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Palestine - ISM France

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Palestine -

Sionisme : transfert et apartheid (1 & 2)

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Cette étude a pour objet de suivre et d'analyser les attitudes des dirigeants et théoriciens du mouvement sioniste, depuis Herzl jusqu'à Sharon, sur ce que les sionistes appellent "le problème démographique".
Dans ce cadre, cette étude se penchera sur les solutions proposées par les dirigeants et théoriciens du sionisme à ce "problème", qui se sont concrétisées par la politique du transfert et sa mise en pratique sur le terrain.
Cette étude nous conduira à étudier les éléments qui ont amené Sharon à adopter l'institution du système de l'apartheid dans les territoires palestiniens.

"Il faut que ce soit clair qu'il n'y a pas de place pour deux peuples dans ce pays...
La seule solution est la terre d'Israël, du moins la terre occidentale d'Israël, sans Arabes. Il n'y a pas de solutions médianes, ici.
Il n'y a pas d'autres moyens sinon le transfert (l'expulsion) des Arabes d'ici vers les pays voisins, les transférer tous...
Il faut qu'il ne reste aucun village, aucune tribu, tous doivent être transférés vers l'Irak et la Syrie, et même à l'est du Jourdain. Pour exécuter cet objectif, il nous faut beaucoup d'argent.
Après le transfert, le pays peut intégrer des millions de nos frères et la solution juive trouvera une fin et une solution" (Yosef Weitz, al-Quds, 9 décembre 1940).



Première partie


Les racines de l'idée de transfert

Les racines de l'idée de chasser le peuple arabe palestinien de sa patrie sont celles du fondement du sionisme. Cette idée est celle du mouvement sioniste, elle a accompagné l'évolution du projet sioniste en Palestine, dès la fin du siècle dernier (XIXème siècle) jusqu'à aujourd'hui.

Les buts essentiels du sionisme n'auraient pu se réaliser sans l'expulsion massive de tous, ou de la majorité, des Palestiniens, de la Palestine.

La simple présence du peuple palestinien dans sa patrie représente une contradiction fondamentale avec le sionisme et ses buts en Palestine. Pour comprendre cela, il faut nous arrêter sur les buts du sionisme.

Les chercheurs, qu'ils soient adeptes ou opposés du sionisme, sont d'accord pour dire que les buts essentiels du mouvement sioniste sont représentés dans les points suivants : d'abord, la négation de ce que les sionistes appelent "l'exil" et le rassemblement de la "diaspora" juive du monde en Palestine et aux alentours; ensuite, la création d'un Etat juif en Palestine et ses alentours; puis, cet Etat devrait être le refuge de la sécurité pour les Juifs.


Si la Palestine avait été une terre inhabitée, ou si les pères du sionisme avaient trouvé une région dans le monde inhabitée, le mouvement sioniste n'aurait pas fait face à des problèmes entravant son objectif.

Car il aurait été possible, surtout avec la diffusion de l'antisémitisme en Europe, de transporter les Juifs, ou quiconque d'entre eux, vers le pays souhaité.

Mais, comme il était impossible de trouver une région sur cette terre, inhabitée, le mouvement sioniste a commencé à exécuter ses objectifs en Palestine, tout en instaurant une vision officielle et formelle, secrète ou déclarée, niant la présence des Palestiniens, et essayer, dans les faits et de façon non officielle, de chasser ce peuple "inexistant".


Le principe du refus de l'"exil" et du rassemblement de la "diaspora" est en totale contradiction avec la présence du peuple arabe palestinien dans son pays. De ce fait, fut adoptée la politique d'expulsion de ceux qui existaient, soit en dispersant les Palestiniens, soit en les arrachant à leur pays.

Tout comme le principe de la formation d'un Etat juif en Palestine et aux alentours fut et est en contradiction avec les aspirations du peuple palestinien à fonder son Etat indépendant en Palestine.

Par conséquent, le mouvement sioniste s'est appuyé sur la négation du droit des Palestiniens à fonder leur Etat dans leur pays, la Palestine.


Quant au troisième objectif du sionisme, qui est de faire de l'Etat juif un refuge de sécurité pour les Juifs, il en est résulté la négation d'un lieu de sécurité pour les Palestiniens et la transformation de la majorité des Palestiniens en réfugiés vivant dans une insécurité permanente.


Contrairement aux autres mouvements colonialistes, le but principal du mouvement sioniste n'était pas d'exploiter la population autochtone en tant que source de main d'oeuvre bon marché et en tant que marché pour ses produits.

Les dirigeants sionistes avaient conclu que l'adoption d'une telle forme de colonialisme n'aboutira pas à un Etat Juif mais à un Etat où les colons juifs seraient une minorité à la tête de la société, alors que les Palestiniens, qui seraient les couches les plus inférieures de la société, représenteraient la majorité de la population, ce qui constituerait, à long terme, un danger pour le projet sioniste.

C'est pourquoi les dirigeants sionistes ont agi pour se "débarrasser" des Palestiniens, et les expulser hors de la Palestine.

Il faut rappeler que les sionistes, et notamment les "modérés" d'entre eux, ont évité, la plupart du temps, d'utiliser le terme "expulsion", car il porte les caractéristiques de la sauvagerie et de la violence, le remplaçant par des termes portant la même signification, tout en la rendant acceptable, comme "transport", "échange de populations", "ré-implantation" et "allègement de la densité de la population".




Opinions des théoriciens sionistes

Tout en traçant les larges lignes du programme sioniste visant à fonder l'Etat en Palestine et ses alentours, le fondateur du mouvement sioniste, Théodore Herzl a écrit en 1897, dans ses mémoires, à propos de l'attitude du mouvement envers les Arabes Palestiniens, disant :
"Nous essayerons de transporter les couches les plus pauvres au-delà des frontières, tranquillement, sans susciter de remous, en leur fournissant du travail dans les Etats où ils seront transportés. Mais nous ne leur accorderons pas du travail dans notre pays" (Oeuvres de Théodore Herzl, (en hébreu), Tel Aviv, 21 juin 1897, premier volume.)


Ce qu'a écrit Herzl, dans son journal, calmement et sans précipitation, sans citer le terme "arabes" ou "palestiniens", a été exprimé avec fougue par Yisrael Zengwill, l'un de ses premiers collaborateurs.

En 1897, Zengwill a visité la Palestine et a observé la situation, remarquant la présence du peuple arabe palestinien. Et, partant de l'idée que la Palestine et ses alentours doivent être un pays pour les Juifs seulement, il a appelé à l'expulsion des Palestiniens par la force.

Il a indiqué, dans un de ses discours publics, à New York, que la "terre d'Israël est habitée par les Arabes".

Il a ajouté "Nous devons nous préparer à les expulser du pays par la force des armes, tout comme l'ont fait nos pères avec les tribus qui y vivaient, sinon, nous nous trouverons face à un problème, représenté par la présence d'une population d'étrangers, nombreuse, à majorité musulmane, qui se sont habitués à nous mépriser depuis des générations.
Aujourd'hui, nous ne représentons que 12% de l'ensemble de la population, et nous ne possédons que 2%, seulement, de la terre
".


L'attitude sioniste hostile et appelant à l'expulsion des Arabes ne s'est pas limitée à Herzl et Zengwill, elle a également été partagée par le courant sioniste de gauche.

Un an après la fondation du mouvement sioniste, Nahman Sirkin a publié en 1898 un pamphlet portant le titre de "la question juive et l'Etat juif socialiste", qui a posé les fondements du "sionisme socialiste", courant qui a dirigé le mouvement sioniste dans les années trente et qui a fondé et élargi l'Etat juif par la suite.

Abordant la question des moyens à suivre pour réaliser les objectifs du sionisme et fonder l'Etat juif, Sirkin propose le transfert des Arabes palestiniens vers les Etats voisins.

Il demande aux sionistes de contacter les peuples soumis au pouvoir turc, de collaborer avec eux pour les libérer de leur oppression.
Et après leur libération du pouvoir turc, "il y aura un échange de population de façon pacifique, en divisant le pays sur la base de nationalités. Et la terre d'Israël qui n'est pas surpeuplée, et où les Juifs constituent près de 10% de la population, doit être vidée pour eux" (Sirkin, oeuvres, en hébreu, tome premier, Tel aviv, 1939).


Borkhov, l'autre axe du courant sioniste de gauche, a partagé avec Sirkin sa négligence des Palestiniens arabes et sa négation de leurs droits nationaux en Palestine.

En 1906, Borkhov publie quatre articles avec pour titre "notre programme", qui ont contribué à développer les bases théoriques de ce qui fut nommé "le sionisme socialiste".

Si Borkhov ne demandait pas l'expulsion des Palestiniens, comme l'a proposé son collègue, il a négligé leur présence et les a "évacués" de la Palestine et de leurs droits nationaux.

Les Palestiniens, selon Borkhov, "ne résisteront pas au projet sioniste", car "ils sont dépourvus de toute structure économique ou civilisationnelle indépendante, ils sont divisés et morcelés... ils ne constituent pas un peuple". Plus, "ils savent s'adapter avec unegrande facilité, et rapidement, avec une civilisation plus avancée que la leur, qui leur vient de l'extérieur".

Borkhov conclut que "les Palestiniens, avec le temps, seront intégrés, économiquement et civilisationnellement, au sein des colons sionistes, et par conséquent, ne constitueront pas un problème arabe à l'intérieur de l'Etat juif" (Borkhov, Oeuvres, en hébreu, premier volume, 1955).

Tous les dirigeants et théoriciens du mouvement sioniste furent unanimes, et notamment au cours des premières décennies du XXème siècle, pour ignorer le peuple palestinien, négliger sa présence et ses droits nationaux sur sa patrie.

Cette ignorance et négligence ont atteint un tel point que l'écrivain et penseur juif, Isaac Ipstein a été obligé de lancer un cri d'alarme, ce qui l'a placé en situation minoritaire et l'a exposé à une attaque virulente de la part des dirigeants colons sionistes.


En 1906, Ipstein écrit un article dans un journal hébreu en Palestine, ayant pour titre "la question inconnue" où il critique violemment la politique et les pratiques du mouvement sioniste envers les Palestiniens, et notamment les moyens d'arracher la terre aux Palestiniens et leur expulsion.

Il a critiqué avec virulence les dirigeants sionistes qui "se préoccupent de questions élevées" alors que "la question de ce qui existe en Palestine, ses ouvriers, ses paysans, ses maîtres réels, n'a pas été soulevée, ni dans la pratique, ni en théorie", et cela parce que les dirigeants sionistes nient qu'il "existe dans ce pays un peuple entier qui s'y accroche depuis des centaines d'années, et qui n'a pas du tout l'intention de s'en aller ailleurs" (Ipstein, la question inconnue, 1907).

La tentative infructueuse d'Ipstein, fut une quête de la conscience égarée et une mise en garde adressée aux colons sionistes de la négligence des Arabes, ce qui conduirait à des résultats dont les conséquences seraient désastreuses, mais elle fut accueillie par la colère des colons, surtout qu'il n'a pas hésité à louer les qualités des Arabes.

Plusieurs écrivains et dirigeants sionistes lui ont répondu, considérant ses idées comme un danger national, et proclamant de nouveau leur attachement aux objectifs sionistes visant à constituer une majorité juive et une "patrie nationale" en Palestine.

Dans ce climat, Arthur Rubin présente au comité exécutif du mouvement sioniste, suite à un voyage effectué en Palestine en 1907, un plan où il propose la formation d'une majorité juive dans plusieurs régions de la Palestine, puis de les relier entre elles par le biais de la colonisation.



Les conséquences de la déclaration Balfour

La déclaration Balfour, ainsi que la mise en place du mandat britannique, a renforcé la position du mouvement sioniste, notamment celle qui consiste à ignorer la présence palestinienne et à nier leurs droits nationaux.

La déclaration Balfour a fait la promesse de fonder "un Etat national" pour les Juifs en Palestine, ignorant les droits nationaux du peuple arabe palestinien, qui représente la majorité absolue de la population du pays.

Max Nordau, dont l'influence était grande au sein du mouvement sioniste et qui était le bras droit de Herzl, fut le premier à avoir formulé l'attitude du sionisme envers les Arabes Palestiniens, après la déclaration Balfour.

Au cours des trois années suivant la déclaration, Nordau a posé les principes de base que Jabotinsky, fondateur du mouvement révisionniste, a plus tard développé.

Nordau a appelé à renforcer et à développer la colonisation sioniste en Palestine, en s'écartant et en isolant sa population autochtone. Il a distingué entre le niveau pratique que le mouvement sioniste doit appliquer envers les Palestiniens et entre la position de principe sur la souveraineté en Palestine et aux alentours.

Sur le plan pratique, Nordau a essayé de calmer les Palestiniens en les "rassurant" sur le fait que le sionisme ne vise pas à les arracher, pour éviter de les mobiliser contre le projet sioniste.

Quant à la position de principe, Nordau a insisté très fermement sur le fait que les Juifs avaient un droit historique et la souveraineté sur la Palestine.

Et pour réaliser "ce droit historique", ce qui signifie la souveraineté juive sur la terre palestinienne, il a appelé à apporter plus d'un demi-million de colons juifs, immédiatement, en Palestine, afin que les Juifs deviennent la majorité dans le pays, ajoutant "tant que les Juifs ne constituent pas la majorité, en Palestine et ses alentours, leur "droit historique" et leur souveraineté sur le pays sera toujours l'objet d'interrogation" (les positions de Nordau sont expliquées dans ses oeuvres, tome quatre, al-Quds, 1962).




Deuxième partie

La commission Peel et l'idée de transfert

Benjamin Jabotinsky, fondateur et dirigeant du courant révisionniste dans le mouvement sioniste, - courant qui s'est opposé au courant travailliste et a pris ses distances de l'organisation sioniste mère, en fondant une organisation sioniste parallèle, pour une période, et qui a pris le pouvoir en Israël en 1977, sous la direction de Menahim Begin, "élève" et "successeur" de Jabotinsky - a repris les opinions de Max Landau tout en les développant et les modifiant.

En 1923, Jabotinsky publie deux articles intitulés "à propos du mur de fer" et "la moralité du mur de fer", où il fonde les bases théoriques du mouvement révisionniste, définit l'attitude envers la Grande-Bretagne, l'attitude envers les Arabes et la politique de l'administration sioniste.

Jabotinsky a considéré qu'il ne pouvait parvenir à un accord entre le mouvement sioniste et les Arabes Palestiniens, ni en son temps, ni dans un avenir proche, par rapport à sa génération, à cause de la nature humaine et les leçons de l'histoire.

Il n'y a jamais eu, dans l'histoire humaine, un accord de plein gré, de la part d'une population autochtone, pour accepter des colons venant de l'extérieur, et renoncer à leur souveraineté sur leur pays.

Il a affirmé que ce principe s'appliquait aux Arabes palestiniens qui connaissent les buts et les dangers que représente le sionisme pour eux, qui s'y opposent et qui résistent contre ses premières manifestations, en Palestine.

Il se moquait des sionistes qui considéraient que pour réaliser le sionisme, les Arabes devaient être d'accord. Il les appela à admettre qu'une telle condition était impossible à réaliser, à moins d'abandonner le sionisme.

Il a même exposé son idée de manière plus vive, lorsqu'il a affirmé que la colonisation sioniste devrait soit être stoppée soit être poursuivie sans prendre en compte ni s'arrêter à l'attitude des habitants autochtones.

Il atteint son but en déclarant qu'il "était possible à la colonisation de se développer, sous protection d'une force non liée aux habitants autochtones, derrière un mur de fer, que les habitants autochtones ne pouvaient percer".

Le mur de fer dont Jabotinsky parlait était la force militaire juive officielle.
Jabotinsky a posé comme conditions pour la réalisation des buts sionistes et la création d'un Etat Juif en Palestine et aux alentours la fondation d'une force militaire juive officielle qui impose le projet sioniste aux Arabes.
Il a affirmé que le but du sionisme était et restera la formation d'une majorité juive sur la "terre d'Israël".

Pour réaliser ce but, Jabotinsky a appelé à renforcer la collaboration avec la Grande-Bretagne et l'instauration d'un "mur de fer", qui assurera la protection pour accueillir 50.000 immigrants juifs par an, pendant trente ans, à partir du milieu des années 20.

Il a proposé d'accorder une autonomie aux Arabes Palestiniens lorsque les Juifs deviendraient une majorité et fonderaient leur Etat juif.



La commission Peel et l'expulsion

Suite à la révolution de 1936 dont l'ampleur s'était accrue, le gouvernement britannique pris l'initiative de constituer la commission d'enquête Peel, pour étudier la situation en Palestine, surnommée commission Peel, du nom de son fondateur, Lord Peel.

La commission proposa dans son rapport présenté au gouvernement britannique, adopté au mois de juillet 1937, le partage de la Palestine en deux Etats, un Etat Juif qui occuperait 20% de la surface de la Palestine et un Etat arabe sur le reste de la surface de la Palestine et la région à l'est du Jourdain.

Bien que les recommandations de la commission Peel échouèrent comme les suivantes, elles prirent cependant de l'importance, à cette époque, car elles ont ajouté le caractère légal à trois questions essentielles :

1 - La demande de l'instauration d'un Etat juif en Palestine, ce que le mouvement sioniste n'avait pas osé demandé, officiellement, même s'il avait appelé à la fondation d'une "patrie nationale juive" en Palestine.

2 - Le rattachement des régions palestiniennes non incluses dans l'Etat juif proposé à l'est du Jourdain.

3 - La demande d'un échange de population entre l'Etat juif et l'Etat arabe.



La commission Peel a mentionné qu'il se trouve, à l'intérieur de la superficie qu'elle a réservée à l'Etat juif, plus de 225.000 Arabes alors qu'il se trouve à l'intérieur de l'Etat arabe proposé 1250 Juifs.

La commission a considéré que la présence de ce nombre d'Arabes à l'intérieur de la superficie réservée à l'Etat Juif ne peut qu'entraver la création d'un Etat Juif, et de ce fait, la partition.

Elle a donc proposé une solution pour réussir la partition, qui serait l'expulsion de la majorité des Arabes par la force sous couvert d'"échange de population".



L'attitude de David Ben Gourion

Les recommandations de la commission Peel ont suscité un vif débat au sein des dirigeants sionistes. Les premières réactions sionistes furent fortement opposées aux recommandations qui divisent "la terre d'Israël" et accordent aux Juifs "une petite part" seulement, mais l'opposition va aller s'amenuisant, progressivement, jusqu'à devenir un soutien réservé à la réalité de la recommandation du comité, soit l'expulsion des Arabes Palestiniens de l'Etat juif proposé.

On peut remarquer la transformation de l'attitude sioniste en suivant celle du dirigeant du courant sioniste travailliste, David Ben Gourion.

Au début, Ben Gourion a nettement refusé les recommandations de la commission Peel, lui collant tous les attributs négatifs, mais cette attitude a progressivement changé pour adopter un soutien réservé.

Cette transformation de son attitude était due à sa conviction que si les sionistes exerçaient des pressions sur le gouvernement britannique pour exécuter l'expulsion, il n'y aurait plus d'entraves véritables à la fondation d'un Etat Juif.

Ben Gourion a accordé une grande importance aux recommandations d'expulsion faites par la commission Peel, et a affirmé que le mouvement sioniste devait s'appuyer sur "la recommandation tout comme nous nous sommes appuyés sur la déclaration Balfour, comme nous nous appuyons sur le sionisme lui-même.
Il nous faut tenir à cette recommandation, de toutes nos forces, notre volonté et nos espoirs, car cette recommandation, parmi les autres, contient les indemnités des parties du pays qui nous sont arrachées...
L'article de l'expulsion est, à mon avis, plus important que l'ensemble de nos revendications pour augmenter la superficie...
Si nous n'avons pas les moyens de sortir les Arabes qui sont parmi nous, et les transférer vers les régions arabes, ce que propose la commission britannique, nous ne pourrons plus le faire avec cette facilité (si nous avions pu le faire) après la création de l'Etat, lorsque le monde hostile sera en train de nous regarder, pour surveiller notre comportement envers notre minorité". (Ben Gourion, mémoires).



Berl Katznelson, le théoricien de la gauche sioniste dont les partisans défendent les qualités morales et les positions de principe, a approuvé les opinions de Ben Gourion concernant l'expulsion.

Dans le feu des discussions sur les recommandations de la commission Peel, il a mentionné, dans une réunion du comité exécutif de l'organisation sioniste, que "la question de l'expulsion a suscité une discussion vive parmi nous, est-elle permise ou interdite ?
Ma conscience est très tranquille. Un voisin éloigné est meilleur qu'un ennemi proche.
Eux ne perdront pas après leur transfert, et nous, évidemment, nous ne perdrons pas. Cette question est, en dernière analyse, une réforme politique coloniale, pour l'intérêt des deux parties. Je considère que c'est la meilleure solution. Et au moment de la révolte, je fus certain que cette question devait être suscitée un jour. Mais, je n'avais pas pensé que le transfert serait vers l'extérieur de "la terre d'Israël", je pensais plutêt à la région près de Nablus, et je suis encore convaincu qu'ils seront transférés, dans l'avenir, vers la Syrie et l'Irak"



Unanimité nationale pour le transfert

Avec l'accentuation du conflit entre sionistes et Palestiniens, une unanimité "nationale" fut constituée, au sein des partis sionistes en Palestine, pour expulser le peuple palestinien vers les Etats arabes, et notamment vers la Syrie et l'Irak.

Cette unanimité fut dirigée par le parti Mapaï qui a dirigé le mouvement sioniste, puis l'Etat d'Israël, dès 1933 jusqu'en 1977, et qui a regroupé dans ses rangs, dans les années trente, le parti Ahadot Hafoda, plus dur envers les Arabes, qui a fait scission du Mapaï pour se retrouver avec le Mapam dans les années 40, puis qui a quitté ce dernier pour être indépendant dans les années 50 et revenir au giron du Mapaï en 1965.

Cette unanimité n'a pas exclu de ses rangs le courant travailliste sioniste, le parti Mapam, qui s'appelait Hashomer Hatsaïr (le jeune gardien) à cette époque, et qui chantait la fraternité arabo-juive, et levait le mot d'ordre de la fondation d'un Etat binational pour les Arabes et les Juifs.

L'attitude de ce parti peut être comprise à partir de celle de Aharon Cizling, l'un des dirigeants du parti, qui a affirmé : "je ne nie pas notre droit moral à proposer l'échange de population. Il n'y a aucune atteinte morale dans cette proposition qui vise à rassembler et à développer une vie nationale... Cela peut arriver dans le cadre d'un nouvel ordre mondial".


Il a indiqué que la question de l'échange de population n'est pas pratique dans ces conditions, mais a affirmé que sur le long terme, il est logique qu'il y ait un échange de population entre les habitants de "la terre d'Israël" d'une part et les Etats arabes de l'autre, par le transfert des Juifs de ces Etats vers la "terre d'Israël".

En plus du courant des partis travaillistes sionistes, l'expulsion a été soutenue par les dirigeants des partis sionistes "généralistes", dirigés par Haïm Weizmann, premier président de l'Etat d'Israël, qui ont visé à "transformer la Palestine en un Etat Juif entièrement pur comme l'Angleterre est anglaise".

De même, l'organisation Lehi (les combattants pour la liberté d'Israël), connue également par la bande Stern, a demandé l'expulsion des Palestiniens.

L'article 14 des principes fondamentaux du mouvement, écrits par son fondateur et théoricien Abraham Stern, qui fut remplacé à sa mort, par une direction tripartite, dont Ishaq Shamir, est explicite à ce propos parlant de la "résolution du problème des étrangers par le biais de l'échange de population".

A la fin des années trente, une unanimité sioniste appelant à l'expulsion fut constituée, avec l'adhésion de Jabotinsky à cet appel, dans une lettre envoyée à la veille du décès de l'un de ses collaborateurs en Palestine.

Dans ces conditions, quelques activistes indépendants ont affirmé leurs points de vue spécifiques sur cette question.

Le plus connu étant Abraham Sharon, auteur de la théorie "du sionisme sauvage" qui a appelé à l'expulsion définitive des Arabes en direction de l'Irak, "afin qu'il ne reste dans notre Etat qu'un faible nombre d'individus et de catégories qu'il est impossible de transférer d'une quelconque manière".




Pour avoir plus d'informations à ce sujet, lire, en anglais

http://www.geocities.com/CapitolHill/Senate/7854/transfer.html

• A historical survey of proposals to transfer Arabs from Palestine : 1895-1947

et
http://www.palestineremembered.com/Acre/Famous-Zionist-Quotes/Story637.html

Source : www.arabs48.com

Traduction : Centre d'Information sur la Résistance en Palestine

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