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Palestine - ISM France

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Palestine -

Le jeu dangereux de Mahmoud Abbas

Par

Hasan Abu-Nimah est l’ancien représentant permanent de la Jordanie auprès des Nations Unies.

Le Président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas joue actuellement un jeu dangereux, s’activant à saper l’administration démocratiquement élu du Hamas.
Le seul gagnant du jeu d’Abbas sera Israël, qui présentera le chaos dans les Territoires Occupés comme une justification de plus à ses politiques d’apartheid et d’annexion unilatérale de la plupart des colonies, de la Vallée du Jourdain et de Jérusalem Est occupé.

Le Président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas joue actuellement un jeu dangereux, s’activant à saper l’administration démocratiquement élu du Hamas.

Il ne considère pas le gouvernement dirigé par le Hamas comme partie de l’Autorité Palestinienne qu’il conduit ou comme un gouvernement qu’il aurait nommé et qui aurait prêté serment devant lui ; il le voit comme un rival.


La victoire écrasante du Hamas aux élections a choqué le monde et les institutions politiques palestiniennes. Seule sa victoire claire et nette a empêché ceux qu’elle ne réjouissait pas de le renverser.

Aussi une coalition large des déçus du résultat des élections a présenté au Hamas une longue liste d’exigences.
Et ceci en dépit du fait que le Hamas se soit engagé à exercer une bonne gouvernance, à lutter contre la corruption et à maintenir la trêve qu’il a initié il y a un an, alors qu’Israël continue à perpétrer des crimes de guerre contre les civils palestiniens et les organisations de résistance.


Bien qu’elle dise qu’il faut laisser une chance au Hamas, la "communauté internationale" n’a pas tardé à couper les aides financières, menaçant et rejetant avec mépris les ouvertures politiques proposées par les dirigeants du Hamas, qui ont indiqué qu’ils étaient prêts à rompre avec des positions anciennes.


Que tant d’hostilité vienne des suspects habituels – Israël et ses alliés états-uniens ou européens, ainsi que des Nations Unies discréditées de Kofi Annan – n’est pas une surprise dans ce monde injuste.

Ce qui est plus inhabituel est la position des dirigeants Fatah de l’Autorité Palestinienne, qui ne se sont jamais préparés à la défaite ni à abandonner le pouvoir.

Abbas et ses alliés redoutaient apparemment que la prise du pouvoir par le Hamas ne révèle un scandaleux record d’incompétence, de corruption et de collusion avec l’occupant.

Juste après les élections, le Ministère public de l’Autorité Palestinienne a annoncé qu’une enquête était menée sur la disparition de centaines de millions de dollars.

Mais parce qu’elle n’a ciblé que des officiels de niveau inférieur, de nombreux observateurs ont suspecté une simple ruse pour décapiter tout effort du Hamas de lever le couvercle du vaste réservoir de pourritures créé par le Fateh.
Cette enquête, comme d’autres preuves de corruption antérieures, semble avoir disparu sans laisser de trace.

Aussitôt après les élections, le Fateh a rejeté toute proposition de rejoindre une coalition avec les gagnants, en dépit des efforts du Hamas de former "un gouvernement d’unité nationale". La déclaration de l’échec à se mettre d’accord sur un programme politique n’était qu’une excuse.

Le Fateh voulait empêcher le Hamas de prendre le rôle de leader dans une administration où le parti défait aurait joué un rôle mineur et, plus important, le Fateh voulait que le Hamas échoue. Dans ses derniers jours aux affaires, le Fateh a convoqué en urgence le Conseil Législatif sortant et a fait passer toutes sortes de lois et de nominations pour y faire entrer ses propres alliés et lier les mains du Hamas.

Ceci inclut de donner pouvoirs à la Cour constitutionnelle désignée par le Fateh pour rejeter des lois promulguées par la majorité.


Sans ressources pour payer les salaires, résultat des sanctions internationales contre le nouveau gouvernement élu démocratiquement, ils ont espéré que la colère populaire se retournerait contre le Hamas, l’isolant ainsi à l’intérieur et à l’extérieur. Certains donateurs internationaux ont proposé que les aides financières arrivent directement dans le bureau d’Abbas.

L’attitude correcte d’Abbas aurait été de refuser et, par respect du choix démocratique du peuple et des institutions de son gouvernement, d’insister pour que l’aide soit versée suivant les canaux légaux.

Au lieu de cela, son entourage, agissant déjà comme une autorité parallèle, a encouragé ces initiatives. En même temps, Abbas et sa suite font de leur mieux pour utiliser un langage qui plaise le plus possible à Israël et à ses alliés, de manière à se distinguer du Hamas.


Autre manœuvre cynique, les dirigeants du Fateh clament que l’Organisation de Libération de la Palestine, et non l’Autorité Palestinienne, est la véritable voix des Palestiniens. Ceci serait crédible si le Fateh n’avait pas passé au moins 15 ans à vider les institutions représentatives de l’OLP, la transformant en rien de plus qu’une coquille vide sous son seul contrôle.


Une des raisons-clés du vote des Palestiniens qui ont rejeté le Fateh est son échec à freiner l’anarchie grandissante qui, en plus de l’immense souffrance causée par la dictature militaire israélienne, assombrit la vie quotidienne des Palestiniens.

En fait, les milices privées armées du Fateh, qui n’obéissent même pas aux ordres d’Abbas, sont en partie responsables du chaos.

Depuis que les forces de sécurité de l’Autorité Palestinienne contrôlées par le Fateh ont refusé de se soumettre au commandement de l’Autorité élue démocratiquement, le Hamas a naturellement tenté de créer une nouvelle force de sécurité pour restaurer la loi et l’ordre, sous la direction de Abu Samhadanah, chef des Comités populaires de Résistance.

A nouveau, refusant de montrer une quelconque solidarité, ou de gérer discrètement la question si le changement n’était pas compatible avec la loi, Abbas a décrété illégale cette création.

Même lorsqu’Israël a ouvertement menacé d’assassiner Abu Samhadanah et d’autres ministres Hamas, Abbas a maintenu sa volonté de traiter avec tout officiel israélien qui le souhaiterait. Jusqu’à maintenant, il n’y en a aucun.


Peut-être Abbas espère-t-il que cette position le fera apprécier par la-dite communauté internationale, et qu’en conséquence, progressivement, un coup d’Etat le ramènera au pouvoir, lui et ses alliés.

Abbas traite avec le Premier Ministre de l’Autorité Palestinienne, Ismael Haniyeh, exactement comme Yasser Arafat le faisait avec Abbas lorsque ce dernier était Premier Ministre.

Sauf qu’à l’époque, la lutte était circonscrite à la personne d’Abbas, qui avait été imposé à Arafat par les puissances étrangères. La situation est bien plus sérieuse maintenant parce qu’Abbas, chef d’une force politique discréditée, essaie de contrecarrer les souhaits clairement exprimés par la majorité du peuple palestinien.


Etant donné les pressions intérieures et extérieures, il semble de plus en plus improbable que le Hamas réussisse à diriger l’Autorité Palestinienne. Abbas continue à précipiter la crise, menaçant récemment que "la constitution me donne l’autorité claire et définitive de dissoudre le gouvernement".

En réponse, le porte-parole du Hamas a condamné ce qu’il appelle "un chantage" et averti : "Nous partirons, mais nous ne reconnaîtrons pas le régime politique palestinien. Nous ne participerons à aucune nouvelle élection, et nous rentrerons dans la clandestinité, comme par le passé, et nous n’adhèrerons à aucun engagement, aucune trève. Nous chasser du pouvoir aura un prix lourd pour chacun. Nous espérons ne pas en arriver là." (Ha’aretz, 24 avril) (1).

Contrairement au Fateh, le Hamas, avec son importante base populaire et sa fermeté historique face à la plus extrême oppression, n’a rien à craindre en renonçant aux rênes d’un gouvernement assiégé et sans pouvoir.

Toutefois, si l’administration du Hamas échoue, il y a peu de chance qu’une nouvelle, dirigée par le Fateh, puisse gagner un vote de confiance au Conseil Législatif dominé par le Hamas. Peut-être Abbas pourrait être tenté de déclarer une sorte "d’urgence" et dissoudre le Conseil. Ce qui ne ferait qu’accroître le danger et l’affrontement.


En aucun cas le rêve du Fateh de revenir au status quo antérieur ne peut se réaliser.

Le seul gagnant du jeu d’Abbas sera Israël, qui présentera le chaos dans les Territoires Occupés comme une justification de plus à ses politiques d’apartheid et d’annexion unilatérale de la plupart des colonies, de la Vallée du Jourdain et de Jérusalem Est occupé.


Toute faction palestinienne qui n’est pas centrée d’abord et essentiellement sur la défense de la terre et du peuple contre l’agression israélienne et le colonialisme et préfère, à la place, se battre pour obtenir quelques miettes à la table du maître, travaille véritablement contre les intérêts palestiniens, et contre toute possibilité d’un règlement pacifique. Espérons que la sagesse prévaudra avant que ce ne soit trop tard.




NOTE :

(1) www.haaretzdaily.com


Source : Electronic Intifada

Traduction : MR pour ISM

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