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Palestine - ISM France

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Grande Bretagne -

Un défenseur des Droits de l'Homme parle de son Noel dans une prison israélienne

Par

Dans une cellule de prison, le peu de fois par jour où la porte s'ouvre est un événement. Le soir du jour de Noël, quand le bruit des clefs a été suivi d'une douce voix écossaise demandant gaiement : “Y-a t'il un lit de libre ici ?”, je ne savais si je devais être heureuse ou triste.
C'était Theresa, et elle, tout comme moi, essayait d'assister à la Conférence Internationale sur la Non-violence qui se déroulait en décembre en Palestine.

J'étais très heureuse d'être rejointe par une collègue, mais son arrivée dans ma cellule signifiait qu'elle aussi avait été refusée d'entrer en Israël - qui contrêle toutes les voies d'accès à la Palestine. Déjà trois d'entre nous avions passé notre semaine dans les cellules de détention de l'aéroport Ben Gurion de Tel-Aviv, et nous commençions à penser que nous ne n'étions pas prêts de revoir du pain blanc.

Je n'avais jamais rencontré Theresa avant son apparition dans la prison, mais nous avons beaucoup en commun. Au cours des dernières années, nous étions venues toutes les deux régulièrement en tant que défenseurs des droits de l'homme en Palestine. La formation de l'armée et des années de propagande rendent difficiles à un soldat israélien de voir les Palestiniens comme des êtres humains égaus et dont les vies doivent être respectées. La présence d'Internationaux peut signifier que les Palestiniens se déplacent plus librement et en sans danger dans leurs quartiers.

Theresa, moi, Robin d'Afrique du Sud (notre voisin de cellule), et les Italiens Vik et Gabriele (qui ont été refusé et mis dans un avion quelques jours auparavant) étions nous venus à de nombreuses reprises en Palestine pour effectuer ce travail. Et c'est là que réside notre problème.

En 2002, les Forces de "Défense" Israélienne ont été confrontés à une augmentation du nombre d'Internationaux qui se promenaient pendant des circonstances fâcheuses avec leurs appareils-photo et des citations de la Convention de Genève.

En 2002-2003, les soldats israéliens auraient délibérément blessé au moins douze défenseurs étrangers des droits de l'homme avec des balles réelles, et en ont tué plusieurs autres, les plus connus étant Rachel Corrie, Tom Hurndall, et Iain Hook, employé des Nations Unies.

Le tollé international qui en a résulté semble avoir protégé dans une certaine mesure les internationaux. Mais les organisations des droits de l'homme basées en Palestine se sont récemment rendus compte qu'une arme plus subtile était utilisée : "Liste des Interdits", ou, comme l'appelle la cour israélienne, la "liste d'Inclusion".

Bien que mes amis et moi soyons venus avec des invitations personnelles assister à une conférence internationalement reconnue, les ordinateurs de l'immigration israélienne ont apparemment identifié nos noms de cette liste, ce qui a le plus influencé les autorités de l'aéroport.

Nous avons tous expérimenté plusieurs heures d'interrogatoire par un représentant du Ministère de la Défense, qui fait grincer des dents avec sa phrase amicale mais très peu convaincante : "Je suis sûr que tout sera éclairci et que vous serez les bienvenus."
.

Aucun de nous n'a été étonné quand une jeune femme est venue pour annoncer que, pour l'habituelle et mystérieuse "raison de sécurité", nous étions tous refusés d'entrer en Israël ("Est-ce que j'ai demandé à aller en Israël?", a murmuré Robin avec résignation) et que nous serions escortés jusqu'aux cellules de détention pour la nuit.

Nous nous sommes réconfortés mutuellement en nous rappelant que cela faisait partie de notre plan. D'abord, que le plan A était de passer l'immigration et d'assister à la conférence, mais que le plan B était d'être emprisonné et que notre avocat porterait l'affaire devant la cour. Ceci exigerait une présentation de preuves contre nous et une chance de défendre notre droit d'entrer.

Aucun de nous n'a été autorisé à appeler nos consulats, et heureusement les amis ont contacté notre avocat en notre nom. Six jours plus tard, quand un type de mon consulat a appelé la prison pour me parler, il était encore plutêt épouvanté. "J'ai entendu parler de vous aux informations !" a-t'il dit. "l'habituelle 'raison de sécurité', hein?" Oui, cela signifie qu'on ne peut absolument rien faire." Quand Theresa est arrivé, notre avocat a saisi l'occasion pour exiger de nous parler, et c'était un soulagement, parce que j'étais très inquiete au sujet de Vik.

Nous savions que la priorité des autorités était de nous renvoyer dans nos propres pays avant que nous puissions aller au tribunal, que notre avocat pourrait par la suite obtenir un arrêt de cet ordre, mais qu'il y aurait un court laps de temps avant ça, durant lequel seul notre manque de coopération avec cette priorité nous maintiendrait en Israël.

A 4h du matin le lendemain de notre arrivée, on nous a seulement hurlé dessus quand nous avons refusé d'être prêts pour monter à bord d'un avion. Puis, à 16h le même jour, un groupe de policiers sont entrés dans la cellule de Robin et de Vik et ont annoncé qu'ils seraient emmenés de force. Robin et Vik ont indiqué que notre avocat obtiendrait un ordre pour nous permettre d'attendre le tribunal, et à plusieurs reprises ils ont demandé à lui parler. Quand Vik a exigé d'appeler le consulat italien, un policier lui a répondu en lui donnant un coup de genou dans l'aine.

Quand Vik (qui a un problème de coeur) était à terre, il s'est accroché à l'armature du lit, et ils ont commencer à lui donner des coups de poing et un coup de pied. La violence a continué sous mes yeux après qu'ils l'aient traîné dans le couloir. En dépit de mes protestations, cela s'est terminé seulement quand ils ont réalisé qu'ils devaient le transporter à l'hêpital. Vik nous a indiqué plus tard qu'il pensait qu'il avait une crise cardiaque, mais ce n'était qu'une déchirure musculaire à la poitrine. Il a passé le reste de la semaine en cellule d'isolement surveillé par des caméras de télévision.

Le 7ème jour, nous sommes allés au tribunal. C'était un soulagement énorme de pouvoir parler à Robin et à Vik, qui étaient menottés ensemble. Pendant le procès entièrement en Hébreu sans traduction, avec une heure "de preuve secrète" donnée à notre sujet et que ni nous ni notre avocat ne pouvions entendre, le juge est arrivé à la conclusion qu'il confirmerait notre refus d'entrer.


Ses deux principales raisons ont semblé être que nous, par le passé, avions participé aux cêtés des Palestiniens à des manifestations non-violentes contre les Saisies de terres et le Mur (en tant qu'observateur des droits de l'homme et médecin, je suis invitée par des Palestiniens à voir ces deux situations) et que deux de nos propres gouvernements avaient informé la sécurité israélienne que nous étions des Anarchistes!
Comme dans "La Vie de Brian", nous nous sommes disputés pour être ces anarchistes :
"Je suis certainement un de ces anarchistes."
"Non, je suis l'Anarchiste !"

Puisque dans mon cas, mon anarchisme implique une croyance que les gens peuvent coopérer ensemble sans leaders, mais cela signifie aussi que j'effectue beaucoup de travail pour la communauté, je suis étonné que je sois parvenue à effrayer deux gouvernements, mais c'est ainsi.

Pendant que nous étions en prison, nous avons saisi l'occasion de parler aux gardiens sur les raisons de notre présence ici.
Un jeune gardien, travaillant pour payer ses études, a répondu à nos descriptions de l'armée israélienne qui tire régulièrement sur des hommes non-armés, des femmes, et des enfants, avec une incrédulité que j'entends souvent de la part des Israéliens non impliquésdans le mouvement de paix.
"Non", a-t'il dit, "les Juifs ne feraient pas cela."
"Je l'ai vu, de nombreuses fois; c'est une politique admise."
"Non," a-t'il répété, "Il doit y avoir eu une certaine erreur, ou vous n'avez pas compris."

Ce qui je trouve intéressant dans ce type de réponse, c'est qu'ils n'essayent pas de suggérer que je mens , mais ils ne demandent jamais plus de détails.
C'est simplement que cela ne colle pas à ce qu'ils souhaitent penser de leur pays.
En travaillant aux cêtés des Israéliens et des Palestiniens qui ont affronté la vérité et trouvé le courage et la camaraderie de l'autre cêté, j'espère que j'aie su comment présenter cette vérité pour qu'elle soit entendue par de jeunes Israéliens comme mon gardien.

Pendant que j'écris, un compatriote de Theresa, Andrew MacDonald croupit dans une cellule de détention.
Andrew a effectué un travail semblable au nêtre, il a été expulsé, il a changé son nom pour revenir, il a été arrêté et est encore détenu. Ce qui rend Andrew différent, c'est qu'il résiste toujours à son expulsion, en déclarant qu'il ne peut pas coopérer avec la déportation des défenseurs des droits de l'homme, et il est maintenant en prison depuis plusieurs mois, avec peu d'espoir d'être libéré pour retourner en Palestine. ("Il résiste comment? Est-ce qu'ils me donnent seulement des coups de pied ?" se plaint Vik.)

Après que nous soyons partis, Theresa a été détenue jusqu'à la fin de la conférence et jusqu'au jour où elle devait prendre l'avion pour retourner au travail.
Nous estimons que notre tentative contrecarrée de revoir nos amis en Palestine n'est pas la fin de la bataille, mais juste une première escarmouche dans le combat contre la liste des Interdits, qui semble jusqu'ici inclure plus de 200 personnes, et probablement un nombre bien plus important.

Sous la bannière, "Accès pour la Paix", nous espérons que beaucoup de défenseurs des droits de l'homme comme nous refuseront d'accepter un "Non" comme réponse.



Mise à jour au 21 janvier


À 3h00 du matin le 15 janvier, l'activiste de l'ISM, Andrew Macdonald, a été expulsé de force d'Israël, 7 semaines après avoir été enlevé en Palestine par la police des frontières israélienne. Il a été mis dans un avion accompagné de deux officiers de police sur le vol Tel Aviv-Londres.


Le jeudi 19 janvier, David Parsons, un défenseur des droits de l'homme Canadien, a été arrêté par la police israélienne dans le secteur de Tel-Rumeida à Hebron, a été embarqué pour le commissariat de police de Kiryat Arba, et attend actuellement son expulsion à l'aéroport Ben-Gurion.


Le 20 janvier, le parlementaire de Theresa MacDermott, Marc Lazarowicz, a posé deux questions au Parlement :

1. De demander au Secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères et du Commonwealth, d'examiner le cas de Theresa McDermott qui a été détenue par les autorités israéliennes à son arrivée en Israël le 25 décembre 2005 et ensuite expulsée.

2. De solliciter le Secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères et du Commonwealth pour qu'il demande des comptes aux autorités israéliennes sur l'application d'une liste noire des personnes non autorisées à entrer dans les territoires occupés.




Source : http://www.palsolidarity.org/

Traduction : MG pour ISM

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