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Palestine - ISM France

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Gaza -

Enterré vivant

Par

Eva Bartlett est une militante canadienne des droits de l'homme qui a passé huit mois en Cisjordanie en 2007 et quatre mois au Caire et au point de passage de Rafah. Elle est actuellement basée à Gaza, après être arrivée avec le troisième voyage réussi du Free Gaza Movement. Elle travaille avec le Mouvement de Solidarité Internationale (ISM) dans la bande de Gaza, où elle accompagne des ambulances tout en documentant les frappes aériennes israéliennes et l’invasion terrestre en cours dans la bande de Gaza.

"C'est au début, quand ils ont commencé à creuser pour sortir les survivants et les corps sur des décombres", dit Abu Qusay, en faisant référence à une photo de lui, enterré jusqu'aux épaules dans les décombres, le visage ensanglanté. Quelques semaines après avoir été enterré vivant par le bombardement dans lequel il se trouvait, seule une cicatrice au sourcil gauche rappelle son épreuve.

Enterré vivant


Photo prise par un inconnu : Abu Qusay enterré vivant sous les décombres

Abu Qusay, 30 ans, est père de six enfants âgés de 4 à 15 ans, et travaille comme policier et garde de sécurité depuis 14 ans. Lorsque le défunt Président de l'Autorité Palestinienne Yasser Arafat était vivant, Abou Qusay était garde du corps de son épouse, Suha Arafat.

Ces derniers temps, depuis l'élection du Hamas, il a continué son rôle de garde de sécurité, en accompagnant des VIP tout en étant directeur de la sécurité des invités internationaux.

C'est à ce titre que j'avais rencontré Abu Qusay et Hamza, un officier de police qui s'était occupé des internationaux qui étaient venus dans la bande de Gaza sur les bateaux du Free Gaza Mouvement. Hamza a été tué au cours de la première attaque, le 27 Décembre 2008.

Dans l'un des hôtel-cafés de la côte de Gaza, avec la Méditerranée pour décor et des F-16 survolant le secteur, Abu Qusay raconte son histoire. C’est un survivant de la première attaque, au cours de laquelle environ 60 avions de combat israéliens ont attaqué simultanément environ 100 postes de police, centres de formation de la police, bureaux civils et gouvernementaux et autres postes liés à la sécurité dans l'ensemble de la bande de Gaza.

"Nous avions une réunion dans le bâtiment présidentiel. Nous étions environ 15 et nous sommes entrés dans la salle de réunion du troisième étage, peu après 11 heures. J'étais assis à deux sièges du directeur qui se trouvait en tête de table, avec un ami entre nous et les autres participants étaient répartis autour de la table. Le directeur parlait lorsque nous avons été touchés par les premières frappes."

Un F-16 vole très bas au-dessus de nos têtes. Abu Qusay se raidit, s’arrête soudainement de parler, puis reprend après une pause.

"L'explosion elle-même était étrange, contrairement à d'autres bombardements. J'ai senti une immense pression de l'air qui m'a poussé vers le sol. Ensuite, j'ai entendu l'explosion à proximité des bâtiments. Ce fut une sensation inhabituelle, je ne savais pas ce qui se passait."

"J'ai essayé d'ouvrir les yeux et j’ai constaté que je ne pouvais pas. L'air était rempli de poussière qui m’aveuglait. J’ai ressenti quelque chose le long de mon visage. J'ai essayé plusieurs fois d'ouvrir les yeux, mais la poussière piquait tellement que cela a été impossible pendant un certain temps. Enfin, j'ai réussi à les ouvrir mais je ne pouvais pas voir quoi que ce soit. Juste un petit trou de lumière. Il semblait que j'étais face à un mur avec une petite ouverture.

J’ai senti le pied de quelqu'un sur ma tête et j’ai dit à la personne d’enlever sa chaussure de mon visage. J'étais encore désorienté, je n’avais encore aucune idée de ce qui s'était passé. J'ai essayé de repousser la chaussure, mais mon bras était coincé derrière moi, comme si j’avais été menotté. Du liquide coulait toujours sur mon visage et je me suis rendu compte que c’était du sang.

« J'ai commencé à entendre des cris et des gémissements des gens autour de moi. Puis j'ai entendu une voix de femme, que j'ai reconnue comme étant l'une de mes collègues. Puis, la voix de Hamza, nous disant d'être patients.

« J'ai senti que le poids qui m’écrasait était retiré et je me suis rendu alors compte que j'étais sorti de ce qui m’avait enterré : les blocs de béton et les décombres de notre bâtiment. Je me suis rendu compte que le troisième étage où nous avions notre réunion était maintenant au rez-de-chaussée. Trois étages ramenés au niveau du sol.

"Je me suis réveillé à l'hôpital al-Shifa, j’ai réalisé que je m’étais évanoui sur le site du bombardement. Autour de moi, tout autour de moi, tout ce que je pouvais voir, c’était des corps. Des cadavres et des blessés étaient éparpillés sur le sol de la salle des urgences. Ils étaient trop nombreux, trop nombreux pour les lits. Des gens étaient amputés des bras et des jambes. D’autres personnes avec d’horribles plaies ouvertes.

C’était surréaliste : j'étais à une réunion, puis enseveli sous les décombres, puis entouré par tellement de morts. Je n'arrivais pas à comprendre, je ne pouvais pas comprendre ce qui s'était passé.

"J'avais oublié, j'étais perdu. J'ai oublié ma douleur quand j'ai vu un enfant qui se trouvait dans une école près de Montada. Sa tête a été percée de blessures. Je me suis levé, je me suis déplacé pour regarder tout le monde. J'étais absorbé par cela. Les médecins et les autres me disaient de m'asseoir, de rester sur place. Où allez-vous, vous êtes blessé ? demandaient-ils.

"En vivant dans la bande de Gaza, nous nous attendons à tout de la part d'Israël. Des attaques. Nous avons vécu de nombreuses invasions et bombardements. Mais je ne pouvais pas le croire, je ne pouvais pas croire à l'ampleur de ce qu'ils avaient fait. Et à ce moment-là, je n'étais même pas au courant de ce qui s’était passé dans les autres secteurs de la bande de Gaza."

D’autres F-16 grondaient au-dessus, alors qu’Abu Qusay continue son histoire.

"J'ai l'habitude de conduire des ambulances. J’ai appris à le faire, parce que je crois qu’il est important d'élargir mes compétences, et je tente toujours de le faire. Mais, au cours de mon expérience dans ce domaine, je n'avais jamais vu de blessés et de morts dans un état aussi horrible que ce que j'ai vus ce jour-là. Tellement d’amputations, et même des décapitations.

"Et je garde toujours à l’esprit cet enfant, celui d’une école voisine. Y avait-il des combattants dans l'école, quand Israël a bombardé le secteur ? Qu'avaient fait les enfants ? Et nous qui travaillons pour le gouvernement, qu’avions-nous fait ? Cela serait-il arrivé à des policiers en Amérique, au Canada ou en Angleterre ?
Pourquoi ces criminels qui bombardement des zones où il y a des civils, des enfants qui reviennent de l'école, qui tuent des animaux et déracinent les arbres ne sont-ils pas reconnus comme des terroristes ? Ils ont commis des massacres contre nous."

Abu Qusay est de toute évidence chanceux, en survivant à un bombardement sans perdre un seul membre.

Comme beaucoup de Palestiniens à Gaza, il a perdu un certain nombre d'amis dans les attaques. J'essaie d'imaginer ce que serait de perdre plus d'un ami, disons 10 ou plus d'un membre de la famille, disons sept, ou comme la famille Samouni, 48. C’est impossible à imaginer.

Source : http://electronicintifada.net/v2/

Traduction : MG pour ISM

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7 février 2009