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Palestine - ISM France

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Israël -

Un projet de dépossession ne sera jamais une cause noble

Par

Article The Guardian

Les intellectuels libéraux israéliens se lamentent sur le malaise qui a saisi leur pays – mais refusent de regarder en face l’ethnicide qui est au coeur de celui-ci.
Avant que Donald Rumsfeld ne quitte le Pentagon, le "Groupe de Transformation" qu’il dirigeait, travaillait avec une équipe de l’armée israélienne sur la mise au point d’idées visant à contrôler les Palestiniens après le retrait israélien des territoires occupés.

Un projet de dépossession ne sera jamais une cause noble

Eyal Weizman, universitaire israélien qui a écrit sur cette coopération, nous dit qu’ils ont décidé de réaliser ce projet par une occupation invisible : Israël « obturerait (les villes palestiniennes considérées comme) des poches dures » et génèrerait « des effets » dirigés contre les « éléments humains de résistance ».

Nous avons vu la réalisation de ce concept à Beit Hanoun la semaine dernière, lorsque l’armée israélienne a tué 16 civils dans leur sommeil lors d’une attaque de missile.

Le monde peut s’attendre à voir la même chose se reproduire. Selon Weizman, le chef du commandement des forces armées israéliennes, Dan Halutz, confirme que l’armée israélienne considère le conflit comme "insoluble". Il s’est "adapté à opérer dans un environnement saturé de conflit et un avenir de violence permanente... il se voit agissant au seuil des sanctions internationales… maintenant le conflit à feu suffisamment doux pour que la société israélienne puisse vivre et prospérer malgré lui."

Ainsi, le mur de séparation qu’Israël est en train de bâtir a une autre fonction : protéger la société israélienne de la connaissance des actes brutaux que l’armée israélienne commet en son nom.

Et pourtant, les intellectuels israéliens s’interrogent sur le malaise qui a saisi leur pays. Deux lauréats du Prix Nobel, Yisrael Aumann et Aaron Ciechanover, ont été récemment cités, se lamentant sur la « maladie fatale : la perte de l’âme… cancer qui s’est développé dans la société israélienne ». Ils l’attribuent à une sorte d’ « égoïsme » généralisé que, bizarrement, ils trouveraient normal en Suisse, mais pas en Israël. Cela n’a rien à voir avec « l’ennemi », disent-ils, parce qu’ils peuvent faire face à l’ennemi avec « sagesse et technologie ».

Oui, nous avons vu à Beit Hanoun.

Einstein, leur distingué prédécesseur, avait exprimé des doutes sérieux sur le sionisme politique. Une de ses lettres, publiée dans le New York Times en décembre 1948, mettait en garde contre l’émergence, en Israël du « Parti de la Liberté » du (futur Premier Ministre) Menachem Begin. Il citait Deir Yassin, où Begin et ses amis, huit mois plus tôt, avaient assassiné 240 hommes, femmes et enfants, et "étaient fiers de ce massacre".
« Ceci est la marque manifeste d’un parti fasciste pour lequel le terrorisme… et les fausses déclarations sont des moyens, et un « Etat dirigeant » le but. »

Les professeurs Auman et Ciechanover devraient se demander ce qu’aurait dit Einstein sur le spectacle de Beit Hanoun et Beit Lahiye les semaines passées.

Pour de nombreux commentateurs, David Grossman semblait évoquer Hamlet dans son discours au mémorial Rabin le 4 novembre, publié dans le Guardian. Mais lorsque Grossman disait qu’en fait, quelque chose était pourri au royaume du Danemark, il faisait simplement référence au manque de "roi" en Israël, un chef "qui en appellerait aux Palestiniens en passant par-dessus le Hamas" pour démarrer un autre processus de paix. Mais les processus de paix que les Palestiniens ont subi n’ont mené qu’à davantage de dépossession.

Les Palestiniens ont élu le Hamas en janvier dernier parce que deux décennies d’interactions avec tous les gouvernements israéliens ont mené à la banqueroute le gouvernement séculier palestinien, politiquement et moralement.

C’est pourquoi le souhait d’engager encore d’autres pourparlers, pour remettre en piste le "processus de paix" est soit catastrophiquement aveugle, soit de la pure mauvaise foi. Et cela vient toujours avec des lamentations sur le « noble » projet qui a, d’une manière ou d’une autre, échoué.

Ce qui pourrit secrètement le noyau de l’Etat d’Israël est son refus d’admettre que le projet sioniste en Palestine – créer un Etat basé sur la dépossession des habitants non-juifs du pays – n’a jamais été noble : la terre convoitée était la patrie d’un autre peuple, et les fondateurs de la nation israélienne l’ont tué, terrorisé et déplacé pour réaliser leur projet. Mais la nation palestinienne y vit – visiblement et bruyamment et partout. Pour faire son propre déni, Israël doit nier et supprimer l’histoire palestinienne. Pour imposer son dessein sur la Palestine, il doit, d’une manière ou d’une autre, faire disparaître les Palestiniens.

"Ce qui ne nous tue pas nous renforce" et c’est ainsi que l’ethnicide continue. Le nouveau Premier Ministre, Avigdor Lieberman, complote contre les Palestiniens vivant en Israël. L’armée israélienne tue et terrorise les Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza. Les sionistes et leurs amis désespèrent d’étouffer les voix de et pour la Palestine.

Pendant ce temps, Israël affirme qu’il est civilisé, honnête, pacifique – une lumière pour les nations.

Comment une société peut-elle être prise dans une telle hallucination ? Et comment des gens vivant à l’intérieur du projet sioniste comme citoyens juifs privilégiés peuvent-ils pleurer sur leur sort d’assiégés et s’en étonner ? Les Israéliens libéraux de droite devraient tenir compte de quelques autres lignes de Shakespeare : « Glamis a tué le sommeil, et c’est pourquoi Cawdor ne dormira plus ; Macbeth ne dormira plus. »

Israël n’ira pas bien tant qu’il ne reconnaîtra pas son passé et qu’il ne fera pas amende honorable. Le processus a un nom : vérité et réconciliation. Les Israéliens ne peuvent pas rester dans le cadre du projet sioniste, en tirer profit et se voir comme de bons citoyens du monde. De nombreux Israéliens (ndtr. nombreux, vraiment ?), attentifs et courageux, ont fait leur choix. Certains ont quitté Israël, d’autres restent. Tous consacrent leur vie à montrer comme le sionisme marche réellement – et combien il coûte.

Depuis 1988, les initiatives, les pourparlers de paix et les feuilles de route avaient pour but d’établir un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza, avec Jérusalem pour capitale, et rendre justice aux réfugiés palestiniens.

Depuis 12 ans, rien de tout cela n’est arrivé, et des comptes rendus fiables des discussions à Camp David en 2000 montrent qu’Israël n’avait pas la volonté politique de faire la moindre offre généreuse. Vraisemblablement, il ne l’a toujours pas : d’où « l’obturation des poches». Mais, peut-être parce que les enjeux sont maintenant si élevés, les gens une fois encore parlent d’une solution visionnaire : l’Etat laïque démocratique, une patrie à la fois pour les Israéliens et les Palestiniens.

Les livres récents du sociologue palestinien Ali Abunimah et de l’historien israélien Ilan Pappé sont les derniers à évoquer cette solution.

Il y a un espoir, comme l’indique Pappé, dans "ces segments de la société juive en Israël qui ont choisi de se laisser guider par les considérations humaines plutôt que par les manœuvres du projet sioniste" et dans « la majorité des Palestiniens qui refusent de se laisser déshumaniser par des décennies d’occupation brutale et qui, en dépit d’années d’expulsion et d’oppression, continue d’espérer en une réconciliation ».

Source : Electronic Intifada

Traduction : MR pour ISM

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