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Comment la guerre de propagande d'Israël a réduit l'Europe au silence

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03.07.2020 - La secrétaire d'État britannique à l'éducation, Rebecca Long-Bailey, a récemment été licenciée après avoir partagé un article sur les médias sociaux disant - entre autres - qu'Israël avait formé la police américaine à la méthode de la clé d'étranglement utilisée sur George Floyd.

Comment la guerre de propagande d'Israël a réduit l'Europe au silence

Cette affirmation a été largement diffusée ces dernières semaines au sein de la gauche mondiale. Le leader travailliste Keir Starmer a accusé Long-Bailey d'avoir publié un article contenant une "théorie de conspiration antisémite". De toute évidence, le vent du changement a soufflé sur le Parti travailliste après le départ de Jeremy Corbyn - et ce changement ne présage rien de bon.

Oser critiquer Israël

Le 25 juin, Middle East Eye a publié les détails de l'article controversé, avec vérification des faits. L'accusation selon laquelle c'est d'Israël que la police américaine a appris la méthode d'étouffement qui a conduit à la mort de Floyd est sans fondement. La police américaine a la gâchette facile depuis des décennies en ce qui concerne les citoyens noirs - bien avant la création de l'État d'Israël et de sa force de police.

La police américaine n'a certainement pas besoin de l'expertise israélienne pour être capable de tuer des civils noirs innocents en nombre choquant.

Néanmoins, la vitesse inquiétante avec laquelle Long-Bailey a été remplacée dans le cabinet fantôme devrait être beaucoup plus troublante pour les défenseurs des droits de l'homme que la crédibilité de tout article qu'elle a mis en ligne. Long-Bailey a été licenciée uniquement parce qu'elle a osé partager un article qui critiquait Israël, et non parce qu'elle a osé partager un article dépourvu de fondement factuel.

Il est douteux que Starmer soit si préoccupé par la fiabilité des articles partagés par les membres de sa faction. Il est beaucoup plus préoccupé par l'image antisémite qui a adhéré à son parti, pas toujours à juste titre.

Même si les accusations de l'article étaient fabriquées de toutes pièces et totalement infondées, il reste très douteux que Long-Bailey aurait été licenciée de cette manière si elle avait affiché de fausses accusations contre tout autre pays sur terre, à l'exception d'Israël. Lorsqu'il s'agit de critiquer Israël, les règles du jeu en Europe sont différentes. Il y a Israël, et puis il y a le reste du monde.

Une propagande sioniste efficace

Ces dernières années, la propagande israélienne a marqué des succès en Europe. Le limogeage de Long-Bailey n'est qu'un maillon de plus dans la longue chaîne de ses réalisations. Dernièrement, sous la direction d'un ministre des Affaires stratégiques relativement nouveau au sein du gouvernement israélien - avec l'étroite coopération de l'establishment sioniste dans le reste du monde - la propagande sioniste a adopté une nouvelle stratégie, qui s'est avérée d'une efficacité sans précédent.

Israël et l'establishment sioniste dans divers pays ont commencé à qualifier d'antisémites toutes les critiques à l'égard d'Israël. Cela a réduit les Européens au silence. Les propagandistes d'Israël exploitent cyniquement les sentiments de culpabilité de l'Europe à l'égard du passé qui subsistent encore, souvent à juste titre - et les accusations ont fait leur travail.

Il reste difficile de critiquer Israël, l'occupation, les crimes de guerre qui l'accompagnent, les violations du droit international ou le traitement des Palestiniens par Israël ; toutes ces critiques sont qualifiées d'antisémitisme et disparaissent rapidement de l’agenda. Parallèlement à cette campagne de stigmatisation, la plupart des pays occidentaux, y compris les États-Unis, ont adopté une vaste législation visant à déclarer la guerre au mouvement tout à fait légitime de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), pour tente de criminaliser ses activités et ses militants.

Il est incroyable que cette lutte contre une occupation et son infrastructure juridique fasse l'objet d'une délégitimation et d'une criminalisation soutenues. Imaginez qu'une autre lutte engagée - par exemple contre les ateliers clandestins d'Asie du Sud-Est, la production industrielle de viande ou les camps de concentration de masse en Chine - soit qualifiée de criminelle en Occident. C'est difficile à imaginer.

Et pourtant, la lutte contre l'apartheid israélien - et il n'y a pas de lutte plus clairement morale aujourd'hui - est jugée criminelle. Coronavirus mis à part, essayez de réserver aujourd'hui n'importe quelle grande salle, n'importe où en Europe, pour un rassemblement de solidarité avec les Palestiniens. Essayez de publier un article contre l'occupation israélienne dans les grands médias. La machine de propagande hyper vigilante d'Israël vous trouvera rapidement, vous accusera d'antisémitisme et vous fera taire.

Soutenir la liberté d'expression

Il s'agit de museler, il n'y a pas d'autre façon de le dire. Cela signifie que cette préoccupation ne peut pas se limiter à ceux qui s'intéressent à la cause palestinienne, elle doit devenir une affaire urgente pour tous ceux qui soutiennent la liberté d'expression.

Il est peu probable qu'Israël profite à long terme de cette campagne agressive, presque violente, qui pourrait bien se retourner contre l'État et les Juifs en général, suscitant l'opposition, voire la répulsion, des partisans de la liberté d'expression. Pour une raison quelconque, cela ne s'est pas encore produit. L'Europe a baissé la tête et s'est livrée sans condition à l'assaut d'accusations d'antisémitisme exagérées, parfois totalement infondées. L'Europe a été réduite au silence.

L'antisémitisme doit être combattu, bien sûr. Il existe, il se réveille sans cesse, il réveille les souvenirs du passé. Mais on ne peut pas confondre la critique nécessaire et légitime de l'occupation israélienne, ou même du sionisme, avec l'antisémitisme.

Si Israël commet des crimes de guerre, il faut s'y opposer et les condamner. C'est plus qu'un droit, c'est une obligation. Comment diable peut-on parler d'antisémitisme ? Comment une lutte de conscience est-elle devenue quelque chose d'interdit ?

Si Israël parle d'annexer des territoires occupés et de faire d'Israël un État d'apartheid non seulement de facto, mais aussi de jure, c’est un devoir de se lever et de s'élever contre cela, et de dénoncer les plans d’Israël. Si Israël bombarde des civils sans défense à Gaza, comment est-il possible de ne pas s'y opposer ? Pourtant, le faire est devenu presque impossible en Europe et aux États-Unis.

Confusion systématique

Il y a environ un siècle que les Palestiniens ont été dépouillés de leur pays. Depuis 53 ans, ils vivent aussi sous l'occupation militaire israélienne - sans droits, sans présent ni avenir, leurs terres volées et leur liberté fracassée, leur vie et leur honneur scandaleusement foulés au pied - et soudain, la lutte contre tout ceci est interdite.

C'est une confusion systémique ahurissante : l'occupant a le droit de se défendre, et quiconque lutte contre l'occupation devient l'accusé. Au lieu de dénoncer l'occupation israélienne, de l'attaquer et de commencer enfin à en exiger le prix en punissant le pays responsable, ce que l'Europe a assez bien réussi à faire en quelques jours d'annexion de la Crimée par la Russie, au lieu de qualifier l'apartheid israélien d'apartheid, puisqu'il n'y a pas d'autre mot pour le décrire, ses détracteurs sont réduits au silence.

C'est exaspérant, immoral et injuste. L'Europe ne peut et ne doit pas continuer à se taire à ce sujet, même au prix d'être taxée d’antisémite.

Ces accusations ne doivent pas continuer à museler l'Europe. Les juifs sionistes et les Israéliens lancent donc ces fausses accusations : et alors ?

Long-Bailey a mis en ligne un article qui ne méritait peut-être pas d'être partagé. Son licenciement est un sujet de préoccupation beaucoup plus grave.


Source : Middle East Eye

Traduction : MR pour ISM

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