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Palestine - ISM France

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Cisjordanie occupée -

Un mur, des arrestations et une surveillance étroite : Comment Israël séquestre une famille palestinienne

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02.11.2019 | Rien d'inhabituel n'est arrivé cette semaine à Sa'adat Gharib et à sa famille, du village de Beit Ijza, au nord-ouest de Jérusalem. Enfin, à part la récolte des olives. La situation de cette famille représente un microcosme de la situation palestinienne.

Un mur, des arrestations et une surveillance étroite : Comment Israël séquestre une famille palestinienne

La maison de la famille Gharib n'est accessible que par un couloir en béton bordé de grilles en acier. (photo Hilde Reksjø et Maria York, The Electronic Intifada)
La vie dans les enclaves. L'enclave dans laquelle vit la famille Gharib est particulièrement petite ; on devrait peut-être l'appeler une poche clôturée. Sur trois côtés, une clôture de 6 mètres de haut entoure la maison à un étage et le court chemin qui y mène depuis la maison des frères de Sa'adat vers le sud. Une route non goudronnée et défoncée, bloquée par des murs de béton et des clôtures, se referme sur la maison par le sud et la coupe de l'oliveraie de la famille et des terres du village.
Au-dessus se trouve un pont en béton. Sous le pont à l'est, derrière une porte verrouillée de barreaux de fer, des marches mènent à la route en contrebas, qui n'est destinée qu'aux véhicules militaires israéliens. Les soldats ont la clé de la porte et à tout moment ils peuvent l'ouvrir et entrer sur le chemin qui mène à la maison familiale.

La maison. Elle a été construite en 1979 sur un terrain qui, selon la famille, lui appartient depuis l'époque ottomane. Les anciennes maisons en pierre du village témoignent indéniablement de la continuité de la vie dans le village.

La menace permanente d'être coupé du monde. Un grand portail en fer s'appuie sur le mur en béton sur la route non goudronnée. Les soldats peuvent le bouger à volonté et bloquer l'entrée de la maison clôturée, la coupant à tout moment des autres maisons du village.
Au cours des trois premiers mois qui ont suivi la construction de la clôture à la fin de 2006, l'entrée a été bloquée tout le temps, explique Gharib. Pour sortir, la famille devait négocier par téléphone avec la police dans la zone industrielle voisine d'Atarot, ou demander l'aide de la Croix-Rouge. « Parfois, nous attendions pendant plusieurs heures qu'ils viennent l'ouvrir, » dit-il.

Surveillance étroite. Celle-ci est réalisée par des caméras installées sur les barreaux de la clôture et à l'entrée du chemin. En langage militaire israélien, il s'agit d'une "clôture indicative", qui est également équipée de capteurs. Le fils Sabri grimpe à un arbre, la fille Haya court vers son père, la fille Ruba revient de l'école, le neveu Mohammed vient voir qui sont les visiteurs. Tous filmés. Des caméras dirigées vers la maison Gharib sont également placées chez les voisins de l’autre côté de la clôture.

Les voisins sont des colons. La colonie est Givon Hahadasha. "Je ne leur parle pas, ils ne me parlent pas", dit Gharib. Environ 3 mètres séparent la maison de la clôture. De l'autre côté, à égale distance, se trouvent les villas des voisins. Leurs voitures passent le long de la clôture et se garent à l'ombre.

Gharib a accroché un drap vert le long de la partie inférieure de la clôture pour obtenir un semblant d'intimité. Ou l'illusion de l'intimité. Les villas des colons ont deux ou trois étages de hauteur, avec beaucoup de verdure. Mercredi dernier, une femme arrosait des plantes sur son balcon et expliquait quelque chose à son fils. "Tomer", elle l'a appelé. Trois femmes sont descendues dans les escaliers à l'extérieur d'une autre maison et ont discuté de quelque chose en hébreu.
"Parfois, je soulève le drap vert, dit Sabri, 10 ans, et je regarde les enfants des colons qui jouent. Je leur dis ‘Shalom’."

Les mots manquent. Il est difficile de décrire les labyrinthes de clôtures, de routes bétonnées et de routes défoncées qui coupent les villages de la région de leurs vergers et de leurs vignes. Il est difficile de décrire le chemin de Ramallah à Beit Ijza - des routes de contournement et une sorte de tunnel, construit par Israël, dans le cadre du réseau de barrages routiers et de restrictions à la circulation.
Toutes les terres de la région palestinienne entre Beitunia au nord via Nebi Samuel et Beit Iksa au sud ont été annexées de facto à Israël. Aujourd'hui, il est interdit aux Palestiniens d'y entrer, à l'exception des travailleurs qui travaillent dans le bloc de colonies de Givat Ze'ev et de la diminution du nombre de résidents de deux communautés palestiniennes isolées, Nebi Samuel et al-Khalaila. La contiguïté territoriale est réservée aux Israéliens.
Seule une visite ici et dans toutes les autres enclaves et sous-enclaves clôturées de Cisjordanie - seulement en le voyant réellement - peuvent rendre claire la réalité de la vie en cages.

Jérusalem. Il y a 11 kilomètres (7 miles) de Beit Ijza à la ville, direction sud-est. Comme les routes directes sont bloquées et en raison des restrictions de circulation, les quelques habitants du village qui obtiennent un permis d'entrée en Israël doivent se rendre dans la capitale par le poste de contrôle de Qalandiyah, soit un trajet d’environ deux heures. Dans les deux sens.

Tentatives d'expulsion. Dans une requête déposée en 2006 auprès de la Haute Cour de justice sur le tracé de la barrière de séparation qui y est prévue, un "comité communal de règlement" de Givon Hahadasha a exigé que l'armée exproprie la maison, expulse la famille et lui verse une indemnisation - pour assurer la sécurité des colons. La famille a refusé.
"Depuis qu'Israël occupe la Cisjordanie , les Juifs ont offert à mon père de vendre la maison", dit Gharib. "Ils lui ont même apporté une valise d'argent. Il a refusé."
Pendant quelques années, les gens ont jeté des pierres sur la maison, une bombe incendiaire aussi, se souvient-il. C'est le genre de témoignage que l'on entend dans tous les villages et quartiers de Cisjordanie sur les terres desquels les colons ont construit des maisons juste à côté des maisons palestiniennes existantes. Les envoyés offrent de l'argent, puis font une offre, et lorsque la réponse est non, les harcèlements violents commencent - et toute construction supplémentaire est interdite.

Arrestations. Gharib, né en 1981, est le plus jeune de huit frères et sœurs ; son père est décédé en 2012. Il se souvient comment, lorsqu'il était enfant, son père et ses frères aînés entraient et sortaient de prison parce qu'ils contestaient les colons et l'interdiction d'entrer sur les terres familiales. Gharib lui-même a passé trois mois en prison une fois pour s'être opposé à la construction de la barrière de séparation. Son père âgé a été condamné à un mois de prison pour le même délit, a-t-il dit.

Préhistoire. La barrière de séparation en Cisjordanie a été planifiée et construite à cause de la seconde Intifada (*). La clôture de Beit Ijza a transformé la maison de la famille Gharib en une poche clôturée et sous surveillance après qu'Israël eut confisqué deux des parcelles de terre de la famille.
Mais avant cela, il y eut des confiscations pour diverses excuses ; la principale était que 167 dunams [16,7 ha] sont enregistrés comme appartenant à des Juifs. Les Juifs sont restés brièvement dans les années 1920 et sont partis. Après 1948, la parcelle est devenue propriété jordanienne.
"Nous y cultivions du blé et de l'orge", dit Gharib. Après 1967, le terrain a été déclaré propriété du gouvernement israélien. Un groupe de colons de Gush Emunim s'y est installé et a ouvert la voie à un lotissement laïc avec quelques résidents religieux. Les villas près de la maison Gharib ont été construites après les accords d'Oslo, se souvient-il.
Sur la base de cet enregistrement de propriété juive, les commissions d'appel de l'administration civile israélienne et de la Haute Cour de justice ont rejeté les appels et les requêtes du chef de famille, Sabri Gharib, mais ont reconnu sa propriété sur 24 dunams [2,4 ha]. Finalement, 10 autres dunams ont été confisqués pour la barrière de séparation. 4 dunams avaient été affectés des années plus tôt à un château d'eau destiné à la colonie.

L'eau. Lorsque la clôture et la route de sécurité ont été construites, la canalisation qui conduisait l'eau à la maison familiale a été sectionnée. Maintenant, un étroit tuyau en caoutchouc noir s'étire le long de la clôture, de la maison emprisonnée à celle des frères.
En été, lorsque la demande en eau augmente, la pression dans le tuyau est faible et l'eau n'arrive pas. Cette situation est aggravée par la position de la maison sur un terrain relativement élevé. Gharib a été obligé d'acheter de l'eau à un camion-citerne. Au lieu de 5 shekels [1,29€] par mètre cube, il paie 20 shekels [5€]. Le château d'eau des colons surplombe la maison à 6 mètres de distance.

Proportionnalité. C'est ainsi que le président de la Cour suprême Aharon Barak a justifié le feu vert qu'il a donné à l'armée pour encercler la maison familiale d'une clôture, détruire une partie de ses bosquets pour la barrière de séparation et bloquer l'accès direct de la famille à ces vergers. L'accès aux vergers, a-t-il déclaré, serait autorisé par des portes dans la barrière de séparation.

Deux fois par an. Il est impossible de savoir si c’est cela que Barak voulait dire. Mais les habitants de Biddu, Beit Ijza et Beit Duqqu ne peuvent se rendre sur leurs terres que pour quelques jours, deux fois par an, trois au maximum : labour, vendanges et cueillette des olives. Les deux portes verrouillées sont installées dans une clôture en fil barbelé le long de la route de sécurité qui serpente à travers leur terrain.
"Cette année, ils n'ont pas voulu nous laisser récolter les raisins", a déclaré mardi un habitant de Biddu, attendant que la police des frontières ouvre la porte. Cette saison, les portes sont ouvertes pendant huit jours sur deux semaines. En fin de semaine, le vendredi, samedi et dimanche, elles sont fermées. Des gens comme Sa'adat Gharib sont obligés de s'absenter du travail pour cueillir leurs olives.

Sumud - la détermination. "Mon fils Sabri ne connaissait pas son grand-père Sabri", dit Gharib. "Mais il sait que nous ne quitterons jamais la maison et que nous n'abandonnerons jamais nos terres."


(*) Une autre analyse est possible. (note ISM-France)

Voir les photos de la situation révoltante de la famille Gharib, dont la maison est « encagée » par les forces d’occupation, en illustration de l’article original sur Haaretz.


Source : Haaretz

Traduction : MR pour ISM

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