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Palestine - ISM France

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Salfit -

Un après-midi avec Issa

Par

> dor_naor@netvision.net.il

Cet après-midi mon autre moitié de + de 54 ans (c.-à-d., Israel) et moi avons eu le privilège d'avoir la compagnie d'Issa. Issa vit à Harès, un village du gouvernat de Salfit dans les Territoires Palestiniens Occupés. Nous l'avons pris chez lui et nous l'avons emmené chez un docteur à Tel Aviv.
Issa est paralysé au niveau de la taille. Il y a cinq ans, il a reçu une balle tirée par un soldat israélien qui, avec d'autres soldats, avait envahi le village.

Un après-midi avec Issa


Photo Ta'ayush : Issa Souf



Un des frères d'Issa avait vu les soldats entrer dans le village et il avait téléphoné à Issa pour qu'il fasse rentrer les gosses qui jouaient dehors. Issa ramenait un enfant de 2 ans quand il a été blessé.

Comme à l'accoutumée, les soldats des Forces de l'Occupation israélienne ont, au début, refusé de permettre à sa famille ou aux amis de venir à son aide. En dépit de cela, Issa a survécu. Mais Issa-- un jeune homme qui s'était marié récemment et était père d'un fils de 2 mois--a été transformé en une minute d'un homme actif, vigoureux et en bonne santé, en un homme handicapé.

Pourtant en dépit de tout ce qui lui est arrivé, Issa reste un fervent adepte de la protestation non-violente contre l'occupation et l'injustice.

A chaque fois que j'emmène des Palestiniens des Territoires occupés dans des hôpitaux ou chez le médecin ou à d'autres rendez-vous, je préfère partir tôt. On ne sait jamais à l'avance si les soldats sur un checkpoint arrêteront la voiture, et s'ils l'arrêtent, combien de temps ce la durera. Par sécurité, je pars une heure plus tôt.

Aujourd'hui, Israël conduisait, Issa était assis à côté de lui à l'avant, j'étais assise à l'arrière. Nous espérions que les soldats verraient Israël et pas Issa. C'est ce qui s'est produit. En fait, nous sommes passés par le checkpoint sans qu'ils nous regardent.
Les soldats discutaient et n'étaient pas intéressés par un vieil homme de type Caucasien avec les cheveux gris qui circulait.

Après avoir dépassé le checkpoint, Issa a remis ses papiers d'identité oranges dans sa poche de veste, et son autorisation dans son sac. Peut-être que les autorisations feront un jour partie du passé et les Palestiniens seront libres de vivre, de travailler et de voyager là où ils veulent.

Issa est handicapé du corps, mais pas de l'esprit. Il est intelligent et bien informé, aussi bien sur l'histoire que des événements actuels. Il est de compagnie merveilleuse. Un être humain doux avec des principes.

Selon lui, nous ne devons pas recher la paix mais la justice, la justice autant pour les Israéliens que pour les Palestiniens. La paix, dit-il, ne se produira jamais sans la Paix (je suis d'accord). Si nous obtenons la justice, dit-il, alors la paix suivra. Dans l'esprit d'Issa, la Palestine n'est pas divisée ; c'est toujours la Palestine de son enfance. Il se rend compte que des choses se sont produites depuis et que la réalité d'Israël existe.

"Nous ne pouvons pas remonter le temps, défaire ce qui est fait." Mais, dit-il, "s'il y a une justice, nous pourrons tous vivre en paix". Il a raison.

Mon conjoint et moi pouvons vivre tout à fait bien et heureux avec des amis comme Issa –non pas parce qu'ils sont Palestiniens, non pas parce que quelqu'un est Juif ou Musulman ou autre chose, mais parce que ces individus sont des êtres humains chaleureux et honnêtes. Ce sont des gens que n'importe qui (sauf les extrémistes) serait enchanté d'avoir comme amis. Oui, naturellement nous pouvons vivre ensemble en paix, nous pouvons vivre là où les individus ont un futur.

En attendant, j'attends avec impatience le jour où mes amis palestiniens pourront venir me rendre visite chez moi avec la même facilité que je peux aller chez eux pour leur rendre visite. Mais pour que cela se produise, nous devons arrêter le nettoyage ethnique et l'occupation d'Israël.

En raison du trafic fluide à Tel Aviv, nous sommes arrivés une heure et demi avant le rendez-vous. Cela nous a donné l'occasion d'aller jusqu'à la mer et à Jaffa.

Quand nous avons demandé Issa s'il aimerait y aller, il a accepté chaleureusement mais avec calme, presque comme si il avait peur que cela ne se produise pas.
Pendant que nous conduisions lentement au bord de la mer, il l'a embrassée des yeux.
Plus tard, il nous a dit combien il avait aimé la mer ; il ne l'avait pas vue depuis 9 ans en raison des circonstances de l'occupation.
Il a raconté comment lorsqu'il était jeune, il venait tout seul en autobus ou avec sa famille à la mer. Comment il s'asseyait pendant des heures à méditer, il aimait la mer.

Je me suis sentie coupable. Je vis à peine à 20 minutes de marche de la mer, et je la consid"re comme un acquis. Les Palestiniens n'ont pas ce luxe. Israël leur a volé non seulement leurs terres mais il leur a également pris la mer, en se positionnant entre la mer et les territoires occupés, empêchant les Palestiniens d'aller jusqu'aux rivages, aux plages, à l'eau qui leur appartient.

Nous sommes allés jusqu'à Jaffa, nous nous y sommes arrêtés pour, entre autres, acheter des sucreries pour ramener aux enfants de Hares. Puis, il était l'heure d'aller chez le docteur.

La visite médicale va servir pour le prochain procès d'Issa. Issa poursuit les Forces de l'Occupation pour obtenir des compesations financières. J'espère que la justice et lui gagneront, mais je ne suis pas pleine d'espoir. Ce n'est souvent pas la façon dont les choses fonctionnent ici.

Certains d'entre nous suspectent que le tir n'était pas innocent, que ce n'était pas une erreur. Issa et son frère plus âgé, Naouf (mieux connu sous le nom d'Abu Rabia-i.e., père de Rabia) étaient les contacts entre Ta'ayush et les villages des territoires occupés. Ta'ayush signifie "Coexistence" en Arabe. Mais l'organisation le traduit comme "Partenariat" : un partenatiat Juif-Arabe.

C'est une organisation israélienne qui comprend des Arabes et des Juifs israéliens, et pendant les premières années du 2eme Intifada, elle a essayé d'apporter une aide humanitaire aux Palestiniens. Issa et Abu Rabia ont facilité cette aide dans le gouvernat de Salfit.

Nous pensons que le tir n'était pas innocent.
Nous avons le sentiment que le gouvernement israélien n'aime pas ou n'approuve pas les Palestiniens qui veulent la paix et qui croient dans la non-violence.
Ce sont des personnes dangereuses parce qu'elles ne donnent pas d'excuses au gouvernement israélien et aux Forces de l'Occupation pour l'usage des munitions contre eux, pour les tuer ou les mutiler, les arrêter, les expulser.

Cela n'arrête pas les Forces de l'Occupation. Mais les gens comme Issa et son frère ne donnent pas d'excuses aux Forces de l'Occupation pour le faire ou pour justifier la sratégie des incursions, des couvre-feux, et d'autres méthodes de harcèlement.
Il est possible qu'Issa ait été une victime en raison de sa préconisation des moyens non-violents pour s'opposer à l'occupation. Nous ne pourrons jamais en être certains.

Les nouvelles de ses blessures se sont propagées rapidement. Ce soir-là - le jour où Issa a été blessé -- nous étions près de 400 à manifester devant le Ministère de la Défense avec des torches.
La manifestation était plus un moyen d'exprimer notre émotion qu'une façon d'améliorer la situation.

Maintenant, c'est comme si les blessures d'Issa et notre manifestation avaient eu lieu il y a des siècles. La situation s'est tellement détériorée depuis.

Issa, un homme mince de petite corpulence, ne montre aucun signe d'abandon. Il propulse sa chaise roulante avec ses bras en faisant tourner ses roues plus vite que je peux courir.

Il regrette de ne pas avoir assez d'argent pour avoir une voiture adaptée à ses besoins.
Il a une voiture à la maison, et même une licence pour conduire un taxi. Mais sa voiture ne convient pas à ses besoins, telle qu'elle est, ce n'est pas légal.
C'est un travail fait-maison qui lui permet de conduire dans le village, mais pas au-delà. S'il avait une voiture convenablement équipée, alors il pourrait travailler et gagner l'argent.

L'argent est un problème sérieux depuis que le Hamas a gagné les élections et le monde a puni les Palestiniens pour avoir exprimé leur choix. En raison de la situation, Issa a été récemment forcé de vendre beaucoup des bijoux de son épouse pour donner à manger à sa famille.

Nous sommes revenus au village après la luit tombée. Il y a deux ans, l'épouse d'Issa a donné naissance à des jumeaux, avec une insémination artificielle de son sperme.

Ses 3 enfants et plusieurs de leurs cousins se sont précipités pour accueillir Issa. Deux de ses frères ont rapidement sorti sa chaise roulante (qui était dans le coffre de la voiture) et l'ont aidé à sortir de la voiture bien plus habilement qu'Israël et moi.

Alors nous nous sommes assis sous le porche pour profiter de la tranquillité de la soirée, en appréciant l'air frais, le bruit des crickets, et la paix. Il faudrait que ce soit toujours ainsi. Qu'il y ait la justice, la tranquillité, la paix éternellement—et pas dans la tombe mais pendant la vie.


A lire également l'article de Gideon Levy sur Issa : "J’éprouve de la pitié pour vous parce que vous êtes devenus des tueurs"

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