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Gaza -

Soudain, la maison a disparu

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La date dans le calendrier pour célébrer les droits des femmes ne suffisent pas à Manwa Tarrabin, 56 ans, et à ses deux filles. Elles ont perdu leur maison, et le droit d’avoir un abri.
Jusqu'au 17 Janvier, elles vivaient dans un petit bungalow situé dans le quartier Al-Amal de Beit Hanoun, à 200 mètres de la frontière orientale de la bande de Gaza, dans une région déclarée "zone militaire fermée» par les autorités israéliennes.

Soudain, la maison a disparu


Photo Matthew Cassel : Une maison criblée de balles dans la "zone-tampon" au sud de la Bande de Gaza

Avant les trois semaines d’attaques aériennes, maritimes et terrestres des Israéliens contre Gaza, c’était une maison bien entretenue au sommet d'une légère côte, entourée de champs et d'oliviers et d'arbres fruitiers.

Après le retrait des troupes israéliennes, la maison est une crêpe d'angles et de débris, l'une des 80 maisons détruites dans la zone frontalière de Beit Hanoun.

Un chemin de terre menant à la maison Tarrabin traverse des terres agricoles mis en pièces par les chenilles des tanks et des bulldozers, et passe à côté de nombreuses anciennes maisons, démolies également la veille du jour où Israël a déclaré un cessez-le-feu unilatéral.

La famille Tarrabin, une famille de fermiers, vivait de leur production de moutons et de chèvres et de ce qu'ils pouvaient semer sur les terres agricoles fertiles autour d'eux. Quand les attaques ont commencé le 27 Décembre, ils sont restés dans la maison. Dans l'après-midi de leur expulsion forcée, et Manwa et sa fille Sharifa, 22 ans, se trouvaient dans la maison.

«J'ai eu tellement peur quand j'ai vu les tanks. Mon cœur est tombé à mes pieds", dit Tarrabin, en racontant comment l'armée israélienne a démoli sa maison.

"Il était environ 14h30, le 17 Janvier, et nous étions dans notre maison lorsque j'ai entendu les chars. Il y en avait quatre et deux bulldozers, l'un d'eux était très, très grand. Les soldats israéliens nous criaient sur un mégaphone de sortir de la maison.

"Ils m'ont dit que notre maison se trouvait maintenant dans une zone militaire fermée», a déclaré Manwa. «Ils ont dit qu'il s'agissait d'une décision qui venait d’en haut» et que nous devions partir immédiatement et marcher vers Gaza. J'ai refusé et j’ai tenté de négocier pour avoir le temps de rassembler nos affaires. Ils ont refusé."

Tarrabin a dit qu'elle et sa fille ont été forcées de quitter la maison avec seulement les vêtements qu'elles portaient, sans même le temps de prendre leurs cartes d'identité ou leurs objets personnels.

"Nous avons descendu le chemin menant à notre maison et lorsque nous avons été assez loin, je me suis arrêtée pour regarder les soldats." Vers environ 17h, soit moins de 12 heures avant qu'Israël déclare un cessez-le-feu, des soldats israéliens ont rasé la maison des Tarrabins.

Cette démolition a eu lieu dans un secteur qui était sous contrôle de l’armée israélienne depuis le début de Janvier, lorsque les chars israéliens ont franchi la frontière.

Depuis 2000, toutes les zones situées le long de la Ligne Verte reconnue au niveau international comme étant la frontière entre Israël et la Cisjordanie ont été interdites aux Palestiniens. La zone a été unilatéralement déclarée "zone tampon" par les autorités israéliennes. Cette zone a été élargie de 150 mètres à 300 mètres, et les soldats israéliens tirent sur les agriculteurs et les habitants de la région jusqu’à 600 mètres.

De plus, les bulldozers et les chars israéliens ont délibérément détruit des milliers d’hectares de terres agricoles palestiniennes à l'intérieur et au-delà de la "zone tampon", ainsi que des poulaillers et autres exploitations de la région, se trouvant parfois même jusqu’à 2,5 km de la frontière avec Israël.

Le 17 Janvier, les autorités israéliennes ont de nouveau élargi unilatéralement la "zone tampon", en augmentant les limites de la zone à un kilomètre de la ligne verte. Les 80 maisons rasées dans la "zone tampon" de Beit Hanoun ont transformé environ 400 habitants en sans abri et en sans terre.

La famille Tarrabin avait déjà perdu beaucoup de ses pâturages et de ses terres agricoles avec la "zone tampon", puisque comme la majorité de ceux qui vivent à l’intérieur de ses limites, ils n'ont pas d'autre choix que de risquer d’être blessés ou tués s’ils veulent vivre nornalement ou travailler leurs terres.

Le 29 Janvier, pour la première fois depuis la démolition, Manwa et Sharifa sont retournées dans leur maison détruite dans le désormais secteur à très haut risque, accompagnés par des observateurs internationaux des droits de l'homme et une équipe de tournage.

De chaque côté du chemin de terre menant à la maison des Tarrabin, des maisons récemment démolies et inhabitables jonchent le terrain. "Cette maison appartenait à la famille Hadera", a déclaré Manwa, en pointant du doigt les décombres. "La mère a été tuée dans le bombardement.

«Il y avait des chèvres et des moutons au rez-de-chaussée de cette maison. Les soldats ont rasé la maison au bulldozer avec les animaux à l'intérieur", a déclaré Manwa, en montrant une maison où sa propriétaire âgée entretenait un petit feu pour le thé juste à côté de la structure démolie.

Sur le chemin un peu plus loin, la maison de la famille Wahadan n’est plus maintenant qu’un tas de décombres. "Ils ont détruit la maison, le puits et sa pompe aussi", a déclaré Saber al-Zaneen, un travailleur humanitaire local.

Non loin de la maison des Tarrabin, la maison de la famille Abu Jeremi est intacte. En revisitant leur maison pour la première fois depuis qu'ils ont été expulsés par les soldats israéliens le 27 Décembre, Freije Abu Jeremi dit que ses lapins, ses poulets et ses moutons ont été tués lorsque les soldats israéliens ont démoli le hangar pour animaux.

Selon al-Zaneen, Beit Hanoun est l'un des régions les plus fertiles dans la bande de Gaza. "Ces champs autour de nous étaient autrefois plantés d’environ 75 hectares d'oliviers, de citronniers et de palmiers," dit-il, en faisant un signe vers la terre désolée rendus depuis l'empiètement de la «zone tampon». «Des gens de partout dans la bande de Gaza avaient un travail ici."

Sur les ruines de sa maison, Manwa Tarrabin a vite compris que ses espoirs de récupérer des vêtements de rechange, des papiers d'identité, et son argent liquide étaient vains: Tout était enterré sous une dalle de béton impossible à déplacer. Pour les atteindre, il faudra un bulldozer, ce qui est impossible car aucun bulldozer non-israélien ne peut pénétrer dans la région sous contrôle militaire israélien.

Parmi les crimes de guerre, Israël est accusé d’avoir détruit intentionnelle des biens civils, ce qui est illégal en vertu des lois internationales sur les droits de l'homme et du droit humanitaire, y compris la Quatrième Convention de Genève. Cette destruction a eu aussi lieu dans des zones situées à l’extérieur de Beit Hanoun, comme le secteur d’Abed Rabbo, à l’est de Jabaliya et dans le secteur d’Attatra, au nord-ouest de la bande de Gaza, ainsi que dans la ville de Gaza, elle-même.

L'organisation Save the Children estime que 100.000 personnes (dont 56% d’enfants) sont sans abri à la suite des attaques.

Sharifa et Manwa Tarrabin sont parties rapidement après leur arrivée sur ce qu’était leur maison après que des soldats israéliens aient tiré quatre coups de feu en direction du groupe qui fouillaient les décombres de sa maison. «Ils étaient proches", dit al-Zaneen. «J'ai entendu les balles fuser."

La famille s’est depuis installée dans la maison d’un parent à Khan Younis, loin de leur maison démolie.

Source : http://electronicintifada.net/

Traduction : MG pour ISM

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