.

Nous avons livré le garçon à l'un des commandants de l'escadron. C’était notre première arrestation non planifiée (par opposition aux arrestations effectuées lors une invasion), aussi tout le monde s’est attroupé autour de l'enfant comme si c’était un papillon rare que nous avions pris dans nos filets. On l’a fait asseoir au soleil contre un mur et il a jeté la tasse d'eau qui lui était proposée sur le commandant, en injuriant et en criant.

Le sergent se pavanait, en souriant de joie - un peu trop fier, pensais-je, compte tenu qu'il avait alpagué un adolescent, avec en couverture cinq soldats armés derrière lui. Au bout d’environ 20 minutes, nous avons fait sortir le garçon pour le remettre à ses parents qui avaient été convoqués pour nous rencontrer.

Le père a dû lever sa chemise pour prouver qu'il ne portait pas de bombe à la ceinture avant de l’autoriser à s’approcher de nous. Le garçon est rentré chez lui et la patrouille a été terminée.

Le débriefing était intéressant; nous nous sommes assis dans la chambre du sergent dans la même position que nous le faisions avant. Il s’était passé seulement une heure, mais nous étions plus vieux et plus sages - nous avons disséqué l'expérience comme si c’était simplement une autre partie de la formation, et pas comme si nous nous étions trouvés dans une situation très réelle et très dangereuse qui avait presque failli se transformer en émeute.

Etait-ce vraiment la meilleure façon de maintenir la paix et d’apaiser les tensions ?, ai-je demandé au sergent. Il a soutenu que le garçon apprendrait de cette leçon et que tout était pour le mieux.

Je lui ai dit que c’était un vœu pieux - le garçon deviendrait clairement maintenant un héros parmi ses amis. S’attendait-il à ce que nous soyons fiers de ce que nous avions fait ?

Une fois le débriefing terminé, nous avons discuté de l'incident entre nous. Pourquoi notre simple patrouille – sans frapper quelqu'un ou endommager des biens – provoquait-elle une telle réaction violente ?
Pourquoi les jeunes enfants qui jouaient avec des cerfs-volants et des ballons jusqu'à ce que nous arrivions en patrouille, étaient devenus tout à coup des mini-terroristes ?

Il est clair que plusieurs d'entre nous n’étaient pas l'aise avec nos apparemment réactions exagérées aux jets de pierres. Si des airs de David et Goliath de la situation étaient claires pour nous, combien cela l’était encore plus pour ceux qui étaient de l'autre côté de la frontière ?

Alors que les semaines passaient et que nous passions de plus en plus de temps à gérer la population locale grâce à la vue de nos armes, il est devenu de plus en plus évident que nous ne gagnerions jamais à gagner les cœurs et les esprits - pas lorsque nous aboyions : «Arrêtez ou je vais tirer» sur les femmes qui s’approchaient de nous au checkpoint.

N'était-ce pas là une façon de parler aux Palestiniens qui ne compromettaient pas notre sécurité ?


Une autre patrouille sur la Route 60 a démontré très clairement que nos commandants n’étaient intéressés que par le présent. Nous accomplissions les habituels arrêts et fouilles aléatoires des piétons et des véhicules quand un incident désagréable s’est produit juste au moment où nous partions.

Six d'entre nous ont arrêté un homme et son fils dans leur BMW, nous avons donné l’ordre au père de sortir sous la menace des armes tandis que l'enfant de cinq ans regardait en silence. Le commandant de peloton l’a traité sans ménagement, en le faisant rester debout, s’asseoir, et ainsi de suite, selon ses caprices.

Cela a duré environ 25 minutes, sous les yeux des passants, jusqu'à ce que le commandant en second de l'escadron saute de sa Jeep et traite le détenu, un père de famille d'environ 35 ans, encore plus brutalement. Le suspect devenait visiblement de plus en plus en colère. Une fois que les commandants en ont eu enfin marre de le tourmenter, nous sommes revenus en arrière et avons arrêté de force un autre homme et son fils de six ans pour qu’ils lèvent leurs chemises sur la route.

Au cours du débriefing, tout est sorti alors que nous nous en prenions au commandant de peloton pour sa mauvaise gestion de la situation.

Plusieurs soldats avaient été bouleversés lors d'un événement qui s’était déroulé plus tôt dans la semaine, où ils avaient dû cerner une maison à 1 h du matin en réveillant tous les habitants, une grande famille, et leur donner l’ordre de sortir dans le froid, juste pour un exercice pratique. Tout cela a mené à un débat houleux.
J'ai demandé au commandant de peloton s’il aurait été heureux de voir son propre père traité de la façon dont il avait traité l'homme à la BMW. Comme d'habitude, il a rejeté toutes les critiques d’une plate déclaration que tout ce que nous faisions était purement et simplement "pour des raisons de sécurité".

Le mécontentement dans mon unité grandissait avec tous les incidents louches dont nous avions été témoins ou auxquels nous avions été forcés de prendre part.

Mon ami, Shai, qui avait été affecté à l’accompagnement de deux prisonniers chez des enquêteurs du Shin Bet, m'a dit que les enquêteurs avaient ordonné aux soldats de terminer leur repas et de mettre le reste de leurs assiettes dans un sandwich pour les Palestiniens.
Shai a refusé - "Sommes-nous des nazis ?" - Et il leur a donné la moitié de son repas.

Il m'a également dit que lorsque les Palestiniens ont offert en retour une partie de la nourriture aux soldats, les hommes du Shin Bet l’ont jetée par la fenêtre, en disant: "Ne mangez pas de la nourriture après qu’un Arabe l’ait touchée."


Notre prochaine affectation fut dans le village voisin de Bet Jalla, où notre base était un hôtel désaffecté à la périphérie de la ville. Un matin, alors que nous étions sortis en patrouille, nous avons reçu un appel de l’équipe des caméras "un oeil dans le ciel", qui nous a ordonnés de nous rendre dans une école locale où les étudiants jetaient apparemment des pierres sur des voitures juives.

C’était de la musique pour les oreilles de notre commandant yéménite, Shoko, qui s’est tout d’un coup transformé en mode « Equipe Première », a enfoncé un chargeur dans son arme et vérifié que ses grenades se trouvaient dans son gilet. Un peu fort, pensais-je, vu que nos adversaires n’allaient pas avoir plus de 10 ans.

Nous avons pris par les rues arrière de Bet Jalla, presque renversé un âne et la charrette alors que nous prenions un virage difficile. Nous avons roulé avec les portes arrières de la Jeep ouvertes, et Arthur et moi gardions nos armes braquées sur toute personne qui nous regardait pendant trop longtemps.

Arthur s'est tourné vers moi, alors que nous fonçions à toute vitesse : «Tu sais, j’ai beaucoup moins peur d'être parmi les Palestiniens que je l’étais."
Sans blague, mec – tu es dans une Jeep à l’épreuve des balles avec trois autres soldats et assez de puissance de feu pour transformer la ville entière en fromage suisse.

Alors que nous approchions de l'école, nous nous sommes garés à la hâte sur l'herbe et séparés en deux groupes. Arthur est resté avec le conducteur de la jeep, donc je me suis retrouvé Zug (partenaire) de Shoko, ce qui signifie que là où il allait, je traînais dans son sillage, les poumons remplis de Marlboro en protestant contre la vitesse à laquelle j’avais à courir.

Alors que nous prenions le dernier virage, nous nous sommes retrouvés face à 15 gosses de 10 ans tenant des pierres plus grosses que leurs têtes, qu'ils expédiaient du flanc de colline sur le chemin des voitures en-dessous.

Encore plus troublant fut la vue de leur professeur de 50 ans qui les surveillaient en tirant lentement sur une cigarette. Quand Shoko lui a crié dessus en arabe, pour lui demander ce que faisaient les enfants, il a haussé les épaules et répondu : "C’est l’heure de la récré."

Après que Shoko l’ait prévenu qu’il ramènerait lui-même les enfants dans la classe si nécessaire, l'enseignant est retourné toujours aussi lentement à son travail et leur a dit de rentrer à l'intérieur.

Nous nous sommes entassés dans la Jeep, déprimés : les trois autres parce qu’il n'y avait pas eu d'action, et moi parce que nous n'avions pas eu le temps d'une pause cigarette. J’ai allumé mon iPod et ignoré le débriefing de Shoko.

Il y avait beaucoup de questions politiques et émotionnelles à aborder après avoir vu une classe d'enfants lancer des missiles sous les yeux de leur maître, mais la compagnie actuelle n'était pas le forum idéal. Dror, le conducteur (réserviste), était plus préoccupé par le fait de téléphoner à son courtier pour vérifier ses opérations que d’écouter l’émetteur-récepteur. Shoko semblait vraiment triste de ne rien avoir à ajouter aujourd’hui à son compte de morts, et l’idée de discours philosophique d’Arthur était d’éplucher les paroles de Tupac comme si on analysait Baudelaire.

Le lendemain, j'étais de nouveau dans l'équipe de Shoko, et une fois de plus les filles surveillant les caméras ont lancé un appel pour que nous nous dirigions vers l'école. Je commençais à me sentir comme un inspecteur d'Ofsted.

Le résumé cette fois était qu’un garçon recherché pour une récente attaque au cocktail Molotov avait été repéré dans la cour de récréation, et nous devions le ramener pour interrogatoire.
.
Notre équipe jouait avec la même formation que le jour précédent: Shoko et moi à l'avant (pour faire l'arrestation), Arthur et le conducteur en couverture (ou, plus précisément, à se gaver des restes du petit-déjeuner à l'arrière de la Jeep).

Cette fois, j'étais bien plus conscient du danger. Chaque tournant, nous le prenions armes en avant, car nous n'avions aucune idée de qui nous attendait ou où nous allions. Tout était étrangement silencieux alors que nous faisions le tour de l'école, je pouvais presque entendre les voix faibles provenant d’une fenêtre à l’étage d’une classe qui chantait, mais autrement je n’entendais que le bruit de nos armes qui cognaient contre nos gilets pare-balles pendant que nous courions.

Nous avons finalement trouvé le terrain de jeu où avait lieu un match de football. Vingt jeunes adolescents cavalaient autour d’un terrain en béton à la poursuite d'un ballon de cuir usé.

Alors que nous nous avancions doucement vers la clôture, un ou deux joueurs nous ont remarqués mais ils nous ont regardés à peine deux fois. Enfin, Shoko a eu des infos à la radio sur le gosse que nous voulions et, après avoir crié sur les enfants en arabe, il a marché d’un pas résolu au milieu d’eux et il a attrapé sa proie. Les autres étudiants ont littéralement tourné le dos à la scène sans dire un mot, en continuant leur match, non perturbés par le fait que maintenant l’une des équipes avait un joueur de moins.

Est-ce que cela se produit tous les jours pour que ça ne les dérange pas le moins du monde ?
J'ai essayé d'imaginer ce qui se serait passé si un couple de Marines avait arrêté l’un de mes camarades de classe. Mais encore une fois, je ne pouvais pas imaginer non plus notre directrice nous permettre de jeter des pierres sur des voitures qui passent.

Comme Shoko poussait le garçon vers la Jeep, l'une des enseignantes du garçon a tenté de nous rattraper, en criant quelque chose d'indéchiffrable en arabe. (En fait, tout ce qui était en arabe était indéchiffrable pour moi. Tout ce que je pouvais dire, c’était «Arrêtez ou je vais tirer", "Donnez-moi votre carte d'identité" et "Soulevez votre chemise" - la totalité de la formation linguistique de l'armée). Elle a supplié Shoko qui n'aimait pas être interrompu au milieu de sa «mission».

Finalement, l'équipe des caméras nous a dit de laisser partir le garçon car il était trop jeune pour le retenir toute la nuit et que ça ne valait pas le coup d’avoir à le rendre au village au coucher du soleil.

Alors que nous revenions à la jeep, Shoko s'est tourné vers moi et m'a dit : «Tu as vu ? Je le jure, le petit enfoiré était sur le point de commencer à pleurer."

"Oui, Shoko - il a à peine 13 ans et il regardait les barils de deux semi-automatiques», dis-je, surpris par le regard sur le visage de mon commandant. Peut-être qu’en devenant adulte en tant que Yéménite à la peau foncée entouré d’Ashkenazes (Juifs européens), il avait dû vivre des moments difficiles - maintenant, il avait son heure sous le soleil.


Ce fut lors de l’invasion de la maison près de Tulkarem que ça a été le bouquet pour moi, regarder dans les yeux des enfants alors que nous criions sur leur père et que nous lui arrachions son pouvoir de commandement dans sa propre maison. C'est à ce moment-là que j’ai commencé à me rendre compte de l'effet de nos actions : la prochaine génération était assurée de finir par nous haïr quand tout ce qu’ils ont vu, c’est que nous les traitions comme du bétail.


Il y a eu un autre épisode, aussi, quelques jours plus tard, alors que notre unité avait été appelée pour renforcer les forces massées à Homesh, une colonie en Cisjordanie prévue pour l'évacuation pendant le désengagement.

En dépit des menaces des colons qui se battaient bec et ongles pour défendre leurs maisons, nos commandants ont décidé que nous allions ignorer leurs paroles, mettre à terre les outils et traiter avec eux sans nos armes pour nous protéger.

Cela a, selon eux, éteint les tensions entre les deux camps, c’était bien loin de la façon dont nous traitions les Palestiniens qui proféraient des menaces similaires. J'ai interrogé le commandant de peloton : si cette approche douce était la meilleure pour un groupe d’"ennemis", pourquoi ne serait-elle pas aussi efficace pour apaiser les hostilités avec les Palestiniens ?

Les Palestiniens, dit-il, c’était totalement une autre paire de manches, pour qui un traitement en prenant des gants serait hors de question. En l'occurrence, les colons ont attaqué et blessé des dizaines de soldats, mais les incidents ont été balayés sous le tapis par les autorités, qui ont tenu à les dépeindre comme des "protestataires pacifiques", contrairement à leurs homologues palestiniens toujours violents, toujours agressifs.

Plus j’ai tambouriné mon slogan anti-occupation, plus j'ai été confronté à l'accusation : "Vous ne savez pas de quoi vous parlez, vous n'avez pas été dans le pays assez longtemps pour réaliser à quel point ils nous haïssent». Mais je pense que 15 mois dans une unité de combat m’ont plus que qualifié pour faire cette demande.

Afin d'être pris au sérieux dans ce pays, vous devez sauter à travers des cerceaux pour prouver que vous savez ce dont vous parlez, et montrer également que vous êtes prêt à faire votre part pour la société dans laquelle vous vivez. Mais faire votre part pour votre société ne veut pas dire enfiler des bottes de combat et marauder en Cisjordanie , rendre misérable la vie des Palestiniens - il s'agit d'une opinion partagée par un nombre toujours croissant d'ex-soldats de combat en Israël.

Une étude réalisée par l'université d’Haïfa a conclu qu’"au cours de leur service militaire, les soldats de combat s’écartent de la Droite, adoptent des opinions politiques plus conciliantes et sont plus ouverts aux compromis sur les questions de sécurité".

C’est facile pour les guerriers en fauteuil d'exhorter Israël à être toujours plus combatif. Expérimenter de première main les désagréments de l'occupation - et exécuter les ordres – vous ouvre les yeux sur la vérité de ce qui se passe bien plus qu’une vie d’encouragement aveugle des FDI depuis la touche puisse jamais le faire.

Source : http://www.guardian.co.uk/

Traduction : MG pour ISM

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28 septembre 2008