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Palestine - ISM France

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Jénine -

Jour de repos à Jénine

Par

Ceux d’entre nous qui essayaient de se reposer, sont allés rencontrer un représentant local d’un groupe israélien B'tselem très respecté et prodigieux travaillant pour les droits de l’homme... Nous avons parlé pendant une heure, la majeure partie du temps, il a raconté plusieurs histoires d’horreur concernant des atrocités commises par les soldats envers les palestiniens, tournant largement autour de crimes sexuels, d’actes d’humiliations de nature obscène et de bestialité forcée, ingurgitation d’éléments non mangeables, humiliations, etc.

Salutation de Jénine, ceci va être une mise à jour de la situation, un peu rapide et mal écrite, mais je n’ai pas beaucoup de temps pour écrire.

La voilà :

Hier, moi et d’autres personnes qui sont là depuis une longue période avons essayé de se reposer un peu pour une fois, pendant que ceux qui sont là depuis moins longtemps sont allés cueillir les olives. Ceux d’entre nous qui essayaient de se reposer, sont allés rencontrer un représentant local d’un groupe israélien B'tselem très respecté et prodigieux travaillant pour les droits de l’homme (cela vaut le coup de jeter un coup d’œil au site Internet).

Nous avons parlé pendant une heure, la majeure partie du temps, il a raconté plusieurs histoires d’horreur concernant des atrocités commises par les soldats envers les Palestiniens, tournant largement autour de crimes sexuels, d’actes d’humiliations de nature obscène et de bestialité forcée, ingurgitation d’éléments non mangeables, humiliations, etc. Ces choses arrivent tous les jours ici, malheureusement.

Après cela, j’étais juste devant ce café Internet, en train de discuter avec des chauffeurs de taxi lorsqu’un autre membre du groupe m’a appelé, me disant qu’il s’agissait d’une «situation urgente », alors je suis retourné à la maison. Pas moyen de se reposer !!! Jamais !!! – sourire.

La situation était qu’un petit village isolé en dehors de Jénine avait été envahi par les forces d’occupation israéliennes, mis sous couvre-feu, les écoliers étaient coincés à l’école sans pouvoir s’en aller, et l’armée était entrain de conduire des opérations dans tout le village. Nous nous sommes alors dépêchés, avons pris un taxi, avons fait la plupart du chemin en dehors de la route, au milieu des champs d’oliviers puisque Jénine est toujours bouclée par l’armée.
Est-ce que vous imaginez qu’ici il y a des embouteillages dans les champs d’oliviers ? C’est la réalité.

Nous sommes arrivés au village, nous sommes rentrés à pied et avons trouvé l’endroit où l’armée était en pleine activité, et nous nous sommes montrés comme étant là simplement pour observer. On nous a confirmé que l’armée effectuait des raids dans les maisons, avait arrêté 2 jeunes hommes et poursuivait les raids. Nous les avons observé rentrer dans une maison, y faire sortir 2 occupants, une femme âgée et une femme de mon âge environ. Une jeep de l’armée s’est occupée de nous, nous a dit de quitter la zone, nous avons répliqué que nous ne faisions rien, il a dit ‘vous voulez vous faire arrêter ?’ Nous avons dit que non. Il a dit ‘alors allez vous en maintenant’. Nous avons reculé de quelques mètres.

Les résidents de la maison qui avaient été arrêtés illégalement étaient ravis de nous voir et nous faisaient des signes des fenêtres de la maison de façon très enthousiaste. Il y avait environ 10 véhicules de l’armée dans notre voisinage, nous sommes restés visibles en tenant les mains devant nous de façon claire, afin de confirmer notre rôle de témoins et non de participants. Nous avons discrètement fait quelques blagues à propos des soldats et la force énorme mais ridicule qu’ils avaient amenée jusqu’à ce si petit village endormi.

Encore une fois, une jeep s’est intéressée à nous ‘pourquoi êtes vous ici ?’ Nous aurions pu leur demander la même chose, mais nous avons répondu : ‘nous avons entendu qu’il y a des petits enfants qui sont retenus et nous trouvons ceci inacceptable’. Il a dit que nous devions quitter le village immédiatement, nous avons répliqué que nous n’avions aucune intention d’interférer ou de ‘créer des problèmes’, mais que nous ne partirions pas tant que les opérations n’étaient pas terminées et que les enfants n’étaient pas rendus à leur famille. Le type de la jeep nous a dit encore une fois de partir ou qu’il pourrait nous arrêter, mais nous avons senti qu’il n’y aurait pas de problème.

Nous avons observé les opérations pendant plusieurs heures épuisantes, avec des échanges périodiques avec les Forces Israéliennes d’Occupation qui essayaient de nous faire partir. Lorsqu’ils sont partis, nous sommes partis aussi. Après 1 heure passée pour rentrer à la maison, nous étions en train de marcher vers la porte principale de notre appartement, au coucher de soleil, lorsqu’un étudiant de l’université que je connais a couru jusqu’à nous : un autre bus rempli d’étudiants était en train d’être retenu exactement au même endroit que le groupe d’écoliers dont je vous ai parlé l’autre jour.

Nous avons maugréé, avons pris un taxi et nous sommes allés voir. Nous les avons trouvés là, exactement dans la même situation que mardi, les soldats avaient pris leurs cartes d’identités et avaient disparus. Ca faisait 4 heures que les enfants étaient là et se demandaient pourquoi nous avions pris tant de temps à venir ! Nous leur avons expliqué pourquoi nous avions mis si longtemps et 4 heures plus tard ils pouvaient enfin repartir, en ayant été retenus pendant 8 heures.

Pour cette mission, nous avons du stopper une jeep de l’armée sur la route déserte, cette tâche nous est revenue à Moustafa et moi, un autre membre d’ISM, pendant que les autres ISM et les étudiants étaient plus en arrière. C’était embêtant de faire ça, il faisait noir comme de l’encre, et nous savions que les soldats étaient jeunes et effrayés.

Comme Mous est un type brun, j’ai dû prendre la tête du groupe pour arrêter la jeep (je suis blanc), et je l’ai fait. La jeep, que nous avions attendue pendant plusieurs heures, a tourné afin que ses lampes frontales (fortes) nous éblouissent, et 2 soldats en sont sortis de façon très prudente, fusil à l’épaule, pointé sur nous et ont fait quelques pas en avant … « soulevez vos chemises !.. Tournez vous ! Pourquoi êtes vous ici ? »

Nous leur avons expliqué que nous venions sur ordre des familles des enfants afin d’obtenir leur relâchement et il nous a dit de retourner à Jénine. Nous avons dit que nous ne pouvions pas faire ça sans les enfants parce que nous connaissions les familles et que nous aurions honte de faire ça. Il a vérifié nos passeports, nous n’avions toujours pas bien vu les soldats car nous étions éblouis par les lampes. Nous sommes restés là, les mains en l’air pendant 30 minutes, éblouis, pendant que les soldats tournaient en rond autour de leur jeep. Finalement, ils nous ont dit d’appeler les enfants, ce que nous avons fait. Ils ont été appelés un à un à nous rejoindre et on leur a rendu leur carte d’identité.

Mais il restait des problèmes : le premier était que les soldats avaient jeté les clefs du conducteur du bus dans un grand champ lorsque les étudiants se sont fait arrêter au début, le deuxième était qu’un chauffeur de taxi était mêlé à l’histoire (il emmenait aussi des étudiants à l’université) et les soldats assuraient qu’ils n’avaient pas sa carte d’identité. Alors qui donc l’avait ?

Nous savions qu’ils mentaient et qu’ils l’avaient probablement jetée ou quelque chose comme ça, alors nous avons continué à les questionner autant que nous sentions que nous le pouvions. Le soldat avec lequel nous discutions avait l’air d’avoir un peu honte, puis a dit ‘J’lai pas’, est remonté dans sa jeep et s’en est allé dans la nuit. Le chauffeur du bus a redémarré son bus et a ramené les étudiants à Jénine. Nous sommes restés la avec le chauffeur de taxi. Sans sa carte d’identité, il pouvait être mis en prison en Israël pour une durée de six mois, le temps du renouvellement, nous savions tous cela, surtout lui.

C’était un homme maigre, avec un air triste, probablement âgé de 55 ans. Nous avons attendu avec lui dans la pénombre pendant encore deux heures en espérant maigrement que la jeep reviendrait. Elle n’est pas revenue. Il était triste et préoccupé et humilié, il nous a acheté des bouteilles de jus de fruit sur la route de la maison Il y avait 6 trous de balles dans les portes avant de son taxi. Il nous a dit (via Moustafa) qu’il était très embarrassé et très humilié parce que comme nous étions des visiteurs, nous devrions être en train de boire du thé dans sa maison, et non pas être assis dans un champ sombre à attendre des soldats étrangers, et qu’il ne savait pas très bien pourquoi il n’avait plus le droit de vivre comme un être humain, qu’il n’avait aucun problème avec les Juifs et qu’avant ils vivaient tous ensemble. Je pleurais sans faire un bruit sur le siège arrière, en l’écoutant, buvant mon jus de fruit.

Nous sommes rentrés tard à la maison, j’ai avalé quelque chose à manger et je me suis endormi en position fœtale pendant le meeting. Un jour de repos. Le fascisme ne prend pas de repos ici dans les Territoires Occupés de Palestine.

Lutte,

Source : www.palsolidarity.org

Traduction : BM

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