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Palestine - ISM France

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Palestine -

La mère de tous les désastres ?

Par

Hasan Abu Nimah est ancien Représentant permanent de la Jordanie aux Nations Unies. Ali Abunimah est le co-fondateur de l’Electronic Intifada.

Nous avons déjà vu Mahmoud Abbas, demander une fin sans conditions à la résistance palestinienne, alors qu’Israel continue de coloniser activement la terre palestinienne en utilisant une violence extrême. Aujourd'hui, l’OLP n'a rien à apporter dans une négociation avec Israel, sauf de se jeter à sa merci.
Cette stratégie échouera encore, comme elle a échoué après Oslo, mais au prix de la souffrance et du chaos dans la région qui rendra insignifiant tout ce que nous avons déjà vu.
Si l’OLP plonge les Palestiniens dans le piège qui leur est préparé, ce sera pour la mère de tous les désastres.

L'Organisation de Libération de la Palestine, au cours des décennies, a commis beaucoup de gaffes stratégiques qui continuent d’avoir des répercussions aujourd'hui, en particulier quand sa direction semble portée à en commettre encore plus, si on lui donne l'occasion.



D’abord, un petit contexte historique.

La défaite Arabe de 1967 a mené à une révision réticente des précédentes positions arabes qui voyaient Israël comme une implantation illégale au coeur du monde arabe. Cette position n'était plus soutenable, malgré le sommet arabe d'après-guerre à Khartoum en septembre 1967 qui a engendré les célèbres "trois Non"; aucune reconnaissance, aucune négociation et aucune paix avec Israël.

Tout en apparaissant rejectionniste, la déclaration du sommet a réellement signalé un décalage conciliant important.

Les chefs arabes ont unanimement accepté "d'unir leurs efforts politiques au niveau international et diplomatique pour éliminer les effets de l'agression (pas l'agresseur lui-même) et d'assurer le retrait des forces agressives israéliennes des terres Arabes qui ont été occupées depuis l'agression du 5 juin de (1967)", et, de manière significative, pas de toute l’occupation qui avait eu lieu plus tôt.

En d'autres termes, la déclaration a posé indirectement les bases d’un arrangement avec Israël aussi longtemps qu'Israël se retirerait des territoires occupés en 1967.

Cela a fixé la base de la résolution 242 du Conseil de sécurité, qui protège la formule de la terre contre la paix dans le droit international.



L’une des premières erreurs de calcul de l’OLP fut de s'opposer à la résolution 242, le document juridique le plus précieux entre les mains des Arabes pour réclamer le retrait des Territoires Occupés dans leur intégralité.

Les chefs de l’OLP ont détesté la résolution principalement parce qu'ils craignaient que cela signifierait que la Cisjordanie serait rendue à la Jordanie qui l’administrait jusqu'à l’occupation israélienne. Le Roi Hussein avait, à plusieurs reprises, supplié la direction de l’OLP pour soutenir ses efforts afin de récupérer le territoire et avait promis de le restituer aux Palestiniens, avec toutes les garanties qu’ils auraient exigé, mais en vain.

L’OLP a continue de se battre avec la Jordanie sur cette question jusqu'à ce que le roi annonce, le 31 juillet 1988, le désengagement total du rôle de la Jordanie et de toutes ses revendications sur la Cisjordanie . (pendant deux décennies d’occupation israélienne, la Jordanie avait continué de payer des salaires et de faire fonctionner plusieurs établissements civils et éducatifs en Cisjordanie ).

Cela a mis fin à l’un des projets quelque peu viables d'unification dans l'histoire arabe et a obligé de retirer de la possession jordanienne une revendication légale internationalement reconnue d’un Territoire Occupé sans protéger par ailleurs cette revendication.

Cela a libéré Israël pour défier le statut d’Occupé de la Cisjordanie et de Jérusalem en se basant sur le fait qu'ils étaient sous aucune autre souveraineté et devraient, en conséquence, seulement être considérés comme territoires "contestés".



La deuxième erreur de calcul majeure, liée à la première, fut que l’OLP insistait, dans tous les forum possibles, qu’il était "l’unique représentant légitime" des Palestiniens.

Cette demande a eu des implications sérieuses pour le statut des Palestiniens qui avaient obtenu la pleine citoyenneté jordanienne quand la Jordanie a été constitutionnellement unie à la Cisjordanie en 1950.

La position de l’OLP a eu l'effet de redéterminer le statut de ces Palestiniens sans leur approbation et de créer une contradiction et une tension entre les identités palestiniennes et jordaniennes qui a eu des conséquences négatives durables.

Cependant, l’OLP a poussé cette demande jusqu'à ce qu'il soit reconnu comme "unique représentant légitime" au sommet Arabe de 1974 à Rabat.


Indifférent au coût massif de cette victoire, l’OLP n'a eu plus tard aucun scrupule à d'abandonner et à désaffranchir la totalité de la diaspora palestinienne quand les notoires Accords d'Oslo ont traité seulement l'existence des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Aujourd'hui, "l’unique représentant légitime " ne fait aucun effort pour parler au nom des millions de dépossédés, apatrides et exilés Palestiniens du monde entier, en particulier, ceux qui se sont installés au Liban dans les années 70.



La troisième et pire gaffe de l’OLP fut l'insistance au cours des années que toute résolution au problème israélien doit inclure la création d'un Etat palestinien, principalement, qu’il devrait être admis, pour exclure encore une fois, toute possibilité d'un arrangement qui rendrait la Cisjordanie à la Jordanie.


Les chefs de l’OLP n'ont voulu risquer à aucun prix leurs propres chances d'être les dirigeants d'un "Etat".



L'essence de l’échec de la stratégie de l’OLP est qu'elle a mis la priorité dans l’obtention d’un Etat sous la direction de l’OLP avant la libération de la terre de l’occupation israélienne.

Cela aurait dû être évident en soi qu'une fois la terre libérée, personne n'aurait pu arrêter les Palestiniens à établir dessus un Etat si c'était leur souhait et que, donc, tous les efforts auraient dû d’abord viser la libération de la terre et s'inquiéter plus tard de son statut politique.

L'obsession implacable de l’OLP à établir un Etat, auquel Israël s’est opposé également de façon implacable, a graduellement marginalisé toutes les causes centrales du conflit, telles que le refus des droits des réfugiés et la dépossession de la terre.



La création d'un "Etat" est devenue purement "un objectif national" symbolique non lié avec la réalité territoriale.

Le slogan de l’établissement d’un Etat est devenu si central qu'une grande partie du monde perçoit maintenant la question palestinienne dans ce contexte étroit. Israël a maintenu son opposition à l’établissement d’un Etat palestinien -- tout en passant son temps à créer des faits sur le terrain -- seulement jusqu'à ce que cela devienne un slogan véritablement vide.


Nous avons atteint le point où le discours désuet mais absolument dominant au sujet du l’établissement d’un Etat palestinien sert seulement l'intérêt d'Israël en le préservant comme un Etat à dominance Juive même si cela signifie le refus des droits de l'homme fondamentaux aux millions de Non-juifs et légitimise ainsi son "droit" à être raciste.


Israël a réduit avec succès les espérances et les demandes de l’OLP, à tel point qu'il est parfaitement possible de concevoir un "Etat" palestinien qui ne contrôlera aucun territoire, aucune frontière, aucun espace aérien ou l’eau, qui n'a aucun droit de se défendre, et qui n'est pas même autorisé à décider qui vit à l’intérieur.


Israël a même réussi à fair croire au reste du monde qu'un tel "Etat" représenterait la générosité, la modération et un sacrifice de sa part.

Maintenant que cet "Etat" est offert aux Palestiniens, avec le soutien de l'industrie du processus de paix international et de son "Quartet", qui les écoutera s'ils soulèvent toute demande "peu raisonnable" au sujet du droit des réfugiés, ou sur l’évacuation des importantes colonies israéliennes illégales telles que Ma'ale Adumim, Ariel, Ramot et Gilo et "le quart juif" de Jérusalem-Est occupé d’où des milliers de Palestiniens ont été éthniquement nettoyés après 1967 ?


Tout ce qui reste de la Palestine sur laquelle établir cet Etat célèbre représente 10 % du pays en lambeaux fragmentés dispersés entre les blocs des massives colonies juives.

Le mieux que la direction palestinienne actuelle puisse espérer réaliser pour son peuple dans les circonstances actuelles : c’est l’établissement d’un Etat symbolique, et rien d’autre.

D’accord, il est facile de juger les décisions de l’OLP avec le recul. Mais, l’OLP doit sûrement avoir appris quelque chose de l'histoire pour éviter de répéter les pires de ses erreurs.

Mais, nous avons déjà vu Mahmoud Abbas, le déclaré gagnant d’avance de l'élection de l’Autorité Palestinienne, demander une fin sans conditions à la résistance palestinienne, alors même qu’Israël continue de coloniser activement la terre palestinienne en utilisant la violence extrême.


Aujourd'hui, l’OLP n'a rien à apporter dans une négociation avec Israël, sauf de se jeter à la merci d'Israël.

Cette stratégie échouera encore, comme elle a échoué après Oslo, mais au prix de la souffrance et du chaos dans la région qui rendra insignifiant tout ce que nous avons déjà vu.

Si l’OLP plonge les Palestiniens dans le piège qui leur est préparé, ce sera pour la mère de tous les désastres.

Source : http://electronicintifada.net/

Traduction : MG pour ISM-France

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26 décembre 2004