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USA -

La cabale qui, voici quatre ans, s’est emparée de la Maison Blanche y a apporté une philosophie qu’il urge de jeter dans la poubelle de l’histoire

Par

Mazin Qumsiyéh est Maître de conférence en génétique et directeur des services de cytogénétiques clinique à l’Ecole de Médecine de l’Université Yale. Article paru in Al-Ahram Weekly, 04.09.2004

En mars 1992, le pamphlet les Grandes Lignes de la Défense américaine, formulées par Paul Wolfowitz et Lewis Libby (deux néocons aux étroites accointances israéliennes), fut transmis, au moyen de fuites bien organisées, au quotidien New York Times, et causa un émoi certain (il y eut même une réfutation du Sénateur Biden). Son ton machiavélo-straussien de domination mondiale, de prévention de l’émergence de tout compétiteur éventuel de la puissance états-unienne etc… était insupportable.

George Kennan, chef du service de la prospective politique au Département d’Etat américain fit un jour l’observation suivante : "Nous (autres, Américains) possédons environ 60 % de la richesse de la Terre, mais nous ne représentons que 6,3 % de sa population. Dans une telle situation, nous ne pouvons manquer d’être l’objet d’envie et de ressentiment.
Notre tâche fondamentale, dans la période à venir, consistera à inventer un modèle de relations (internationales) qui nous permette de maintenir cette position privilégiée dans le déséquilibre mondial. Nous devons cesser de parler d’objectifs aussi vagues et irréalistes que les droits de l’homme, l’élévation des niveaux de vie et la démocratisation.
Le jour n’est plus très loin où nous aurons affaire à des concepts de pouvoir beaucoup plus directs.
Moins nous serons embarrassés par des slogans idéalistes, ce jour venu, le mieux ce sera." [Document PPS23, 24 février 1948].


Mais, bien entendu, nous savions qu’il n’en irait pas ainsi. Le discours sur la démocratisation est toujours la meilleure arme pour pérenniser la disparité et l’injustice.

Ainsi, nous avons renversé le régime de Mossadegh, en Iran, dans les années 1950, et nous avons réinstallé le Shah sur son trône ; non pas parce que Mossadegh voulait nationaliser le pétrole iranien et le mettre au service de son peuple, mais parce que les Etats-Unis prônaient à l’époque la "liberté" et la "démocratie" contre toute forme de "socialisme".

Des arguments du même acabit furent utilisés contre la Corée, le Chili, le Vietnam, le Nicaragua, la Grenade, Haïti et des dizaines d’autres pays où nous décidâmes d’« intervenir ». La résistance ancrée dans les peuples limita le succès de cette stratégie de domination. Le parangon en fut la guerre du Vietnam, qui fut présentée comme le résultat d’un "effet domino" de l’"expansion communiste".
La retraite américaine précipitée du Vietnam résulta du succès de la guerre de guérilla vietnamienne contre l’armée la mieux équipée au monde, et ne lui fut pas étrangère, non plus, la vigueur renaissante de pays du tiers-monde déterminés à résister au pillage de leurs ressources naturelles au seul service des bas intérêts économiques occidentaux.
Les architectes de cette guerre ne s’avouèrent néanmoins pas vaincus, en dépit de leur déconfiture dans le domaine des relations publiques, leur théorie des dominos s’étant avérée une vaste fumisterie.


Ces individus-là étaient déterminés à rendre l’impérialisme plus sexy. Ils recrutèrent des libéraux en rupture de ban. Ils recherchèrent les moyens de construire un message plus percutant et plus cohérent. Ils trouvèrent leur bonheur dans une resucée du darwinisme social – philosophie dont le précurseur fut un certain Machiavel.

Leur gourou spirituel était un intello, disciple, bien entendu, de Machiavel : Leo Strauss, un sioniste allemand immigré aux Etats-Unis dans les années 1930, lequel servit de mentor à des hommes tels Paul Wolfowitz, tout en popularisant sa philosophie construite autour d’un monde où des chiens se dévorent entre eux. Ses idées jouèrent un rôle fondamental dans la formation de la cabale néoconservatrice actuelle, qui tire les ficelles à la Maison Blanche.

D’après Strauss, le monde est divisé en nations distinctes, qui ont des intérêts concurrents, et qui seront à jamais structurées ainsi. Dans des conditions telles celles-là, les nations ne sauraient envisager une quelconque action collective, ni aucune forme de multilatéralisme, à moins que cette action collective ou ce multilatéralisme coïncide point pour point avec leurs propres intérêts égoïstes respectifs.
Un leadership politique fort est de règle, comme l’est la nécessité d’un pouvoir militaire.
Le leadership ne doit en aucun cas s’embarrasser de discours sur les droits de l’homme ou une quelconque conscience morale. Néanmoins, il doit "avoir l’air" de défendre ce genre d’idéaux. Les gouvernants ne doivent pas respecter les lois qu’ils imposent aux gouvernés.

Ainsi, du simple fait qu’il est gouvernant, un gouvernant peut tricher et mentir et faire absolument tout ce qui lui passe par la tête. Toutefois, il doit – dans tous les cas de figure, et en permanence – se donner l’apparence extérieure qu’il adhère aux droits de l’homme et qu’il se soucie de ses administrés. De plus, les dirigeants peuvent utiliser la religion comme un des nombreux outils à leur disposition pour s’assurer que la nation suive bien la route qui lui a été désignée.

Des menaces extérieures aident grandement à assurer la cohésion sociale, sous la houlette du leadership local. L’altruisme, la protection de la nature, la justice, etc, ne sont pas les oignons des gouvernements, ni des élites dirigeantes. Ces grands sentiments n’ont aucun rôle à jouer dans l’équation du pouvoir.


Mis en pratique en Amérique, ces principes furent, à l’évidence, fort controversés. Mais ils conquirent du terrain auprès d’un groupe de gens bien placés qu’on allait connaître plus tard sous le nom de "néoconservateurs" (les "néocons", pour les intimes).

En mars 1992, le pamphlet les Grandes Lignes de la Défense américaine, formulées par Paul Wolfowitz et Lewis Libby (deux néocons aux étroites accointances israéliennes), fut transmis, au moyen de fuites bien organisées, au quotidien New York Times, et causa un émoi certain (il y eut même une réfutation du Sénateur Biden). Son ton machiavélo-straussien de domination mondiale, de prévention de l’émergence de tout compétiteur éventuel de la puissance états-unienne etc… était insupportable.

Le document, sous sa nouvelle présentation, publiée le 16 avril 1992, était beaucoup plus doux, ou tout du moins prudent dans sa formulation.
Conséquence d’une distinction obtenue, le document révisé incluait, de manière inédite, un soutien au sionisme considéré comme élément fondamental de la politique américaine de défense : "Au Moyen-Orient et dans le Golfe, nous devons chercher à renforcer la stabilité régionale, à dissuader l’agression contre nos amis et nos intérêts dans la région, protéger les citoyens et les biens américains et sauvegarder notre accès à l’espace aérien international et aux voies maritimes, ainsi qu’aux ressources pétrolières régionales.
Les Etats-Unis sont engagés dans la sécurité d’Israël, et dans le maintien de l’avantage qualitatif crucial pour la sécurité de ce pays. La confiance d’Israël en sa sécurité et la coopération stratégique américano-israélienne contribuent à la stabilité de l’ensemble de cette région du globe, comme cela a été encore une fois prouvé à l’occasion de la guerre du Golfe.
En même temps, l’assistance que nous apportons à nos amis arabes afin qu’ils puissent se défendre face à une éventuelle agression renforce, elle aussi, la sécurité dans l’ensemble de la région, Israël compris". (p. 14)


Le plan révisé allait donner aux néocons le regain d’énergie dont ils avaient besoin pour mettre en œuvre leurs projets, cette fois-ci, beaucoup plus prudemment (au niveau verbal). Les néocons n’étaient pas à la Maison Blanche, entre 1992 et 2000, et cette période de vacances leur a donné le temps nécessaire pour consolider leur mainmise dans d’autres domaines (les médias, les boîtes à idées [think tanks], le Congrès…) et de préparer un agenda plus détaillé portant sur la manière de conquérir le pouvoir et, une fois le pouvoir conquis, sur la manière de l’exercer.

Ce n’est pas par hasard que, pendant que Clinton avait fort à faire avec ses scandales, les talk shows télévisés conservateurs se multipliaient, que les empires médiatiques se consolidaient et que (avec la création de grosses Berthas des relations publiques, telle Fox TV) le pouvoir passait de mains en mains.

Les années 1996 – 1998 ont été cruciales pour le développement des stratégies et des idées qui allaient façonner le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Ainsi, en 1996, les néocons envoyèrent au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu une missive – dont le texte se trouve encore aujourd’hui sur le ouèbe – intitulée "Une rupture franche : Une nouvelle stratégie pour sécuriser l’Empire" [A Clean Break: A New Strategy for Securing the Realm].

L’ "Empire" dont il était question était l’empire israélien, au milieu du Moyen-Orient et contrôlant celui-ci. Dans leur missive, les néocons appelaient de leur vue un changement de régime politique en Irak, sous la houlette américaine, après quoi diverses formes d’attaque viseraient l’Iran et la Syrie afin d’assurer la domination (lire : américano-israélienne – c’est devenu tellement implicite qu’ils en le disent même plus !) sur cette région primordiale du monde. Primordial, le Moyen-Orient, essentiellement pour les économies de concurrents des Etats-Unis, tels, au premier chef, la Chine et l’Europe…

Emmenée par Richard Perle, architecte en chef de la dernière guerre en date des Etats-Unis contre l’Irak, cette fine équipe était composée de James Colbert, du Jinsa [Jewish Institute for National Security Affairs – Institut juif pour les questions de sécurité nationale], Jonathan Torop, du Washington Institute for Near East Policy [Institut Washington pour (l’étude) des politiques moyen-orientales], rejet du vigoureux Aipac [American Israëli Public Affairs Committee], David Wurmser et Douglas Feith.


L’année suivante, les néocons lançaient le PNAC [Project for a New American Century – Projet pour un Nouveau Siècle (forcément…) Américain]. Ce PNAC en appelait à l’hégémonie mondiale des Etats-Unis : la « Pax Americana » (inspirée, sans doute de la Pax Romana, la culture en moins. ndt).

Péremptoire, le PNAC proclamait : "La paix américaine a prouvé à quel point elle est pacifique (ouch !), stable (mhhh ?) et durable (éh béh !). Néanmoins, aucune phase, dans la politique internationale, ne saurait être congelée dans l’état où elle se trouve à l’instant T : la Pax Americana mondiale elle-même ne pourra pas se prolonger indéfiniment…
Le nouvel ordre mondial doit s’appuyer, solidement, sur une prééminence militaire américaine incontestée…
Le processus de transformation sera vraisemblablement (très) long, sauf si quelque événement cataclysmique et catalyseur venait à se produire – quelque chose comme un nouveau Pearl Harbour."


Les épigones du PNAC, dont Wolfowitz, Donald Rumsfeld, Dick Cheney, Libby, Elliot Abrams et alii, acquirent un peu plus tard des positions de pouvoir, Bush Junior ayant conquis la Maison Blanche.

Un peu avant, en 1998, ils avaient écrit à Clinton et aux chefs de groupes politiques du Congrès, afin de plaider l’élimination de Saddam Hussein du pouvoir et l’affirmation de la domination américaine au Moyen-Orient. Ils allaient devoir attendre deux ans [putain : deux ans !], jusqu’à l’ascension [je laisse "ascension", je trouve ça rigolo, ndt] de George W. Bush à la présidence américaine, en janvier 2001 et, surtout, la survenue de leur Aubaine (vous savez : le "nouveau Pearl Harbor"…) sous l’avatar des attentats du 11 septembre 2001.

Le reste, comme on dit, appartient à l’Histoire. Ils furent convaincus, dès cet instant, que tout était en place et qu’ils pouvaient réaliser leurs rêves, sur une échelle encore beaucoup plus grandiose que celle qu’ils n’avaient osé imaginer dans les années 1992 – 1998.


Leur rêve est notre cauchemar : les Etats-Unis sont empêtrés dans un conflit aigu avec le reste du monde, le terrorisme prolifère et d’aucuns pensent (pire : disent) que, pour l’Empire américain, c’est le début de la fin. Pendant ce temps, le cœur de l’action collective planétaire, l’ONU, est en panne, avec parfois cent cinquante pays votant à la quasi-unanimité une résolution à laquelle ne s’opposent que les Etats-Unis et Israël (les deux "métropoles") (avec le "renfort" occasionnel de l’Australie et – plus inquiétant pour le monde – de la Micronésie et des Iles Marshall).


Le résultat net est le suivant : terrorisme aggravé ; violence aggravée et déréliction dans des pays comme l’Irak, la Palestine et l’Afghanistan ; déficit commercial et budgétaire abyssal des Etats-Unis ; énorme endettement des pays du tiers-monde et des Etats-Unis (individus, entreprises, gouvernement) ; décimation de traités et d’obligations en matière environnementale et, l’armée états-unienne étant dispersée dans la quasi-totalité du monde : déstabilisation généralisée, quasi planétaire.

Il ne s’agit là que de la rançon de la gloire, l’important étant, n’est-ce pas, que des groupes extrêmement sélectifs de Straussiens vendent leurs bouquins, exigent des émoluments exorbitants pour leurs conférences et décrochent des sinécures gouvernementales, distribuées au cours des partie de chaises musicales à Washington, District of Columbia.


Ces intérêts particuliers célèbreront leur "victoire", quel que soit le président qui occupera le bureau ovale de la Maison Blanche en décembre prochain.


Si Kerry l’emporte, vous aurez au moins de la distraction, puisque vous pourrez observer une nouvelle équipe de néocons s’installer au pouvoir.

Dennis Ross, partisan effréné d’Israël, qui fut envoyé spécial américain au Moyen-Orient sous Bush Père et Clinton, pourrait être nommé secrétaire d’Etat, ou choisi pour un poste d’un niveau non inférieur à celui-là.

Martin Indyk, autre pro-israélien fanatique, qui fut nommé ambassadeur américain en Israël par Clinton, pourrait devenir le nouvel envoyé spécial américain au Moyen-Orient. Et ainsi de suite…

Tant Kerry que Bush présentent les caractéristiques straussiennes classiques. Elles se manifestent avec un éclat particulier dans l’identité de leurs positions identiques sur l’Afghanistan, l’Irak, la Palestine et la Cour Internationale de Justice, pour ne citer que quelques-uns des sujets les plus cruciaux.

De plus – et c’est sans doute plus inquiétant pour la survie de notre espèce – ni l’un, ni l’autre n’a la moindre intention de s’attaquer aux menaces mondiales pour l’environnement, dans lesquelles les Etats-Unis endossent pourtant une responsabilité énorme (comme on l’a déjà indiqué, les citoyens américains consomment plus de la moitié des ressources naturelles mondiales, bien qu’ils ne représentent qu’un vingtième de la population mondiale…).


Evoquer de manière cosmétique la réduction de notre dépendance vis-à-vis du pétrole étranger ne saurait en rien représenter une alternative à la ratification des Accords de Kyoto, ni à l’examen sérieux des effets négatifs de la "mondialisation" – que les Administrations, tant démocrate que républicaine, appellent généralement "le libre écoulement" des richesses (bien entendu : libre écoulement des richesses… vers les Etats-Unis !) et, cela, tout en faisant absolument tout ce qui est possible et imaginable afin d’empêcher qu’il se passe quelque chose d’équivalent en ce qui concerne les travailleurs qui les créent, ces fameuses "richesses"...

Les droits fondamentaux, tels que reconnus par la Déclaration universelle des droits de l’Homme (dont l’accès à la nourriture, à l’eau et aux soins médicaux) deviennent l’exclusivité des super riches.


Ce n’est qu’en réveillant l’opinion publique américaine, et en l’associant aux mouvements de résistance au sein de la communauté mondiale (dont la résistance irakienne) que cette chute vers l’abîme pourra être stoppée. Comme l’a dit quelqu’un : ceux qui ne sont pas effrayés n’ont tout simplement pas écouté.

Mais aujourd’hui, de plus en plus de gens prêtent attention à ce qui se passe, et obtiennent leur information de sources alternatives (autres que, par exemple, ces officines de relations publiques que sont Fox et MSNBC). C’est notre avenir, collectif et de plus en plus interdépendant, qui est en jeu.


Sur un plan plus profond, psychologique, le choix que nous avons à opérer est un choix entre : penser, croire et agir en fonction des pires éléments de l’Histoire de l’humanité (c’est-à-dire, selon le modèle straussien) et : penser, croire et agir en fonction de la connaissance des accomplissements historiques du meilleur de l’humanité – et même, en osant imaginer et former des projets pour un futur meilleur. En d’autres termes : l’humanisme.


L’enjeu, en la matière, est rien moins que le choix entre une politique du pouvoir qui sacrifie la morale et la justice, et une voie d’avenir, fondée sur les droits de l’homme garantis à tous les hommes. Il se trouve que c’est aussi la seule susceptible de permettre à notre Planète de survivre.

Source : http://weekly.ahram.org.eg/

Traduction : Marcel Charbonnier

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Mazin Qumsiyeh