Fermer

S'inscrire à la mailing list ISM-France

Recevez par email les titres des derniers articles publiés sur ISM-France.

Votre adresse courriel

Fermer

Envoyer cet article

Votre adresse courriel
Envoyer l'article à
Votre message
Je profite de l'occasion pour m'abonner à la newsletter ISM France.
Palestine - ISM France

Imprimer cet article Envoyer cet article
Article lu 1001 fois

Israël -

Pile : on gagne / Face : ils perdent !

Par

Surprise, surprise ! Après avoir répété durant près de quarante ans qu’aucune colonie juive ne serait jamais démantelée, le plan de démantèlement de colonies juives à Gaza, signé Sharon en personne, a été rejeté par les propres membres de son parti, le Likoud !

On peut tromper tout le monde, tout le temps - mais on ne peut vendre aux gens une nouvelle ineptie chaque semaine. Sharon a été battu après qu’une campagne efficace eut été lancée par des colons, et généreusement sponsorisée par des magnats juifs anti-paix «outre mer», tels les Gutniks, Moskowitzs et autres Kleins.


Comme l’écrit Meron Benvenisti dans une excellente analyse publiée dans le Ha’aretz du 6 mai, : « L’Etat a donné à un petit groupe d’activistes fanatiques expérimentés une puissance bureaucratique et des ressources économiques immenses, qui ont été investies d’une manière très sophistiquée, transformant les colonies en l’un des fondements les plus puissants du pouvoir, en Israël » - bien que ces gens ne représentent que 4 % de la population de ce pays.


Sharon devrait remercier aussi le président Bush de son humiliante défaite : les membres du Likoud ont parfaitement compris qu’Israël n’avait strictement rien à perdre à rejeter son fameux plan. Une longue liste d’organisations extrémistes judéo-américaines (la ZOA et ses avatars) [la grande ZOA étant la « Zionist Organization of America », ndt], ont publié d’énormes placards publicitaires dans la presse israélienne, expliquant que les Etats-Unis ne changeraient pas leur politique pavlovienne pro-israélienne et anti-palestinienne, quels que soient les résultats du referendum.


En échange du plan de désengagement (de Gaza), Bush a avalisé le tracé du Mur d’Apartheid. Il a aussi reconnu les principaux blocs de colonies illégales d’Israël, en voulant bien y voir des « données de fait démographiques ». Enfin, il a définitivement rejeté le Droit des Palestiniens au Retour.


Le plan de désengagement a été rejeté. Mais ne vous attendez pas à entendre le président Bush renoncer au Mur de l’Apartheid, ni à condamner les « faits accomplis démographiques » des colonies, ni à le voir soudain se mettre à soutenir le Droit au Retour des réfugiés palestiniens.
Quand Sharon et Bush passent leurs marchés colonialistes sur le dos des terres et de la liberté des Palestiniens, leur jeu s’appelle : « Pile : on gagne / Face : ils perdent ! »




A.B. Yehoshua « a fait un rêve »


Le plan de désengagement n’avait rien d’un plan de paix. Il n’y avait vraiment pas grand-chose à soutenir, avec un redéploiement des forces israéliennes d’occupation, depuis le cœur de la bande de Gaza, jusqu’à des positions périphériques destinées à en garantir l’étranglement.


D’autant moins que ce plan est fait pour permettre un renforcement de l’emprise israélienne sur la Cisjordanie , et que des personnalités éminentes du « camp de la paix » israélien se mettaient déjà à faire savoir à qui veut les entendre leurs fantaisies génocidaires pour le jour d’après.


A titre d’exemple, écoutons ce que trouvait de mieux à nous dire l’écrivain «peacenik» A.B. Yehoshua : « Si nous nous débarrassions des implantations… toutes les règles de la guerre changeraient. Nous exercerions toute notre puissance…
Nous n’aurions plus à courir après tel ou tel terroriste : nous utiliserions notre force contre une population entière, nous recourrions à la force totale : nous couperions l’électricité à Gaza.
Nous couperions les communications, à Gaza.
Nous empêcherions que des carburants soient livrés à Gaza
Ce ne serait pas une guerre désirable. Mais ce serait, à n’en pas douter, une guerre purificatrice
. » (Ha’aretz, 19.03.2004)




S’engager, pour se désengager


Maintenant qu’il est mort et enterré, voyons ce qu’était ce plan de désengagement. Examinons ses finalités réelles, sur le terrain, et dans le discours public israélien, au moyen de citations, toutes extraites du quotidien Ha’aretz :


Le plan a été annoncé le 3 février. Une semaine après, tout juste, Israël tuait quinze Palestiniens à Gaza.
L’analyste militaire Ze’v Schiff donna le ton, en faisant le rapport entre les deux événements, (Ha’aretz du 12 février) : "C'’est précisément en raison de la décision du Premier ministre de procéder à l’éviction future de la plupart des colonies de Gaza, qu’Israël va sans doute s’efforcer de montrer «ses biceps militaires» dans les jours à venir – en préparation, en quelque sorte, du futur".
Autrement dit : tandis que nous nous «désengageons», attendons-nous à plus de tueries à Gaza. C’est exactement ce qui allait se passer…


Quinze jours plus tard, Israël assassinait trois militants du Jihad à Gaza : Sharon ayant « décidé de booster la politique des assassinats ciblés… en vue de la mise en application de son plan de désengagement » (Ha’aretz du 29 février).


Ainsi, on releva, en février – mois au cours duquel le « plan de désengagement » a été annoncé – quarante-trois Palestiniens tués, au lieu de vingt-neuf, en janvier.


Une semaine après, 15 Palestiniens étaient tués à Gaza, dont 4 enfants, et 80 blessés (Ha’aretz du 8 mars).
L’offensive des forces israéliennes «de défense» fut présentée comme «une réponse à un stimulus» : il s’agissait d’incursions visant à provoquer les Palestiniens, en les incitant à recourir à leurs pétoires rouillées et à s’exposer aux tirs impitoyablement meurtriers des armes israéliennes high-tech.


Le journaliste militaire Amos Harel se demanda alors : "Pourquoi l’armée israélienne continue-t-elle ses opérations, dès lors que le retrait (de Gaza) semble désormais évident ?" L’opération, concluait-il, soit simplement s’inscrivait dans une politique de longue haleine consistant en « une grande offensive à Gaza, environ une fois par mois », soit reflétait la détermination de l’armée israélienne à ne pas permettre à l’échelon politique de présenter le retrait israélien de Gaza comme résultant d’une défaite militaire, comme cela avait été le cas en ce qui concerne le retrait du sud Liban.

Ceux qui penchent pour la deuxième option rendent l’armée israélienne responsable de cette escalade. Il n’y a aucun souci à se faire : en un rien de temps, l’armée s’innocentera (devinez qui elle risquerait de mettre en cause, au cas où on ne lui ficherait pas la paix ?).

Quoi qu’il en soit, le Hamas et le Jihad ont qualifié l’opération israélienne à Gaza de «massacre», en promettant de se venger.


Passe une semaine. Les Palestiniens mettent leur promesse en application. Dix ouvriers israéliens sont tués lors d’une attaque contre des installations portuaires d’Ashdod.
Mais l’armée israélienne a fourni une explication bien plus utile de ces explosions dans le port méditerranéen : « Dès que le plan de désengagement et le retrait unilatéral d’Israël ont été annoncés, les organisations palestiniennes se sont empressées de démontrer qu’Israël se retirait sous la pression militaire » (Ha’aretz du 15 mars).

• Ainsi, vous êtes priés, primo, d’oublier le bain de sang à Gaza, la semaine d’avant : ce n’est pas parce que nous les massacrons que les Palestiniens nous trucident : c’est parce que nous voulons nous retirer et faire la paix !

• Vous êtes priés, secundo, de croire que l’escalade n’est pas du fait d’Israël.

La faute à qui, alors ? Bingo : c’est la faute des Palestiniens ! On aurait dû s’y attendre…


Le lendemain, le cabinet Sharon ordonnait une série d’opérations de grande envergure contre le Hamas, dans la bande de Gaza.

Exprimant la position de l’armée, le ministre de la Défense Mofaz expliqua que le Hamas voulait capitaliser sur le retrait israélien, et planifiait une vaste campagne de terreur, si bien que l’escalade initiée par Israël était, en fait, de la faute des Palestiniens… (vous suivez ?).

Quant à l’échelle de cette escalade, les sources militaires furent très franches : « Nous sommes revenus aux jours d’avant la Hudna (la trêve de cessez-le-feu) de juillet 2003 » (Ha’aretz du 17 mars).


Les atrocités culminèrent le 22 mars, jour où Israël assassina le Sheikh Yassine, chef spirituel du Hamas, à Gaza. Sept autres Palestiniens périrent dans son assassinat – ainsi que cinq autres Palestiniens, tués dans d’autres accrochages, le même jour, et sept encore, tués la veille à Gaza.

A ce stage, aussi horribles les crimes en cours eussent-ils pu être, ils furent couvert par le carnaval du « Désengagement » :

"Nous allons mettre le Hamas à genoux, avant notre Désengagement" (Mofaz, ministre de la Défense, 22 février).

"Israël fera tout pour mettre un terme à l’offensive du Hamas, déclenchée à l’annonce du Plan de Désengagement" (Ze’ev Schiff, 23 mars).

"L’assassinat risque de rendre le Désengagement plus difficile" (Amos Harel, 23 février).

"Alors que Sharon se consulte avec le président Bush en vue du retrait de la bande de Gaza et du démantèlement de ses colonies – est-ce vraiment le bon moment pour noyer Gaza sous une marée de haine ?" (Yoel Marcus, 26 mars).

L’idée qu’on pût voir dans l’escalade et les tueries israéliennes une guerre, et non une contribution à la paix, était totalement inconcevable.

Aussi, c’est sur un score de 79 Palestiniens tués que se termina le mois de mars.


La victime éminente suivante de l’escalade israélienne préméditée fut le successeur de Yassine, le Dr Rantissi, qui fut tué trois jours, tout juste, après le « Sommet du Désengagement » Bush-Sharon.


Amir Oren répercuta, tel un automate : « L’élément dominant dans le contexte du ciblage continué de la direction du Hamas, c’est le plan d’évacuation de Gaza conçu par Sharon, qui bénéficie désormais du soutien américain. » (18 avril).


Avril allait se conclure sur un bilan de 55 Palestiniens tués.

En tout juste trois mois, durant lesquels Israël s’afférait activement à faire la « paix » avec son plan de « désengagement », ce sont pas moins de 177 Palestiniens qui périrent. Contre 25 Israéliens. Excellent ratio. Sept contre un.




On ne se contente pas de tuer


Les tueries représentent sans doute la partie la plus visible de l’occupation israélienne, mais l’occupation est bien plus que cela.


Ainsi, moins de deux semaines après l’annonce du plan de Désengagement, des colons de Gaza lancèrent un plan de construction de trois nouvelles colonies, prévoyant l’intégration à ces colonies de cinq cents nouvelles familles, au cours de l’année ; ils avaient un excellent argumentaire : « Ces projets ont été boostés par le plan de désengagement, c’est une réaction contre celui-ci » (15 février).

En effet, une de ces nouvelles colonies a été inaugurée depuis – dès le lendemain de la victoire des colons au referendum.


De plus, faisant d’un vieux rêve une réalité, l’armée israélienne s’est saisie de l’aubaine pour annoncer qu’une longue tranchée serait creusée tout au long de la route séparant la bande de Gaza de l’Egypte. Toujours « en vue du Plan de Désengagement », naturellement !

"La distance entre la route et les premières maisons de Rafah est aujourd’hui d’environ 150 mètres, l’armée ayant démoli la première rangée d’immeubles durant les trois années et demie d’affrontement écoulées […]
L’armée s’efforce depuis longtemps d’élargir le terrain vague à l’est de la route […]
Dans le cadre des diverses opérations effectuées dans la région, des centaines de maisons palestiniennes ont été détruites
". (Ha’aretz, 28 avril).




Des leçons, tirées en vue du « Prochain Plan »


Le 2 mai, le Plan de Désengagement a été rejeté par 60 % des membres du Likoud.

Le 3 mai, Sharon annonçait qu’il préparait un nouveau plan.
Ses chargés de copyright commencent à jouer avec les dénominations : «Désengagement Réduit» ? «Désengagement Graduel» ?
Une fois qu’un nom aura été trouvé, nous pourrons recommencer la grande duperie, depuis le début.


Il est bien vrai qu’Israël est prêt à examiner n’importe quel Plan de Paix. Pour peu qu’il soit inacceptable pour les Palestiniens (donc, pour le plan de paix saoudien : c’est cuit !). Pour peu qu’il lui donne un délai supplémentaire pour bétonner son occupation.
Et dès lors qu’il peut servir de prétexte pour assassiner des centaines de Palestiniens.


A quoi d’autre pourrait servir un [oxymore] « plan de paix signé : ‘Sharon’ » ?

Source : www.antiwar.com

Traduction : Marcel Charbonnier

Faire un don

Afin d'assurer sa mission d'information, ISM-France fait appel à votre soutien.

Oui ! Je soutiens ISM-France.


Contacter ISM France

contact@ism-france.org

Suivre ISM France

S'abonner à ISMFRANCE sur Twitter RSS

Avertissement

L'ISM a pour vocation la diffusion d'informations relatives aux événements du Proche Orient. Les auteurs du site travaillent à la plus grande objectivité et au respect des opinions de chacun, soucieux de corriger les erreurs qui leur seraient signalées.

Les opinions exprimées dans les articles n'engagent que la responsabilité de leur auteur et/ou de leur traducteur. En aucun cas l'ISM ne saurait être tenu responsable des propos tenus dans les analyses, témoignages et messages postés par des tierces personnes.

D'autre part, beaucoup d'informations émanant de sources externes, ou faisant lien vers des sites dont il n'a pas la gestion, l'ISM n'assume aucunement la responsabilité quant à l'information contenue dans ces sites.

A lire également...
Même lieu

Israël

Même sujet

Plan de Désengagement

Même auteur

Ran HaCohen

Même date

8 mai 2004