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Palestine - ISM France

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France -

Jean-François Legrain : "Palestine : un avenir lourd de menaces."

Par

> silviacattori@yahoo.it

Malgré les nombreuses incertitudes, les Palestiniens qui vivent sous l’occupation militaire israélienne veulent croire à un avenir meilleur.
Toutefois, de nombreux analystes qui se sont récemment exprimés à ce sujet, ne cachent pas leur pessimisme.
Nous portons à votre connaissance ici, un résumé des thèses exposées par M. Jean-François LEGRAIN, chercheur en sciences politiques au CNRS. (1)
Nous croyons qu’elles peuvent contribuer à mieux cerner les véritables enjeux.

La disparition d’Arafat, qui cumulait à lui seul plusieurs responsabilités et présidences, a ouvert plusieurs successions.


Les postes de responsabilité les plus importants – les présidences du Fatah, du Comité exécutif de l’OLP, de l’Autorité Autonome Palestinienne – ont été attribués respectivement à :


- Farouk Faddoumi, qui a été désigné chef du parti Fatah, et qui occupe par conséquent un poste qui n’existe pas.
La direction du Fatah était jusqu’ici un pouvoir partagé.
Il s’agit de la principale organisation au sein de l’OLP qui, dès les années soixante, avait pris le contrôle du combat national des Palestiniens et lancé - avec d’autres forces - la lutte de libération de la Palestine.
La nomination de Farouk a été pour le moins une surprise.
Considéré comme le plus farouche opposant à l’autonomie, il vit à Tunis et n’a jamais mis les pieds dans les territoires autonomes.
Le Fatah tient d’ailleurs ses réunions à Ramallah en son absence !



- Mahmoud Abbas a été désigné président du Comité exécutif de l’OLP. C’est un poste très important, car l’OLP, seule institution reconnue internationalement, est donc seule habilitée à représenter le peuple palestinien et à signer des accords internationaux. L’ensemble des accords avec Israël ont été signés par l’OLP et non pas par l’Autorité Palestinienne. C’est l’OLP, et elle seule, qui bénéficie d’un siège d’observateur aux Nations Unies.

Mahmoud Abbas a été également désigné président de l’Autorité autonome palestinienne, ce qui pratiquement le désignait comme le candidat de l’OLP à la présidence du pays.



Il convient de relever que depuis quelques années on a pu observer un glissement de l’OLP vers l’Autorité palestinienne, que certains peuvent qualifier de sournois - glissement encouragé par la communauté internationale, mais aussi par ceux des Palestiniens qui se sont prêtés au jeu. Les médias ont suivi. L’idée à été amplement avalisée que l’interlocuteur palestinien ne serait apte à négocier au nom des Palestiniens que si sa légitimité était sanctionnée par un scrutin.



On en est donc venus à considérer que celui qui serait habilité à signer un accord ne serait pas le président de l’OLP, mais le président de l’Autorité palestinienne - ce qui est une aberration juridique puisque, dans ses fondements mêmes, l’Autorité autonome telle qu’établie en 1993 était privée de toute compétence en matière de défense. En outre, l’Autorité palestinienne était limitée dans le temps, puisqu’elle était censée disparaître en 1999, date à laquelle la période de cinq années dite «intérimaire» devait prendre terme en même temps que le conflit israélo-arabe aurait été résolu !



Aujourd’hui, cette Autorité n’a plus de fondement juridique clair. Elle est privée de compétences diplomatiques et ses compétences administratives ne concernent qu’une petite partie du peuple Palestinien. Or cet état de fait a été entériné, voire encouragé par la communauté internationale, ce qui amène, tout à coup, cette petite partie du peuple en charge des affaires aujourd’hui, à se voir investie de la légitimité requise afin de négocier le sort de l’ensemble du peuple palestinien.



Dans une telle logique, il fallait que Mahmoud Abbas, et nul autre, soit la personnalité qui accède à la présidence de l’Autorité autonome palestinienne. C’est donc lui qui devait être le vainqueur du scrutin à la présidence et il devait arriver en tête, notamment pour avoir clairement choisi l’option de la négociation et de la démilitarisation de l’Intifada.



Au lendemain de l’élection de Mahmoud Abbas, le monde a considéré que les Palestiniens s’étaient bel et bien pliés de leur plein gré à l’injonction qui leur était faite en ce sens par la communauté internationale, ainsi que le montrait le programme sur la base duquel ils l’avaient élu, de manière «massive», président de l’Autorité autonome.



Or, quand on examine les faits d’un peu plus près, les choses ne se sont pas passées comme on le prétend. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, si on continue d’alimenter cette fausse représentation de la réalité palestinienne, on ne peut aller que vers de nouveaux contresens et, malheureusement, la désillusion ne va pas tarder. Ensuite il va falloir trouver le responsable de ce nouvel échec et, une fois encore, ce sera la partie palestinienne, et non pas la partie israélienne, qui sera accusée.



Qu’en est-il de la participation ?



Il y a eu 775 000 participants au vote, soit 71% des un million cent mille électeurs inscrits, qui ne représenteraient eux- mêmes que 60% du million huit cent mille électeurs potentiels.



Ces 71% ne représentent que 43% de l’électorat potentiel. Ce qui relativise la mobilisation de la société palestinienne, et indique que le score de Mahmoud Abbas n’était pas de 62% comme présenté officiellement, mais se réduisait à 27%, soit un peu plus du quart, seulement, de l’électorat potentiel.



Donc l’élection de Mahmoud Abbas n’a pas été un raz-de-marée en sa faveur. Il s’est agi d’un vote légitimiste en faveur du président de l’OLP, qui nous renvoie à l’effritement de la capacité à mobiliser de cette organisation, laquelle était capable, par le passé, d’obtenir un plus large suffrage.



Une partie de l’électorat a voté pour les six autres candidats. Toutefois une grande partie de l’électorat n’a pas voté ; ce qui tend à indiquer que les mouvements religieux Hamas et Jihad - qui ont préconisé le boycott – ont une large audience.



Qu’en est-il de l’avenir ?



En dépit des élections et de la réouverture de la négociation, l’avenir, pour les Palestiniens, s’annonce sombre.



On a présenté Mahmoud Abbas comme celui qui était seul à même de pouvoir ouvrir la voie de la négociation et qu’Arafat était un obstacle à la paix.



Or, ce discours ne fait que masquer les enjeux réels. Dans le dossier Israël/Palestine, toutes les conditions de la non-paix sont toujours là.



En conclusion : les propositions faites aux Palestiniens sont loin de répondre à leurs aspirations minimales.



Sur le terrain, les coups de boutoir israéliens continuent, sans qu’il y ait une mobilisation internationale pour les dénoncer. Le quotidien des Palestiniens ne cesse de se dégrader : il leur est de plus en plus difficile de se déplacer, le mur continue sa progression, la situation économique est catastrophique.



Un avenir, par conséquent, lourd de violences. D’autant que les risques de heurts entre Palestiniens est maintenant très grand.



C’est dans ce contexte lourd de menaces que le Président Mahmoud Abbas sera amené à prendre des décisions.



(1) M. Jean-François Legrain, spécialiste du Proche-Orient, nous a accordé l’autorisation de porter à la connaissance du public, et sous notre responsabilité, le résumé de la conférence qu’il a donnée le19 janvier 2005 à l’Institut d’études politiques de Paris (IEP). (Il intervenait à l’invitation des étudiants palestiniens en France (associations Adala et GUPS).

Voir également le répertoire des publications de Jean-François Legrain sur le site :
http://www.mom.fr/Presentation/Equipes/Gremmo/equipegremmo/chercheurs/legrain/legrain.html



Nota bene.

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Source : Silvia Cattori

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1 mars 2005