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Palestine -

Investir la démocratie palestinienne, en vue de la réalisation de la victoire populaire

Par

article de Abdal-Jawwad Salih (homme politique palestinien) paru dans Al-Quds al-Arabiyy le 17 février 2006.

Quel Israël veut-on voir reconnaître par le Hamas ?
Un Israël occupant la totalité de la Palestine ?
Ou bien un Israël à l’est et à l’ouest de la muraille de séparation, de pillage, d’annexion et d’expulsion collective ?
A moins qu’il ne s’agisse de l’Israël exclusivement juif s’étendant de la méditerranée au Jourdain ?
J’ACCUSE M. Kofi Annan ...

L’écrivain et penseur palestinien Mâjid Kayyâlî a écrit un article intitulé "Quand Israël se sert de la démocratie comme prétexte à son occupation", dans lequel on lit ceci :
"Une chose attire notre attention : le régime israélien, avec ses structures, ses contradictions, ses complexités et son modus operandi, a joué un rôle non négligeable dans la facilité avec laquelle Israël élude tous les engagements découlant pour lui du processus de règlement, jusqu’à s’en délier définitivement."

Précisément, ce sont les forces au pouvoir en Israël qui ont utilisé la nature démocratique de ce régime pour justifier ces échappatoires.

On peut retracer ce phénomène dans les domaines suivants : tant le Likoud que le parti travailliste ont eu recours à des élections anticipées aux moments les plus critiques, au motif de leur incapacité à faire admettre les préconisations d’Oslo par l’opinion publique israélienne.

Ainsi, en 1999, Benjamin Netanyahou a eu recours à des élections anticipées pour éviter l’application de l’accord de Wye River, qu’il avait pourtant lui-même signé avec les Palestiniens en 1998.

Ensuite, Barak, chef du parti travailliste, recourut lui aussi à des élections anticipées, au début de l’année 2001, soit après deux années, seulement, passées à la tête du gouvernement.

Au début de son mandat, Barak avait manœuvré en procédant au redéploiement des forces d’occupation prévu par la mise en application de la 3ème phase des retraits, après quoi, à force d’insistance, il a convaincu le président américain Clinton d’ajourner la réalisation de cette 3ème phase afin qu’elle s’intègre dans une solution globale et définitive qui "aurait dû" être obtenue à Camp David en 2000, et que Barak a tout fait afin de la faire capoter.

Au prétexte de la démocratie, Barak – qui avait approuvé Oslo à contrecœur, à seule fin de faire plaisir à son maître à penser Rabin – a adopté l’idée de tenir des élections générales anticipées, élections que précéda la violation par Sharon de la Mosquée Al-Aqça, ce qui déclencha la seconde Intifada, enterrant le processus politique et couronnant Sharon en Roi d’Israël.

L’un comme l’autre, ces deux hommes – Netanyahu et Barak – se vantèrent par la suite de n’avoir fait aucune concession aux Palestiniens…



Ensuite, toujours dans le but d’éluder leurs engagements en vue de "la paix", les Israéliens ont eu recours au mensonge éhonté de "l’absence de partenaire palestinien".

Ils ont isolé le président palestinien aujourd’hui disparu (Yasser Arafat), qui était le seul, dans l’arène politique palestinienne, à pouvoir entériner Oslo.

En dépit de l’élection d’Abu Mazen par le peuple palestinien, au moyen d’élections démocratiques et régulières – président Abu Mazen dont le monde entier, y compris Bush junior, a attesté qu’il était un homme de paix – et qui a déclaré (en s’engageant, lui, par cette déclaration) que les négociations étaient la seule voie permettant de faire des droits des Palestiniens une réalité, et qui a réussi à faire accepter une trêve par les autres formations de la résistance palestinienne – trêve que la partie israélienne n’a pas respectée : les Israéliens ont continué à refuser de voir en Abu Mazen un partenaire…



Ne vous souvenez-vous pas, comme moi, de quelle façon le parti travailliste israélien, dirigé alors par Pérès, est entré dans un gouvernement d’"Union Nationale" dirigé par Sharon, afin de blanchir ses crimes de guerre contre notre peuple ?

Qui parmi nous pourrait oublier de quelle manière Amram Mitzna’ fut mis à l’écart de la direction du parti travailliste israélien, simplement parce qu’il s’était déclaré prêt à se retirer des territoires occupés s’il ne trouvait pas de partenaire palestinien ?

Il est clair que la durée de son mandat écourté n’a servi qu’à une seule et unique chose : préparer son éviction…


Devons-nous oublier les derniers développements de ce feuilleton ?

A peine Amir Peretz venait d’être élu à la présidence du parti travailliste et avait-il annoncé sa volonté de se consacrer à la question sociale et au règlement des problèmes qu’il considérait menaçants pour l’existence même de l’entité sioniste – des problèmes "plus menaçants que les Palestiniens" - et avait-il signifié qu’il était prêt à démanteler les colonies et à se retirer des territoires palestiniens, que le mouvement sioniste entrait en action.

Shimon Pérès et ses partisans ont quitté le parti travailliste, et Sharon a entrepris de son côté la scission du Likoud et la création du parti "Kadima", dont le nom signifiant "En avant !" n’est pas autre chose que le cri de guerre lancé par les généraux sionistes à leurs troupes lancées à l’assaut : "En avant ! Suivez-moi !"…



C’est cette même démocratie raciste, qui tua Rabin quand la cuisine sioniste eut pris conscience qu’il avait pris la décision de réaliser un règlement allant dans le sens de la pérennisation d’une entité juive à l’abri du danger d’une majorité démographique arabe.

La décision de Rabin allait, en effet, à l’encontre de la décision de l’expansionnisme et de l’annexionnisme, et donc à l’encontre du projet de Grand Israël.

Car Rabin était expert en matière d’épuration ethnique, et il avait compris que ce qui avait été réalisé en 1948-1949 – sous sa supervision – n’était désormais plus possible… Telle est cette démocratie de la jungle, cette démocratie garante de l’expansion coloniale sioniste ! !


Au sport de la démocratie, on le constate, le joueur palestinien n’a pas exploité, dans le passé, ni il n’exploite, aujourd’hui, la démocratie palestinienne de la manière dont le joueur israélien a exploité sa démocratie raciste et continue à le faire.

Comment d’aucuns osent-ils exiger du Hamas qu’il reconnaisse Israël, alors que le Hamas n’appartient même pas – jusqu’à ce jour – à l’Organisation de Libération de la Palestine, cette OLP qui a reconnu Israël bien que son territoire n’ait pas cessé d’être occupé (par lui), qui a condamné la lutte palestinienne en la qualifiant de "terrorisme", alors même que l’occupation israélienne continue à perpétrer ses crimes, et qui a même considéré "caduque" sa charte fondamentale, tandis que le sionisme persistait à ne pas reconnaître le droit du peuple palestinien à l’autodétermination ?



On eût aimé que l’équipe de démocratie palestinienne, en excipant des résultats des dernières élections qui, après tout, pourraient contribuer à sauver son peuple, améliorât quelque peu son jeu, afin d’en finir avec cette période durant laquelle l’entité sioniste n’a cessé de perpétrer ses crimes de guerre : assassinats ciblés, destructions de maisons, désertification de parcelles agricoles, sièges, politique de la famine, bouclages par des centaines de barrages routiers et autres check points, en restant assise sur nos poitrines, sans satisfaire à aucun de ses engagements découlant pourtant d’accords fondamentalement injustes envers les Palestiniens.

Le président palestinien aurait dû annoncer au monde entier que les élections [calamiteuses pour lui] étaient le prix à payer pour sa mise en échec par Sharon et son gouvernement, échec à réaliser le programme de paix pour lequel le peuple palestinien l’avait élu, lui Abu Mazen.

Mais cet entêtement sioniste, encouragé par les Américains, à refuser la paix et à faire disparaître le partenaire palestinien, c’est le Fatah qui en a payé le prix. Et qui était visé, au départ ?

Le président palestinien, ce non-partenaire absent de la scène politique, bien qu’Abu Mazen, à lui seul, ait réussi à obtenir une trêve que ni Sharon, ni son successeur Olmert n’ont respectée.

Tous les gouvernements israéliens qui ont succédé au gouvernement Rabin ont renouvelé la reconnaissance obscure et dénuée de sens en droit international du "peuple palestinien" et de "son droit à l’autodétermination".


L’accord d’Oslo est un des cinq grands accords internationaux signés dans le monde depuis 1987 ; parmi ceux-ci, nous citerons : les accords sur la Bosnie – Herzégovine ; l’Irlande ; l’Afrique du Sud, le Cambodge, le Mozambique et la Namibie.

Tous ces accords se sont fondés sur le droit international, en ce qui concerne les droits de l’homme, au premier chef, le droit à l’autodétermination et le droit au retour des réfugiés, la libération des prisonniers de guerre, le droit de réclamer le jugement des criminels de guerre…

Tous ces accords – tous, sauf… Oslo, qui n’a pas pris en considération le droit international.



Quel Israël veut-on voir reconnaître par le Hamas ?
Un Israël occupant la totalité de la Palestine ?
Ou bien un Israël à l’est et à l’ouest de la muraille de séparation, de pillage, d’annexion et d’expulsion collective ?
A moins qu’il ne s’agisse de l’Israël exclusivement juif s’étendant de la méditerranée au Jourdain ?
Quant aux Palestiniens, il leur restera la caillasse des déserts arabes…



J’ACCUSE M. Kofi Annan, pour qui, apparemment, le peuple palestinien doit payer non seulement le prix de l’Holocauste, mais aussi le prix de la corruption de son propre fils, englué dans le scandale irakien des accords "pétrole contre nourriture" !

N’est-il pas absolument honteux que le gardien de la légalité internationale fasse ainsi semblant d’ignorer que l’Etat qu’il demande aux gens de reconnaître a jeté aux poubelles de l’histoire des dizaines de résolutions du Conseil de sécurité et des centaines de décisions de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies ?



Pourquoi ferions-nous pression les uns sur les autres, au moment même où Israël fait obstruction au processus de négociation, et au moment même où sa stratégie affichée consiste à imposer une solution unilatérale, décidée par Israël seul et, si cela ne convient pas au leadership palestinien, eh bien, qu’il aille boire l’eau saumâtre de la Mer morte ! !


Si nous n’étions qu’à un pas d’une solution – et étant donné la promesse de feu le président Arafat au cours du dernier conseil central réuni à Tunis, si ma mémoire ne me trahit pas – à savoir qu’à la fin de l’étape transitoire, l’Autorité palestinienne s’exercerait sur 90 % du territoire national, alors, au cas où le Hamas aurait remporté le succès que l’on connaît, et que l’Autorité ait effectivement contrôlé un tel pourcentage du territoire, nous aurions pu nous opposer au Hamas, et nous lui aurions demandé de rester dans les marges.


Mais la situation, nous le savons bien, n’est pas du tout celle-là.


Non seulement la situation n’est pas celle-là, mais nous sommes confrontés à des gouvernements israéliens qui ne sont absolument pas prêts – ni idéologiquement, ni politiquement – à nous accorder une entité autonome géographiquement ininterrompue.

Ces gouvernements planifient, sur le terrain, et même à l’intérieur d’eux-mêmes, l’imposition de faits accomplis, non seulement afin de modifier l’issue des négociations futures, mais aussi dans l’attente de circonstances qui leur permettent de déclencher une campagne d’épuration ethnique, comme l’a indiqué Sharon lors de son élection, en remplacement de Barak : "Aujourd’hui, c’est la guerre de 1948 qui reprend…"

Quelqu’un aurait-il l’amabilité de m’expliquer ce que cela signifie, si ce n’est la reprise de l’épuration ethnique des Palestiniens ?


L’unique leçon que l’on puisse retirer de l’investissement dans la démocratie palestinienne, c’est la nécessité que tout le monde soutienne [désormais] le Hamas, au moyen d’une cuisine palestinienne qui prenne la forme d’un congrès périodique, animé par un centre de recherches, afin de mener la barque palestinienne en fonction de la légitimité populaire, sans ces concessions gratuites aux exigences sionistes, que nous avons vu se répéter durant toutes les années 1990, et qui n’ont pas apporté ce que les missionnaires de la politique américaine nous promettaient, au cas où nous ferions ces concessions, AVANT MEME de nous installer à la table des négociations !…



Notre soutien au Hamas, tel que je viens de l’évoquer, est conditionné par le refus de tout silence, de la part du gouvernement Hamas, sur ce qui ne manquera pas de continuer à se produire en matière de faits accomplis de l’annexion et de l’expansion sionistes aux dépens de l’avenir palestinien.

Ce gouvernement devra s’employer à faire appliquer les recommandations de la Cour Internationale de Justice de La Haye : c’est là sa première tâche, la plus urgente. Ensuite, il devra veiller à la mise en application des Conventions de Genève aux territoires palestiniens, comme quelque chose d’absolument naturel, et ceci, afin de régler la question des prisonniers palestiniens.

En même temps, ce gouvernement [Hamas] devra s’occuper du développement économique et humain, afin que se constitue un environnement favorable à la résilience d’une société dont le tissu social sera renforcé, grâce à la liquidation de la corruption et à la liberté rendue à la presse et à l’expression des citoyens palestiniens.

Nous avons besoin de la guidance d’un mouvement capable de tenir le gouvernail, pour nous extraire de ce gros temps.

Tout seul, à défaut d’un équipage réunissant toutes les forces [palestiniennes], avec notre soutien total, dans l’attente du moment du danger, qui verra [de toutes les manières] toutes les composantes se rassembler, dans le cadre de cette cuisine [palestinienne].

Ce gouvernement devra poursuivre la partie, d’une façon ou d’une autre, de manière à alléger les souffrances du peuple palestinien et de le rapprocher de l’obtention de ses droits perdus, entre un ennemi qui veut nous épurer ethniquement, et des camarades de tranchée qui se bercent de l’illusion qu’ils jouent sur un terrain indépendant, dès lors qu’ils ont l’occasion de jouer.

Mais qui, hélas, jouent essentiellement les uns contre les autres…

Source : Al-Quds al-Arabiyy

Traduction : Marcel Charbonnier

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